Il y a de la joie dans le ciel, malgré tout

Message apporté lors de la célébration œcuménique du Jeûne fédéral, dimanche 15 septembre 2019.

Prédication sur Luc 15,1-10 : la brebis et la pièce égarées.
Lectures bibliques : Exode 32, 7-11.13-14 ; Psaume 50 ; 1Timothée 1,12-17

La parabole: manière la plus adroite et fine d’esprit qui soit pour obliger son interlocuteur à se faire face à ses inconséquences. Sans doute Jésus a-t-il été l’un des plus brillants créateurs de ce genre littéraire. Bon nombre de ses adversaires ont été placés sans ménagement face à la réalité.
On connaît ce mécanisme. Ceux qui se croient être du bon côté, qui pensent faire partie des justes et des bons sont renvoyés à eux-mêmes. Ceux qui prétendent être de bons croyants tombent de haut. Car ceux qui se disent justes ont surtout tendance à juger ceux qui ne partagent pas leur façon de vivre et à porter un regard définitif sur l’autre. Tels les bons croyants du peuple d’Israël qui ont vite fait de se détourner de Dieu pour se construire un veau d’or à adorer.

Les paraboles sont bien plus efficace que n’importe quel discours moralisateur. Elles renvoient l’individu à lui-même et le force à une introspection. Ne serais-je pas, moi aussi, un peu pharisien et scribe, à jeter un regard jugeant et définitif sur celui ou celle qui ne correspond pas à l’image que je me fais du bon chrétien, qui se rend régulièrement à la messe ou au culte?…
Dans la parabole des brebis, suis-je plutôt de ceux qui restent au troupeau ou bien la brebis perdue?

On fait souvent la lecture de cette parabole en partant du point de vue de l’animal ou de celui du berger. J’aimerais vous proposer ce matin de la lire du point de vue des amis. Quels amis? Eh bien ceux qui se réjouissent avec. Les amis et les voisins. Les amies et les voisines qui partagent la joie du berger et de la femme.

Partager la joie d’un autre. Est-ce quelque chose que nous parvenons vraiment à faire?
Un de vos amis berger vous annonce qu’il a retrouvé sa brebis.
Une amie vient de trouver un nouvel emploi.
Votre neveu a réussi ses examens à l’université.
Que se passe-t-il en nous dans ces circonstances? La joie nous habite-t-elle en profondeur?
Ou est-ce que, en toute sincérité, nous disons: « magnifique, je suis contente pour toi » et nous passons à autre chose?

Cette joie partagée dont nous parle l’évangéliste Luc m’interpelle.
Elle m’interpelle d’abord sur la volonté, le besoin pour ce berger et pour cette femme de ne pas garder pour eux la joie mais de la partager. De l’exprimer et la vivre avec d’autres. Elle m’interpelle aussi sur ma capacité, et peut-être mon incapacité, à être profondément heureuse pour les autres. Mon cœur serait-il de pierre?

Pour chaque personne qui trouve la foi ; pour chaque homme, chaque femme, qui débute une relation sincère avec Dieu – si l’on peut reformuler ainsi l’idée de ces paraboles – Dieu se réjouit. Une joie véritable, sincère, profonde, belle.
Ce dont je me sens bien incapable, Dieu lui le fait. Il se réjouit. Non, il n’est pas indifférent à notre sort. Ni communautaire, ni individuel. Il s’en préoccupe et mieux encore, il en éprouve de la joie.
Gloire à Dieu !

En ce jour de jeûne fédéral. Jour de prière, de repentance et d’action de grâces, nous sommes invités à soutenir plusieurs projets réunis sous la bannière : ensemble pour le climat. Le thème est à la mode. À la mode parce que la conscience de l’urgence grandit.
On n’en est plus au temps de quelques prophètes qui alertaient le monde sur les dangers du réchauffement climatique. On ne peut plus se permettre de rire au nez de ceux qui s’émeuvent de la déforestation ou de la pollution des mers.
Le thème est à la mode. Malheureusement, il l’est.
Et personne ne peut, aujourd’hui, nier l’importance d’agir.

Jeûne fédéral : jour de prière, de repentance. Jour de déclic pourquoi pas, pour adopter un comportement responsable.
La parabole de la brebis isolée nous rappelle l’importance de chaque individu, l’impact du geste de chacun d’entre nous. Une seule brebis dans un troupeau de 100 ce n’est pas grand-chose et pourtant… C’est suffisant pour que le berger sorte de sa veille pour se mettre en recherche.

Pour le climat, chaque geste individuel est important. Mais on sait aussi que cela n’est pas suffisant. S’il n’y a pas de décisions fortes, d’options communautaires et politiques concertées, des changements de fond ne peuvent avoir lieu. Je peux bien éteindre la lumière en sortant d’une pièce, trier mes déchets et éteindre l’eau pendant que je me brosse les dents. Mais à moi seule, je ne peux édicter des normes pour les industries ni bâtir des quartiers dans lesquels la mobilité douce est favorisée plutôt que des parkings gigantesques. Il est indispensable d’œuvrer ensemble.

Ces questions écologiques sont souvent abordées sous l’angle de la culpabilité. Sous la menace des catastrophes à venir et la charge fautive de n’avoir pas agi avant. Pourquoi ne pourrions-nous pas aborder ces questions d’avenir et de présent sous l’angle de la joie. De la joie sincère et profonde des amis et des voisins du monde que nous sommes pour ces villageois cambodgiens qui voient leurs récoltent augmenter grâce au travail de Caritas et aux travaux d’irrigations réalisés dans la région.
Éprouver un vrai bonheur en pensant à la forêt tropicale d’Indonésie. Aux espèces végétales et animales chaque jour préservées grâce au travail sans relâche de quelques hommes et femmes.
Se réjouir avec les jeunes paysans du Burkina Faso qui apprennent leur métier dans le respect de la Terre et de la Création.

Des progrès, des avancées il y en a.
Ils ne doivent pas nous dédouaner de l’importance de mener ces combats. Au contraire, ces quelques brebis sorties du troupeau doivent nous extraire de de notre torpeur pour nous mettre à l’œuvre.

Jeûne fédéral : jour de prière, de repentance. Pour adopter un comportement nouveau. Et partager véritablement la joie du ciel.

Amen

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