L’étonnante histoire de l’homme riche et de Lazare

Prédication du culte du 29 septembre 2019 au temple d’Auvernier.
Lectures bibliques: Amos 6,1-7 et Luc 16,19-31 (la parabole du riche et de Lazare).

C’est l’histoire d’un Valaisan qui meurt et se retrouve au ciel face à Saint-Pierre qui l’interroge sur sa vie. Un peu intimidé, l’homme bafouille : Toute ma vie, j’ai été pro… pro… producteur d’abricotine.
– Ah j’ai eu peur, répond St-Pierre, j’ai cru que tu allais dire protestant !

Des blagues comme celle-ci, il en existe des tas. La plupart du temps, elles me font sourire sur le moment mais je ne les retiens pas. Avec la parabole du riche et de Lazare, l’évangéliste Luc nous emmène dans un registre inhabituel: Jésus se mettrait-il à raconter des witz ?!?

Et à vrai dire, il n’y a pas de quoi rire. Parce que si je comprends bien l’idée du renversement des valeurs, plus on en bave ici, plus on sera heureux dans l’au-delà. Alors moi qui ai franchement une belle vie ici-bas, j’ai du souci à me faire. Mais tout cela, en vérité, est bien loin de l’idée que je me fais de l’Évangile.

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Il y a de la joie dans le ciel, malgré tout

Message apporté lors de la célébration œcuménique du Jeûne fédéral, dimanche 15 septembre 2019.

Prédication sur Luc 15,1-10 : la brebis et la pièce égarées.
Lectures bibliques : Exode 32, 7-11.13-14 ; Psaume 50 ; 1Timothée 1,12-17

La parabole: manière la plus adroite et fine d’esprit qui soit pour obliger son interlocuteur à se faire face à ses inconséquences. Sans doute Jésus a-t-il été l’un des plus brillants créateurs de ce genre littéraire. Bon nombre de ses adversaires ont été placés sans ménagement face à la réalité.
On connaît ce mécanisme. Ceux qui se croient être du bon côté, qui pensent faire partie des justes et des bons sont renvoyés à eux-mêmes. Ceux qui prétendent être de bons croyants tombent de haut. Car ceux qui se disent justes ont surtout tendance à juger ceux qui ne partagent pas leur façon de vivre et à porter un regard définitif sur l’autre. Tels les bons croyants du peuple d’Israël qui ont vite fait de se détourner de Dieu pour se construire un veau d’or à adorer.

Les paraboles sont bien plus efficace que n’importe quel discours moralisateur. Elles renvoient l’individu à lui-même et le force à une introspection. Ne serais-je pas, moi aussi, un peu pharisien et scribe, à jeter un regard jugeant et définitif sur celui ou celle qui ne correspond pas à l’image que je me fais du bon chrétien, qui se rend régulièrement à la messe ou au culte?…
Dans la parabole des brebis, suis-je plutôt de ceux qui restent au troupeau ou bien la brebis perdue? Continuer la lecture de Il y a de la joie dans le ciel, malgré tout

Décrocher la Lune… 50 ans après

Message du culte patriotique du 4 août 2019 dans les jardins du Château d’Auvernier, avec baptême.

Tout petit face à la Lune

Vous n’avez pu manquer l’événement de ce mois de juillet. À moins peut-être d’être partis en vacances dans une autre galaxie. Le 21 juillet dernier, nous avons célébré le 50e anniversaire du jour où l’être humain a pour la première fois posé le pied sur la Lune.

Un demi-siècle plus tard, cela reste un exploit marquant. Et quand on y pense, il y a quelque chose d’incroyable à l’idée qu’on ait pu poser un engin sur la lune et que des hommes en soient descendus pour fouler le sol lunaire.
Incroyable ! Fascinant. On en a rêvé avec Tintin, ils l’ont fait.
Incroyable. Fascinant. A tel point que depuis lors, certains esprits chagrins mettent en doute la réalité de l’événement.

La Lune. Magnifique et énigmatique. Elle fait l’objet d’observations et nourrit l’imagination des hommes et des femmes depuis la naissance de l’humanité. Ponctuant le jour et la nuit, rythmant les saisons, influençant les marrées et parfois notre sommeil.

La Lune… la nuit.
La nuit, tout est différent. Tout ce qui fait partie de notre réalité le jour disparaît dans l’obscurité. Le noir submerge tout ce qui est proche. Et alors se révèle à nos yeux l’infinie grandeur des cieux. Le firmament si lointain devient soudain ce sur quoi nos yeux se posent. Et l’on prend conscience de cette immensité qui nous entoure.

En contemplant ce firmament, dans l’obscurité de la nuit de Jérusalem, un homme, peut-être le roi David lui-même, poétise.
La Bible conserve ce poème. Il s’agit du Psaume numéro 8 Continuer la lecture de Décrocher la Lune… 50 ans après

Manger et croire

Prédication du culte du 30 juin 2019 au temple de Colombier, lors du culte d’installation du Conseil paroissial
Lectures bibliques : Psaume 122 et Matthieu 14,15-19.

Lever les yeux au ciel.
Élever le regard.
Prendre un peu de hauteur.
Prendre du recul sur l’ordinaire de nos vies pour souffler, pour méditer, pour prier, pour se ressourcer.
Telle est l’aspiration que nous pourrions appeler religieuse.
L’être humain est façonné de plusieurs dimensions. Comparez donc le temps que nous passons à prendre soin de notre dimension corporelle, de notre dimension physique, de notre dimension psychique… celui que nous prenons à soigner notre dimension spirituelle.

Porter son regard vers les hauteurs et marcher avec confiance.
Comme ces pèlerins d’autrefois qui chantaient des psaumes en montant à Jérusalem pour les grandes fêtes religieuses.
Placer sa confiance en ce Dieu qui protège, qui garde, qui veille.
Regarder au ciel, quoi de plus fondamental?

Quelque chose en moi rêverait de me lever aux petites heures le matin, pour aller admirer le lever du soleil au bord du lac, dans un silence à peine rompu par le clapotis de l’eau et le chant matinal des oiseaux. Un petit déjeuner frugal, juste quelques fruits et une tisane suffiraient à nourrir mon corps. Puis la journée pour lire, méditer la Parole. En quelques semaines je relirais tout le Nouveau Testament à l’ombre d’un pommier. Une partie de moi aspire à cela. À cette vie presque monacale.

Mais la réalité est tout autre. Continuer la lecture de Manger et croire

Passage de témoin

Prédication du jeudi de l’Ascension, 30 mai 2019 à Auvernier
Lectures bibliques: Luc 24,46-53 et Actes 1,1-11

Introduction aux lectures

Nous écouterons ce matin les 2 versions de l’Ascension que nous propose le Nouveau Testament. 2 versions différentes, de la plume du même auteur: le rédacteur de l’évangile de Luc et du livre des Actes des Apôtres.

2 versions de la même histoire qui disent chacune à leur manière leur vérité. L’une clôt l’évangile de Luc. En terminant en beauté le récit de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. L’ascension au terme d’une longue journée de Pâques est l’achèvement de la victoire sur la mort. Une fin. Mais une fin ouverte qui nous donne envie de connaître la suite.
Luc aurait été un bon auteur de série. A la fin de son évangile, on a envie de commencer la saison 2 😉

La saison 2, le second volet de son œuvre littéraire, c’est le livre des Actes des Apôtres. Et Luc raccroche le lecteur en racontant à nouveau l’événement. Comme s’il nous disait: souvenez-vous où nous en étions restés… Mais il raconte différemment, mettant l’accent moins sur l’achèvement que sur l’ouverture à la suite Continuer la lecture de Passage de témoin

Petites leçons de passereaux

Prédication du dimanche 14 avril 2019 au temple d’Auvernier. Dimanche des Rameaux, avec le baptême du très souriant petit Solal.

La famille m’avait suggéré le thème des oiseaux pour ce culte!

Textes bibliques: Matthieu 6,25-33 et Jérémie 8,4-7

Savez-vous distinguer un moineau mâle d’un moineau femelle ?
Eh bien figurez-vous que ce n’est en réalité pas si compliqué, mais que si vous m’aviez posé la question il y a quelques années de cela, je vous aurais sans doute répondu que je peinais déjà à distinguer un moineau d’une mésange…

L’occasion de m’intéresser d’un peu plus près à ces volatiles, qui jusque là n’avaient jamais attiré mon attention, m’a été donnée par mon fils. Alors haut comme trois pommes, il posait sans cesse des questions sur les oiseaux. Nous découvrant incapables d’y répondre, mon mari et moi avons fait l’acquisition d’un guide ornithologique qui, depuis lors, est toujours à portée de main.

Il est peut-être un peu convenu de dire – surtout un dimanche de baptême – que les parents ne font pas qu’apprendre à leurs enfants, mais qu’ils apprennent aussi de leurs enfants. Toujours est-il qu’à n’en pas douter, les plus jeunes ont la capacité de nous éveiller à des mondes inconnus. Je dois reconnaître que je suis bien heureuse que son intérêt se soit porté sur les animaux plutôt que sur le football. Mais peut-être que si cela avait été le cas, je tiendrais aujourd’hui un tout autre discours.

Regardez les oiseaux du ciel!

Regardez les oiseaux du ciel!
Voilà une exhortation biblique à laquelle il ne m’est pas très pénible de me soumettre. Et j’ai la chance, de la fenêtre de mon bureau, de laisser mon regard se perdre dans le magnifique jardin de la cure qui attire toutes sortes d’espèces : mésanges, verdiers, pinsons, rouge-queue pour ne citer que ceux-ci.

Quoi de mieux pour méditer ce texte de l’évangile de Matthieu qui résonne si fortement dans ces jours printaniers ?

Observez.
Regardez les oiseaux du ciel.
Ils ne sèment ni ne moissonnent.
Ils n’amassent pas de récoltes dans des greniers.
Dieu les nourrit !

Il semble y avoir une telle simplicité, une telle désinvolture dans le mode de vie de ces volatiles.
Et pourtant, les oiseaux sont loin d’être inactifs. Au contraire, ils sont sans cesse en quête de nourriture. Volant ici puis là, picorant avant de repartir. Toujours prêts à déployer leurs ailes pour décoller dans les airs à l’approche d’un chat. Et à cette saison, ils œuvrent avec soin pour la confection de leur nid.

L’exemple que nous offrent les oiseaux du ciel n’est pas celui de l’insouciance ou de la désinvolture. Au contraire, ils ne cessent de travailler. Mais à la différence des êtres humains que nous sommes, ils accomplissent leur labeur de chaque jour sans s’inquiéter de celui du lendemain.

En psychologie du développement, on dit qu’une des caractéristiques de l’adulte, c’est sa capacité à anticiper. L’enfant, lui, en est incapable.
En ce sens là, l’oiseau est un enfant.
Ou l’enfant est un oiseau…

Corollaire de la capacité à anticiper : le souci.
Avoir souci de l’autre, de bien accomplir son travail, de rendre heureux ceux qui nous sont chers, de planifier et d’organiser ce qui doit l’être : autant d’aspects positifs des adultes que nous sommes.
Mais quand avoir souci de… devient se faire du souci… au point de transformer cette capacité à anticiper en une formidable usine à inquiétude, voilà que l’équilibre de vie a du plomb dans l’aile…

Ne vous inquiétez pas !

Ne vous inquiétez pas !
Cette injonction revient comme une rengaine dans l’évangile de Matthieu. Ne vous inquiétez pas ! N’ayez pas peur !
Du tout début à la fin : dans la bouche de l’ange qui s’adresse à Joseph au premier chapitre (Mt 1,20) puis aux femmes qui trouvent le tombeau vide (Mt 28,5). Dans le récit de la tempête apaisée (Mt 14,27) ou celui de la transfiguration (Mt 17,7).
N’ayez pas peur ! Ne vous inquiétez pas !

Qui d’entre vous parvient à prolonger un peu la durée de sa vie par le souci qu’il se fait ?
Si l’inquiétude parvenait à résoudre les problèmes, nous le saurions. Au contraire, elle est à l’origine de bien des maux et ronge les forces vives plus qu’elle ne nourrit la vie.
Mais suffit-il d’ordonner : ne vous inquiétez pas ! pour que l’inquiétude nous quitte ? Ou au contraire, cela risque-t-il d’ajouter au souci la culpabilité de se savoir inquiet ?
De l’inquiétude, pour s’en débarrasser, il faut en être délivré, libéré.

Vous connaissez peut-être le philosophe et écrivain français Fabrice Midal, enseignant de méditation et auteur d’un livre qui a eu beaucoup de succès : Foutez-vous la paix et commencez à vivre.

Dans ce livre, il y a un passage intéressant sur l’idée d’être calme. Midal s’oppose à l’idée que pour méditer il faudrait être zen, calme, dans le sens de détaché de tout. Au contraire, pour lui la méditation permet d’être complètement connecté à ses émotions et sa spiritualité. Le terme calme, dit-il, vient de l’occitan calma qui est un terme maritime pour désigner la mer quand il n’y a pas de vent. Quand la mer est calme, il ne se passe rien et il est impossible d’avancer.
Chercher ce calme là n’a pas de sens.

Évidemment que j’aime et apprécie les moments où je me sens en harmonie avec l’ordre du monde, pendant lesquels le temps semble enfin suspendu. Bien sûr que je me réjouis de ce sentiment de plénitude et d’apaisement, et je me réjouis d’autant plus qu’il se prolonge. Mais je sais aussi qu’un « calme-toi » ne calme jamais quiconque. Ce sentiment dont je veux parler n’est pas une injonction ; il nous arrive de surcroît, comme un don. Ce sentiment, je l’appelle paix.

Fabrice Midal, Foutez-vous la paix… p.54

Plutôt qu’au calme, c’est à la paix qu’il nous faut aspirer !
Une paix que nous ne pouvons gagner par nous-mêmes mais qui nous est donnée de surcroît pour reprendre à la fois les mots de Midal et du texte de Matthieu : tout le reste vous sera donné de surcroît.

Tout le reste vous sera donné de surcroît

Cherchez d’abord, en premier lieu, le Royaume de Dieu et sa justice, tout le reste vous sera donné de surcroît.
Bien des choses, dans la vie, dépendent des priorités que nous posons. Et de l’importance première ou secondaire que nous attribuons à certains projets, à certains combats, à certains défis.

L’Évangile nous exhorte à placer tout en haut de nos priorités la recherche du Royaume de Dieu, du monde tel que Dieu l’espère. La justice de Dieu, ce que nous pourrions aussi appeler notre ajustement à Dieu.
Il est question de cela : rechercher sans cesse à s’ajuster, à ajuster sa vie à ce que nous comprenons que Dieu veut de nous, espère en nous, cherche avec et pour nous.

Il n’est pas interdit de se tromper.
Pour reprendre le prophète Jérémie, ce n’est pas l’erreur le problème, c’est celui de s’obstiner à suivre la fausse route et l’incapacité à écouter ce à quoi pourtant le Seigneur nous appelle.
Les oiseaux eux, ne se laissent pas envahir par l’inquiétude et quand vient le moment de la migration, ils se mettent en route.

Cette quête de l’ajustement nous interdit à la fois de nous abandonner dans un calme qui ne permet pas d’avancer et de nous enfermer dans l’inquiétude.

Pour entrer dans ce dont Dieu nous fait la grâce : la confiance !

Amen

Et en bonus deux sites indispensables pour tout savoir sur les moineaux et les autres oiseaux : vogelwarte et oiseaux.net

Les lettres de deux mères

Prédication épistolaire du culte du 17 mars 2019 à Bôle, avec le baptême du petit Jérôme.

Lectures bibliques : la vocation de Jérémie (Jér 1,4-10) et Jean-Baptiste et Jésus (Luc 3,15-22).

Chère Marie,

J’espère que tout se passe bien à Nazareth!
Comment va ta petite famille: Joseph, les enfants et toi?

Te fais-tu toujours autant de souci pour Joshua? Oui, il est mauvais charpentier, mais il a tellement d’autres qualités qu’il trouvera bien comment s’employer. Si une maison ne lui tombe pas sur la tête avant bien sûr… Je plaisante chère cousine, ne t’inquiète pas trop, tant que Joseph est avec lui, je suis certaine qu’il n’a rien à craindre. Continuer la lecture de Les lettres de deux mères

Au centre de la Matriochka

Prédication du dimanche 17 février 2019.
Lecture de Exode 14,21-25

Inspirée par la lecture de l’excellent Un catéchisme protestant d’Antoine Nouis (page 46).

L’événement fondateur

La sortie d’Égypte.
C’est LE récit qui occupe une place absolument centrale dans la Bible. Aussi bien l’Ancien Testament que le Nouveau sont truffés de références à cet événement marquant dans l’histoire du peuple d’Israël.

En quelques mots, qu’est-ce que c’est, la sortie d’Égypte?
Eh bien, vous le savez: Des Hébreux esclaves en Égypte. Un buisson bizarre. Moïse. Un pharaon qui ne veut rien entendre. Des Hébreux qui s’enfuient. Une mer qui s’ouvre. La liberté. Puis 40 longues années à errer dans le désert.

Voilà les faits.
Et comme tout événement du passé, on peut les observer comme un objet. Les laisser faire partie du décor comme une figurine posée sur notre cheminée. Comme nous pouvons le faire par exemple avec cette poupée.

déposer une poupée russe sur la table de communion

La poser sur une étagère et la laisser prendre la poussière. La regarder parfois comme un reliquat d’un voyage passé.
Mais souvent passer à côté sans plus la remarquer.
Ou alors, on peut y regarder de plus près. Et voir ce qu’il y a à l’intérieur.

ouvrir la poupée et déposer la 2e poupée à côté de la première

Le récit biblique de la sortie d’Égypte se présente comme cette poupée russe. Derrière les fait bruts des événements, il y a plusieurs couches à découvrir.
La première, c’est celle du récit des événements dans les livres de l’Exode, des Nombres et du Deutéronome. Parmi les premiers livres de notre Ancien Testament. Des hommes racontent cette sortie du pays des oppresseurs comme un confession de foi en ce Dieu qui libère. Un Dieu qui ne reste pas indifférent aux souffrances des hommes. Qui ne les laisse pas dans le désespoir mais au contraire qui permet d’espérer un avenir différent. Un Dieu capable d’ouvrir les situations les plus bouchées. Un Dieu fidèle, qui n’oublie pas son peuple. Un libérateur.

Un Dieu aussi qui exige des hommes le respect et la fidélité. Ceux hommes qui n’ont eu de cesse de se plaindre dans le désert. Au point de regretter leurs années d’esclavage. Ces hommes qui se sont révoltés contre Moïse et qui ont mis Dieu à l’épreuve.
Pour les auteurs de ces textes, si le peuple n’a pu atteindre la Terre promise avant ces 40 années, c’est parce qu’ils s’étaient attirés la colère de Dieu. Un Dieu déçu de son peuple.

Cette image de Dieu nous dérange parfois. On aimerait qu’il soit toujours gentil. Mais la colère est une réaction normale quand celui qui est aimé déçoit. Un Dieu capable de déception et de colère, c’est un Dieu vivant.
Loin d’une figurine inerte.

Relecture poétique

Bien plus tard, au temps du pays d’Israël et du Temple de Jérusalem, ces textes ont été relus.
Et à la lumière de la vie d’alors, ils ont révélé d’autres aspects.

ouvrir la poupée et en sortir une 3e

La sortie d’Égypte a inspiré au Psalmiste, l’auteur des chants religieux entonnés au Temple de Jérusalem.

Lecture du Psaume 95.

Un hymne de louange au Dieu créateur. A ce rocher inébranlable. Un Dieu solide, mais si éloigné de nous. Créateur par le passé, c’est comme si nous vivions dans son œuvre achevée. Au sein de sa création dans laquelle il n’intervient plus. C’est ainsi que le psaume nous présente Dieu dans ses premiers vers.

Mais la seconde partie prend une autre tournure et commence par: aujourd’hui
Aujourd’hui puissiez-vous entendre ce qu’il dit.
Aujourd’hui, ne refusez pas de comprendre comme vos ancêtres à Massa et à Meriba. Plusieurs siècles après les événements, la référence est claire pour les auditeurs du temple de Jérusalem. Massa et Meriba, littéralement Épreuve et Querelle, c’est le nom d’un lieu. Massa et Meriba rappellent un épisode bien précis de la vie des Hébreux dans le désert. Alors qu’ils avaient installé leur campement, ils ne trouvèrent pas d’eau à proximité. Le peuple se retourna contre Moïse, l’accusant de l’avoir fait quitter l’Égypte et de le laisser mourir de soif. Moïse pressé de toute part s’était tourné vers Dieu. Et celui-ci qui avait fait sortir de l’eau d’un rocher frappé par le bâton de Moïse.

Le psalmiste montrer poupée 3, cite l’Exode montrer poupée 2 pour faire référence à des événements passés connus de tous montrer poupée 1.

Et appelle les hommes de son temps à ne pas renouveler son endurcissement. Ne tombez pas dans les mêmes travers que ceux qui vous ont précédé. Faites confiance ou vous aussi vous vous perdrez sur le chemin!
L’épisode du désert est réactualisé dans l’aujourd’hui du poète.

Au temps des chrétiens

Dans notre histoire de croyants, le Nouveau Testament opère un changement important. Puisqu’en tant que chrétiens, nous croyons que la venue du Christ change notre rapport à Dieu et au monde.
L’épître aux Hébreux relit la sortie d’Égypte à la lumière de sa foi en Jésus-Christ. C’est le temps du début de l’Église.

ouvrir poupée et déposer la 4e à la suite des autres

Lecture de l’épître aux Hébreux (3,1-13 puis 4,6-7 et 4,12)

L’épître poupée 4 cite le psaume poupée 3 qui lui-même cite l’Exode poupée 2 qui fait référence aux événements poupée 1.

Et nous nous retrouvons ainsi, par couches interposées, si proches de l’événement fondateur.
Frères! Prenez garde de ne pas reproduire les mêmes erreurs que ceux qui vous ont précédé! Apprenez de leurs enfermements et ouvrez votre cœur au Seigneur!
Telles sont les exhortations que l’auteur adresse à la communauté.
Oh combien il est vrai que l’humanité semble peu capable d’apprendre des errements de ses ancêtres!

Aujourd’hui

Quatre poupées. Quatre couches. Quatre époques.
L’histoire, les récits, les poèmes et l’exhortation.
Mais dans toutes ces étapes, et dans les 2 textes que nous avons lu. Il y a un mot, un terme qui nous invite à aller plus loin.
C’est AUJOURD’HUI!

Qu’y a-t-il aujourd’hui, au cœur de cette poupée?
Toutes ces histoires nous parlent-elles à nous, aujourd’hui?!?

ouvrir la poupée et découvrir la toute petite

Au cœur de la poupée russe se trouve cette toute petite poupée.
Elle est un peu moins ornée que les grandes.
Elle est toute simple. Un peu moins stable aussi.
Cette toute petite poupée en devenir, c’est nous. Dans l’aujourd’hui de la foi.

Saurons-nous aller jusqu’au cœur des choses pour nous laisser toucher? Pour ne pas en rester aux événements historiques ou littéraires, mais oser dire je crois?

Il est parfois bon de nous rappeler que nous sommes tous des nouveaux-nés dans la foi. Avec tout à découvrir, à expérimenter, à oser. Et que quel que soit notre âge, il n’est jamais trop tard. Car, comme l’écrit l’auteur de l’épître aux Hébreux: Dieu fixe à nouveau un jour appelé aujourd’hui.

Seule, cette toute petite poupée toute nue serait vulnérable. Mais elle n’est justement pas seule. Comme elle, dans notre aujourd’hui de la foi, nous sommes entourés des croyants d’hier. Des textes, des récits, des poèmes, des exhortations des croyants qui nous ont précédé. Et qui nous accompagnent au travers de leurs paroles, dans notre recherche d’une relation avec Dieu.

Pour nous faire découvrir chaque jour encore, que la Parole de Dieu est vivante et agissante, aujourd’hui!

Amen

Et en bonus, une photo prise par un paroissien pendant le culte. On aperçoit les poupées russes sur la table de communion 😉

La musique de la Parole

Prédication du culte musical avec le Duo Æoline, le 10 février 2019 au temple de Colombier.

Les deux jeunes musiciens Charlotte Schneider et Guy-Baptiste Jaccottet nous ont offert un merveilleux moment de musique favorable à la méditation et à la communion.

Les musiciens offrent leur musique et cherchent à transmettre ce qu’elle leur fait vivre. Les chrétiens en font-ils de même avec l’Évangile? C’est la question qui est en arrière-fond de cette prédication.

Lectures bibliques: 1 Samuel 18,6-11 et 1 Corinthiens 14,1-2.7-12

Charlotte Schneider et Guy-Baptiste Jaccottet forment le Duo AEoline

La musicothérapie ne fait plus effet

Saül est hors de lui.
Il ne peut plus entendre la lyre de David. Les sons qui en sortent et qui hier calmaient ses crises lui sont devenus insupportables.
Une chanson révèle cette jalousie, attisée par les mélodies du si brillant… mais si agaçant David.

J’oublie parfois combien les récits bibliques, qui se présentent à nous uniquement sous forme de textes, sont en réalité remplis de sons, d’odeurs, de sable, de sueur, de parfums, de fruits et de musique. Continuer la lecture de La musique de la Parole

Noël c’est…

Message en 3 volets du culte du 25 décembre 2018 à Colombier

Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Sur ceux qui vivent au pays des ténèbres, une lumière se met à luire. (…) Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu lui a confié l’autorité. On lui donne ces titres: Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père pour toujours, Prince de la paix. Il doit étendre son autorité et assurer une paix sans fin. Il occupera le siège royal de David et régnera sur son empire, pour l’affermir et le maintenir en établissant le droit et l’ordre de Dieu, dès à présent et pour toujours. Voilà ce que fera le Seigneur de l’univers dans son ardent amour.

Ésaïe 9,1.5-6

Noël c’est l’attente

Une attente entretenue, travaillée, répétée pour qu’elle ne s’endorme pas. Noël, c’est se souvenir des annonces prophétiques, de ce roi à venir qu’il faut se préparer à accueillir. Personne ne sait ni le jour ni l’heure… (Mc 13,32)

Noël c’est l’attente d’un événement promis. Qui se réalisera sous une forme inconnue mais qu’il faudra être capables de reconnaître pour surtout ne pas passer à côté. Alors les prophètes le racontent, cet événement, à leur manière. Et ils utilisent les références qui leur parlent et qui parlent au peuple. Celui que l’on attend sera comme David. Non! Mieux encore que David! Il sera roi, prêtre et prophète. Conseiller merveilleux. Dieu fort. Prince de paix.

Mais avant de devenir tout cela, il sera enfant et il faudra le vénérer dès son plus jeune âge. Comment reconnaître parmi tous les enfants qui naîtront dans les temps futurs celui qui deviendra cet homme exceptionnel ?!? Comment éviter de prendre pour le messie le mauvais enfant ? C’est le sujet du film des Monty Pythons La vie de Brian… (on entend le thème musical du film, quelques notes au piano). Continuer la lecture de Noël c’est…

En route!

Hier nous avons eu la chance d’accueillir le Tuesday’s Gospel pour un culte rempli de musique et d’émotions. Voici le texte de la prédication sur Exode 16,1-3 et Marc 9,33-35.

Coups de pioche.
Le front en sueur le long des lignes de chemin de fer qui petit à petit traversent les immenses plaines américaines.
Coups de fouets.
Le genou à terre dans un champ de coton en Caroline du Sud.
On le voit bien ce chariot que l’on tire jusqu’au jugement dernier (Ride the Chariot, chant interprété en ouverture du culte).

Pas étonnant que les Noirs américains de l’époque se soient à ce point sentis proches des Hébreux. Les rails de chemin de fer des uns étaient les briques foulées au pied des autres. Au rythme et aux secousses des mêmes fouets.
On chantait, on espérait, on rêvait à une liberté possible. Et on entretenait l’espérance, la foi. La confiance en ce Dieu qui avait jadis fait sortir Moïse et les siens du pays du Pharaon. Un jour, ce sera notre tour…

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Autour du berceau du petit Moïse

Brèves méditations autour du texte de la naissance de Moïse partagées à l’occasion d’un culte en plain air où ont été célébrés 4 baptêmes de jeunes enfants, dans le cadre magnifique mais un peu frisquet de la Grande Sagneule, le 2 septembre 2018.

Récit d’Exode 2,1-10

Un homme de la tribu de Lévi épousa une femme de la même tribu. La femme devint enceinte, puis mit au monde un garçon. Elle vit que l’enfant était beau et le cacha durant trois mois. Ensuite, ne pouvant plus le tenir caché, elle prit une corbeille en tiges de papyrus, la rendit étanche avec du bitume et de la poix, y déposa l’enfant et alla placer la corbeille parmi les roseaux au bord du Nil. La sœur de l’enfant se tint à quelque distance pour voir ce qui lui arriverait.

Un peu plus tard, la fille du Pharaon descendit au Nil pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient le long du fleuve. Elle aperçut la corbeille au milieu des roseaux et envoya sa servante la prendre. Puis elle l’ouvrit et vit un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié et s’écria : «C’est un enfant des Hébreux!» La sœur de l’enfant demanda à la princesse: «Dois-je aller te chercher une nourrice chez les Hébreux pour qu’elle allaite l’enfant?» — «Oui», répondit-elle.

La fillette alla chercher la propre mère de l’enfant. La princesse dit à la femme: «Emmène cet enfant et allaite-le pour moi. Je te payerai pour cela.» La mère prit donc l’enfant et l’allaita.

Lorsque l’enfant fut assez grand, la mère l’amena à la princesse; celle-ci l’adopta et déclara: «Puisque je l’ai tiré de l’eau, je lui donne le nom de Moïse.»

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A méditer cet été, les pieds dans l’eau

Prédication du dimanche 1er juillet 2018 sur 2 Corinthiens 8,1-15

Avant d’écouter la lecture de ce jour, rappelons-nous le contexte de la première Église.
Lors de l’Assemblée de Jérusalem, un accord a été passé entre Pierre et ses acolytes d’une part, et Paul et ses collaborateurs d’autre part. Les premiers concentreraient leurs efforts sur la christianisation du monde juif, alors que les seconds iraient porter l’Évangile en terre païenne.
Les publics cibles – dirions-nous aujourd’hui – seraient différents, mais l’objectif le même: faire connaître le plus largement possible le message de l’Évangile de Jésus-Christ et offrir la possibilité à tout homme et toute femme qu’elle que soit son origine de connaître la foi chrétienne et de s’y convertir.

En signe d’unité et d’union entre tous ces membres disséminés du peuple de Dieu, Paul s’était engagé à ce que les nouvelles communautés fondées grâce à son œuvre évangélisatrice témoignent leur solidarité avec les communautés de Judée. Une solidarité dans la prière, mais pas uniquement. Une solidarité aussi exprimée de manière très concrète: une collecte d’argent pour soutenir ces premiers chrétiens vivant dans un contexte hostile. Paul et ses collaborateurs ont sillonné la Grèce et la Macédoine, proclamant l’Évangile et fondant des Églises. Nous avons dans plusieurs épîtres le signe qu’il a eu à cœur d’honorer cet engagement.

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C’est quand, la saison des figues?

Prédication du dimanche des Rameaux sur Mc 11,1-21 (l’entrée à Jérusalem et le figuier stérile)

Un homme, un vrai!

Il y a une chose qui m’énerve dans les représentations de Jésus. Que ce soit dans la peinture ou dans les illustrations de livres pour enfants, mais surtout dans les films et les dessins animés qui racontent des épisodes bibliques.
Ce qui m’énerve, c’est cet air éthéré qu’a presque toujours Jésus : les yeux vitreux, l’air pénétré, la tête un peu penchée, une voix douce et pleine de souffle.

Les événements semblent glisser sur lui comme sur les plumes d’un canard. Il ne se laisse atteindre par rien. Il s’adresse à ses interlocuteurs avec ce calme olympien, même s’il se trouve au milieu d’une foule agitée.

C’est fou ce que ce Jésus-là m’énerve. En tout cas, il est certain que si j’avais vécu à l’époque, je n’aurais jamais suivi cet espèce de gourou survolant le monde.
C’est tout de même étrange que les cinéastes, les auteurs et les dessinateurs lui donnent ces traits, alors que les évangiles dont ils s’inspirent présentent au contraire un Jésus résolument humain.

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Au commencement était la violence

Prédication sur Genèse 4,1-16 (Caïn et Abel). Lecture biblique: Ecclésiaste 8,14-17.

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.

Ainsi débute le poème de Victor Hugo intitulé La Conscience. Continuer la lecture de Au commencement était la violence

Ce petit manque qui gâche la fête

Prédication du culte d’installation dans la paroisse de La BARC, le 14 janvier 2018 au temple de Colombier, sur Jean 2,1-11 (les noces de Cana). Lecture biblique: 2 Pierre 1,2-8

On va manquer de vin!
Pas aujourd’hui, je vous rassure. Je crois que tout a été prévu pour que nous ne manquions pas, ni à la cène ni lors de l’apéritif qui suivra le culte. C’est à la noce à laquelle Jésus et ses proches sont associés que le vin vient à manquer.

Cette histoire des noces de Cana se situe tout au début de l’évangile de Jean, c’est la première fois que Jésus opère un miracle, un signe comme le dit le 4e évangéliste. Et même si les signes vont crescendo dans l’évangile, on se dit que cela ne semble pas si grave de manquer de vin. Même si je sais que dans la région, c’est un sujet sensible.
S’il s’agissait d’un manque d’eau au milieu du désert ou d’un manque de pain en période de disette, on comprendrait la nécessité de l’intervention divine. Mais pour un manque de vin dans une noce où il en a certainement déjà été beaucoup bu… on voit moins.

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Y a d’la joie!

Prédication du dimanche 12 novembre sur Philippiens 4,4-9. Lecture d’extraits de Exode 14-15.

Le week-end dernier, je l’ai vécu avec les catéchumènes et quelques 5000 autres jeunes protestants à Genève. La Fédération protestante de Suisse (FEPS) avait organisé un festival jeunesse pour marquer le jubilé de la Réforme, événement unique auquel j’ai eu la chance de participer avec eux.

Ce festival RéformAction avait un parti pris assumé: celui de permettre aux jeunes de s’amuser. C’était osé. Car on le sait bien, quand on s’amuse, ce n’est pas sérieux. Et la foi, c’est une affaire sérieuse! C’est quelque chose que j’ai souvent entendu, de manière directe ou indirecte. Il existe le soupçon que si les jeunes ont du plaisir, c’est que le catéchisme est fait à la légère. Comme si il fallait toujours aborder les questions fondamentales avec un air grave. On n’est parfois pas loin de penser que s’ils s’ennuient, c’est la preuve que le caté est bon.

Personnellement, je crois que l’on peut s’amuser, avoir du plaisir à être ensemble, et ainsi installer entre eux et avec nous une confiance propice à l’ouverture, la confidence, l’écoute et le chemin de foi.

Malheureusement, on laisse souvent aux communautés évangéliques le monopole de la fête. Nous les réformés, nous sommes des gens sérieux. Dignes descendants du juriste Calvin. Et nous peinons à faire de l’Évangile une fête. Continuer la lecture de Y a d’la joie!

Cultivons notre jardin

Prédication du dimanche 3 septembre sur Genèse 3,8-19.23 et Jean 10,7-9 Je suis la porte.

Cette année, paraît-il, est une bonne année pour les tomates. Je dis paraît-il parce que je ne cultive pas moi-même de tomates, mais j’ai entendu plusieurs personnes relever l’abondance de la récolte annuelle. Une abondance qui est accueillie avec joie, mais aussi parfois avec un peu d’inquiétude: Que faire de tous ces fruits ?!? En nous gratifiant ainsi, la nature exige aussi de nous une quantité importante de travail.

Je suis probablement d’autant plus admirative des talents agricoles de nombreux d’entre vous que je n’ai moi-même pas du tout la main verte. Mais, signe de la grâce, il arrive que des anges (!) viennent déposer derrière ma porte tomates, raisin, pruneaux et pâtissons. Si je ne sais pas les cultiver, soyez sûrs que je sais les apprécier !

Je le constate souvent : le jardin prend une place importante dans la vie et le quotidien de beaucoup de gens par ici. Et à défaut de vous proposer des conseils avisés en jardinages, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas inintéressant d’oser une petite escapade intellectuelle dans un jardin. Continuer la lecture de Cultivons notre jardin

Du jugement dernier à l’ultime jugement

Pour cette année jubilaire de la Réforme, la FEPS a édité un petit fascicule: 40 thèmes pour cheminer. Voici la prédication issue de mes réflexions autour du thème n°14 Le jugement dernier ne fait plus peur?

Le Jugement dernier de Jérôme Bosch

Le feu crépite, les flammes nous encerclent. Tout n’est plus que cris et grincements de dents.
Nous voilà au plein milieu… non pas de l’enfer, mais des représentations qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le jugement dernier.

Aujourd’hui encore, nous sommes profondément marqués par ces images qui, depuis le Moyen Âge, imprègnent nos esprits. A l’époque, la peur de brûler en enfer était réelle. Elle tenait les hommes et les femmes sous la coupe d’une Église qui n’hésitait pas à attiser cette peur pour asseoir son pouvoir sur le peuple.
Mais voilà qu’aujourd’hui, la menace des flammes de l’enfer ne fait plus trembler personne. Et c’est un bien!

Dès lors, pouvons-nous encore évoquer le jugement dernier sans passer pour des fous réactionnaires enfermés dans l’obscurantisme le plus crasse? Eh bien, c’est le défi qui m’a été lancé avec ce thème choisi parmi les 40 qui nourrissent notre réflexion en cette année jubilaire. Alors je m’y lance!

Représentations apocalyptiques

Pour commencer, il s’agit de ne pas perdre de l’esprit, lorsque nous abordons les récits bibliques qui parlent du jugement, que nous ne sommes pas dans le domaine du descriptif. Comme lorsque nous abordons la question de la résurrection par exemple, il ne s’agit pas d’événements qui peuvent être totalement appréhendés avec notre raison. Les textes nous entraînent donc dans les registres de la poésie, de l’évocation, de la symbolique. Pour nous permettre de saisir quelque chose qui échappe en partie à notre raisonnement intellectuel.
Le livre de l’Apocalypse en particulier, nous immerge dans ce langage étrange qui nous est rendu d’autant plus obscur que les références évidentes pour le lecteur de l’époque nous échappent aujourd’hui.

Certaines images sont terribles, effrayantes et fascinantes. Si bien que dans le langage courant, l’apocalypse est devenue synonyme d’anéantissement du monde dans d’atroces souffrances. Mais gardons à l’esprit que le message principal qui habite ce dernier livre biblique n’est autre que l’annonce de la victoire écrasante et définitive de Dieu et du Christ sur les forces du mal.

Aux martyrs du premier siècle, l’auteur du livre des révélations l’affirme : malgré toutes les apparences, tous les signes du monde d’alors, le Christ sera vainqueur et le mal tombera.

Dans le monde biblique, de nombreuses images sont utilisées pour évoquer ce jugement dernier: la moisson, la vendange, le festin. Dans le chapitre 20 de l’apocalypse, c’est autour de la personne du juge qu’est construit le récit. Un juge qui en impose. Sans démonstration de force ni de puissants effets. Sa seule apparition sur son trône blanc provoque le respect, de la terre jusqu’au ciel.

Au cœur des terribles tourments, l’arrivée du juge est lumineuse, et s’impose par une puissance qui n’est pas celle de la violence. Le vainqueur que l’apocalypse nous annonce ne fait pas usage des mêmes armes que le mal, personnifié en Satan. Son feu n’est pas celui qui détruit et qui consume. Mais le feu qui vient d’en-haut. Celui qui brûlait dans le cœur des disciples d’Emmaüs.

De même, son jugement n’est pas condamnation et punition. Il est d’un autre ordre.

Jugement ou non-jugement?

Salomon, pour rendre son jugement, demande une épée. Et avec celle-ci que fait-il ? Il tranche. Sans faire couler la moindre goutte de sang puisqu’il ne tranche pas l’enfant. Il tranche la décision. Il permet le discernement. Et empêche ainsi que ressortent vainqueurs de ce jugement : la colère, la violence et la jalousie.
C’est une arme bien plus puissante qui l’emporte. Celle que nous pourrions appeler l’amour.

Le jugement aujourd’hui, n’est pas très à la mode. Qu’il soit dernier ou non d’ailleurs. J’entends souvent chez les jeunes l’importance de ne pas se sentir jugé. Le non-jugement est même devenu une valeur presque absolue. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, si là derrière il y a un désir légitime de s’affranchir du pouvoir que le regard des autres peut exercer sur une jeune personne en train de se construire, il y a un glissement possible dans cet idéal du non-jugement.

Un glissement qui me semble également assez dangereux. Celui du relativisme. Au royaume du non-jugement, le tout se vaut est roi. Et comment, dans un environnement indistinct entre le bien et le mal, forger son identité ?

L’Évangile, je crois, n’est pas dénué de jugement. L’Évangile tranche. Il est même une épée à double tranchant (Héb 4,12).

Et il est fondamental de ne pas occulter tout jugement. Porter un jugement permet de pouvoir condamner certains comportements. Condamner la violence verbale et physique. Affirmer qu’il y a des actes qui sont inadmissibles et qui portent en eux le mal.
Non, tout ne se vaut pas ! Et il est fondamental de l’affirmer.

Le jugement… ultime

Mais ce jugement là est-il entre nos mains ?
Il y a des actes clairement condamnables et la justice humaine fait son travail de discernement.
Mais on le sait bien, il n’est pas toujours aisé de distinguer le bien du mal. Et un même acte peut se révéler avoir des conséquences aussi bien positives que négatives. Les choses ne relèvent pas toujours de l’évidence.

Le récit du jugement de Salomon se termine d’ailleurs avec cette émerveillement de la part des Israélites. Qui ne peuvent qu’attribuer à Dieu la résolution de cette affaire. Dieu qui a rempli de sagesse le roi Salomon.

Le bien et le mal nous dépassent. Nous ne sommes finalement que des créatures. Seul Dieu en est le maître. A lui donc, revient le jugement dernier.

Et j’aimerais que nous nous détachions des représentations temporelles lorsque nous utilisons le qualificatif dernier. Ce n’est pas chronologiquement que ce jugement est le dernier. Mais c’est l’ultime, le plus grand, le jugement définitif.

Ce jugement-là n’est pas une menace, puisqu’il émane de Dieu. Celui qui a toujours utilisé les armes de l’amour pour terrasser le mal. Mais il est le plus important. Il nous libère ainsi que la pression de porter des jugements absolus sur nous-mêmes ou nos semblables.

Quoi de plus beau que de se dire que sur ma vie, c’est à Dieu qu’appartient l’ultime parole ?

Amen

Les pierres crient!

Prière d’intercession en lien avec Luc 19,40

Les pierres crient, Seigneur!
Elles crient et nous crions avec elles.
Quand des enfants meurent gazés
Notre être tout entier crie.

Les pierres crient, Seigneur!
Et nous crions avec elles.
Quand un homme lance un camion dans une foule.
Oui, nous crions!

Est-ce dans ce monde-là que nous vivons?
Ce monde, nous avons honte de te le présenter.
Est-ce cela que nous avons fait de ta Création?
Nos cris semblent se perdre dans le néant.
C’est notre impuissance qui devient criante.

Viens, Seigneur, au secours de notre monde.
Fais de nous tes témoins
Capables de porter l’espérance
D’accueillir celles et ceux qui souffrent
D’oser une parole.

Donne courage et discernement aux hommes et aux femmes qui exercent des responsabilités.
Touche les cœurs endurcis. Ceux desquels ne sortent que barbarie et horreur.
Ce sont pourtant des cœurs humains, et nous croyons que tu peux leur rendre leur humanité.

Oui, les pierres crient.
Et avec elles, nous voulons donner de la voix.
Parce que nous croyons que le mal n’est pas un fatalité.
Que toute espérance n’est pas vaine.
Et qu’en toi, notre confiance est renouvelée.

Amen