À qui appartient ma mort?

Hier soir, la RTS a diffusé un reportage intitulé Je prépare mes obsèques dans le magazine Mise au Point. Je suis restée accrochée sur cette phrase du patron des pompes funèbres: « Les gens désirent garder une certaine mainmise sur leurs obsèques. […] C’est dans l’air du temps de vouloir tout maîtriser jusqu’à la fin. »

Cette dimension de maîtrise m’interroge. Admettre que l’on ne maîtrise pas totalement sa vie est déjà difficile, pourquoi en plus vouloir maîtriser sa mort?

J’ai régulièrement l’occasion de rencontrer des familles en deuil et je constate que bien souvent cette volonté de maîtrise de la part du défunt place les vivants dans des situations inextricables. Par loyauté au défunt, les endeuillés se plient à la lettre à ses volontés. La disparition récente de la personne crée un tel respect que ses moindres souhaits deviennent intouchables.

Mais les volontés du défunt ne correspondent pas nécessairement ni aux envies ni aux besoins des vivants. En tant que pasteure, ce sont les endeuillés que j’accompagne. Ce sont eux qui doivent parvenir à dire adieu. Je crois que le défunt a trouvé la paix dans la mort. Mais parfois, ce qu’il a laissé derrière lui devient obstacle pour les vivants qui cherchent, eux, à trouver la paix dans la vie.

Notre mort ne nous appartient pas. Le deuil appartient aux vivants.

Plusieurs protagonistes du reportage disent l’importance d’en parler avec son entourage. C’est un excellent conseil! Mais en parler ne signifie pas informer ses proches qu’on a tout réglé. En parler signifie ouvrir réellement la discussion sur les envies et les besoins des uns et des autres.

Et comme dirait Odile: Longue et belle vie à vous aussi!

Un prix qui n’a pas de prix

Dimanche dernier, j’ai été primée! En effet, à ma grande surprise, je me suis vue décerner le Prix jeunesse 2015, ou plus exactement une partie de ce prix puisque  j’en suis une des lauréates.

Le Conseil Suisse des Activités de Jeunesse, le CSAJ, remet chaque année un prix à une personnalité  – en général politique – qui œuvre pour les jeunes (voir celui décerné en 2014 à Didier Burkhalter). Cette année, le CSAJ a décidé de remettre ce prix non pas à une personne mais de confier à tous les jeunes membres du Parlement des jeunes la responsabilité de le remettre à une personne de leur entourage qui contribue au travail de jeunesse.

Ainsi, Manon – jeune monitrice de catéchisme dans la paroisse du Joran et membre du Parlement des jeunes – m’a fait la surprise de me le décerner dimanche à l’occasion de notre camp de catéchisme. Continuer la lecture de Un prix qui n’a pas de prix

La joie de la récolte

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C’était la liesse vendredi dans les rues de Cortaillod. Les klaxons ont sonné et on entendait chanter. Les vendanges sont finies! Après 2 semaines de travail intense, les équipes de vendangeurs et les viticulteurs laissent exprimer leur joie. Leur soulagement aussi: les récoltes sont à l’abri. Elles ne sont plus exposées aux intempéries ou à la sécheresse. Elles ne sont plus sujettes aux mauvais traitement d’un quelconque produit chimique. Aucune mauvaise surprise de dernière minute n’est venu gâcher cette moisson qui s’annonçait belle et qui l’est. Car la nature, cette année, a été favorable: baignant nos coteaux de soleil et l’épargnant de la grêle ou des précipitations trop abondantes. Pourquoi fut-elle favorable cette année? Cela relève du mystère de la nature…

Un mystère dont se fait l’écho la parabole de ce matin. Bien plus d’ailleurs qu’elle ne fait honneur au travail rigoureux qu’exigent les métiers de l’agriculture. Pas sûre que nos bons paysans suisses – auxquels nous devons tous notre subsistance, il ne faut pas l’oublier – se reconnaissent dans l’évocation de cet homme qui jette de la semence en terre, presque avec nonchalance, puis la regarde pousser.

Une parabole pour évoquer un Royaume

Mais vous le savez comme moi, Jésus ne dit pas là qu’une simple petite histoire bucolique, il raconte une parabole. Et toute la force de la parabole, c’est de faire comprendre quelque chose tout en parlant d’autre chose. C’est de faire émerger de la profondeur d’un récit apparemment léger. C’est de permettre de rencontrer Dieu dans ce qui relève de la plus grande banalité.

On ne peut d’ailleurs pas s’y tromper. Puisque ce récit commence par ces mots: Voilà à quoi ressemble le Royaume de Dieu…

Le Royaume de Dieu… qu’est-ce que c’est?!?
Eh bien, si vous attendez de moi que je vous donne une réponse nette et claire, une définition simple et définitive, je préfère vous prévenir tout de suite que je n’en n’ai pas l’intention. Je n’en suis pas capable et je pense même qu’il faut se méfier de celles et ceux qui prétendent savoir ce qu’est le Royaume de Dieu.

Car voyez-vous, Jésus lui-même n’en a pas donné de définition. Il ne l’a pas décrit, il l’a évoqué. Du Royaume, Jésus en a parlé en langage indirect. Ce qui fait que ses auditeurs d’hier – comme ses auditeurs que nous sommes aujourd’hui – ne sont pas seulement des récepteurs passifs d’une description. Pas les paraboles, Jésus fait appel à notre imagination, à notre capacité de faire des liens entre notre réalité et ce qu’il veut nous révéler. Nous sommes des destinataires actifs de l’Évangile.

Le Royaume de Dieu a été au cœur du message et de l’action de Jésus. L’évangéliste Marc nous présente un Jésus habité de la conviction qu’il n’est pas là pour annoncer des vérités sur le Royaume de Dieu, mais que le Royaume advient. Au travers de ses paroles, mais aussi de ses actes, c’était le Royaume qui se fait présent. Peut-être sommes-nous troublés par ce terme de Royaume qui nous fait penser à un territoire et une époque dominés par un souverain puissant. Il serait préférable d’utiliser le terme de Règne de Dieu. Le Règne exprime mieux cette dynamique, cette force de Dieu. Cette puissance qui s’exerce dans le monde et qui le transforme.

Par ses actes et ses paroles, Jésus faisait advenir ce Règne de Dieu dans le monde. L’espérance eschatologique chrétienne est qu’à la fin des temps, ce Règne s’exercera dans sa plénitude. Mais aussi qu’il s’exerce déjà, de manière imparfaite, dans notre monde. C’est ainsi que nous vivons sans cesse dans la tension du déjà, mais pas encore.

En évoquant le Règne de Dieu, semblable à… Jésus le fait advenir déjà un peu, dans la transformation opérée chez ses auditeurs impliqués dans l’écoute et la compréhension de la parabole. Car nous ne devrions pas repartir tout à fait les mêmes de l’écoute d’une bonne parabole et entendue à la lumière de la foi! Attention, chers amis: ces quelques versets peuvent changer le monde. Ou en tout cas changer notre rapport au monde!

Laisser la terre faire son œuvre

Un homme, comme vous et moi, sème. C’est son travail. Il le fait et le fait probablement bien, comme nous accomplissons avec soin les tâches qui nous sont confiées dans la vie. Avec savoir-faire.
Il sème. Et cette semence, si nous avons été des lecteurs attentifs de l’évangile de Marc, nous nous souvenons que peu avant, une autre parabole la comparait à la Parole de Dieu.

food-165214_1280Il sème, donc, puis que fait-il? Rien. Il laisse la terre, la nature faire son œuvre. Il lui laisse sa place. Ne cherche pas à suppléer, à modifier, à démultiplier le rendement. Il se retire et il laisse faire. Cela peut sembler irresponsable. Pourtant, cela demande une grande force. Celle d’admettre que tout n’est pas entre ses mains. Qu’il ne maîtrise pas tout. Il fait confiance à la terre et confiance à Dieu pour que cette semence s’enracine, qu’elle croisse et qu’elle s’épanouisse. Rien ne l’assure que des oiseaux ne viendront pas picorer ses graines, que des fortes pluies n’emporteront pas ses semences, qu’une trop forte chaleur n’assoiffera pas la plante naissante. Il fait confiance.

Pas si simple de lâcher. Pas si aisé de laisser vivre un projet pour lequel on s’est engagé et que l’on a porté. Pas si facile pour des parents de laisser leurs enfants grandir et s’émanciper. Pas si simple de semer puis de faire confiance.

Puis quand le grain est mûr, l’homme récolte. Il recueille ce fruit qui, d’une manière qui reste mystérieuse pour lui, s’est développé. Ainsi en est-il du Règne de Dieu.

Semer…

Notre rôle est de semer l’Évangile en paroles et en actes. De témoigner que ce Règne existe et qu’il est déjà en action. Qu’une autre réalité est possible. L’observation froide de notre monde n’est pas très enthousiasmante. Tricheries, corruption, conflits, soif de pouvoir,… Où donc est le Règne de Dieu? Est-il vraiment présent ou n’est-ce qu’une illusion dans laquelle se perdent des chrétiens trop crédules?

Il est bon de se rappeler que celui qui raconte cette parabole n’est personne d’autre que celui qui s’avance vers la croix. Il ne récolte pas les fruits de ce qu’il sème. Au contraire, lui récolte haine, jalousie et violence. Mais la mort de Jésus, qui alors apparaissait comme un échec infamant, nous le recevons aujourd’hui encore comme une formidable victoire. Nous récoltons encore les fruits de ce qui a été semé.

… et récolter

Dieu compte sur nous pour semer et pour nous réjouir des fruits. Empoigner nos outils et les cueillir avec joie et reconnaissance. Mercredi dernier, c’est autour du texte de cette parabole que nous avons vécu la première étape du parcours biblique de cette année. Après une bonne heure d’échanges autour de ce texte, une personne présente a dit: voilà un texte qui fait du bien! Et je suis d’accord. Oui, cette parabole fait du bien! Elle nous fait du bien et elle nous encourage à faire du bien.

Nous avons également discuté du fait que cette parabole ne se trouve que dans l’évangile de Marc. Ni Matthieu ni Luc, qui pourtant connaissaient l’évangile de Marc, n’ont retenu cette parabole dans leur propre évangile. Pourquoi?… nous ne le saurons jamais. Mais nous pouvons nous interroger: cet appel à faire confiance était-il trop radical pour eux?

Le sacré s’invite dans le profane

Pour dire tout cela, Jésus aurait pu tenir de grands discours. Il a préféré l’évoquer par cette parabole toute simple. Ce n’est pas seulement par habileté rhétorique, pour parler un langage accessible à ses auditeurs, ce choix dit quelque chose de plus profond. Il n’est pas nécessaire d’utiliser des mots compliqués pour évoquer Dieu. Pas nécessaire non plus de s’extraire de notre monde pour le rencontrer. Lui-même vient à notre rencontre dans notre réalité. Dans notre vie réelle. Dans le champ du paysan, comme dans notre cuisine, dans le bus ou au bureau. Il n’y a pas de lieu ou de temps sacrés pour rencontrer Dieu. Dieu s’invite dans notre monde le plus profane.

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Semez sa Parole! Et faites-lui confiance.
La moisson sera belle. Il nous le promet.
Et si nos yeux commencent déjà à s’ouvrir un peu à son Règne, nous verrons des fruits. Des grains mûrs de vérité, de bonté et de grâce, il y en a déjà à récolter.

Faites confiance au Seigneur!

Amen

Texte biblique

Marc 4,26-29

Jésus dit encore: «Voici à quoi ressemble le Royaume de Dieu: Un homme lance de la semence dans son champ. Ensuite, il va dormir durant la nuit et il se lève chaque jour, et pendant ce temps les graines germent et poussent sans qu’il sache comment. La terre fait pousser d’elle-même la récolte: d’abord la tige des plantes, puis l’épi vert, et enfin le grain bien formé dans l’épi. Dès que le grain est mûr, l’homme se met au travail avec sa faucille, car le moment de la moisson est arrivé.»

A lire: études 1 et 2 du Cours biblique par correspondance

Le miracle de l’abondance

Prédication du dimanche 6 septembre 2015 à Bevaix.
Textes bibliques: Exode 16,11-18 et Marc 8,1-9.

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Chers amis, dans le monde, beaucoup de choses importantes passent par l’estomac! Et le monde de la Bible n’est pas bien différent de notre monde actuel sur la question: quand les ventres ne sont pas rassasiés, les humeurs s’échauffent.

Le livre de l’Exode raconte que cela fait 2 mois et demi que les Hébreux errent dans le désert et qu’ils sont en manque. « Si seulement le Seigneur nous avait fait mourir en Égypte quand nous nous réunissions autour des marmites de viande et que nous avions assez à manger! » Ex 16,3
Oh combien les ventres creux aliènent la pensée! Le peuple a faim et s’en va jusqu’à regretter le temps de l’esclavage, à idéaliser le passé qui n’était somme toute… pas si terrible… , à en vouloir à Moïse et Aaron de les avoir conduits sur le difficile chemin de la liberté.

Le Seigneur entend, sinon leurs gargouillis, en tout cas leur plainte, et promet: « Ce soir, vous mangerez de la viande, et demain matin vous aurez du pain en suffisance. » Ce pain, ce sera la manne.
Nourriture tombée du ciel et qui permettra au peuple de survivre dans le désert pendant les 40 années à venir. Cette nourriture si extraordinaire qu’elle va jusqu’à éclipser les cailles. Ce peuple rêvait tant de viande et pourtant, on ne nous raconte rien de ce repas. Seulement ces quelques mots: « le soir, des cailles arrivèrent et se posèrent sur tout le camp »…

Rien ne vaut du bon pain

Le pain est et a toujours été absolument fondamental. Il est le symbole de toute nourriture. Nous redisons la place du pain dans notre vie quand nous prions Dieu de nous donner aujourd’hui notre pain de ce jour. Nous le partageons, le rompons en son nom. Nous nous en nourrissons quotidiennement. Le pain a symboliquement cristallisé bread-433995_1280l’incompréhension de la noblesse face aux couches populaires. On connaît cet épisode de la Révolution française et la réponse de Marie-Antoinette lorsqu’on lui annonce que le peuple n’a plus de pain. « Eh bien, qu’ils mangent de la brioche! »

Dans le monde de la Bible, le pain occupe une place toute particulière. Le récit dit de la multiplication des pains en est une illustration. Savez-vous combien de fois dans le Nouveau Testament nous retrouvons cette histoire ?!?
4? comme le nombre d’évangiles?… mais rares sont les récits que l’on trouve chez tous les 4 évangélistes, à part le récit de la Passion.
3? chez les synoptiques?…

Eh bien figurez-vous que nous pouvons lire cette histoire par moins de 6 fois dans le Nouveau Testament! Un fois chez Luc. Une fois chez Jean, qui introduit ainsi la parole de Jésus « je suis le pain de vie ». Et deux fois chez Marc ainsi que chez Matthieu. Surprenant, n’est-ce pas, de la part de Matthieu et surtout de Marc dont le récit est court et où chaque mot semble pesé, de raconter deux fois la même histoire! La même…? Pas tout à fait. Les quelque différences entre les récits laissent assez rapidement comprendre au lecteur averti l’intention de l’auteur de l’évangile. Mais avant de regarder les différences, voyons cette histoire de plus près.

Tant d’estomac à nourrir

Où que Jésus aille, de grandes foules s’attroupent pour écouter son enseignement. De ces personnes assemblées autour de lui, Jésus se sent responsable. Il ne peut pas, sous prétexte qu’il a fini de s’adresser à eux, renvoyer ces gens chez eux. Il ne peut se désintéresser de leur réalité. Cette foule n’est pas une masse informe et anonyme, ce sont des hommes, des femmes, peut-être aussi des enfants. Des familles qui lui font face, qui sont venues jusqu’à lui et qui vont devoir reprendre la route. Jésus ne peut simplement se retourner et faire comme si toutes ces personnes n’existaient plus sous le prétexte seulement qu’elles ne sont plus dans son champ de vision. « J’ai pitié de ces gens » dit Jésus. Littéralement, je suis ému aux entrailles.

À cette émotion, cette réaction viscérale et fondamentalement humaine, les disciples opposent leur impuissance. « Où pourrait-on trouver de quoi les nourrir dans cet endroit désert? »
Que voulez-vous que nous fassions?…
Nous n’avons pas les moyens…
Nous ne pouvons tout de même pas accueillir toute la misère du monde…

Naturellement, l’actualité résonne fortement. Ces populations venues de loin, non pas cette fois pour écouter le discours d’un maître, mais pour échapper à l’horreur. Ces images de bateaux surpeuplés, des centaines des personnes dans les ports et les gares d’Europe. On parle d’afflux, de flots, de vagues. Des termes qui déshumanisent et nous empêchent de voir au-delà des masses anonymes : des hommes, des femmes et des enfants. Des êtres humains comme vous et moi, qui ont un nom, une histoire, une famille.

Face à cette réalité, les discours d’impuissance sont nombreux. Que pourrions-nous faire? Le problème nous semble si grand et nous nous sentons si petits. À ses disciples, Jésus demande: combien avez-vous de pains? Au lieu de se laisser submerger par le problème, de voir tout ce qu’ils ne peuvent pas faire, les disciples sont appelés à prendre conscience de ce qu’ils ont.
Ils ont 7 pains. Ce n’est pas grand-chose… Mais ce n’est pas rien non plus.

Jésus ordonne alors à la foule de s’asseoir. Dans un autre récit, il leur demande de se mettre en groupe. Structurant ainsi cette foule informe en plus petites unités, en familles. Comme les Israélites étaient groupés par tentes. Puis il remercie Dieu et rompt le pain. Nous reconnaissons ici les gestes et les paroles qui président au dernier repas et que nous célébrons aujourd’hui encore en mémoire du Christ. Des gestes, des paroles autour du pain. Qui en font pour celles et ceux qui le reçoivent dans la foi, une nourriture habitée par une force plus grande que le simple mélange de farine, d’eau et de sel.

Ah, et tout compte fait, on se rend compte qu’on a aussi quelques petits poissons! C’est le syndrome du repas canadien. Quand on regarde le tout petit saladier avec lequel on arrive et le nombre de convives, on se dit qu’il n’y aura jamais assez. Et puis au final, on repart toujours avec des restes!
Des restes, il y en aura aussi. On en remplira 7 corbeilles. On parle traditionnellement du miracle de la multiplication des pains quand on évoque ce récit. Mais à aucun moment, il n’est question de multiplication. « Ils mangèrent et furent rassasiés. » De même que les Israélites eurent chacun la ration nécessaire. La manne les rassasia tous justement, quand bien même ils n’en eurent pas la même quantité.
S’il n’est pas question de multiplication, je crois que nous pouvons quand même parler de miracle. Pas un miracle qui se situerait dans le tour de passe-passe du magicien Jésus, mais dans la transformation de la situation. Une situation qui semblait insoluble, marquée par le manque et le dénuement se révèle être signe d’abondance. Si cela, ce n’est pas un miracle!?!

Et finalement, tant d’abondance

7 corbeilles de restes. Dans un autre récit, 12. Derrière ces nombres, un symbole.
12: ce sont les disciples. Chargés à leur tour de donner plus loin.
12: ce sont aussi les tribus d’Israël.
7: c’est le nombre qui exprime ce qui est entier, complet. Ce sont aussi les 7 parties du monde païen.
A deux chapitres d’intervalle, Marc raconte cet épisode de la multiplication ou de l’abondance de pain. La première lorsque Jésus est sur territoire juif, on récolte 12 paniers de restes. La seconde sur territoire païen, avec ses 7 corbeilles. Clairement, l’évangéliste Marc signifie l’universalité du message et de l’action de Jésus. Et ses disciples, porteurs des corbeilles, sont appelés à poursuivre l’œuvre de l’Évangile dans le monde entier.

En tant que chrétiens, nous sommes les héritiers de ces disciples. Humains comme eux, nous sommes parfois submergés par le découragement et l’impuissance. Mais le Christ nous appelle à changer de perspective. A nous décentrer de nous-mêmes pour ne pas voir d’abord ce que nous ne pouvons pas faire. Mais à porter notre regard sur la véritable priorité : des gens qui doivent être secourus. Et ensuite voir les ressources que nous pouvons mettre en œuvre.

Combien récolterons-nous de corbeilles de restes? 7?… 12?… plus encore? L’histoire le dira.
Mais puissions-nous, chers amis, aujourd’hui encore, nous laisser porter par l’espérance.
Puissions-nous donner au Christ l’espace de l’action dans notre monde.
Puissions-nous croire avec lui aux miracles !

Amen

Textes bibliques

Exode 16,11-18

Le Seigneur dit à Moïse: «J’ai entendu les protestations des Israélites. Dis-leur donc ceci de ma part: «Ce soir vous mangerez de la viande, et demain matin vous aurez du pain en suffisance; ainsi vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.»» En effet, le soir, des cailles arrivèrent et se posèrent sur tout le camp; et le matin, tout autour du camp, il y avait une couche de rosée. Lorsque la rosée s’évapora, quelque chose de granuleux, fin comme du givre, restait par terre. Les Israélites le virent, mais ne savaient pas ce que c’était, et ils se demandèrent les uns aux autres: «Qu’est-ce que c’est?» Moïse leur répondit: «C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. Et voici ce que le Seigneur a ordonné: «Que chacun en ramasse la ration qui lui est nécessaire; vous en ramasserez environ quatre litres par personne, d’après le nombre de personnes vivant sous la même tente.»» Les Israélites agirent ainsi; ils en ramassèrent, les uns beaucoup, les autres peu. Mais lorsqu’ils en mesurèrent la quantité, ceux qui en avaient beaucoup n’en avaient pas trop, et ceux qui en avaient peu n’en manquaient pas. Chacun en avait la ration nécessaire.
Traduction Français courant

Marc 8,1-9

En ce temps-là, une grande foule s’était de nouveau assemblée. Comme elle n’avait rien à manger, Jésus appela ses disciples et leur dit: «J’ai pitié de ces gens, car voilà trois jours qu’ils sont avec moi et ils n’ont plus rien à manger. Si je les renvoie chez eux le ventre vide, ils se trouveront mal en chemin, car plusieurs d’entre eux sont venus de loin.» Ses disciples lui répondirent: « Où pourrait-on trouver de quoi les faire manger à leur faim, dans cet endroit désert?» Jésus leur demanda: «Combien avez-vous de pains?» Et ils répondirent: «Sept.» Alors, il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Puis il prit les sept pains, remercia Dieu, les rompit et les donna à ses disciples pour les distribuer à tous. C’est ce qu’ils firent. Ils avaient encore quelques petits poissons. Jésus remercia Dieu pour ces poissons et dit à ses disciples de les distribuer aussi. Chacun mangea à sa faim. Les disciples emportèrent sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient. Or, il y avait là environ quatre mille personnes.
Traduction Français courant

Albert Schweitzer: 100 ans et pas une ride!

« Soyez en paix ! S’il est possible, autant qu’il dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. »
Rm12,18

C’est avec cette parole de l’apôtre Paul qu’Albert Schweitzer a terminé sa conférence prononcée à Oslo, lorsqu’il s’est vu décerner le prix Nobel en 1952. Le 4 septembre prochain, cela fera tout juste 50 ans qu’Albert Schweitzer est mort. Et tout juste 100 ans qu’il a développé sa grande idée: l’éthique du respect de la vie.

Ces dates phares sont l’occasion de redécouvrir cet homme et sa pensée.

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Brève biographie

On retient aujourd’hui surtout d’Albert Schweitzer le médecin de Lambaréné. On connaît moins bien plusieurs des facettes dont cet homme était doté. Prenons quelques instant pour situer le personnage.

Le philosophe et le théologien

Il est né en 1875 en Alsace, qui était alors allemande et y a grandi avec ses trois sœurs et son frère. Fils de pasteur, il étudie la théologie et la philosophie et réussit brillamment ses études jusqu’au doctorat dans les deux domaines. Concentrant ses recherches en théologie sur les Vies de Jésus. C’était très à la mode au XIXe siècle de chercher à reconstituer, notamment en compilant les évangiles, ce qu’avait été la vie de Jésus de Nazareth. À l’âge de 27 ans, Schweitzer est nommé professeur à la faculté de théologie de Strasbourg, tout en conservant son travail de pasteur de la paroisse St-Nicolas qu’il occupait depuis 2 ans. Immense travailleur, il consacrait ses journées à un sujet et ses nuits à un autre pour pouvoir étendre son champ d’études et honorer ses engagements.

Le musicien

Albert Schweitzer était aussi musicien. Depuis tout petit, il jouait du piano, puis de l’orgue. Il raconte qu’il avait 9 ans quand, pour la première fois, on l’autorisa à remplacer l’organiste au culte. Alors qu’il séjourne à Paris pour la rédaction de sa thèse de doctorat en théologie, il prend des cours d’orgue chez Charles-Marie Widor et prend conscience que Jean-Sébastien Bach est très méconnu en France. Il entreprend alors d’écrire un essai sur l’art de Bach. C’est en réalité un livre de 450 pages qu’il produira. Il en rédigera ensuite une version allemande, revue et augmentée, de plus de 800 pages.

Le médecin

Tout cela, c’était avant qu’il ait 30 ans! Car à 30 ans, il avait décidé qu’il passerait à autre choses. En effet, le jour de la Pentecôte 1896, alors qu’il avait 21 ans, il s’était fait la réflexion qu’il n’était pas acceptable qu’il mène une vie heureuse alors que tant de gens autour de lui luttaient avec les soucis et la maladie. Il avait alors décrété qu’il avait le droit de vivre pour l’art et pour la science jusqu’à l’âge de 30 ans, puis qu’après, il devrait se consacrer à un service purement humain. En 1905, il entreprend donc des études de médecine en vue de partir en tant que médecin en Afrique équatoriale.

Comme théologien, Schweitzer était passablement controversé. Il s’était fortement distancé des recherches sur les vies de Jésus qui n’avaient en réalité aucun intérêt existentiel pour le croyant. Il détestait le verbiage doctrinal et sa manière de proclamer l’Évangile dans un langage plus simple n’était pas du goût de tout le monde. Il était donc clair qu’il ne pourrait être envoyé comme pasteur par la Mission de Paris. Il dut d’ailleurs promettre d’être muet comme une carpe, c’est-à-dire ne pas prêcher mais bien de se rendre en Afrique en tant que médecin.

C’est en 1913 qu’il s’embarque avec son épouse Hélène et les médicaments collectés depuis des mois, direction Lambaréné, dans l’actuel Gabon. Ils accueillent leurs premiers patients dans un ancien poulailler, puis construisent peu à peu quelques huttes et un premier bâtiment. La guerre éclate en Europe et en 1917, il est interdit à l’Allemand qu’il est d’exercer la médecine en territoire français. Les époux Schweitzer sont alors ramenés en Europe et détenus dans un centre de prisonniers en France. De retour en Alsace après la guerre, Schweitzer entreprend de collecter des fonds pour retourner à Lambaréné. Il repart quelques années plus tard et y construit un hôpital bien plus conséquent. Dès lors, il alternera les années en Afrique et les séjours d’un an ou deux en Europe au cours desquels il fait des conférences et des concerts d’orgue pour trouver des fonds, tout en recrutant du personnel pour travailler à Lambaréné. Il mourra en 1965 à Lambaréné où il est enterré aux côtés de son épouse, décédée quelques années avant lui.

… et bien plus encore

C’est une biographie très succincte qui ne relate bien évidemment pas la complexité ni la richesse du personnage mais qui permet de le situer. C’était un homme qui a été très apprécié, mais qui fut aussi controversé. Dans sa théologie, mais également dans la relation à l’Afrique et aux indigènes qu’il appelait les primitifs. C’était un homme de son époque.

J’ai choisi pour le culte de ce matin, de chercher plutôt en quoi sa théologie et son engagement avaient encore des choses à nous dire aujourd’hui.

Lecture biblique: Job 40,15-19

Regarde bien ce monstre qu’est l’hippopotame:je suis son créateur, comme je suis le tien. C’est un simple mangeur d’herbe, comme le bœuf. Mais regarde la force qu’il a dans sa croupe, admire la vigueur des muscles de son ventre ! Sa queue est puissante, comme le tronc d’un cèdre; ses cuisses sont nouées par des tendons puissants. Ses os sont aussi forts que des tubes de bronze, ses côtes font penser à des barres de fer. De tout ce que j’ai fait, c’est bien lui mon chef-d’œuvre!
Moi seul, son créateur, je le tiens en respect.

Prédication

Étonnant, n’est-ce pas, ce texte sur l’hippopotame?! Et surtout, quel est le rapport avec Albert Schweitzer? Je vous rassure, ce n’est pas que le soleil m’a tapé sur la tête. Il y a vraiment un lien. Schweitzer raconte qu’il était en proie à des questionnements philosophiques, existentiels et éthiques sans parvenir à les formuler de manière satisfaisantes, quand il a dû se rendre dans une ville située à 200km de Lambaréné. Assis sur le pont d’un petit bateau, il admirait la nature environnante, plongé dans ses pensées. Et c’est en observant un troupeau d’hippopotames que lui sont venus ces mots: Respect de la vie! Dès lors, le respect de la vie sera au centre de sa pensée.

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L’homme qui pense ne se déshumanise pas

Avant de regarder de plus près ce qu’il entendait par ces termes, arrêtons-nous un instant sur les circonstances qui l’ont amené à cette révélation. Restons encore quelques temps avec lui face à ces princes des rivières que sont les hippopotames. L’homme moderne, affirme Schweitzer, ne réfléchit plus. Il ne prend plus le temps de penser, de méditer, de philosopher. Happé par l’immédiateté de la vie quotidienne, il ne prend plus le temps du recul. Schweitzer fait ce constat en 1915, il y a tout juste un siècle ! Qu’aurait-il dit de notre monde aujourd’hui?!?
Pour le dire un peu autrement, l’homme moderne n’a pas le sens du sabbat, du temps à part pour porter une réflexion sur la vie, sur sa place dans le monde et face à Dieu, pour prendre soin de ses relations aux autres, au monde, à Dieu et à lui-même. Dès lors, l’être humain se déshumanise et perd toute sa dimension spirituelle. L’homme, pour être homme, a besoin de penser le monde et de se penser dans le monde.

Une vie qui veut vivre

En prenant le temps de penser, l’homme se découvre comme un être qui aspire à la vie. « Quand l’homme affirme sa volonté de vivre, il se comporte d’une manière naturelle et sincère. Il confirme un acte déjà accompli dans son inconscient en le renouvelant dans sa pensée consciente. » dit Schweitzer.
Il ne considère plus sa vie simplement comme un donné, mais l’expérimente comme un insondable mystère.

Prendre conscience de sa vie, de son existence comme le fruit d’un don de Dieu sur lequel nous n’avons pas entièrement prise, lui confère de la valeur. Dès lors, on ne peut plus simplement se laisser vivre, mais on développe un respect vis à vis de sa propre vie. Et on éprouve le besoin de témoigner ce même respect vis à vis de toute vie qui nous fait face. Car l’autre, de même que moi, est un être qui aspire à la vie. « Je suis vie qui veut vivre, au milieu de vies qui veulent vivre. » écrit Schweitzer.

L’action!

Voici ce qu’il veut dire par le respect de la vie. Il ne faut pas comprendre le terme de respect comme de la considération admirative qui nous demanderait de demeurer sur la retenue, à une juste distance, passivement. Il n’y a pas dans ce respect pour la vie une dimension d’intouchable. Au contraire, pour Schweitzer, ce respect véritable nous pousse à agir. Il est de la responsabilité de l’homme qui pense et qui reconnaît la valeur de la vie, d’agir en faveur de la vie. Schweitzer est absolu: il faut toujours faire le choix de l’action!
Bien entendu, dans les milieux protestants, on lui a objecté le risque de tomber dans une théologie des œuvres. Faire de bonnes actions pour plaire à Dieu, voilà contre quoi s’était battu Luther avec acharnement. Mais ce n’est pas pour plaire à Dieu ou pour gagner son salut que l’homme doit agir.
Pour Schweitzer, c’est simplement qu’il ne peut pas faire autrement qu’agir si il reconnaît la valeur de la vie. C’est son devoir. La foi seule, sans les actes, est morte! Lit-on dans l’épître de Jacques.

L’action en faveur de la vie en général participe également à développer la dimension spirituelle de l’être humain. Car la pensée, la foi, la prière et l’acte participent ensemble au respect de la vie.
Cette unité entre la foi et l’action demeure d’une grande actualité, me semble-t-il. Plus encore aujourd’hui qu’il y a un siècle, je pense, nous avons tendance à compartimenter nos vies. Et d’autant plus dans un monde sécularisé, à enfermer notre vie de foi, nos convictions religieuse et même notre vie spirituelle à une partie intime de notre personne. Mais forcément, notre foi influence notre manière d’être au monde, nos convictions profondes dictent nos décisions, qu’elles soient politiques ou sociales. Nous ne sommes pas des êtres compartimentés mais bien des personnes, des êtres uniques qui aspirent à la vie.

Le respect de la vie dans toutes ses dimensions

D’après Schweitzer, une des grandes lacunes de l’éthique était que jusqu’alors, elle s’était toujours bornée à traiter la relation d’un homme à l’égard d’un autre. Mais en réalité, elle devait s’étendre aux relations de l’être humain avec l’univers tout entier, ou du moins avec toute créature qui était à sa portée. C’est ainsi que le respect de la vie ne se cantonne pas à voir la vie chez l’homme ou la femme qui me fait face, mais aussi dans les animaux, les plantes : la vie dans sa dimension la plus large. Cette vision du monde est aujourd’hui très largement partagée par les mouvements écologistes de toutes origines. Le théologien et philosophe nous invite à replacer ce respect de la vie dans la relation d’une créature face à une autre, toutes deux fruits de la volonté d’un seul Créateur.

L’hippopotame : bête apparemment plutôt disgracieuse et dont l’utilité dans le monde ne relève pas pour moi de l’évidence ; l’hippopotame est une créature, une vie, fruit de la volonté du Créateur.
Et à ce titre, il a sa place dans le monde autant qu’une autre. Et même… autant que moi! Comme être humain, j’ai la chance d’avoir été créée avec la faculté de penser le monde et d’y agir, je me dois donc de le faire pour que l’hippopotame puisse s’y épanouir. De même que les aigles, les fleurs et les abeilles. De même que mon voisin ou mon prochain.

Une éthique à mettre en pratique

Mais le respect de la vie n’est pas un assertion posée une fois pour toutes. Une jolie intention bucolique et idéaliste pour jeunes filles couchées dans un champ de violettes. Dans tous les instants de sa vie, l’homme qui respecte la vie est placé devant des choix et des décisions.
Il est aussi placé devant ses contradictions. Car il n’est pas rare que pour sauver une vie, il faille en sacrifier une autre. Pour sauver sa propre vie, l’homme est parfois obligé de le faire aux dépens des autres. Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel Schweitzer vit : on est au cœur de la 1ère guerre mondiale. Il dit d’ailleurs qu’il « éprouve comme une grande grâce de pouvoir sauver des vies, alors que d’autres étaient contraints de tuer. » A tout moment, il nous faut faire des choix. Des choix auxquels ces paroles du Deutéronome font écho Je place devant vous la vie et la mort. Choisissez donc la vie. Dt 30,19.

Mais quelle vie?… Et qui suis-je pour décider laquelle a plus de valeur qu’une autre? Voici les interrogations que Schweitzer illustre en racontant l’histoire de son pélican. Le bon Docteur, comme on l’appelait à Lambaréné, avait trouvé un pélican blessé et l’avait adopté. Il lui avait donné le nom de Parsifal. Pour sauver l’oiseau, il fallait bien le nourrir. Il fut donc obligé de pêcher pour lui tous les jours des poissons. Pourquoi tuer des poissons pour sauver un pélican?!? Quelle vie a plus de valeur?
Il n’y a pas de réponse à cette question. Pas de bonne réponse en tout cas. Pas de réponse absolue.
Toujours et sans cesse, nous sommes amenés à nous poser et à nous reposer la question. Peser nos choix et prendre des décisions au plus proche de notre conscience. Jamais, sacrifier une vie quelle qu’elle Albert Schweitzer mit Pinguinfusse, ne doit devenir une chose banale et ne pas nous déranger. « Le respect de la vie n’est pas une formule magique qui résoudrait tous les problèmes, mais un principe général dont l’application, toujours approximative, demande du discernement, de l’imagination et du courage. » (André Gounelle)

Pessimiste du savoir, optimiste du vouloir

On a parfois fait de Schweitzer un idéaliste. Mais je crois qu’il n’était pas dupe. Au contraire, il dresse du monde un tableau sombre. Le monde est dur, la vie est cruelle. Son éthique du respect de la vie n’a rien de naïf. Lorsqu’on lui demande si il est un homme pessimiste ou optimiste, il répond qu’en lui « la connaissance est pessimiste, mais le vouloir et l’espoir sont optimistes. » Si l’on regarde notre monde, un siècle après; un demi-siècle après la mort de Schweitzer, il n’y a pas vraiment lieu d’être optimiste je crois.
Chaque jour, vous et moi sommes placés devant ces mêmes choix: comment agir de manière juste, en faveur de la vie? Dans les petites choses de la vie: je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger su moi-même l’autre jour quand j’ai demandé à mon mari d’écraser une araignée dans notre chambre à coucher…

Mais aussi dans les grandes questions du monde. Quelle valeur avait la vie de ces migrants, morts l’autre jour asphyxiés dans la cale d’un bateau en Méditerranée?…

Et concrètement, quelles actions ai-je accompli aujourd’hui… hier… dernièrement pour le respect de la vie? Suis-je toujours mue par cette conscience que je suis vie qui veut vivre entourées de vies qui veulent vivre?

Autant de réflexions, d’interrogations, d’exhortations ravivées en nous ce matin. Qu’elles nous rendent plus humains et nous mènent à agir chaque jour, pour la Vie!
Amen

Musique

Grand merci à Jacques Barbezat qui a joué exclusivement des œuvres de Bach pendant le culte. Voici les pièces qu’il avait choisies:

  • Choral: Wer nur den lieber Gott lässt walten BWV 647
  • Choral: Wenn wir in Höchsten Nöten sein BWV 641
  • Partita: Sei gegrüsst, Jesu gütig, var.5 BWV 768
  • Choral: Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ BWV 639
  • Partita: Sei gegrüsst, Jesu gütig, var.11 BWV 768

Sources

Pour travailler ce sujet, j’ai relu « Ma vie et ma pensée », écrit en 1931 par Albert Schweitzer. Je me suis également largement inspirée du dossier que Réforme lui a consacré au mois de juillet.

NB je ne suis pas certaine que la photo du Dr Schweitzer avec son pélican est libre de droits. Si ce n’est pas le cas et qu’on me le fait remarquer, je l’enlèverai.