Des paroles en ligne

J’ai participé ce matin à une rencontre à distance organisée par l’Office protestant de la formation (OPF). L’objectif est d’échanger autour de quelques initiatives vidéo de présences protestantes sur le web pendant de le temps du confinement. Plusieurs collègues de France et de Suisse romande se sont risqués à partager les vidéos qu’ils·elles ont réalisées pour les soumettre au regard des autres participants et de 3 experts: Philippe Golaz, Etienne Guilloud et Elio Jaillet.

Parmi les échanges intéressants et constructifs, je relève une surprise. Elle m’est venue d’une vidéo qui ne m’a pas du tout convaincue. J’ai eu du mal à la regarder jusqu’au bout tant la qualité des images et du son étaient médiocres. J’étais un rien fébrile à l’idée de devoir dire à cette collègue que je ne connais pas ce que j’avais pensé de sa réalisation. C’est toujours difficile de formuler des critiques sévères. D’autant plus que je ne sais pas moi-même faire de la vidéo et qu’au moins elle, elle s’est risquée. Mais si on fait une vidéo, c’est pour qu’elle soit visionnée, non? Alors si certaines choses sont rédhibitoires, autant le savoir.

Ma surprise est venue du fait que mes critiques (qui allaient dans le même sens que celles d’autres intervenants) ont été fort bien accueillies. Cette collègue était même parfaitement d’accord. Et cela m’a permis de déceler certains autres enjeux.

J’extrapole.

Les pressions

On attend parfois beaucoup (trop) d’un·e pasteur·e. On pense qu’ils·elles savent tout faire. Et les pasteur·e·s ne sont pas les premiers à démentir! Mais nous ne sommes pas tous doués avec les personnes âgées, nous n’avons pas tous de grandes compétences pédagogiques, nous ne sommes pas tous hyper créatifs et nous n’avons pas tous de grandes connaissances en informatique.

Il est difficile de reconnaître nos incompétences. Pour cela, il faut pouvoir évoluer dans un climat de confiance au sein de sa paroisse et en lien avec ses autorités paroissiales et ecclésiales. La période de semi-confinement a parfois distendu les liens avec les autorités. Les ministres se sont retrouvés un peu seuls à devoir gérer les attentes et des demandes parfois pressantes.

La confusion

Plus précisément encore, il n’est pas rare qu’il y ait confusion des compétences. Parce qu’une personne maîtrise un domaine, on imagine qu’elle maîtrise tous les domaines associés.

Par exemple, le théologien sait étudier un texte biblique donc il sait naturellement enseigner, instinctivement animer des groupes de lecture biblique, facilement faire du catéchisme pour ados et de s’épanouit dans l’éveil à la foi. Ces domaines requièrent des compétences spécifiques auxquelles les pasteur·e·s doivent ou devraient se former.

De même si vous animez (modestement) un blog, alors vous savez naturellement dépanner la photocopieuse, installer des imprimantes et déboguer un téléphone portable… En gros, si vous êtes un peu débrouille et que vous ne rechignez pas à essayer de nouvelles choses alors vous savez faire de la vidéo.

Les bonnes volontés

Pour réaliser des projets, il faut s’entourer des bonnes personnes. Une des difficultés, c’est que les gens de bonne volonté qui se mettent à disposition n’ont pas toujours les compétences nécessaires à la réalisation du projet! C’est magnifique que Monsieur Alpha se propose pour filmer sauf qu’il ne sait pas tenir une caméra! Et Madame Oméga est adorable et serviable mais on ne comprend pas la moitié des phrases lorsqu’elle lit à haute voix!

Comment le leur dire? Bien souvent, de peur de faire de la peine, on ne dit rien. On fait avec et on n’est pas fiers du résultat, mais on se console en se disant qu’on a fait plaisir à ces deux personnes. Sauf que ce n’est pas leur rendre service de les mettre dans des situations où ils sont mis en échec. Je me dis souvent qu’en Église, nous avons à faire des progrès en matière de vérité. Accueillir la volonté d’une personne à se mettre à disposition et chercher avec elle là où elle sera adéquate plutôt que de confier les mauvaises tâches aux mauvaises personnes. C’est mieux pour tout le monde. Et certainement que M. Alpha et Mme Oméga tireront plus de satisfaction dans leur engagement bénévole si ils réalisent une chose pour laquelle ils sont bons.


Voilà quelques réflexions juste posées ici ce soir. Je me réjouis de poursuivre demain matin pour la deuxième session de « La Parole en ligne ».

D’autres considérations suite à la seconde session: Des paroles en ligne (2)

6 réflexions au sujet de “Des paroles en ligne”

  1. Mais comme je te rejoins à 100% sur l’adéquation entre bénévolat et compétences! Soigner les relations avec les bénévoles c est aussi discerner avec eux où ils deploieront au maximum leur potentiel de dons. C est prendre du temps avec les personnes pour trouver la voie qui leur permettra de servir de la façon la plus rayonnante le Dieu qui les a mis en mouvement. C est du coup dire clairement non à certaines voies, c est encourager à s’equiper et à se former.

  2. Merci Diane pour ton articleLa méthode IMAGO donne un excellent outil: commencer d’abord par dire ce qui fonctionne. Parce que cela aiguise notre regard sur les qualités des projets ou des personnes et honore leur travail. Et aussi donne envie de faire encore mieux ce qui marche. Ensuite on ne fait pas de « critiques » mais des suggestions techniques. C’est un détail qui change tout et on propose à la personne de le faire pour elle-même. Mon expérience c’est que du coup on a suffisamment confiance après avoir été honoré et reconnu dans son travail pour voir discerner ce qui peut être amélioré techniquement. c’est juste magique! On applique cette méthode au LAB et cela contribue à la bienveillance et l’encouragement mutuels. Bravo!

  3. Bravo, Diane, et Merci de tes réflexions. Comme je me retrouve. On m’a souvent qualifié de geek. Parce que j’emploie et connais quelques trucs (j’insiste: quelques). On m’a appelé au secours, parce que la messagerie du secrétariat buguait, il n’y avait plus de WiFi… Mais moi, je sais juste faire quelques trucs, c’est tout.
    J’aime me questionner avec les jeunes, mais je n’ai pas de formation particulière. Je recherche donc une collaboration.
    Par contre, j’aime apprendre, chercher et tester. Alors, quand j’entends parler de qqch qui pourrait me servir (ou pas), je cherche.
    Belle suite à toi.
    Amitiés

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