Conçu du saint Esprit et né de la vierge (?) Marie

Prédication du 4e dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019 à Bôle

Lectures bibliques : Esaïe 7,14-15; Romains 1,1-7; Mt 1,18-25

« Je crois en Jésus-Christ.
Son fils unique. Notre Seigneur.
Qui a été conçu du St-Esprit et qui est né de la vierge Marie. »

Voici une partie du Symbole des apôtres. Confession de foi que nous avons tous et toutes apprise, qu’il nous arrive de prononcer et qui réunit les chrétiens depuis des siècles.
Mais que disons-nous lorsque nous disons: Conçu du St-Esprit et né de la vierge Marie… ?!?
Voilà qui n’est pas simple.

Cette histoire de naissance virginale est de plus en plus difficile à défendre. Aujourd’hui, notre esprit cartésien, raisonnable, soucieux d’obtenir une explication médicale à tout mal qui touche l’être humain, peine à se contenter de l’affirmation conçu du St-Esprit et né de la vierge Marie.

D’ailleurs, il est intéressant de constater que pour bon nombre de personnes éloignées de l’Église ou de la foi chrétienne, ces questions d’incompatibilité entre les textes bibliques et la raison sont suffisantes pour écarter tout intérêt pour le christianisme.
Comme si pour vivre de l’Évangile il fallait obligatoirement ranger la raison au placard.

Les croyants d’hier n’étaient pas plus stupides que nous! Leurs connaissances médicales étaient, soit, moins pointues. Mais comme nous, ils avaient observé que pour qu’un enfant naisse, il fallait un homme et une femme, qu’une grossesse durait 9 mois, etc.

Mais les textes bibliques ne sont ni des traités médicaux d’obstétriques ni des récits historiques. Ce sont des écrits théologiques. Qui témoignent de la foi de leurs auteurs et qui parlent de la relation possible entre les êtres humains et Dieu. Hier comme aujourd’hui. Prenons donc au sérieux ces textes et lisons-les pour ce qu’ils sont.

Nous avons entendu le récit qui se trouve dans l’évangile de Matthieu. L’évangile de Matthieu n’est pas le plus ancien de nos évangiles bibliques. C’est Marc. Et que raconte Marc de la naissance de Jésus? Rien!
Son évangile commence alors que Jésus est adulte, par sa rencontre avec Jean-Baptiste.

Matthieu, tout comme Luc, reprend l’évangile de Marc et y ajoute un récit de naissance. Tous deux intègrent à leur évangile, chacun à leur manière, des traditions orales qui circulaient dans les premières communautés chrétiennes. Dans son récit, Matthieu intègre une citation du prophète Ésaïe: La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel.
En citant le prophète, l’évangéliste identifie Jésus au messie annoncé dans l’Ancien Testament. L’enfant que Marie va mettre au monde ne sera personne d’autre que celui qui a été annoncé. Il est celui qui doit venir!

Aussi bien en hébreu qu’en grec, le mot vierge est le même que jeune fille. Ce qui est assez normal pour l’époque. Une jeune fille pas encore mariée est en général vierge. Ce terme désigne la femme jeune en âge de se marier. Elle n’est plus une enfant, elle n’a pas encore accédé au statut d’épouse, de mère. La jeune fille, la vierge, est une femme en devenir. Ce mot désigne donc plus une catégorie sociale qu’il est une définition médicale de sa virginité.

La tradition que Matthieu intègre à son récit de naissance reprend la prophétie d’Ésaïe: le Messie que le peuple attend naîtra d’une jeune fille. Dans la tradition chrétienne, la virginité de Marie est devenue symbole de sa pureté. Pureté spirituelle puis pureté morale.
La jeune fille de l’évangile, symbole de la simplicité. De la banalité humaine. Est devenue exemple, femme idéale et pure. Au point même d’être elle-même vénérée.
L’évangile présente un Jésus qui naît au cœur du monde, dans une famille humaine, dans la normalité. Et nous ne pouvons nous empêcher d’en faire quelque chose d’hors norme.

Mais cette tentation n’est pas nouvelle. Les évangiles eux-mêmes sont déjà habités de cette envie. Dans l’Antiquité, il était habituel que les personnages importants soient nés de manière particulière. Jésus n’est pas le seul personnage biblique dont la naissance a quelque chose de magique. Tout près de lui, on peut penser déjà à Jean-Baptiste. La littérature antique regorge également de récits de naissances extraordinaires.

En intégrant un récit de naissance à leurs évangiles, Matthieu et Luc cèdent un peu à cette mode. Tout en allant à son encontre en insistant sur la simplicité de la famille. Les évangiles ne sont pas les textes les plus anciens du Nouveau Testament. Les épîtres de Paul sont encore plus anciennes.

Et il est intéressant de constater que la question de la virginité de Marie n’est absolument pas mentionnée par Paul. Il ne parle d’ailleurs à aucun moment de la naissance de Jésus. Dans la salutation de l’épître que Paul adresse à la communauté chrétienne de Rome, nous lisons: La Bonne Nouvelle, annoncée par les prophètes, se rapporte au Fils de Dieu. Notre Seigneur Jésus-Christ. En tant qu’homme, il était descendant du roi David. Mais selon l’Esprit Saint, il a été manifesté Fils de Dieu avec puissance quand il a été ressuscité d’entre les morts.

Pour Paul, Jésus-Christ est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. De son humanité, Paul dit qu’il est descendant du roi David. Le roi David était l’ancêtre, non pas de Marie, mais de Joseph. Donc pour l’apôtre, que Jésus soit le fils de Marie et de Joseph ne pose strictement aucun problème. Puisqu’il est homme, il l’est complètement. Né d’un homme et d’une femme. Dans la banalité de l’humanité.
Et que dit-il de sa divinité?
Il a été manifesté Fils de Dieu quand il a été ressuscité!
Paul n’ancre pas la divinité de Jésus dans sa naissance mais dans l’événement de la Résurrection. C’est une vision très différente de celle de Noël où nous cherchons à concilier humanité et divinité de Jésus dans l’événement de sa naissance.
Pour le théologien Paul, l’humanité de Jésus lui est donnée dans sa naissance, sa divinité par sa Résurrection.

Différemment, l’auteur des épîtres, Matthieu et Luc témoignent de leur foi en Jésus-Christ.
Fils de Dieu venu partager notre humanité.
Les éléments miraculeux qui, à l’époque, soutenaient la foi en désignant un personnage comme hors du commun, aujourd’hui deviennent plutôt des freins pour nos esprits rationnels.
On peut se demander comment nous devons en parler aujourd’hui.
Et surtout, on doit se poser la question: quels sont les enjeux pour notre foi dans cette naissance?
Qu’est-ce qui nous permet d’avancer dans notre relation personnelle avec Dieu?

Pour ma part, je peux l’affirmer, savoir si Marie était vierge ou non ne m’intéresse pas. Cette question n’a aucune conséquence sur ma relation à Dieu. Par contre, de savoir que Dieu a choisi pour la venue de son fils, une jeune femme tout à fait banale a du sens.
De savoir que chacun d’entre nous peut être choisi par Dieu pour accomplir une mission. Pour la seule raison que toute personne a de la valeur aux yeux de Dieu.
Et que personne n’est trop jeune, trop vieux, trop pauvre, trop riche, trop insignifiant, trop célèbre, trop marginal ou trop banal pour que Dieu lui parle.
Cela a du sens pour notre foi, je crois.

Entendre aussi que le Christ naît dans l’humanité à l’initiative de Dieu est parlant.
C’est de lui que vient la volonté de se faire homme. L’être humain ne maîtrise pas se venue. L’initiative est divine, la présence de Dieu ne dépend pas de la volonté humaine. Une manière de nous rappeler que nous n’avons pas de mainmise possible sur ce que Dieu doit faire ou être.

Dieu vient, il naît dans notre monde.
Saurons-nous l’accueillir comme Marie et Joseph l’ont fait?
C’est bien là toute la question de Noël.
Toute la question de l’ouverture de notre cœur à Noël.
Il nous reste quelques jours encore pour y méditer et nous préparer à cette nuit à la fois tout à fait extraordinaire et parfaitement banale à la fois.
Amen

A lire sur ce sujet: ce billet d’Antoine Nouis.

2 réflexions au sujet de « Conçu du saint Esprit et né de la vierge (?) Marie »

  1. Bravo, Diane.
    J’ai beaucoup apprécié ta prédication. Elle va à l’essentiel et m’a invité à rechercher, au-delà des détails et des contradictions, ce qui a du poids dans ma relation avec Dieu et les autres.
    Né ou conçu? Cela me fait entendre que nous sommes constitués autant de divinité que d’humanité.
    Belles fêtes à toute ta famille.
    Amitiés, #jeanmarcleresche.

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