Les enfants, les ados et la mort

Dans le cadre de mon travail en paroisse, j’ai régulièrement l’occasion de visiter des familles qui vivent un deuil. Dans ces familles, il y a parfois de jeunes enfants ou des adolescents. Je constate qu’en règle générale, ceux-ci sont écartés du moment de discussion qui réunit la famille et le pasteur et qu’il arrive même qu’ils ne soient pas présents à la cérémonie.

Le journal régional Le Courrier neuchâtelois a publié cette semaine un article sur les ados et la mort qui met en avant le besoin des jeunes d’en parler sans tabou. Mon collègue Raoul Pagnamenta et moi-même avons été contactés par la journaliste et brièvement cités.

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Reforme-Mort-enfantsJe suis persuadée qu’écarter les enfants pour soi-disant les «épargner» est une erreur. L’hebdomadaire protestant français Réforme avait publié il y a un peu plus d’une année un très bon article de la psychosociologue Édith Tartar-Goddet: Parler de la mort avec des enfants petits.

Les enfants vivent aussi une perte qu’il convient de prendre au sérieux et même dans les cas où ils ne voyaient que très peu la personne décédée (ou s’ils n’avaient que peu de liens avec elle), les petits enfants ressentent le fait que leurs parents vivent quelque chose de particulier.
Il est souvent difficile pour les adultes qui ont déjà à affronter leurs émotions et gérer leur propre deuil, de prendre le temps et l’énergie d’accompagner celui de leur enfant.

Il existe des livres que les parents (ou les pasteurs) peuvent lire avec les enfants. J’ai pris l’habitude d’acheter ceux sur lesquels je tombe dans une librairie ou un catalogue. Mais à mon avis, il n’y en pas de meilleur que le grand classique Au revoir Blaireau de Susan Varley.

Au revoir blaireau

Le thème est posé dès le départ, la première page commence ainsi:

Blaireau était un ami sûr, toujours prêt à rendre service. Très vieux, il connaissait presque tout de la vie et savait aussi qu’il devait mourir bientôt.

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Ce livre convient bien pour accompagner la perte d’une personne âgée, rassasiée de jours comme le dirait la Genèse. Ou même pour préparer un enfant à la perte prochaine d’un arrière-grand-parent par exemple.

Je trouve que le dessin est beau, assez classique. Les personnages sont des animaux. Les enfants aiment ce monde un peu fantastique où les animaux vivent et parlent «un peu comme des hommes mais pas tout à fait». Le blaireau vit dans un terrier mais il porte un manteau et se repose sur un fauteuil à bascule. Ce mélange entre le monde animal et celui des hommes permet aux enfants de s’identifier tout en gardant une distance avec les protagonistes de l’histoire.

Blaireau entre dans la mort avec sérénité, il s’endort et descend dans le Grand Tunnel, où il n’a plus besoin de sa canne pour soutenir son pas, où il se sent libre.

La suite du livre porte sur les amis de Blaireau et la tristesse qui les étreint. L’hiver arrive, puis le printemps. Les amis se réunissent et évoquent des souvenirs de Blaireau, ils font mémoire des bons moments et relèvent chacun ce que Blaireau leur laisse comme héritage (il a appris à patiner à Grenouille, a donné la recette du pain d’épices à Mme Lapin, etc).

Cela permet d’évoquer avec les enfants qu’il est normal d’être triste et que cela prend du temps. On relève également la nécessité de se réunir pour se souvenir de la personne décédée. On peut ainsi expliquer à l’enfant ce qui va se passer pendant la cérémonie (évocation de la personne et reconnaissance), ou si la lecture se fait après les funérailles expliciter ce qui a été vécu à ce moment là.

Aucune espérance chrétienne n’est clairement exprimée. Mais la fin du livre est ouverte sur… quelque chose et il est alors possible, dans la discussion avec l’enfant, d’exprimer ce que nous croyons. Ma conviction est que dans le domaine de la mort comme dans celui de la foi, l’adulte n’a pas à apporter des réponses mais bien plus à accompagner les questionnements des enfants. Ce que formule très bien Édith Tartar-Goddet lorsqu’elle écrit:

N’oublions pas que nous nous exprimons en tant que témoin et non en tant que « savant ».

Ressources

Plusieurs références de livres pour les enfants sur le deuil ont été sélectionnées sur le site français Apprendre à éduquer. Je ne les connais pas tous.

Un coup d’ailes entre ciel et terre

Prédication du dimanche 7 juin 2015 avec le baptême de la petite Agathe
Textes bibliques: Genèse 8,8-12 et Matthieu 3,13-17

Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger …

Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert, Pour faire le portrait d’un oiseau

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J’avais appris ce poème de Jacques Prévert quand j’étais petite fille. Il y a quelque chose d’insaisissable chez l’oiseau. Même pour en faire son portrait! Sa liberté, sa légèreté, sa grâce nous fascinent. Il peut faire des allers et retours entre la terre et le ciel. Et échappe à notre contrôle.

Pas surprenant dès lors que les oiseaux soient chargés de symbolique, et parmi eux tout particulièrement la colombe. Nombre d’organisations qui œuvrent pour la paix l’ont choisie pour figurer sur leur bannière. On la trouve aussi sur les croix huguenotes et dans le logo de notre Église. Symbole de paix avec son brin d’olivier dans le bec, signe fragile d’une vie possible dans un monde où commence à émerger de nouvelles pousses. Symbole aussi de l’Esprit de Dieu. Présence divine dans le monde.

En pensant à la colombe, ce sont ces deux symboles qui viennent tout de suite à l’esprit: la paix et l’Esprit. Ce sont aussi ces deux passages bibliques: l’arche de Noé et le baptême de Jésus.

Mais on retrouve la colombe dans d’autres textes bibliques où elle est porteuse de significations différentes. Pensons par exemple au Cantique des cantiques. Ce poème qui met en scène deux amoureux. La colombe y devient messagère. Une colombe, c’est quand même plus romantique qu’un pigeon voyageur! Et dans le livre du Lévitique, on trouve les colombes et les pigeons dans les prescriptions concernant les sacrifices que devaient accomplir les Israélites. Ceux qui n’avaient pas les moyens de sacrifier un agneau ou une brebis étaient tenus d’offrir une pair de pigeons ou de colombes. L’oiseau devient alors figure d’humilité et de simplicité.

Permettre l’envol

En relisant le passage de la Genèse où Noé lâche la colombe, j’ai été impressionnée par le soin que porte le récit sur ces allers et retours. Il aurait finalement suffit d’écrire que Noé laissait partir la colombe une première fois mais qu’elle revint parce qu’elle ne trouvait où se poser. Que la deuxième fois elle rapporta un brin d’olivier et que la troisième fois, elle ne revint pas. C’est l’histoire de 3 lignes. Mais le récit est bien plus fourni. Et nous laisse comprendre qu’il s’agit là d’un processus qui prend du temps et qui demande du soin.

Noé laisse partir la colombe une première fois et elle revient auprès de Noé dans l’arche. Le texte dit que Noé tendit la main, prit la colombe et la ramena dans l’arche. Puis qu’il attendit une semaine avant de la laisser à nouveau partir. Entre le deuxième et le troisième lâcher, une nouvelle semaine s’écoule. Cet extrait est particulièrement parlant pour des parents. L’arche, c’est le lieu de la sécurité. C’est la maison, là où se trouvent les parents et où l’on se sent bien. Mais pour des parents comme pour Noé, le but n’est pas de garder ses enfants indéfiniment à l’intérieur de l’arche. Celle-ci deviendrait une prison. Le souhait des parents, ce pour quoi ils œuvrent, c’est que leur enfant prenne son envol. Ceci se fait de manière progressive. L’enfant appréhende l’environnement extérieur. Il découvre le monde et revient se poser là où il se sent en sécurité. Il va et il vient jusqu’à que le temps soit venu pour lui de prendre sa liberté.

Agathe est encore toute petite, bien au chaud dans l’arche. Mais son grand frère Mathias commence déjà à vivre sa vie. Et je sais que ce n’est pas toujours facile pour des parents d’oser lâcher l’étreinte. En demandant le baptême pour leurs enfants, et en s’engageant à leur faire découvrir la foi chrétienne, Sabrina et Mehmet, accompagnés des marraines Fabienne et Julie, ont décidé d’offrir à leur enfant ce parcours. Fait de découvertes, de questionnements, de risques aussi parfois. Ils se sont engagés à les porter, à les encourager, à accueillir leurs questions sans pour autant avoir toujours les réponses, mais en osant s’interroger avec eux. Et c’est bien dans ce mouvement là qu’Agathe et Mathias trouveront la liberté et, nous l’espérons, trouveront en Jésus-Christ celui qui donne sens à la vie.

Jésus demande à être baptisé

Cette colombe, qui a pris son envol et que Noé n’a jamais revue, a traversé les âges. Et quand les cieux se sont ouverts lorsque Jésus a été baptisé, elle est descendue sur lui. Il y a peu de récits que nous pouvons lire dans les 4 évangiles. Celui du baptême de Jésus en est un et la colombe y est présente à chaque fois. Jésus est baptisé par un prophète. Son nom est Jean. Jean le baptiseur, Jean le baptiste. Un rôle devenu si important que la tradition en fera son prénom : Jean-Baptiste.

Un prophète, un radical. Un de ceux dont on se méfiait et dont on se méfierait aujourd’hui encore, sans aucun doute. Comme on se méfie de tout ce qui est extrême et sans nuances. Jean-Baptiste s’était retiré dans le désert. Il appelait à la conversion, la repentance immédiate et absolue. Il pratiquait le baptême dans le Jourdain. En plongeant les convertis dans l’eau, il les lavait de leurs péchés passés. Une vie différente commençait.

Jean-Baptiste annonçait un Messie. Quelqu’un envoyé par Dieu pour juger le monde. Il brandissait la justice comme une menace. Il ne faut pas oublier cette radicalité chez Jean. Et c’est bien auprès de lui que Jésus s’est rendu. Il ne s’est pas présenté là par hasard, au détour d’une petite promenade dans le désert. C’est bien volontairement que Jésus s’est rendu auprès de Jean et qu’il lui a demandé de le baptiser. De même que tous les autres hommes, il a demandé à être lavé de ses péchés. Jésus avait-il besoin de se convertir? Était-il un homme comme les autres? Un pécheur?!? C’est en tout cas comme tel qu’il s’est présenté ce jour-là: un homme.

Il est tout de même surprenant que Jean-Baptiste reconnaisse immédiatement en lui le Messie. Lui qui annonçait un juge puissant reconnaît l’envoyé de Dieu dans ce homme apparemment tout à fait ordinaire. Jean-Baptiste s’oppose à baptiser Jésus. Sa réponse est claire: je ne suis pas digne. Et la réponse de Jésus est très forte : «accepte qu’il en soit ainsi pour le moment.»

Jean-Baptiste s’est imaginé comment les choses devaient être. Il avait une idée précise de ce qu’était la volonté de Dieu et comment il devait s’y soumettre. Comment aussi il devait appeler ses contemporains à se conformer à la volonté divine. Et Jésus lui répond que ce n’est pas comme lui l’imagine que cela doit se passer, mais que le plan de Dieu est différent. «Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car c’est de cette façon que nous devons accomplir tout ce que Dieu nous demande.»

Le Messie est un homme ordinaire, il ne vient pas comme un roi et un juge puissant. Il n’est pas entouré de chevaux royaux, mais d’une colombe. Cet oiseau libre et insaisissable, symbole du messager d’amour et du sacrifice offert avec simplicité. Signe de l’Esprit de Dieu. Jésus appelle Jean-Baptiste à ne pas s’opposer aux projets de Dieu. Surtout pas au nom de la volonté d’accomplir ceux-ci. Il lui demande d’accepter que ce qui lui est demandé soit une étape nécessaire dans le dessein de Dieu. Dieu a un projet dans le monde et l’être humain s’y inscrit.

Retourner la question

Trop souvent, nous nous demandons: Ai-je besoin de Dieu? Sa présence m’est-elle utile? Au fond, nous pourrions nous passer de lui. Mais la question que nous devrions nous poser est plutôt: en quoi Dieu a-t-il besoin de moi?Qu’espère-t-il de moi dans son projet pour le monde? Comment puis-je le servir? Avec quelle attitude, quel geste, quelle parole, puis-je participer à son dessein?

Je ne parle pas forcément ici de choses extraordinaires. Bien que j’admire celles et ceux qui se donnent entièrement à une cause, je m’en sais incapable. Finalement, à, Jésus demande simplement d’accomplir ce qu’il pratique déjà. Il lui demande de statue-185435_1280le baptiser. Pour participer au plan de Dieu, Jean-Baptiste doit faire ce qu’il sait faire. Et le faire en étant conscient qu’ainsi il accomplit la volonté de Dieu.

Pour que Jésus soit baptisé, pour que le ciel s’ouvre et que la colombe descende, pour que Dieu puisse annoncer qu’en Jésus il reconnaissait son fils bien-aimé et qu’il mettait en lui toute sa joie, Dieu avait besoin de mains humaines. Comme il a besoin des nôtres dans le monde.

Alors, mes amis: cette question je vous la laisse ce matin.

Comment Dieu a-t-il besoin de chacun d’entre nous?…

Amen


Merci à Agathe et à ses parents Sabrina et Mehmet!


 

Lectures bibliques (traduction Français courant)

Genèse 8,1-12

8 Puis Noé laissa partir une colombe, pour voir si le niveau de l’eau avait baissé.
9 Mais elle ne trouva aucun endroit où se percher, car l’eau couvrait encore toute la terre; elle revint donc à l’arche, auprès de Noé. Celui-ci tendit la main, prit la colombe et la ramena dans l’arche. 10 Il attendit une semaine et la laissa de nouveau partir. 11 La colombe revint auprès de lui vers le soir; elle tenait dans son bec une jeune feuille d’olivier. Alors Noé sut que le niveau de l’eau avait baissé sur la terre. 12 Il attendit encore une semaine et laissa partir la colombe, mais celle-ci ne revint pas.

Matthieu 3,12-17

13 Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain; il arriva auprès de Jean pour être baptisé par lui. 14 Jean s’y opposait et lui disait: «C’est moi qui devrais être baptisé par toi et c’est toi qui viens à moi!» 15 Mais Jésus lui répondit: «Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car voilà comment nous devons accomplir tout ce que Dieu demande.» Alors Jean accepta. 16 Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau. Au même moment le ciel s’ouvrit pour lui: il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et une voix venant du ciel déclara : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; je mets en lui toute ma joie.»

 

Pâques: dites-le avec des fleurs

Dans le temple de Cortaillod, un espace est aménagé pour permettre aux enfants de bricoler et de dessiner pendant le culte. Un animateur ou une animatrice prépare un bricolage en lien avec le thème du culte et le texte biblique.

Dimanche dernier: c’était Pâques, évidemment! Pour le bricolage, on s’est inspiré de ce modèle et voici le résultat, réalisé par mon fils de 7 ans.

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En observant le dessin, je remarque que tous les insectes vont en direction de la lumière 😉

L’espérance fait sauter les verrous du désespoir

Prédication du dimanche de Pâques, 5 avril 2015
Texte biblique : Matthieu 27,62 à 28,20

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Une joie difficile à vivre

Il y a des années où il est aisé de ressentir la joie de Pâques.
Se réjouir des couleurs, des senteurs du printemps. Et vivre profondément cette joie intense. Et il y a des fois où cela s’avère plus difficile.

En cette semaine sainte, nous avons été touchés par le deuil de deux familles de la paroisse. Et je ne crois pas exagéré de dire que nous sommes nombreux à en être affectés. La situation internationale aussi pèse sur le moral : les migrants qui meurent en Méditerranée, le massacre au Kenya, les chrétiens persécutés en Syrie, l’épidémie du virus Ebola dont on n’arrive pas à venir à bout. Et j’en passe… malheureusement.

Cette semaine encore, toute l’Europe a été ébranlée par le crash de l’avion de ligne de la Germanwings, épilogue dramatique de la détresse d’un homme que l’on n’a pas su voir, ou peut-être même pas voulu voir. Enfin, le printemps tarde à venir.
Je ne voudrais pas, chers amis, vous saper le moral. Vous vous dites peut-être: on est venus ce matin pour nous faire du bien et entendre un message d’espérance et au lieu de cela, la pasteure se morfond.

Pas du tout.
Pâques ne peut advenir qu’après Vendredi Saint. Si le Christ n’était pas mort, il n’aurait pu ressusciter. Et il n’est pas sain d’occulter le vendredi pour passer directement au dimanche. Tentation de la fausse consolation: mais non, ce n’est pas si grave…

Au contraire, prendre au sérieux les peines, les épreuves et les situations devant lesquelles nous nous sentons impuissants est la seule condition pour vivre véritablement la libération pascale.

Une action pour contrecarrer une cause

Les récits de Résurrection sont différents dans les 4 évangiles. Cette diversité exprime à elle seule qu’il s’agit d’un événement complexe, qui échappe à notre simple compréhension. Matthieu est le seul à raconter ces jours suivant la crucifixion de cette manière. Avec les gardes devant le tombeau et ce mensonge.
Cet empressement autour de la rumeur du vol du corps laisse penser que l’évangéliste répond ici plus à une préoccupation de l’époque où il écrit que de celle de Jésus. En effet, l’évangile de Matthieu est rédigé à la fin du premier siècle, alors que la petite communauté de chrétiens s’est clairement séparée du judaïsme. Leur proclamation de la Résurrection est dénigrée par les juifs de l’époque: si le tombeau était vide, c’est simplement parce que des disciples de ce Jésus ont volé son corps! Toutes ces croyances ne reposent sur rien. Le christianisme est une imposture!

Matthieu prend au sérieux cette attaque en développant l’épisode des gardes devant le tombeau. Il tend même un piège aux autorités juives en faisant des gardes les témoins des événements, sommés de garder le silence. Avec ces gardes, on cherche à contrecarrer une attaque potentielle ou avérée d’adversaires mal intentionnés. Action humaine des plus courantes. On craint quelque chose : on agit pour rendre ce quelque chose impossible. On craint que le tombeau soit vide. Pour qu’il soit vide, on ne voit qu’une possibilité: que les disciples volent le corps. Donc on ne fait pas que rouler la pierre, on la scelle. Puis on place encore des gardes.

En entendant cette semaine les informations sur l’enquête du crash, je n’ai pu m’empêcher de penser que les compagnies d’aviation civile avaient agi d’une manière similaire. Après le 11 septembre, on a craint des détournements d’avion. La menace venait alors des passagers dont un ou plusieurs étaient malintentionnés. Pour s’assurer que de tels détournements ne pourraient se reproduire, on a sécurisé les portes du cockpit, on les a scellées comme la pierre sur le tombeau. On n’a pas pensé alors que le danger pouvait venir d’ailleurs. Et que cette fermeture, conçue pour éviter des catastrophes, allait justement permettre cette issue funeste.

On cherche encore et toujours à s’assurer plus de sécurité. Au risque peut-être de perdre de vue la fragilité de l’existence. Ce jour-là, c’est la mort qui a réussi à s’immiscer entre les systèmes de sécurité. Le jour de Pâques, c’est la vie qui a réussi à déjouer tous les stratagèmes.

Le bouleversement pascal

Tremblement de terre, ange du Seigneur, pierre roulée dans un grand fracas. Matthieu sort ici tout l’arsenal apocalyptique. Un langage qui nous parle peut-être moins aujourd’hui. Une manière d’exprimer ce qui n’est pas si simple à dire. Vous remarquerez que Matthieu, et les autres évangélistes non plus, ne décrit jamais la Résurrection. Alors que bien des apocryphes s’en donnent à cœur joie. Il n’en dit rien. Ce qui est décrit, c’est toujours l’effet de la Résurrection sur les gens et sur le monde.

Un bouleversement.
Ce qui était acquis: la mort, c’est la mort et on ne s’en relève pas ; n’est plus vrai.
Après cela, les personnes, la réalité et le monde ne peuvent plus être pareils. Les règles selon lesquelles tout a fonctionné jusqu’à présent tombent et une nouvelle vérité se fait jour: la mort n’est plus la fin de tout. Le Christ l’a vaincue. Les gardes sont tétanisés. Comme morts dit le texte avec ironie. La mort n’est plus là où on la croyait circonscrite : à l’intérieur du tombeau. Elle paralyse ceux qui s’illusionnent sur leur capacité à la maîtriser. Les femmes se mettent en route et vont proclamer la bonne nouvelle. Les disciples, eux, sont envoyés en mission dans le monde. Ainsi se termine l’évangile de Matthieu.

green-plant-wood-4711Ce n’est pas une fin triomphale et écrasante. La grande joie qui étreint les femmes et teintée de crainte. Et les disciples qui se prosternent éprouvent eux aussi des doutes. Ni la Résurrection, ni la foi ne blindent les croyants qui ne cessent d’éprouver aussi de la crainte et de douter. La Résurrection est vécue comme une promesse. Une force qui met en route, malgré les doutes et la fragilité. Une puissance qui porte et fait avancer. Une puissance qui tient celles et ceux qui acceptent de se laisser bouleverser par l’espérance que le Christ peut faire éclater tous les verrous.

Persévérons dans la foi que le changement est toujours possible. Que rien n’est à jamais définitivement verrouillé. L’accord historique qui a été signé cette semaine même à Lausanne entre les États-Unis et l’Iran est peut-être un signe de cette force de changement.

Laissons cette espérance nous transformer et mettons-nous à notre tour en route pour témoigner de ce rai de lumière qui parvient à percer le tombeau scellé.

Amen

Comprenons-nous la Parole de Dieu ?

Prédication du dimanche 8 mars 2015, reprise le 15 mars
Textes bibliques : Ésaïe 5,1-7 et Marc 12,1-12 (disponibles en bas de page)

Un contexte de violence

Nous voici en plein Carême. Ce temps de préparation à Pâques. Temps aussi de méditation autour des textes qui nous mènent à la fête principale du christianisme. Mais ne sautons pas d’étape. Avant d’arriver à Pâques, il faudra bien passer par Vendredi Saint. Et le texte de l’évangile de ce matin nous met déjà bien en route vers cette échéance. C’est un texte dur, où la violence règne. Une violence dont les hommes n’ont pas l’exclusivité. Ce qui ne manque pas de nous déranger.

Jésus est à Jérusalem. Il y est arrivé quelques jours auparavant, accueilli en gloire par la foule, selon ce que nous raconte Marc. Et dès le lendemain, il a fait des esclandres dans le temple. Renversant les tables des changeurs d’argent, chassant les marchands et les pèlerins qui voulaient acheter des pigeons pour les sacrifices. Dès lors, les choses sont claires : les représentants des autorités religieuses cherchent le moyen de faire mourir Jésus.
Le jour suivant, Jésus et ses disciples se rendent à nouveau au temple. Des hommes s’approchent d’eux : ce sont les chefs des prêtres, les maîtres de la loi et les anciens. Ils l’interpellent et l’interrogent, espérant le piéger. Mais Jésus répond aux questions par d’autres questions qui mettent ses interlocuteurs devant leurs propres contradictions. Puis, nous dit le texte, il se mit à leur parler en paraboles. Sortant de la controverse directe, Jésus adopte un langage énigmatique.

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À mots à peine couverts

Il commence sa parabole en citant un passage bien connu de ses auditeurs : le chant de la vigne dans le livre d’Ésaïe. Tout de suite, ils savent que dans cette histoire, la vigne, c’est le peuple d’Israël et que le propriétaire de la vigne, c’est Dieu. Un Dieu qui a été aux petits soins pour son peuple. Mais alors que dans le chant du prophète, le reproche portait sur le peuple qui ne produisait aucun fruit malgré les conditions favorables mises en place par le divin propriétaire, Jésus surprend ses auditeurs en racontant : le propriétaire confia sa vigne, il la loua à des ouvriers vignerons. Et à qui donc Dieu a-t-il confié la responsabilité de son peuple ? Qui en sont les chefs religieux?… Nous l’avons compris et eux aussi certainement: les chefs des prêtres, les maîtres de la loi et les anciens ont dû se sentir visés. Et la suite n’a pas dû leur plaire.

Les vignerons de la parabole veulent s’approprier les fruits de la récolte. Le propriétaire a beau leur envoyer ses messagers, ils les rejettent violemment comment Israël a rejeté et tué les prophètes. On est étonné par l’extrême patience du propriétaire, presque de sa naïveté. Le premier émissaire est battu et renvoyé les mains vides. Le deuxième frappé à la tête et insulté. Le troisième est tué. Et malgré cette escalade de violence, il continue à en envoyer. Pourtant, un seuil a été franchi. Les vignerons ont du sang sur les mains. «Ils traitèrent de la même manière beaucoup d’autres serviteurs: ils battirent les uns et tuèrent les autres» dit le texte.
Quelques mots seulement pour dire l’horreur et l’échec. Une violence banalisée tant elle ne surprend plus. Mais le propriétaire continue à y croire: pour son fils, ils auront du respect!
L’évangéliste ne laisse aucun doute au lecteur puisqu’il désigne ce dernier émissaire comme le fils bien-aimé. Formule exacte utilisée lors du baptême de Jésus, lorsqu’une voix venant des cieux retentit: tu es mon fils bien-aimé, je mets en toi toute ma joie (Mc1,11).
Dans ce fils, nous voyons le Christ.
Dans ce fils, Dieu voit son bien-aimé.
Dans ce fils, les vignerons meurtriers ne voient pas l’envoyé du père, mais l’héritier. Ils l’éliminent donc pour s’approprier non plus seulement le fruit de la vigne, mais la vigne elle-même. Ainsi se termine la parabole. Condamnation sans appel des autorités religieuses, cyniques et violentes, qui prétendent s’arroger le pouvoir sur les croyants et éliminent les messagers que Dieu leur envoie. On imagine l’émoi qu’une telle parabole a provoqué ce jour-là au cœur du temple. Et le silence qui a dû suivre ces paroles.
Car les personnes visées ne sont personne d’autre que celles qui font face à celui qui les prononce. Il le sait et elles le savent.

La parabole a deux objectifs. Le premier est de mettre en question la manière dont les dirigeants exercent leur pouvoir. Et sur celui-ci il fait mouche. Le second est de donner un sens à la mort prochaine de Jésus. Il s’inscrit à la suite des prophètes dans les envoyés de Dieu. Le dernier en date, Jean-Baptiste, a été éliminé peu de temps auparavant. Il se désigne comme le fils bien-aimé. Sans le dire directement, ce qui relèverait du blasphème. L’auditeur averti aura saisi.

Le silence

Rien ne nous est dit de la réaction des interlocuteurs de Jésus à la fin de la parabole. Ni même de celle de ses disciples. C’est Jésus à nouveau qui reprend la parole, après un lourd silence que l’on peut imaginer. Et il interroge: alors, que fera le propriétaire de la vigne? C’est lui encore qui enchaîne. Il fait les questions et les réponses. Il tuera les vignerons et donnera la vigne à d’autres hommes. Et là, ça dérange…
La violence quand elle est le fait des hommes, passe encore. Quand elle est celui de Dieu, on n’aime pas. Et pourtant, difficile de passer à côté. Il avait tout essayé, il avait continué à envoyer de nouveaux serviteurs. Il a même envoyé son fils, pensant que lui, ils ne le toucheraient pas. Mais voilà que finalement, ces vignerons seront emportés pas la violence qu’ils ont eux-mêmes déchaînée. Dieu écarte ceux à qui il avait confié son peuple, comme il a noyé l’humanité dévoyée dans le Déluge. Il fait table rase de l’ancien système pour en instaurer un nouveau. Car désormais, la vigne ne sera plus louée, elle sera donnée. Un système nouveau, une relation nouvelle: une alliance nouvelle. Offerte par grâce et fondée sur celui qui a été rejeté. Comme les bâtisseurs du psaume 118 avaient laissé de côté la pierre qui est devenue pierre angulaire de la nouvelle construction: merveille du Seigneur. On comprend combien ce langage a pu irriter les chefs des prêtres, les maîtres de la loi et les anciens. Combien ils ont dû devenir fous de colère. Mais pour qui se prend-il?!?

Savoir et/ou comprendre

La manière dont se termine cet épisode est vraiment intéressante. Lorsque Jésus parle en paraboles, il adopte un langage énigmatique pour évoquer le Royaume de Dieu. Un langage face auquel on observe deux réactions parmi ses auditeurs: il y a ceux qui ne comprennent pas ce qu’il signifie et leur incompréhension révèle l’endurcissement de leur cœur. Et puis, il y a ceux qui saisissent et qui sont amenés à découvrir la proximité de Dieu et de son Royaume. Ceux qui sont touchés par les paraboles et qui suivent Jésus. Ce qu’il y a ici de tout à fait particulier, c’est que Marc nous dit: ils savaient qu’il avait dit cette parabole contre eux.
Ils savaient. Ils auraient donc dû faire partie de la deuxième catégorie d’auditeurs. Mais pourtant, cela ne provoque aucun changement à leur comportement. Ils savent qu’ils sont ces vignerons. Jésus leur annonce qu’ils vont le tuer lui aussi et ils l’entendent. Il entendent aussi que cette violence les emportera et qu’il serait encore temps de renoncer. Le propriétaire y croit encore! Et pourtant, ils n’ont aucune intention de changer de dessein. Ils cherchent un moyen de l’arrêter. Ils sont enfermés dans leur vision comme les vignerons l’étaient dans leur violence. Seule la sympathie de la foule pour cet agitateur les fait renoncer… pour l’instant. Mais une fois l’opinion publique retournée contre lui, ils le saisiront. On connaît la suite, c’est l’affaire de quelques jours.

Cette fin m’interpelle. Ils savaient mais ils n’ont rien modifié de leur plan. Apparaît ici une distinction importante entre savoir et comprendre. Un savoir purement intellectuel et une compréhension qui implique une décision existentielle. En tant que pasteure, en tant que théologienne aussi, en tant simplement que lectrice des textes bibliques, je me questionne. Quand nous lisons la Bible, cherchons-nous à savoir ce qu’elle signifie ou à la comprendre? Je veux dire: nous bornons-nous à décoder le langage énigmatique de la parabole? Ou nous risquons-nous à en vivre?
Alors quoi?… Faut-il renoncer à l’étude des textes? Dois-je jeter à la poubelle tout ce que je viens de vous dire sur le sens de cette parabole? En bonne protestante réformée, je crois que l’étude sérieuse et intellectuellement honnête du texte est un outil indispensable pour en révéler le sens. Et que la compréhension ne peut advenir que si le texte est intellectuellement saisi.
Mais si ce savoir n’a pas d’impact dans nos vies, si nous ne nous nous laissons pas interpeller par les récits bibliques, nos cœurs sont endurcis. Et nous passons à côté du Royaume de Dieu dont Jésus nous a ouvert les portes. Quel dommage!

Alors, chers amis, j’aimerais que nous repartions tout à l’heure de ce temple avec en tête et dans le cœur ces interrogations qui devraient nous habiter quelques temps, peut-être jusqu’à Pâques: qu’est-ce que de dois changer?… qu’est-ce qui me donne la force de changer?
Car Dieu croit toujours que nous sommes capables de changer. Et capables de comprendre sa Parole.
Amen


Lectures bibliques (traduction Français courant)

Ésaïe 5,1-7

1 Laissez-moi chanter quelques couplets au nom de mon ami; c’est la chanson de mon ami et de sa vigne.
Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. 2 Il en avait travaillé la terre, enlevé les pierres;
il y avait mis un plant de choix, bâti une tour de guet et creusé un pressoir. Il espérait que sa vigne produirait de beaux raisins, mais elle n’a rien donné de bon. 3 «Eh bien, dit mon ami, vous qui habitez Jérusalem, vous les gens de Juda, c’est à vous de juger entre ma vigne et moi. 4 Que faire de plus pour elle, que je n’aie déjà fait? J’espérais d’elle de beaux raisins, elle n’a rien donné de bon. Pourquoi? 5 Maintenant, je veux vous dire ce que je vais faire à ma vigne: J’arracherai la haie qui l’entoure, et les troupeaux y brouteront. J’abattrai son mur de clôture,
et les passants la piétineront. 6 Je ferai d’elle un terrain vague: personne pour la tailler,
personne pour l’entretenir; épines et ronces y pousseront, et j’interdirai aux nuages
de laisser tomber la pluie sur elle.»
7 La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la nation d’Israël. La plantation qui lui plaisait tant,
c’est le peuple de Juda. Le Seigneur espérait d’eux qu’ils respecteraient le droit, mais c’est partout injustice et passe-droit; il escomptait la loyauté, mais c’est partout cris de détresse et déloyauté.

Marc 12,1-12

1 Puis Jésus se mit à leur parler en utilisant des paraboles: «Un homme planta une vigne; il l’entoura d’un mur, creusa la roche pour le pressoir à raisin et bâtit une tour de garde. Ensuite, il loua la vigne à des ouvriers vignerons et partit en voyage. 2 Au moment voulu, il envoya un serviteur aux ouvriers vignerons pour recevoir d’eux sa part de la récolte. 3 Mais ils saisirent le serviteur, le battirent et le renvoyèrent les mains vides. 4 Alors le propriétaire envoya un autre serviteur; celui-là, ils le frappèrent à la tête et l’insultèrent. 5 Le propriétaire en envoya encore un autre, et, celui-là, ils le tuèrent; et ils en traitèrent beaucoup d’autres de la même manière: ils battirent les uns et tuèrent les autres. 6 Le seul homme qui restait au propriétaire était son fils bien-aimé. Il le leur envoya en dernier, car il pensait: «Ils auront du respect pour mon fils.» 7 Mais ces vignerons se dirent les uns aux autres: «Voici le futur héritier! Allons, tuons-le, et la vigne sera à nous!» 8 Ils saisirent donc le fils, le tuèrent et jetèrent son corps hors de la vigne.

9 «Eh bien, que fera le propriétaire de la vigne? demanda Jésus. Il viendra, il mettra à mort les vignerons et confiera la vigne à d’autres. 10 Vous avez sûrement lu cette parole de l’Écriture? «La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la pierre principale. 11 Cela vient du Seigneur, pour nous, c’est une merveille!»»

12 Les chefs des Juifs cherchaient un moyen d’arrêter Jésus, car ils savaient qu’il avait dit cette parabole contre eux. Mais ils avaient peur de la foule; ils le laissèrent donc et s’en allèrent.