Confinement collectif, déconfinement individuel

Prédication publiée le 31 mai 2020, jour de la Pentecôte, sur le site de la paroisse de La BARC. Je reprends ici uniquement la prédication ainsi que Les dix commandements du déconfinement.

Lectures bibliques: 1 Corinthiens 12, 4-11 et Actes 2,1-13

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Réunis tous ensemble au même endroit

Chers amis, je dois vous l’avouer, ce dimanche clôt pour moi une semaine bien tourmentée. Tiraillée entre ce qui aurait dû être et ce qui est. Écartelée entre désir et devoir. Partagée entre responsabilité et accueil des besoins. Je ne sais comment faire pour bien faire. Je ne sais quoi faire pour faire juste.

Je m’explique. D’un côté, il y a la réalité de ces deux mois durant lesquels nous avons été privés de beaucoup de choses, en particulier de relations sociales et communautaires. Je le sais, la vie paroissiale a manqué à plusieurs d’entre vous. À la fois j’en suis désolée, mais j’en suis aussi ravie. Ravie car cela a fait (re)découvrir la place importante que la paroisse a dans la vie de certaines personnes de nos villages.

Ce manque provoque un enthousiasme à nous revoir, une joie perceptible, tangible. Et c’est beau! Même éloignés sur nos bancs, disséminés dans ce temple. Même interdits de chanter et de partager la cène, nous sommes heureux d’être réunis autour de la Parole de Dieu. Une simplicité, une sobriété, qui nous ramènent au cœur de la foi protestante: hommes et femmes simples qui placent leur existence sous le regard de Dieu et cherchant à saisir le sens de leur vie nourris par la méditation des textes de la Bible. Ceci et rien de plus.

D’un côté, je vois donc cet enthousiasme et je l’accueille avec joie. Mais en face de celui-ci, j’ai aussi conscience de l’inconnu qui se présente à nous. Est-ce bien raisonnable ? En vous invitant à venir ce matin, l’Église vous met-elle en danger? Au niveau personnel et individuel, nous choisissons les risques que nous prenons. Mais une institution: qui plus est une institution qui veut du bien à ses membres. Une institution dont la survie ne dépend pas d’une reprise en présence de ses activités comme le sont toutes les entreprises pour lesquelles chaque jour à l’arrêt met un peu plus en péril son existence. Est-il juste que cette institution qu’est l’Église organise des réunions de manière précipitée?

Dans le plan de déconfinement annoncé il y a quelques temps, il était prévu que les Églises reprennent leurs activités en présence en même temps que les acteurs culturels et associatifs. Cela avait du sens. Notre premier culte devait avoir lieu le 14 juin, à l’issue d’une semaine où l’on pourrait se rendre au cinéma, au théâtre ou à notre club de loisirs. Mais les Églises ont fait pressions sur le Conseil fédéral et ont obtenu un régime de faveur. Et cela me dérange. Selon la parole biblique, le croyant n’est pas du monde mais il est dans le monde. Comment rejoindre nos contemporains dans la réalité qu’ils traversent si nous ne sommes pas soumis aux même règles?

Voilà donc les interrogations qui m’ont habitées cette semaine. Les questionnements avec lesquels j’ai abordé la lecture des textes de la Pentecôte: le récit dans le livre des Actes et le fabuleux passage de l’épître de Paul aux Corinthiens sur les dons de l’Esprit.

Universel et particulier

Et ce qui m’a frappé en lisant le récit des Actes c’est ce perpétuel va et vient entre l’individu et le collectif, entre l’universel et le particulier.
Ce feu qui remplit tout l’espace…
… et ces flammes qui se séparent pour se poser sur chacun d’eux.
Cette foule qui s’assemble…
… et chacun qui est interpellé, surpris, étonné.
Ces hommes venus de partout…
… et chacun qui entend dans sa propre langue.

Universel, collectif, global.
Et en même temps personnel, individuel.

Nous sommes des individus. Mais des individus sociaux. Des êtres en relation. Et certains d’entre nous ont souffert ces derniers temps d’un manque de liens. On s’est retrouvés seuls avec nous-mêmes. Ou seuls avec nos proches. À l’heure où les sorties sont à nouveau autorisées, nous sommes avides de rencontres.

Ces derniers deux mois, j’ai régulièrement entendu, lu et échangé au sujet de l’importance de se retrouver avec soi-même. Beaucoup de personnes ont témoigné du fait que cet isolement forcé leur avait permis de mieux prendre le temps de l’introspection. Méditations, prières, lectures, rêvasseries ou heures passées au téléphone ont fait émerger combien nos vies bien chargées d’avant nous faisaient passer à côté de ce qui est vraiment important. Rapport à la nature, prendre le temps d’observer le printemps émerger ont nourri bien des réflexions spirituelles et existentielles.

La dimension collective a peut-être manqué (quoiqu’elle a parfois réussi à se réinventer par le téléphone, internet ou d’un balcon à l’autre), mais beaucoup ont en profité pour prendre soin de leur jardin intérieur.

Saurons-nous faire quelque chose de cela? Ou la reprise sera-t-elle l’occasion d’oublier toutes les promesses que nous nous sommes faites de ne plus nous laisser envahir par les soucis, surcharger par les séances infructueuses, aigrir par les occupations inutiles?

Ce jour-là à Jérusalem, l’Esprit a rempli tout l’espace. Bruit fracassant, vent décoiffant, feu brûlant ont rempli la maison. Tous furent remplis de l’Esprit saint. Les gens de partout étaient remplis d’étonnement et d’admiration.

Remplir. Un verbe qui revient comme un vent tourbillonnant dans ce récit. Une plénitude qui vient habiter tout l’espace. Pour que vienne cette plénitude, il faut lui laisser de l’espace. Du vide à habiter. De la place pour venir souffler. Il faut être en attente, réceptifs, ouverts. Si nous nous précipitons pour tout remplir nous mêmes, charger nos agendas, nos journées, nos têtes bien faites et nos esprits bien occupés, il n’y aura plus de place pour cet Esprit décoiffant.

Individuel et collectif

Le monde s’est arrêté en raison d’un risque médical défini. Le risque de la «reprise» est plus sournois je pense. Si pour le premier nous avions régulièrement les points presse du Conseil fédéral pour nous donner des consignes et des règles, pour le second, nous sommes livrés à nous-mêmes. Le confinement était collectif, le déconfinement touche à l’individuel. Pour gérer risque médical, nous étions encadrés. Pour gérer le risque du trop plein, nous sommes seuls. Confinement collectif, déconfinement individuel.

Le printemps 2020 demeurera un temps à part dans l’histoire mondiale et dans nos histoires personnelles. Il a été pour beaucoup de personnes un temps de renouvellement spirituel, mais aussi de découvertes et d’apprentissages. On a appris à utiliser de nouveaux outils informatiques ou à découvrir de nouvelles fonctions à nos téléphones et nos ordinateurs. Des commerçants, des restaurateurs, des petites entreprises se sont réinventés. La créativité a été foisonnante. Pour survivre, il a fallu avoir des idées. Et quoi de plus stimulant que de parvenir à surmonter des difficultés? Cette période a redonné un élan nouveau dans beaucoup de professions. Une conscience aussi de la fragilité de ce que tous croyaient acquis.

En Église aussi, nous avons dû nous réinventer. Et pour ma part, j’ai trouvé ce temps très stimulant. On a redécouvert les échanges par téléphone, on a réinventé le catéchisme, on a mis à disposition le matériau pour que chacun et chacune puisse célébrer le culte chez soi. Textes, réflexions, musiques, méditations, jeux, témoignages. Par le biais du site internet de la paroisse, j’ai découvert des facettes de certaines personnes que j’ignorais jusque là. D’une certaine manière, je me suis sentie plus proche que jamais.

Certains n’ont pas accès à internet me direz-vous. Certes, mais des réseaux étaient en place et les uns avaient soin d’imprimer les textes et de les glisser dans les boîtes aux lettres des autres.

Elle parle ma langue!

Le site a permis une ouverture nouvelle. Des personnes qui viennent rarement s’asseoir sur ces bancs, ou qui ne l’ont même jamais fait, ont apprécié ces textes. Qui a dit que le culte était à 10h le dimanche matin? Pour certains, c’était le dimanche soir ou le lundi après-midi qu’ils pouvaient prendre ce temps à part. Cela leur était rendu possible.

Et voici que d’une certaine manière a soufflé le vent de la Pentecôte. Parce que l’Église, peut-être pour la première fois, parlait leur langue.

Vous aimez le culte dominical. Vous aimez ce lieu, ces vitraux, ce son qui résonne. Vous aimez les cantiques, la musique de l’orgue. Vous aimez vous lever puis vous rasseoir. Vous aimez vous centrer sur vous-mêmes, fermer les yeux pour prier. Vous aimez vous disposer en cercle, partager le pain, passer la coupe. Mais pour certaines personnes, ces gestes, ces paroles, ces coutumes: c’est du Chinois! Luther aurait dit: mais vous parlez latin!
Pour une part aujourd’hui majoritaire de la population, nous sommes ces quelques Galiléens que personne ne comprend.

On ne s’en rend pas toujours compte parce que pour nous c’est évident, nous parlons cette langue. C’est notre langue d’Église. Notre langue sacrée. Mais ce n’est pas la seule et unique langue. Et nous n’accomplissons pas notre mission si nous réservons à cette langue seule l’expression des grandes œuvres de Dieu (pour reprendre le texte).

Je ne veux pas idéaliser les moyens de communication actuels, ni ôter de la valeur à la réalité des relations en paroisse. Comprenez-moi bien. Mais je crois que pour la première fois, certains se sont dits: l’Église parle ma langue! Et cela, ce n’est pas rien.

L’événement de la Pentecôte est fondateur du temps de l’Église. Un événement puissant qui a donné courage, force et entrain pour aller de par le monde. Jusque là, l’annonce de la Résurrection du Christ avait circulé dans les milieux juifs. Dès lors, c’est au monde entier que c’est ouverte l’espérance chrétienne. Pentecôte, c’est le début de l’évangélisation au sens noble du terme: l’annonce de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle.

Le temple est le lieu de la sécurité. Celui du renforcement de l’affermissement dans la foi. Ce lieu où l’on se retrouve ensemble en un même endroit. Mais il est et doit être un tremplin. L’endroit d’où nous prenons notre élan pour faire rayonner l’Évangile de par le monde. L’événement collectif qui donne l’élan à toute nos vies individuelles. Au lieu d’être un point de départ, le rendez-vous dominical devient parfois le point d’arrivée, celui qui se suffit à lui-même. Mais le but même d’entrer dans le temple le dimanche matin, c’est de se réjouir d’en sortir!

Pour que demain encore, nos contemporains se disent: ils parlent ma langue! Il faudra sortir du temple avec souffle et espérance.

Amen

Textes bibliques

Il y a diverses sortes de dons spirituels, mais c’est le même Esprit qui les accorde. Il y a diverses façons de servir, mais c’est le même Seigneur que l’on sert. Il y a diverses activités, mais c’est le même Dieu qui les produit toutes en tous.

En chacun l’Esprit Saint se manifeste par un don pour le bien de tous. L’Esprit donne à l’un de parler selon la sagesse, et à un autre le même Esprit donne de parler selon la connaissance. Ce seul et même Esprit donne à l’un une foi exceptionnelle et à un autre le pouvoir de guérir les malades. L’Esprit accorde à l’un de pouvoir accomplir des miracles, à un autre le don de transmettre des messages reçus de Dieu, à un autre encore la capacité de distinguer les faux esprits du véritable Esprit. A l’un il donne la possibilité de parler en des langues inconnues et à un autre la possibilité d’interpréter ces langues.

C’est le seul et même Esprit qui produit tout cela; il accorde à chacun un don différent, comme il le veut.

1 Corinthiens 12,4-11

Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit. Tout à coup, un bruit vint du ciel, comme si un vent violent se mettait à souffler, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Ils virent alors apparaître des langues pareilles à des flammes de feu; elles se séparèrent et elles se posèrent une à une sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’exprimer.

A Jérusalem vivaient des Juifs pieux, venus de tous les pays du monde. Quand ce bruit se fit entendre, ils s’assemblèrent en foule. Ils étaient tous profondément surpris, car chacun d’eux entendait les croyants parler dans sa propre langue. Ils étaient remplis d’étonnement et d’admiration, et disaient: «Ces gens qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens? Comment se fait-il alors que chacun de nous les entende parler dans sa langue maternelle? Parmi nous, il y en a qui viennent du pays des Parthes, de Médie et d’Élam. Il y a des habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et de la province d’Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d’Égypte et de la région de Cyrène, en Libye; il y en a qui sont venus de Rome, de Crète et d’Arabie; certains sont nés Juifs, et d’autres se sont convertis à la religion juive. Et pourtant nous les entendons parler dans nos diverses langues des grandes œuvres de Dieu!».

Ils étaient tous remplis d’étonnement et ne savaient plus que penser; ils se disaient les uns aux autres: «Qu’est-ce que cela signifie?» Mais d’autres se moquaient des croyants en disant: «Ils sont complètement ivres!»

Actes 2,1-13

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