Y a d’la joie!

Prédication du dimanche 12 novembre sur Philippiens 4,4-9. Lecture d’extraits de Exode 14-15.

Le week-end dernier, je l’ai vécu avec les catéchumènes et quelques 5000 autres jeunes protestants à Genève. La Fédération protestante de Suisse (FEPS) avait organisé un festival jeunesse pour marquer le jubilé de la Réforme, événement unique auquel j’ai eu la chance de participer avec eux.

Ce festival RéformAction avait un parti pris assumé: celui de permettre aux jeunes de s’amuser. C’était osé. Car on le sait bien, quand on s’amuse, ce n’est pas sérieux. Et la foi, c’est une affaire sérieuse! C’est quelque chose que j’ai souvent entendu, de manière directe ou indirecte. Il existe le soupçon que si les jeunes ont du plaisir, c’est que le catéchisme est fait à la légère. Comme si il fallait toujours aborder les questions fondamentales avec un air grave. On n’est parfois pas loin de penser que s’ils s’ennuient, c’est la preuve que le caté est bon.

Personnellement, je crois que l’on peut s’amuser, avoir du plaisir à être ensemble, et ainsi installer entre eux et avec nous une confiance propice à l’ouverture, la confidence, l’écoute et le chemin de foi.

Malheureusement, on laisse souvent aux communautés évangéliques le monopole de la fête. Nous les réformés, nous sommes des gens sérieux. Dignes descendants du juriste Calvin. Et nous peinons à faire de l’Évangile une fête. Continuer la lecture de Y a d’la joie!

Cultivons notre jardin

Prédication du dimanche 3 septembre sur Genèse 3,8-19.23 et Jean 10,7-9 Je suis la porte.

Cette année, paraît-il, est une bonne année pour les tomates. Je dis paraît-il parce que je ne cultive pas moi-même de tomates, mais j’ai entendu plusieurs personnes relever l’abondance de la récolte annuelle. Une abondance qui est accueillie avec joie, mais aussi parfois avec un peu d’inquiétude: Que faire de tous ces fruits ?!? En nous gratifiant ainsi, la nature exige aussi de nous une quantité importante de travail.

Je suis probablement d’autant plus admirative des talents agricoles de nombreux d’entre vous que je n’ai moi-même pas du tout la main verte. Mais, signe de la grâce, il arrive que des anges (!) viennent déposer derrière ma porte tomates, raisin, pruneaux et pâtissons. Si je ne sais pas les cultiver, soyez sûrs que je sais les apprécier !

Je le constate souvent : le jardin prend une place importante dans la vie et le quotidien de beaucoup de gens par ici. Et à défaut de vous proposer des conseils avisés en jardinages, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas inintéressant d’oser une petite escapade intellectuelle dans un jardin.

Promenade en Eden

L’évocation du jardin fait immédiatement résonner dans le monde biblique le célèbre jardin d’Eden. Dans le pays d’Eden, nous dit le texte, le Seigneur Dieu planta un jardin (Gn2.8). Dans ce pays originel, mythique. Pays des délices, étymologiquement parlant.

Le jardin du Seigneur Dieu pousse dans la plus pure tradition des jardins royaux de Mésopotamie. Espace clos autour du palais du roi et d’un sanctuaire, où seul le roi et ses proches sont invités à déambuler. Planté de grands palmiers et de dattiers qui permettent, à leur ombre, à de nombreuses autres plantes de pousser. Variétés de haricots, lentilles, figues et autres fruits. On y cultive tout ce que la nature offre et on y développe ses connaissances en agriculture. La végétation y est abondante et abrite oiseaux et animaux sauvages. Le jardin antique est une oasis, un parc clos. Ce que nous appellerions peut-être aujourd’hui une réserve naturelle.

Le roi s’y promène, y médite.
Il y invite aussi parfois les rois des pays voisins et profite d’y asseoir un peu sa puissance. Avoir un beau jardin, y cultiver des espèces rares, c’est démontrer sa capacité à dominer la nature. Une manière subtile de décourager d’éventuelles velléités de conquête.

Pour traduire le mot jardin – gan en hébreu – les traducteurs grecs de la LXX (traduction ancienne de l’Ancien Testament en langue grecque), ont utilisé le terme paradeisos. Vous comprenez donc évidemment d’où nous vient cet héritage de l’association entre le jardin d’Eden et le Paradis.

Rien en réalité ne situe ce récit au ciel, dans un paradis hors du monde. Au contraire, Dieu nous est ici présenté comme un roi antique, se promenant dans son jardin, espace clos et luxuriant autour de son palais. Représentation anthropomorphique d’un Dieu souverain.

L’homme dans le jardin

Le Seigneur Dieu avait alors établi l’homme dans son jardin pour le cultiver et le garder (Gn 3,15), nous dit le texte.
Au jardin d’Eden, dans cet état idéal, les relations vitales sont équilibrées.
Relations entre les humains et les animaux, entre l’homme et la femme, entre l’être humain et Dieu, entre la terre nourricière et l’humanité. Le jardin est alors le lieu où se vit la proximité véritable.

Une proximité à saisir dans nos jardins également.
Jardiner permet ce rapport à la terre, à la nature, à la découverte de la grâce que sont les fruits que l’on récolte.
Jardiner demande du temps, de la patience, et devient assurément l’occasion de méditations, de retour à soi, de prières.
Le jardin oblige à sortir de chez soi. Parfois même quand il ne fait pas beau ou trop chaud.
Et pourtant, le jardin est justement une occasion de mieux se retrouver chez soi. Dans son intériorité.

D’ailleurs, la vocation de l’être humain est bien de vivre hors du jardin d’Eden.
Hors d’une nature parfaitement cadrée, maîtrisée, dominée. Les conséquences de la gourmandise trop grande de l’homme et de la femme ne sont pas des punitions, mais la conscience de la pénibilité du travail, de l’hostilité de la nature, de la douleur de la vie.

Si le serpent et le sol sont maudits dans le texte, ce n’est pas le cas de l’homme ni de la femme.

L’homme n’est pas condamné à cultiver la terre. Il le faisait déjà en Eden ! Mais désormais, la terre sera moins généreuse. Le travail plus exigent. Le résultat moins certain.

L’homme et la femme ont aspiré à la connaissance du bien et du mal, et à peine cette connaissance acquise, ils se déchargent de leurs responsabilités : c’est la faute de l’autre.

En eux, le Seigneur Dieu ne peut plus trouver des partenaires avec qui s’entretenir lors de ses déambulations dans son jardin. Les relations vitales sont perturbées. Entre les hommes, les animaux, la nature et Dieu, les choses ne relèvent plus (ou pas) de l’évidence.

L’être humain n’a dès lors plus rien à faire dans ce jardin royal. Sa place est dans le monde, à cultiver la terre.

Dedans et dehors

Il lui faut cultiver son jardin. Comme Candide.
Le héros de Voltaire, au terme de son périple, renonce à la philosophie et à la métaphysique pour s’occuper, à son échelle, de ce qu’il est capable de changer. Il se concentre sur ce sur quoi il a prise. Dans la confiance que l’être humain est capable d’améliorer sa condition.

En cultivant son jardin, l’homme bien sûr agit à son échelle. Il cultive aussi sa vie intérieure. Son jardin intérieur, osons l’expression.

En réfléchissant ces derniers jours sur cette thématique du jardin, je me suis surprise à avoir envie de m’y mettre. Et pourtant à être certaine que je ne le ferais pas. Par manque de temps sans doute, aussi de régularité et par manque de connaissances. Il n’est pas simple de partir de zéro dans un domaine. Peut-être un jour le ferai-je. Qui sait ?

Pour l’instant, je me contente d’observer avec reconnaissance mes enfants pousser, et de profiter du jardin que nous offre la nature pour m’y balader et m’abandonner à mes méditations.

De cette méditation sur le jardin, je retiendrai ce va et vient continuel entre l’intérieur et l’extérieur.
Lieu clos et sécurisé du jardin royal.
Et en même temps ouverture vers la nature infinie.
Sécurité de l’espace maîtrisé.
Et vocation à vivre dans le monde.
Discipline de la culture à l’air libre.
Et occasion de se plonger à l’intérieur de soi.

Intérieur – extérieur.
Et cette parole de Jésus qui résonne :
Je suis la porte de l’enclos. Celui qui entre par moi sera sauvé, il pourra entrer et sortir, et il trouvera sa nourriture.

Reste maintenant à cultiver cette relation avec celui qui nous permet d’entrer et de sortir de nos jardins.

Amen

Du jugement dernier à l’ultime jugement

Pour cette année jubilaire de la Réforme, la FEPS a édité un petit fascicule: 40 thèmes pour cheminer. Voici la prédication issue de mes réflexions autour du thème n°14 Le jugement dernier ne fait plus peur?

Le Jugement dernier de Jérôme Bosch

Le feu crépite, les flammes nous encerclent. Tout n’est plus que cris et grincements de dents.
Nous voilà au plein milieu… non pas de l’enfer, mais des représentations qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le jugement dernier.

Aujourd’hui encore, nous sommes profondément marqués par ces images qui, depuis le Moyen Âge, imprègnent nos esprits. A l’époque, la peur de brûler en enfer était réelle. Elle tenait les hommes et les femmes sous la coupe d’une Église qui n’hésitait pas à attiser cette peur pour asseoir son pouvoir sur le peuple.
Mais voilà qu’aujourd’hui, la menace des flammes de l’enfer ne fait plus trembler personne. Et c’est un bien!

Dès lors, pouvons-nous encore évoquer le jugement dernier sans passer pour des fous réactionnaires enfermés dans l’obscurantisme le plus crasse? Eh bien, c’est le défi qui m’a été lancé avec ce thème choisi parmi les 40 qui nourrissent notre réflexion en cette année jubilaire. Alors je m’y lance!

Représentations apocalyptiques

Pour commencer, il s’agit de ne pas perdre de l’esprit, lorsque nous abordons les récits bibliques qui parlent du jugement, que nous ne sommes pas dans le domaine du descriptif. Comme lorsque nous abordons la question de la résurrection par exemple, il ne s’agit pas d’événements qui peuvent être totalement appréhendés avec notre raison. Les textes nous entraînent donc dans les registres de la poésie, de l’évocation, de la symbolique. Pour nous permettre de saisir quelque chose qui échappe en partie à notre raisonnement intellectuel.
Le livre de l’Apocalypse en particulier, nous immerge dans ce langage étrange qui nous est rendu d’autant plus obscur que les références évidentes pour le lecteur de l’époque nous échappent aujourd’hui.

Certaines images sont terribles, effrayantes et fascinantes. Si bien que dans le langage courant, l’apocalypse est devenue synonyme d’anéantissement du monde dans d’atroces souffrances. Mais gardons à l’esprit que le message principal qui habite ce dernier livre biblique n’est autre que l’annonce de la victoire écrasante et définitive de Dieu et du Christ sur les forces du mal.

Aux martyrs du premier siècle, l’auteur du livre des révélations l’affirme : malgré toutes les apparences, tous les signes du monde d’alors, le Christ sera vainqueur et le mal tombera.

Dans le monde biblique, de nombreuses images sont utilisées pour évoquer ce jugement dernier: la moisson, la vendange, le festin. Dans le chapitre 20 de l’apocalypse, c’est autour de la personne du juge qu’est construit le récit. Un juge qui en impose. Sans démonstration de force ni de puissants effets. Sa seule apparition sur son trône blanc provoque le respect, de la terre jusqu’au ciel.

Au cœur des terribles tourments, l’arrivée du juge est lumineuse, et s’impose par une puissance qui n’est pas celle de la violence. Le vainqueur que l’apocalypse nous annonce ne fait pas usage des mêmes armes que le mal, personnifié en Satan. Son feu n’est pas celui qui détruit et qui consume. Mais le feu qui vient d’en-haut. Celui qui brûlait dans le cœur des disciples d’Emmaüs.

De même, son jugement n’est pas condamnation et punition. Il est d’un autre ordre.

Jugement ou non-jugement?

Salomon, pour rendre son jugement, demande une épée. Et avec celle-ci que fait-il ? Il tranche. Sans faire couler la moindre goutte de sang puisqu’il ne tranche pas l’enfant. Il tranche la décision. Il permet le discernement. Et empêche ainsi que ressortent vainqueurs de ce jugement : la colère, la violence et la jalousie.
C’est une arme bien plus puissante qui l’emporte. Celle que nous pourrions appeler l’amour.

Le jugement aujourd’hui, n’est pas très à la mode. Qu’il soit dernier ou non d’ailleurs. J’entends souvent chez les jeunes l’importance de ne pas se sentir jugé. Le non-jugement est même devenu une valeur presque absolue. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, si là derrière il y a un désir légitime de s’affranchir du pouvoir que le regard des autres peut exercer sur une jeune personne en train de se construire, il y a un glissement possible dans cet idéal du non-jugement.

Un glissement qui me semble également assez dangereux. Celui du relativisme. Au royaume du non-jugement, le tout se vaut est roi. Et comment, dans un environnement indistinct entre le bien et le mal, forger son identité ?

L’Évangile, je crois, n’est pas dénué de jugement. L’Évangile tranche. Il est même une épée à double tranchant (Héb 4,12).

Et il est fondamental de ne pas occulter tout jugement. Porter un jugement permet de pouvoir condamner certains comportements. Condamner la violence verbale et physique. Affirmer qu’il y a des actes qui sont inadmissibles et qui portent en eux le mal.
Non, tout ne se vaut pas ! Et il est fondamental de l’affirmer.

Le jugement… ultime

Mais ce jugement là est-il entre nos mains ?
Il y a des actes clairement condamnables et la justice humaine fait son travail de discernement.
Mais on le sait bien, il n’est pas toujours aisé de distinguer le bien du mal. Et un même acte peut se révéler avoir des conséquences aussi bien positives que négatives. Les choses ne relèvent pas toujours de l’évidence.

Le récit du jugement de Salomon se termine d’ailleurs avec cette émerveillement de la part des Israélites. Qui ne peuvent qu’attribuer à Dieu la résolution de cette affaire. Dieu qui a rempli de sagesse le roi Salomon.

Le bien et le mal nous dépassent. Nous ne sommes finalement que des créatures. Seul Dieu en est le maître. A lui donc, revient le jugement dernier.

Et j’aimerais que nous nous détachions des représentations temporelles lorsque nous utilisons le qualificatif dernier. Ce n’est pas chronologiquement que ce jugement est le dernier. Mais c’est l’ultime, le plus grand, le jugement définitif.

Ce jugement-là n’est pas une menace, puisqu’il émane de Dieu. Celui qui a toujours utilisé les armes de l’amour pour terrasser le mal. Mais il est le plus important. Il nous libère ainsi que la pression de porter des jugements absolus sur nous-mêmes ou nos semblables.

Quoi de plus beau que de se dire que sur ma vie, c’est à Dieu qu’appartient l’ultime parole ?

Amen

Sur nos monts…

Voici le Message des Églises que j’ai prononcé hier soir au Port de Cortaillod, à l’occasion des festivités de la Fête nationale.
Merci à la Commune de Cortaillod d’associer chaque année les Églises à cette manifestation villageoise.

Mesdames, Messieurs,
Chers concitoyens, chère concitoyennes,

Je suis prête à parier qu’un certain nombre d’entre vous est rentré récemment d’Espagne et du Portugal. D’autres reviennent d’un séjour en Sardaigne ou sur une île grecque. Quelques uns – moins nombreux – se sont rendus au Canada ou au Vietnam. C’est juste?!?

Et comment suis-je au courant? Non. Je n’espionne personne et mes relations privilégiées avec Dieu n’y sont pour rien. Je me suis simplement référée au classement des destinations préférées des Suisses pour l’été 2017. Et même si je sais bien que les Carcoies sont exceptionnels, je me permets de supposer que nos aspirations en matière de vacances ne sont pas bien différentes de celles du Suisse en général.

Eh bien une fois n’est pas coutume, cette année ma famille et moi avons décidé de passer nos vacances… en Suisse. Dans nos belles alpes valaisannes. Excursions, randonnées et piques-niques nous ont permis de contempler les beautés de notre pays. Des beautés assurément moins exotiques que celles du Japon, du Maroc ou de l’Afrique du Sud, mais pas moins ressourçantes.

La montagne est depuis toujours un lieu particulier. Impressionnant voire terrifiant. Les sommets alpins sont longtemps demeurés des espaces inexplorés. Il a fallu que des anglais débarquent au XIXe siècle et rêvent d’aller au sommet pour que l’on se mette à l’alpinisme.

Dans la Bible, la montagne est un lieu de révélation. Lorsqu’un personnage monte sur une montagne, on sait qu’il va se passer quelque chose. Moïse y reçoit les dix commandements. Le prophète Elie y découvre la présence divine dans le silence. Jésus y est transfiguré.

Aujourd’hui encore, la montagne reste un lieu particulier. Un espace où l’on se confronte à ses propres limites. Où l’on se dépasse parfois. Où l’on se retrouve soi-même.

En montagne, on éprouve notre petitesse. Face à la nature. A sa grandeur, aux éléments. Face aux animaux qui décident ou non de se laisser apercevoir.
En montagne, ce n’est pas l’homme qui domine. Petit dans l’immensité de la montagne, l’être humain n’est pas grand-chose. Et pourtant son impact est visible. Sur les glaciers qui s’amenuisent. Et les papiers de barres chocolatées sur lesquelles pilent nos semelles même sur les sentiers les plus reculés.

La prise de conscience des beautés de notre petit morceau de planète m’interroge sur notre capacité à en prendre soin. Sur notre place en tant qu’hommes et femmes dans cette immensité à la fois si puissante et si vulnérable.
Malheureusement, je constate que le discours sur la défense de la patrie et sur la beauté de la Suisse va souvent de pair avec un appel au repli sur soi. N’existe-t-il pas d’autres manières d’aimer son pays?
Pourtant, la fermeture des frontières n’empêche en rien la fonte des glaciers. Et la peur de l’autre ne nourrit pas l’amour de soi et des siens.

Ainsi, chers amis, osons prendre soin de notre Suisse et de celles et ceux qui la peuplent.
Avec amour et reconnaissance.
Avec ouverture et confiance.
Avec humilité.

Belle et joyeuse fêtes à tous.