La Suisse que l’on aime

Voici le message des Églises prononcé lors de la Fête nationale à Cortaillod, le 31 juillet 2015 (oui, Cortaillod fête avec un peu d’avance…).

Mesdames et Messieurs,
Chers concitoyens, chères concitoyennes,
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Après les grandes chaleurs du mois de juillet, nous voilà au seuil du mois d’août et nous pouvons arborer la croix suisse. Drapeaux, lampions, T-Shirts et casquettes. La fête nationale est l’occasion de sortir de nos armoires tous nos accessoires patriotiques.

Des occasions, il y en a quelques unes dans l’année. Elles nous sont en général offertes par les sportifs qui défendent nos couleurs. Et cette année, ce sont les joueurs et les joueuses suisses de tennis qui nous ont fait vibrer. Comme vous certainement, j’ai suivi avec intérêt et émotion la victoire de l’équipe de suisse en coupe Davis, puis le parcours de Timea Bacsinsky à Roland Garros et bien sûr la victoire de Stanislas Wawrinka à Paris.

Si l’on y réfléchit, il y a quelque chose d’irrationnel à soutenir un joueur plutôt qu’un autre par le seul fait qu’il joue pour notre pays. La nationalité du joueur figure bien au-dessus de son style ou de sa personnalité sur l’échelle des raisons de soutenir un joueur plutôt qu’un autre. On peut bien préférer le jeu combatif d’un Nadal, si il joue contre Federer, on soutiendra toujours ce dernier…

Cette dimension irrationnelle vient du fait que les questions patriotiques touchent à quelque chose de profond en chacun d’entre nous. Notre identité, nos racines. La patrie, c’est étymologiquement le pays de ses pères, des ses ancêtres. Dans l’Antiquité, la patrie d’un homme, c’était le lieu où était enterré son père. Par extension, la patrie est devenu le pays où l’on a ses racines historiques et familiales. Mais aussi le pays que l’on a élu comme celui où l’on voulait s’ancrer. Dès lors, au fil des siècle et grâce à l’immigration, notre patrie est construite par ceux qui l’habitent et se considèrent comme héritiers d’une histoire diversifiée.

S’identifier à un pays et à un peuple, y reconnaître ses racines, sont des éléments éminemment émotionnels. Et il n’est pas étonnant que les questions politiques liées à la dimension patriotique soient délicates. Nous ne sommes pas des machines pensantes, nous sommes des hommes et des femmes, incarnés dans une histoire. C’est pourquoi, nous trouvons en arrière-fond de nombreux arguments, l’affirmation de l’amour. L’amour pour son pays, l’amour pour son histoire, l’amour pour ce qui nous construit.

Quand il est à ce point question d’amour et d’émotion, il convient de rester attentifs aux débordements. Il est humain de se laisser emporter par de tels sentiments. On a vite fait de passer de l’amour pour son pays à des velléités d’exclusion. J’aime alors à me rappeler que l’Évangile nous enseigne que l’amour n’est pas un sentiment qui nous fait admirer béatement et perdre toute raison. L’amour dans l’Évangile est toujours intimement lié à la vérité. On n’aime vraiment que lorsque l’on est vrai avec l’autre et que les choses sont mises en lumière en vérité.

Aimer la Suisse, c’est donc plus que d’arborer un T-Shirt à croix blanche lors d’une rencontre sportive. Aimer la Suisse, c’est aussi oser la critiquer, ne pas laisser notre pays se fourvoyer ou permettre à la peur de dicter nos décisions. C’est aussi ne pas être fiers de voir les chiffres de vente d’armes à l’étranger augmenter de 17 %. C’est également dénoncer les abus dans la gestion des grandes banques.

C’est aussi s’interroger sur notre frilosité dans l’accueil des migrants alors que notre voisine l’Italie voit arriver sur ses rives des embarcations surchargées. Pour celles qui arrivent et ne s’abîment pas en pleine mer… C’est aussi cela, aimer la Suisse.

Tout comme aimer la Suisse, c’est être fiers d’occuper le premier rang du classement mondial de l’innovation. C’est relever le travail diplomatique que notre pays a exercé entre Cuba et les États-Unis. Un travail de médiation entamé en 1961 et qui a pris fin tout dernièrement suite à la reprise des relations diplomatiques entre ces deux États.

Aimer la Suisse, c’est aussi être reconnaissant de vivre dans un pays où règne une paix sociale et religieuse. Et œuvrer pour que ce vivre ensemble demeure.

Aimer son pays c’est le regarder en vérité. L’amour n’en peut que grandir.

Chers concitoyens, chères concitoyennes, je vous souhaite de belles festivités, avec amour.

Bonne soirée à tous !

Les enfants, les ados et la mort

Dans le cadre de mon travail en paroisse, j’ai régulièrement l’occasion de visiter des familles qui vivent un deuil. Dans ces familles, il y a parfois de jeunes enfants ou des adolescents. Je constate qu’en règle générale, ceux-ci sont écartés du moment de discussion qui réunit la famille et le pasteur et qu’il arrive même qu’ils ne soient pas présents à la cérémonie.

Le journal régional Le Courrier neuchâtelois a publié cette semaine un article sur les ados et la mort qui met en avant le besoin des jeunes d’en parler sans tabou. Mon collègue Raoul Pagnamenta et moi-même avons été contactés par la journaliste et brièvement cités.

CN_2015_06_17 No 24 - COURRIER_B - Canton - pag 3

Reforme-Mort-enfantsJe suis persuadée qu’écarter les enfants pour soi-disant les «épargner» est une erreur. L’hebdomadaire protestant français Réforme avait publié il y a un peu plus d’une année un très bon article de la psychosociologue Édith Tartar-Goddet: Parler de la mort avec des enfants petits.

Les enfants vivent aussi une perte qu’il convient de prendre au sérieux et même dans les cas où ils ne voyaient que très peu la personne décédée (ou s’ils n’avaient que peu de liens avec elle), les petits enfants ressentent le fait que leurs parents vivent quelque chose de particulier.
Il est souvent difficile pour les adultes qui ont déjà à affronter leurs émotions et gérer leur propre deuil, de prendre le temps et l’énergie d’accompagner celui de leur enfant.

Il existe des livres que les parents (ou les pasteurs) peuvent lire avec les enfants. J’ai pris l’habitude d’acheter ceux sur lesquels je tombe dans une librairie ou un catalogue. Mais à mon avis, il n’y en pas de meilleur que le grand classique Au revoir Blaireau de Susan Varley.

Au revoir blaireau

Le thème est posé dès le départ, la première page commence ainsi:

Blaireau était un ami sûr, toujours prêt à rendre service. Très vieux, il connaissait presque tout de la vie et savait aussi qu’il devait mourir bientôt.

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Ce livre convient bien pour accompagner la perte d’une personne âgée, rassasiée de jours comme le dirait la Genèse. Ou même pour préparer un enfant à la perte prochaine d’un arrière-grand-parent par exemple.

Je trouve que le dessin est beau, assez classique. Les personnages sont des animaux. Les enfants aiment ce monde un peu fantastique où les animaux vivent et parlent «un peu comme des hommes mais pas tout à fait». Le blaireau vit dans un terrier mais il porte un manteau et se repose sur un fauteuil à bascule. Ce mélange entre le monde animal et celui des hommes permet aux enfants de s’identifier tout en gardant une distance avec les protagonistes de l’histoire.

Blaireau entre dans la mort avec sérénité, il s’endort et descend dans le Grand Tunnel, où il n’a plus besoin de sa canne pour soutenir son pas, où il se sent libre.

La suite du livre porte sur les amis de Blaireau et la tristesse qui les étreint. L’hiver arrive, puis le printemps. Les amis se réunissent et évoquent des souvenirs de Blaireau, ils font mémoire des bons moments et relèvent chacun ce que Blaireau leur laisse comme héritage (il a appris à patiner à Grenouille, a donné la recette du pain d’épices à Mme Lapin, etc).

Cela permet d’évoquer avec les enfants qu’il est normal d’être triste et que cela prend du temps. On relève également la nécessité de se réunir pour se souvenir de la personne décédée. On peut ainsi expliquer à l’enfant ce qui va se passer pendant la cérémonie (évocation de la personne et reconnaissance), ou si la lecture se fait après les funérailles expliciter ce qui a été vécu à ce moment là.

Aucune espérance chrétienne n’est clairement exprimée. Mais la fin du livre est ouverte sur… quelque chose et il est alors possible, dans la discussion avec l’enfant, d’exprimer ce que nous croyons. Ma conviction est que dans le domaine de la mort comme dans celui de la foi, l’adulte n’a pas à apporter des réponses mais bien plus à accompagner les questionnements des enfants. Ce que formule très bien Édith Tartar-Goddet lorsqu’elle écrit:

N’oublions pas que nous nous exprimons en tant que témoin et non en tant que « savant ».

Ressources

Plusieurs références de livres pour les enfants sur le deuil ont été sélectionnées sur le site français Apprendre à éduquer. Je ne les connais pas tous.

Un coup d’ailes entre ciel et terre

Prédication du dimanche 7 juin 2015 avec le baptême de la petite Agathe
Textes bibliques: Genèse 8,8-12 et Matthieu 3,13-17

Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger …

Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert, Pour faire le portrait d’un oiseau

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J’avais appris ce poème de Jacques Prévert quand j’étais petite fille. Il y a quelque chose d’insaisissable chez l’oiseau. Même pour en faire son portrait! Sa liberté, sa légèreté, sa grâce nous fascinent. Il peut faire des allers et retours entre la terre et le ciel. Et échappe à notre contrôle.

Pas surprenant dès lors que les oiseaux soient chargés de symbolique, et parmi eux tout particulièrement la colombe. Nombre d’organisations qui œuvrent pour la paix l’ont choisie pour figurer sur leur bannière. On la trouve aussi sur les croix huguenotes et dans le logo de notre Église. Symbole de paix avec son brin d’olivier dans le bec, signe fragile d’une vie possible dans un monde où commence à émerger de nouvelles pousses. Symbole aussi de l’Esprit de Dieu. Présence divine dans le monde.

En pensant à la colombe, ce sont ces deux symboles qui viennent tout de suite à l’esprit: la paix et l’Esprit. Ce sont aussi ces deux passages bibliques: l’arche de Noé et le baptême de Jésus.

Mais on retrouve la colombe dans d’autres textes bibliques où elle est porteuse de significations différentes. Pensons par exemple au Cantique des cantiques. Ce poème qui met en scène deux amoureux. La colombe y devient messagère. Une colombe, c’est quand même plus romantique qu’un pigeon voyageur! Et dans le livre du Lévitique, on trouve les colombes et les pigeons dans les prescriptions concernant les sacrifices que devaient accomplir les Israélites. Ceux qui n’avaient pas les moyens de sacrifier un agneau ou une brebis étaient tenus d’offrir une pair de pigeons ou de colombes. L’oiseau devient alors figure d’humilité et de simplicité.

Permettre l’envol

En relisant le passage de la Genèse où Noé lâche la colombe, j’ai été impressionnée par le soin que porte le récit sur ces allers et retours. Il aurait finalement suffit d’écrire que Noé laissait partir la colombe une première fois mais qu’elle revint parce qu’elle ne trouvait où se poser. Que la deuxième fois elle rapporta un brin d’olivier et que la troisième fois, elle ne revint pas. C’est l’histoire de 3 lignes. Mais le récit est bien plus fourni. Et nous laisse comprendre qu’il s’agit là d’un processus qui prend du temps et qui demande du soin.

Noé laisse partir la colombe une première fois et elle revient auprès de Noé dans l’arche. Le texte dit que Noé tendit la main, prit la colombe et la ramena dans l’arche. Puis qu’il attendit une semaine avant de la laisser à nouveau partir. Entre le deuxième et le troisième lâcher, une nouvelle semaine s’écoule. Cet extrait est particulièrement parlant pour des parents. L’arche, c’est le lieu de la sécurité. C’est la maison, là où se trouvent les parents et où l’on se sent bien. Mais pour des parents comme pour Noé, le but n’est pas de garder ses enfants indéfiniment à l’intérieur de l’arche. Celle-ci deviendrait une prison. Le souhait des parents, ce pour quoi ils œuvrent, c’est que leur enfant prenne son envol. Ceci se fait de manière progressive. L’enfant appréhende l’environnement extérieur. Il découvre le monde et revient se poser là où il se sent en sécurité. Il va et il vient jusqu’à que le temps soit venu pour lui de prendre sa liberté.

Agathe est encore toute petite, bien au chaud dans l’arche. Mais son grand frère Mathias commence déjà à vivre sa vie. Et je sais que ce n’est pas toujours facile pour des parents d’oser lâcher l’étreinte. En demandant le baptême pour leurs enfants, et en s’engageant à leur faire découvrir la foi chrétienne, Sabrina et Mehmet, accompagnés des marraines Fabienne et Julie, ont décidé d’offrir à leur enfant ce parcours. Fait de découvertes, de questionnements, de risques aussi parfois. Ils se sont engagés à les porter, à les encourager, à accueillir leurs questions sans pour autant avoir toujours les réponses, mais en osant s’interroger avec eux. Et c’est bien dans ce mouvement là qu’Agathe et Mathias trouveront la liberté et, nous l’espérons, trouveront en Jésus-Christ celui qui donne sens à la vie.

Jésus demande à être baptisé

Cette colombe, qui a pris son envol et que Noé n’a jamais revue, a traversé les âges. Et quand les cieux se sont ouverts lorsque Jésus a été baptisé, elle est descendue sur lui. Il y a peu de récits que nous pouvons lire dans les 4 évangiles. Celui du baptême de Jésus en est un et la colombe y est présente à chaque fois. Jésus est baptisé par un prophète. Son nom est Jean. Jean le baptiseur, Jean le baptiste. Un rôle devenu si important que la tradition en fera son prénom : Jean-Baptiste.

Un prophète, un radical. Un de ceux dont on se méfiait et dont on se méfierait aujourd’hui encore, sans aucun doute. Comme on se méfie de tout ce qui est extrême et sans nuances. Jean-Baptiste s’était retiré dans le désert. Il appelait à la conversion, la repentance immédiate et absolue. Il pratiquait le baptême dans le Jourdain. En plongeant les convertis dans l’eau, il les lavait de leurs péchés passés. Une vie différente commençait.

Jean-Baptiste annonçait un Messie. Quelqu’un envoyé par Dieu pour juger le monde. Il brandissait la justice comme une menace. Il ne faut pas oublier cette radicalité chez Jean. Et c’est bien auprès de lui que Jésus s’est rendu. Il ne s’est pas présenté là par hasard, au détour d’une petite promenade dans le désert. C’est bien volontairement que Jésus s’est rendu auprès de Jean et qu’il lui a demandé de le baptiser. De même que tous les autres hommes, il a demandé à être lavé de ses péchés. Jésus avait-il besoin de se convertir? Était-il un homme comme les autres? Un pécheur?!? C’est en tout cas comme tel qu’il s’est présenté ce jour-là: un homme.

Il est tout de même surprenant que Jean-Baptiste reconnaisse immédiatement en lui le Messie. Lui qui annonçait un juge puissant reconnaît l’envoyé de Dieu dans ce homme apparemment tout à fait ordinaire. Jean-Baptiste s’oppose à baptiser Jésus. Sa réponse est claire: je ne suis pas digne. Et la réponse de Jésus est très forte : «accepte qu’il en soit ainsi pour le moment.»

Jean-Baptiste s’est imaginé comment les choses devaient être. Il avait une idée précise de ce qu’était la volonté de Dieu et comment il devait s’y soumettre. Comment aussi il devait appeler ses contemporains à se conformer à la volonté divine. Et Jésus lui répond que ce n’est pas comme lui l’imagine que cela doit se passer, mais que le plan de Dieu est différent. «Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car c’est de cette façon que nous devons accomplir tout ce que Dieu nous demande.»

Le Messie est un homme ordinaire, il ne vient pas comme un roi et un juge puissant. Il n’est pas entouré de chevaux royaux, mais d’une colombe. Cet oiseau libre et insaisissable, symbole du messager d’amour et du sacrifice offert avec simplicité. Signe de l’Esprit de Dieu. Jésus appelle Jean-Baptiste à ne pas s’opposer aux projets de Dieu. Surtout pas au nom de la volonté d’accomplir ceux-ci. Il lui demande d’accepter que ce qui lui est demandé soit une étape nécessaire dans le dessein de Dieu. Dieu a un projet dans le monde et l’être humain s’y inscrit.

Retourner la question

Trop souvent, nous nous demandons: Ai-je besoin de Dieu? Sa présence m’est-elle utile? Au fond, nous pourrions nous passer de lui. Mais la question que nous devrions nous poser est plutôt: en quoi Dieu a-t-il besoin de moi?Qu’espère-t-il de moi dans son projet pour le monde? Comment puis-je le servir? Avec quelle attitude, quel geste, quelle parole, puis-je participer à son dessein?

Je ne parle pas forcément ici de choses extraordinaires. Bien que j’admire celles et ceux qui se donnent entièrement à une cause, je m’en sais incapable. Finalement, à, Jésus demande simplement d’accomplir ce qu’il pratique déjà. Il lui demande de statue-185435_1280le baptiser. Pour participer au plan de Dieu, Jean-Baptiste doit faire ce qu’il sait faire. Et le faire en étant conscient qu’ainsi il accomplit la volonté de Dieu.

Pour que Jésus soit baptisé, pour que le ciel s’ouvre et que la colombe descende, pour que Dieu puisse annoncer qu’en Jésus il reconnaissait son fils bien-aimé et qu’il mettait en lui toute sa joie, Dieu avait besoin de mains humaines. Comme il a besoin des nôtres dans le monde.

Alors, mes amis: cette question je vous la laisse ce matin.

Comment Dieu a-t-il besoin de chacun d’entre nous?…

Amen


Merci à Agathe et à ses parents Sabrina et Mehmet!


 

Lectures bibliques (traduction Français courant)

Genèse 8,1-12

8 Puis Noé laissa partir une colombe, pour voir si le niveau de l’eau avait baissé.
9 Mais elle ne trouva aucun endroit où se percher, car l’eau couvrait encore toute la terre; elle revint donc à l’arche, auprès de Noé. Celui-ci tendit la main, prit la colombe et la ramena dans l’arche. 10 Il attendit une semaine et la laissa de nouveau partir. 11 La colombe revint auprès de lui vers le soir; elle tenait dans son bec une jeune feuille d’olivier. Alors Noé sut que le niveau de l’eau avait baissé sur la terre. 12 Il attendit encore une semaine et laissa partir la colombe, mais celle-ci ne revint pas.

Matthieu 3,12-17

13 Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain; il arriva auprès de Jean pour être baptisé par lui. 14 Jean s’y opposait et lui disait: «C’est moi qui devrais être baptisé par toi et c’est toi qui viens à moi!» 15 Mais Jésus lui répondit: «Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car voilà comment nous devons accomplir tout ce que Dieu demande.» Alors Jean accepta. 16 Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau. Au même moment le ciel s’ouvrit pour lui: il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et une voix venant du ciel déclara : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; je mets en lui toute ma joie.»

 

Pâques: dites-le avec des fleurs

Dans le temple de Cortaillod, un espace est aménagé pour permettre aux enfants de bricoler et de dessiner pendant le culte. Un animateur ou une animatrice prépare un bricolage en lien avec le thème du culte et le texte biblique.

Dimanche dernier: c’était Pâques, évidemment! Pour le bricolage, on s’est inspiré de ce modèle et voici le résultat, réalisé par mon fils de 7 ans.

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En observant le dessin, je remarque que tous les insectes vont en direction de la lumière 😉

L’espérance fait sauter les verrous du désespoir

Prédication du dimanche de Pâques, 5 avril 2015
Texte biblique : Matthieu 27,62 à 28,20

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Une joie difficile à vivre

Il y a des années où il est aisé de ressentir la joie de Pâques.
Se réjouir des couleurs, des senteurs du printemps. Et vivre profondément cette joie intense. Et il y a des fois où cela s’avère plus difficile.

En cette semaine sainte, nous avons été touchés par le deuil de deux familles de la paroisse. Et je ne crois pas exagéré de dire que nous sommes nombreux à en être affectés. La situation internationale aussi pèse sur le moral : les migrants qui meurent en Méditerranée, le massacre au Kenya, les chrétiens persécutés en Syrie, l’épidémie du virus Ebola dont on n’arrive pas à venir à bout. Et j’en passe… malheureusement.

Cette semaine encore, toute l’Europe a été ébranlée par le crash de l’avion de ligne de la Germanwings, épilogue dramatique de la détresse d’un homme que l’on n’a pas su voir, ou peut-être même pas voulu voir. Enfin, le printemps tarde à venir.
Je ne voudrais pas, chers amis, vous saper le moral. Vous vous dites peut-être: on est venus ce matin pour nous faire du bien et entendre un message d’espérance et au lieu de cela, la pasteure se morfond.

Pas du tout.
Pâques ne peut advenir qu’après Vendredi Saint. Si le Christ n’était pas mort, il n’aurait pu ressusciter. Et il n’est pas sain d’occulter le vendredi pour passer directement au dimanche. Tentation de la fausse consolation: mais non, ce n’est pas si grave…

Au contraire, prendre au sérieux les peines, les épreuves et les situations devant lesquelles nous nous sentons impuissants est la seule condition pour vivre véritablement la libération pascale.

Une action pour contrecarrer une cause

Les récits de Résurrection sont différents dans les 4 évangiles. Cette diversité exprime à elle seule qu’il s’agit d’un événement complexe, qui échappe à notre simple compréhension. Matthieu est le seul à raconter ces jours suivant la crucifixion de cette manière. Avec les gardes devant le tombeau et ce mensonge.
Cet empressement autour de la rumeur du vol du corps laisse penser que l’évangéliste répond ici plus à une préoccupation de l’époque où il écrit que de celle de Jésus. En effet, l’évangile de Matthieu est rédigé à la fin du premier siècle, alors que la petite communauté de chrétiens s’est clairement séparée du judaïsme. Leur proclamation de la Résurrection est dénigrée par les juifs de l’époque: si le tombeau était vide, c’est simplement parce que des disciples de ce Jésus ont volé son corps! Toutes ces croyances ne reposent sur rien. Le christianisme est une imposture!

Matthieu prend au sérieux cette attaque en développant l’épisode des gardes devant le tombeau. Il tend même un piège aux autorités juives en faisant des gardes les témoins des événements, sommés de garder le silence. Avec ces gardes, on cherche à contrecarrer une attaque potentielle ou avérée d’adversaires mal intentionnés. Action humaine des plus courantes. On craint quelque chose : on agit pour rendre ce quelque chose impossible. On craint que le tombeau soit vide. Pour qu’il soit vide, on ne voit qu’une possibilité: que les disciples volent le corps. Donc on ne fait pas que rouler la pierre, on la scelle. Puis on place encore des gardes.

En entendant cette semaine les informations sur l’enquête du crash, je n’ai pu m’empêcher de penser que les compagnies d’aviation civile avaient agi d’une manière similaire. Après le 11 septembre, on a craint des détournements d’avion. La menace venait alors des passagers dont un ou plusieurs étaient malintentionnés. Pour s’assurer que de tels détournements ne pourraient se reproduire, on a sécurisé les portes du cockpit, on les a scellées comme la pierre sur le tombeau. On n’a pas pensé alors que le danger pouvait venir d’ailleurs. Et que cette fermeture, conçue pour éviter des catastrophes, allait justement permettre cette issue funeste.

On cherche encore et toujours à s’assurer plus de sécurité. Au risque peut-être de perdre de vue la fragilité de l’existence. Ce jour-là, c’est la mort qui a réussi à s’immiscer entre les systèmes de sécurité. Le jour de Pâques, c’est la vie qui a réussi à déjouer tous les stratagèmes.

Le bouleversement pascal

Tremblement de terre, ange du Seigneur, pierre roulée dans un grand fracas. Matthieu sort ici tout l’arsenal apocalyptique. Un langage qui nous parle peut-être moins aujourd’hui. Une manière d’exprimer ce qui n’est pas si simple à dire. Vous remarquerez que Matthieu, et les autres évangélistes non plus, ne décrit jamais la Résurrection. Alors que bien des apocryphes s’en donnent à cœur joie. Il n’en dit rien. Ce qui est décrit, c’est toujours l’effet de la Résurrection sur les gens et sur le monde.

Un bouleversement.
Ce qui était acquis: la mort, c’est la mort et on ne s’en relève pas ; n’est plus vrai.
Après cela, les personnes, la réalité et le monde ne peuvent plus être pareils. Les règles selon lesquelles tout a fonctionné jusqu’à présent tombent et une nouvelle vérité se fait jour: la mort n’est plus la fin de tout. Le Christ l’a vaincue. Les gardes sont tétanisés. Comme morts dit le texte avec ironie. La mort n’est plus là où on la croyait circonscrite : à l’intérieur du tombeau. Elle paralyse ceux qui s’illusionnent sur leur capacité à la maîtriser. Les femmes se mettent en route et vont proclamer la bonne nouvelle. Les disciples, eux, sont envoyés en mission dans le monde. Ainsi se termine l’évangile de Matthieu.

green-plant-wood-4711Ce n’est pas une fin triomphale et écrasante. La grande joie qui étreint les femmes et teintée de crainte. Et les disciples qui se prosternent éprouvent eux aussi des doutes. Ni la Résurrection, ni la foi ne blindent les croyants qui ne cessent d’éprouver aussi de la crainte et de douter. La Résurrection est vécue comme une promesse. Une force qui met en route, malgré les doutes et la fragilité. Une puissance qui porte et fait avancer. Une puissance qui tient celles et ceux qui acceptent de se laisser bouleverser par l’espérance que le Christ peut faire éclater tous les verrous.

Persévérons dans la foi que le changement est toujours possible. Que rien n’est à jamais définitivement verrouillé. L’accord historique qui a été signé cette semaine même à Lausanne entre les États-Unis et l’Iran est peut-être un signe de cette force de changement.

Laissons cette espérance nous transformer et mettons-nous à notre tour en route pour témoigner de ce rai de lumière qui parvient à percer le tombeau scellé.

Amen