En route vers Pâques, les enfants!

Samedi, j’ai animé une rencontre de l’Eveil à la foi sur le thème « En route vers Pâques ». Je me suis inspirée du programme proposé par le Service de catéchèse de l’Eglise catholique de Fribourg tout en y apportant quelques modifications. L’activité est destinée aux enfants de 3 à 6 ans, accompagnés de leurs parents, mais les fratries viennent souvent au grand complet, donc les enfants ont entre 0 et 10 ans. Le groupe est œcuménique, les rencontres ont lieu dans les églises (cette fois à l’église catholique de Boudry), des samedis matins donc par pendant une messe ou un culte.

Habituellement, j’anime avec un collègue catholique, qui cette fois-ci était retenu par une autre activité. Et des parents se proposent pour l’animation et la préparation du bricolage. Mais les agendas familiaux ne le permettaient pas cette fois-ci. Je devais donc trouver un moyen d’assumer à la fois l’animation du récit et du bricolage (avec sur place évidemment l’appui des parents).

Voici ce que j’ai proposé et qui a plutôt bien fonctionné. Si cela peut rendre service à d’autres, j’en serais heureuse! Continuer la lecture de En route vers Pâques, les enfants!

Martin Luther: mauvais lanceur d’alerte

Avec l’ouverture de l’année du Jubilé de la Réforme, les publications sont nombreuses. Et je me suis réjoui en voyant l’autre jour au Centre de catéchèse une BD sur Martin Luther, dont j’avais lu du bien dans un billet du CIDOC.

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Son titre m’a laissée un peu perplexe: Martin Luther, lanceur d’alerte. Actualisation de l’histoire de la Réforme ou sorte de transposition au XXIe siècle genre science fiction??? Le dessin de la couverture laisse pourtant penser que le récit se passe bel et bien au Moyen-Âge.

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En ouvrant la BD, j’ai été déçue par le dessin. Pas du tout moderne ni créatif. On dirait de l’illustration de livre pour enfants des années 80. Et dans les bulles, du texte imprimé avec une police d’écriture qui imite l’écriture manuscrite.
À la lecture, on comprend vite que les auteurs ne sont pas des auteurs de BD. Probablement, ils ne s’adressent pas à des lecteurs de BD non plus, car le récit n’est pas construit comme un scenario de bande dessinée.

Il n’y a aucun parti pris narratif, pas d’intrigue. Les personnages n’ont pas d’épaisseur (même si le moine Luther prend du poids au fur et à mesure des pages…).

À mon avis, cette publication est plutôt une présentation de la vie de Luther illustrée. Mais là non plus, ce n’est pas réussi. Les événements s’enchaînent sans qu’on ne les comprenne vraiment. On passe d’une page à l’autre de la révolte des paysans à la controverse avec Érasme sans saisir les enjeux ni de l’une ni de l’autre. Les événements sont présentés de manière chronologique mais sans ancrage dans un contexte. Dès lors, il me semble que le récit est incompréhensible pour des personnes qui n’ont pas de connaissances préalables. Alors même que cet album vise justement à faire découvrir Luther à un nouveau public.

À un moment de la lecture, je me suis demandée si la traduction n’était pas mauvaise. Je n’ai pas la capacité de vérifier dans la version originale en néérlandais, mais en observant un peu mieux, je me suis fait deux remarques.

Premièrement, il y a en réalité peu de dialogues mais énormément de cartouches (c’est ainsi que l’on appelle les encadrés rectangulaires qui introduisent les éléments descriptifs). Il y a aussi une confusion entre les phylactères (les «bulles») qui expriment la pensée et la parole. Des indices que les codes du genre littéraire de la bande dessinée ne sont pas maîtrisés par les auteurs, et donc mal utilisés.

Deuxièmement, à l’intérieur même des bulles, ce sont moins des dialogues que des citations. Quand on connaît un peu l’histoire de Luther et de son temps, on reconnaît plusieurs tournures de phrases célèbres (sitôt que sonne votre obole, du feu brûlant l’âme s’envole; un Dieu dans le ciel, un empereur sur la terre; des propos de table de Luther; etc ). De même pour les affirmations théologiques.

Je trouve que cette volonté de fidélité aux paroles des protagonistes n’est pas du tout au service de la lecture ni de la compréhension. Ce que Luther a fait en traduisant la Bible en langage du peuple, c’est ce que cette BD n’arrive pas à faire en racontant Luther.

Bref, grande déception. Si vous voulez un ouvrage facile d’accès pour adolescents et adultes, préférez de loin Martin Luther l’aventurier de Dieu d’Annick Sibué sorti il y a deux ans.

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Carte postale

Le camp de catéchisme est LE moment fort de l’année et après ces quelques jours, on se dit que tous les efforts mis en œuvre pendant l’année ont valu la peine. En particulier, le travail parfois ingrat de début d’année où nous relançons les familles et encourageons les jeunes à s’inscrire au KT.

Nombreux sont ceux qui nous disent: j’ai hésité à m’inscrire, mais je ne le regrette pas. Il y a quelques années, une catéchumène a dit au culte de fin de KT : mes parents m’ont forcé à faire le KT et je leur dis merci!

Le culte de Fête du KT, qui se vit une semaine après le camp est en général un moment fort où les jeunes témoignent de leur enthousiasme et partagent ce qu’ils ont vécu. Plusieurs fois, nous nous sommes dit que si les éventuels futurs catéchumènes les entendaient à ce moment là, cela les encouragerait à s’inscrire au KT l’année suivante.

Nous avons donc décidé de les y inviter! Et pour cela, de leur envoyer une carte postale depuis le camp, les invitant à venir au culte le dimanche suivant.

Voici comment nous avons procédé.

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Les enfants, les ados et la mort

Dans le cadre de mon travail en paroisse, j’ai régulièrement l’occasion de visiter des familles qui vivent un deuil. Dans ces familles, il y a parfois de jeunes enfants ou des adolescents. Je constate qu’en règle générale, ceux-ci sont écartés du moment de discussion qui réunit la famille et le pasteur et qu’il arrive même qu’ils ne soient pas présents à la cérémonie.

Le journal régional Le Courrier neuchâtelois a publié cette semaine un article sur les ados et la mort qui met en avant le besoin des jeunes d’en parler sans tabou. Mon collègue Raoul Pagnamenta et moi-même avons été contactés par la journaliste et brièvement cités.

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Reforme-Mort-enfantsJe suis persuadée qu’écarter les enfants pour soi-disant les «épargner» est une erreur. L’hebdomadaire protestant français Réforme avait publié il y a un peu plus d’une année un très bon article de la psychosociologue Édith Tartar-Goddet: Parler de la mort avec des enfants petits.

Les enfants vivent aussi une perte qu’il convient de prendre au sérieux et même dans les cas où ils ne voyaient que très peu la personne décédée (ou s’ils n’avaient que peu de liens avec elle), les petits enfants ressentent le fait que leurs parents vivent quelque chose de particulier.
Il est souvent difficile pour les adultes qui ont déjà à affronter leurs émotions et gérer leur propre deuil, de prendre le temps et l’énergie d’accompagner celui de leur enfant.

Il existe des livres que les parents (ou les pasteurs) peuvent lire avec les enfants. J’ai pris l’habitude d’acheter ceux sur lesquels je tombe dans une librairie ou un catalogue. Mais à mon avis, il n’y en pas de meilleur que le grand classique Au revoir Blaireau de Susan Varley.

Au revoir blaireau

Le thème est posé dès le départ, la première page commence ainsi:

Blaireau était un ami sûr, toujours prêt à rendre service. Très vieux, il connaissait presque tout de la vie et savait aussi qu’il devait mourir bientôt.

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Ce livre convient bien pour accompagner la perte d’une personne âgée, rassasiée de jours comme le dirait la Genèse. Ou même pour préparer un enfant à la perte prochaine d’un arrière-grand-parent par exemple.

Je trouve que le dessin est beau, assez classique. Les personnages sont des animaux. Les enfants aiment ce monde un peu fantastique où les animaux vivent et parlent «un peu comme des hommes mais pas tout à fait». Le blaireau vit dans un terrier mais il porte un manteau et se repose sur un fauteuil à bascule. Ce mélange entre le monde animal et celui des hommes permet aux enfants de s’identifier tout en gardant une distance avec les protagonistes de l’histoire.

Blaireau entre dans la mort avec sérénité, il s’endort et descend dans le Grand Tunnel, où il n’a plus besoin de sa canne pour soutenir son pas, où il se sent libre.

La suite du livre porte sur les amis de Blaireau et la tristesse qui les étreint. L’hiver arrive, puis le printemps. Les amis se réunissent et évoquent des souvenirs de Blaireau, ils font mémoire des bons moments et relèvent chacun ce que Blaireau leur laisse comme héritage (il a appris à patiner à Grenouille, a donné la recette du pain d’épices à Mme Lapin, etc).

Cela permet d’évoquer avec les enfants qu’il est normal d’être triste et que cela prend du temps. On relève également la nécessité de se réunir pour se souvenir de la personne décédée. On peut ainsi expliquer à l’enfant ce qui va se passer pendant la cérémonie (évocation de la personne et reconnaissance), ou si la lecture se fait après les funérailles expliciter ce qui a été vécu à ce moment là.

Aucune espérance chrétienne n’est clairement exprimée. Mais la fin du livre est ouverte sur… quelque chose et il est alors possible, dans la discussion avec l’enfant, d’exprimer ce que nous croyons. Ma conviction est que dans le domaine de la mort comme dans celui de la foi, l’adulte n’a pas à apporter des réponses mais bien plus à accompagner les questionnements des enfants. Ce que formule très bien Édith Tartar-Goddet lorsqu’elle écrit:

N’oublions pas que nous nous exprimons en tant que témoin et non en tant que « savant ».

Ressources

Plusieurs références de livres pour les enfants sur le deuil ont été sélectionnées sur le site français Apprendre à éduquer. Je ne les connais pas tous.