L’étoile de Bethléem: un conte de Noël

Chaque année au Noël des aînés de la Commune, je raconte un conte de Noël. Dans mes recherches pour un nouveau conte pour cette année, je tombe sur celui-ci que j’avais adapté il y a quelques années. Je n’ai pas retrouvé la source, donc pas non plus son auteur (désolée…). Cette histoire peut aussi être réécrite en saynète jouée par des enfants.

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Au lendemain…

Dans un pays lointain, il y a bien longtemps, des mages crurent apercevoir dans le ciel une étoile. Une étoile toute spéciale, une étoile qui devait annoncer un événement exceptionnel: la naissance d’un roi. Ils se mirent en route, dans la direction que leur indiquait l’astre. Après des jours et des jours de marche sous le soleil brûlant et dans la nuit glacée, ils arrivèrent aux portes de Jérusalem. Ils se rendirent à la cour du roi Hérode et apprirent de la bouche des sages où devait naître celui qu’on appellerait Le roi des Juifs: à Bethléem. Continuer la lecture de L’étoile de Bethléem: un conte de Noël

Du foin dans la crèche

Depuis quelques jours, la « polémique » autour de la crèche de Noël fait du foin à Neuchâtel (si vous me passez l’expression).

Il est intéressant de noter que ces questions provoquent des réactions très virulentes. Les signes extérieurs du christianisme sont défendus par des personnes éloignées de l’Église, ou même qui se déclarent athées. Les pasteurs interrogés, qu’ils soient membres de l’Église réformée ou de l’Église évangélique ont pour leur part élevé le débat.

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Ces événements m’inspirent quelques réflexions.

Notre société a un sérieux problème avec la dimension symbolique au sens large. Un monde « utilitariste » peine à investir les objets, les lieux, les actes symboliques. Et qu’on le veuille ou non, l’humain a aussi besoin de cette dimension pour s’épanouir personnellement et en collectivité. Au fond, ces sculptures en bois de la forêt de Chaumont, taillées à la tronçonneuse et offertes au Conseil fédéral lors d’une journée de travail dans la région, auraient pu réunir toute la population du canton. On aurait pu investir de sens cette femme, cet homme et cet enfant – la force de la famille et la fragilité humaine, le lien avec la nature et les racines, les questions de migration (où se sent-on chez soi), etc . On aurait pu étendre le symbole de l’incarnation du divin dans le monde humain pour rassembler plutôt que pour diviser: les soi-disant chrétiens contre les autres.

Le christianisme est majoritaire en Europe depuis que l’empereur Constantin l’a décrété religion d’État au Ve siècle. Nous nous sommes installés dans cet esprit majoritaire et dominateur. A l’époque de la Réforme, les protestants ont dû batailler pour leur foi mais depuis lors, être chrétien – protestant ou catholique – relève de la normalité. Et nous nous sommes installés dans cette normalité, un sommeil pas le moins du monde dérangé par une indifférence grandissante. Nous voici peut-être à un moment charnière qui est à prendre comme une chance pour la foi chrétienne. Car si nous voulons continuer de vivre de l’Évangile et le proclamer, il faudra que le christianisme retrouve un de ses attributs de base qu’elle a perdu depuis longtemps : il lui faudra redevenir subversif! Soyons attentifs à ce que ce qui reste de la foi chrétienne ne soit pas que culturel. Et surtout que des statues en bois ne nous donnent pas l’illusion d’une foi largement partagée, les statues ne seront jamais le signe d’une foi vivante.

Le pouvoir de la parole

Prédication du dimanche 22 novembre 2015 à Cortaillod.

Textes bibliques: Exode 32,1-8 (veau d’or) et Jean 1,1-5 (prologue).

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Où est-il passé ?… Mais que peut bien faire Moïse sur cette montagne?!? Cela fait 3 semaines, non, un mois qu’il est parti. Que fait-il ?… Peut-être qu’il a fui… seul, de son côté. Il les a laissé tomber. Ou alors il lui est arrivé quelque chose. Il aura fait une mauvaise chute.

En l’absence du prophète, le peuple est perdu. Moïse, c’était celui qui parlait à Dieu – ah, voilà que l’on parle déjà de lui au passé ! Dieu lui parlait et lui, il savait parler au peuple. Mais si Moïse n’est plus là, comment connaître la volonté divine? Comment se sentir encore accompagné par Dieu dans cette errance?

Le peuple hébreu fait l’expérience du vertige que provoque la liberté lorsqu’on ne sait que faire de celle-ci. Sans un guide, ils sont perdus. Ils prennent conscience que Moïse seul assurait le lien entre eux et Dieu. Et que rien n’existe pour matérialiser ce lien. Le peuple se cherche donc un nouveau leader, qui saura, lui, ne pas reproduire la même erreur que celle de Moïse. Il les aidera à construire quelque chose de tangible qui scellera le lien entre les Israélites et leur Dieu.

Les paroles s’envolent, les taureaux restent

Il était répandu dans les tribus de la région, de sculpter un taureau, symbole de force, pour servir de piédestal aux divinités. Les Israélites façonnent donc à leur tour un taureau, d’aucuns diraient avec ironie, un vulgaire veau, pour que le Dieu qui les a fait sortir d’Égypte puisse s’y tenir. Ainsi, ils poursuivront leur route, précédés dans leur traversée du désert, par leur Dieu, trônant sur sa monture. Les voilà rassurés. Même en l’absence du prophète, leur Dieu ne leur échappera plus.

Avant de retravailler ce texte pour une rencontre de catéchisme mardi dernier, j’avais le souvenir que, dans cette histoire, le peuple se construisait une fausse divinité et se détournait de Dieu. Mais en le relisant avec attention, j’ai pris conscience que ce n’était pas exactement de cela qu’il s’agissait. Le peuple ne se façonne pas un faux dieu. D’ailleurs, voyant la statue, Aaron s’écrie: «demain, nous ferons une fête pour le Seigneur». Ce veau, c’est bien pour le Seigneur, le Dieu d’Israël, qu’ils l’ont sculpté. En l’honneur du Dieu qui les a fait sortir d’Égypte. Désormais, ils pourront le célébrer. Car ils lui auront façonné un piédestal digne de lui.

Alors, s’ils ne se sont pas détournés du vrai Dieu, quelle a été leur faute? Et pourquoi cela provoque-t-il une telle colère chez Moïse et chez Dieu? En vouant offrir une monture à leur dieu, les hébreux manifestent qu’ils n’ont pas compris qui est Dieu. On ne peut l’asseoir sur une monture, aussi resplendissante soit-elle. Car il demeure insaisissable.

Il serait bien plus confortable et rassurant, il est vrai, de pouvoir lui réserver un lieu, un espace, un temple et dire : voilà où Dieu est. Il est ici et pas ailleurs. Bien plus aisé de le confiner dans un périmètre circonscrit et qu’en dehors de celui-ci, il nous laisse vivre notre vie comme nous l’entendons.

Autrefois, c’est sur un taureau que l’on cherchait à l’asseoir. Aujourd’hui, c’est dans la vie privée, dans l’intime de chacun que devrait être sa place. Et en dehors de là, il faut qu’il nous laisse mener notre vie comme nous l’entendons. Il est là, et surtout il ne faut pas qu’il intervienne dans le domaine public.

Pourtant, ce n’est pas ce Dieu là, le Dieu de Moïse. Lui se révèle par un biais à la fois immensément riche et pourtant si fragile : la parole.

Ce qui nous distingue des bêtes

Et qu’est-ce que c’est que des mots, juste des mots, quand on est déstabilisés, quand on a peur pour son avenir, quand on est désorientés? Dieu parlait à Moïse et Moïse parlait au peuple. Et si Moïse est absent depuis des semaines, ce n’est pas parce qu’il les a laissé tomber, c’est parce qu’il est en tête à tête avec Dieu. Parce qu’il a pris le temps de le rencontrer et de l’écouter. Sur cette montagne, vous le savez bien, il va recevoir ce que nous avons l’habitude d’appeler les 10 commandements ; ce que le texte hébreu appelle les 10 paroles.

En l’absence du prophète, personne n’ose une parole. Pas même Aaron. Et on se dit qu’on a été fous de croire que les mots seuls pouvaient sauver. Mieux vaut assurer l’avenir sur des bases plus solides.

Depuis vendredi dernier, nous avons été submergés de mots. J’ai été très fortement marquée par le foisonnement incessant de textes, de dépêches, d’articles, de blogs. Info en continu sur les télés, à la radio, sur nos tablettes. Beaucoup, beaucoup de mots. Le besoin d’exprimer, de dire : la douleur, l’incompréhension, la compassion. Mais aussi la colère et même la haine.

Beaucoup de mots, mais finalement peu de paroles fortes. Les réactions politiques, stratégiques et militaires ne se sont pas fait attendre. Immédiatement, on entre dans l’action. Croit-on encore à la puissance de la parole? En mesure-t-on encore son pouvoir?

Des commentaires, des analyses, il y en a eu pléthore. Mais peu de discours qui nous permettent de prendre de la hauteur. Qui nous rendent plus humains. Des paroles qui nous fasse prendre du recul, qui nous obligent à prendre distance pour penser.

Aujourd’hui plus que jamais, il est indispensable de penser le monde. Nous avons besoin des penseurs, des philosophes et des théologiens pour formuler une pensée. Une parole qui nous élève. Car c’est bien cela: la parole, qui nous distingue des bêtes.

Notre monde, je crois, ressemble beaucoup à ces Israélites qui se sont dit que faire confiance au Dieu de la parole était une folie. Que mieux valait quelque chose de tangible. C’était plus sûr. Mieux valent, croit notre monde, des représailles militaires, la fermeture des frontières, la multiplication des mesures sécuritaires. Pourtant, ce que Dieu espérait pour son peuple, et qu’il espère aussi pour nous, c’est la liberté. Alors il n’est pas inopportun de se demander si toutes ces actions sont au service de la liberté.

Et en tant que chrétiens, je crois que nous devons redonner sa place à la parole. Sans passer pour des illuminés ou des idéalistes, nous pouvons rappeler la force des mots dans un monde qui se tourne bien vite vers les armes. Nous qui reconnaissons le Christ dans celui que Jean appelait la Parole faite chair, il est de notre responsabilité de témoigner de la force de la parole.

Pour dire l’absurdité

Pour rendre hommage

Pour penser le monde

Pour témoigner de l’espérance

Pour donner du sens

Pour croire à la liberté

Et quand la parole sait être forte, le silence n’est plus celui de la consternation, mais celui du recueillement.

Amen

Confession de foi de MLK

Confession de foi de Martin Luther King Jr – prononcée à Oslo à l’occasion de la réception du Prix Nobel de la paix, en décembre 1964.

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Aujourd’hui dans la nuit du monde et dans l’espérance de la Bonne Nouvelle, j’affirme avec audace ma foi dans l’avenir de l’humanité.

Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure.

Je refuse de croire que l’être humain ne soit qu’un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d’influencer en quoi que ce soit le cours des événements.

Je refuse de partager l’avis de ceux qui prétendent que l’homme est à ce point captif de la nuit du racisme et de la guerre que l’aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité. Continuer la lecture de Confession de foi de MLK

À qui appartient ma mort?

Hier soir, la RTS a diffusé un reportage intitulé Je prépare mes obsèques dans le magazine Mise au Point. Je suis restée accrochée sur cette phrase du patron des pompes funèbres: « Les gens désirent garder une certaine mainmise sur leurs obsèques. […] C’est dans l’air du temps de vouloir tout maîtriser jusqu’à la fin. »

Cette dimension de maîtrise m’interroge. Admettre que l’on ne maîtrise pas totalement sa vie est déjà difficile, pourquoi en plus vouloir maîtriser sa mort?

J’ai régulièrement l’occasion de rencontrer des familles en deuil et je constate que bien souvent cette volonté de maîtrise de la part du défunt place les vivants dans des situations inextricables. Par loyauté au défunt, les endeuillés se plient à la lettre à ses volontés. La disparition récente de la personne crée un tel respect que ses moindres souhaits deviennent intouchables.

Mais les volontés du défunt ne correspondent pas nécessairement ni aux envies ni aux besoins des vivants. En tant que pasteure, ce sont les endeuillés que j’accompagne. Ce sont eux qui doivent parvenir à dire adieu. Je crois que le défunt a trouvé la paix dans la mort. Mais parfois, ce qu’il a laissé derrière lui devient obstacle pour les vivants qui cherchent, eux, à trouver la paix dans la vie.

Notre mort ne nous appartient pas. Le deuil appartient aux vivants.

Plusieurs protagonistes du reportage disent l’importance d’en parler avec son entourage. C’est un excellent conseil! Mais en parler ne signifie pas informer ses proches qu’on a tout réglé. En parler signifie ouvrir réellement la discussion sur les envies et les besoins des uns et des autres.

Et comme dirait Odile: Longue et belle vie à vous aussi!