Qui accueille un enfant, m’accueille: méditation de la JMP 2016

En cette journée internationale des droits des femmes, je partage la méditation que j’ai proposé hier soir lors de la célébration de la Journée mondiale de prière (JMP), dont la liturgie avait été préparée cette année par des femmes de Cuba.

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Lecture de l’évangile de Marc

Des gens amenèrent des enfants à Jésus pour qu’il pose les mains sur eux, mais les disciples leur firent des reproches. Quand Jésus vit cela, il s’indigna et dit à ses disciples: « Laissez les enfants venir à moi! Ne les empêche pas, car le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme eux. Je vous le déclare, c’est la vérité: celui qui n’accepte pas le Royaume de Dieu comme un enfant ne pourra jamais y entrer. » Ensuite, il prit les enfants dans ses bras; il posa ses mains sur chacun d’eux et les bénit. (Marc 10,13-16)

Méditation

Les femmes de Cuba qui ont préparé la liturgie que nous célébrons ce soir, ont mis un accent particulier sur le mélange des générations et l’importance de la transmission. Des jeunes filles aux femmes âgées, toutes les générations féminines sont unies pour célébrer ensemble le même Dieu. Ces femmes nous invitent à méditer ce texte de l’évangile de Marc où l’on amène des enfants auprès de Jésus.

Notre vision des enfants aujourd’hui est très différente de celle du monde antique. Et il convient de ne pas projeter sur le récit de l’évangile notre compréhension moderne. L’enfant, alors, n’est ni le symbole de la pureté, ni celui de l’innocence. Continuer la lecture de Qui accueille un enfant, m’accueille: méditation de la JMP 2016

Bonne (!) année

Prédication du dimanche 10 janvier 2016
Textes bibliques: Genèse 12,1-5a (envoi d’Abram) et Marc 14,66-72 (reniement de Pierre)

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Le début de l’année, c’est la période des vœux. Formuler ce que l’on espère pour chacun, écrire des petites cartes, se souhaiter le meilleur pour l’année à venir. Il n’est pas toujours facile de trouver les mots pour exprimer nos vœux. Trouver quelque chose de concret à espérer. Souvent, nous utilisons des formules stéréotypées. La forme devient alors tout à fait banale, mais le fond n’en est pas moins sincère.

Le début d’une nouvelle année nous donne l’occasion d’exprimer ce que, finalement, nous souhaitons toute l’année: à savoir que nos proches ou que les personnes que nous côtoyons régulièrement ou occasionnellement aient une vie heureuse. Le reste de l’année, nous n’en disons rien. Ce serait considéré comme étrange d’écrire une petite carte à son garagiste au mois de juin ou d’envoyer une boîte de chocolats à son patron en septembre.

Que nous réserve cette nouvelle année?
Que sera l’année 2016 dans nos vies?
Que sera cette année dans notre monde?

Des questions ouvertes. Mais comme le disait l’autre jour un politologue à la radio, rien ne nous permet d’être optimistes. En effet, dans une année tout juste, lorsque nous ferons le bilan de 2016, il y a fort à parier que nous n’évoquerons pas le Moyen-Orient en disant que la situation est désormais pacifiée. On sait que le monde est aujourd’hui engagé dans des relations difficiles pour plusieurs années, avec toutes les conséquences humaines, sociales et politiques. On sait aussi que les enjeux sont mondiaux et que nous ne serons pas épargnés par les conséquences des conflits sur la planète. Sur le plan international, nous allons au devant d’une année difficile, sans doute, et les grands décideurs du monde le savent bien.
Si rien nous nous autorise à être optimistes, il convient aussi de voir que la lutte contre le virus Ebola a été couronnée de succès. N’oublions pas dans nos bilans ce qui nous permet d’espérer et nous encourage à agir encore.

En chaque début d’année, les espérances pour l’avenir vont de pair avec un bilan de ce qui a été vécu auparavant. Il en est de même sur un plan plus personnel. Une fois répertoriés avec lucidité les échecs et les réussites, les joies et les regrets passés, on peut se lancer dans l’avenir.

Le temps des résolutions

Le passage d’une année à l’autre est aussi le moment des bonnes résolutions. On se promet à soi-même de reprendre contact avec les amis perdus de vue, de ménager sa santé, d’arrêter de fumer, de se mettre à faire du sport, de consacrer plus de temps à ses proches. Bref, d’éviter de faire les mêmes erreurs que par le passé. La nouvelle année, c’est un nouveau départ. On aimerait que ce départ soit comme celui d’Abraham. Pleins de confiance et d’insouciance, nous nous lançons les yeux fermés. Gonflés à bloc, nous nous engageons avec enthousiasme vers l’avenir.

Mais la réalité de notre quotidien nous rattrape vite. À peine sommes-nous au 10 janvier que déjà les soucis au travail reprennent, que les gens dans les rues n’ont plus leur sourire de Noël vissé sur le visage et que les vacances sont derrière depuis longtemps. Les bonnes résolutions sont oubliées, de toute façon on avait mis la barre trop haut, on n’aurait jamais tenu toute l’année sans fumer ni manger de chocolat, 10 jours c’est déjà pas mal… On persévère pour la bonne conscience mais l’élan de motivation et d’insouciance n’y est plus.

Aborder la nouvelle année en se fixant des objectifs inatteignables a quelque chose de superficiel et de désespérant. Pour que nos résolutions aient un sens, il faut qu’elles soient cohérentes avec le bilan que l’on peut tirer de l’année précédente. Regarder en arrière pour mieux partir vers l’avant.

Mais je crains que tout à coup, notre ressemblance avec Abraham soit moins évidente. C’est fou comme nous sommes loin de ce héros, chef de famille, bardé de confiance en soi et en Dieu, qui est prêt à abandonner tout ce qu’il a bâti pour tout recommencer de zéro. Et ce, à un âge déjà avancé. Les occasions sont rares où dans notre vie, nous sommes prêts à tout risquer.

Un côté moins reluisant

En faisant le bilan, il me semble que l’on ressemble plus souvent à Pierre qu’à Abraham. Évidemment, le passage que nous avons lu ce matin n’est pas celui où le disciple apparaît sous son meilleur jour. Mais Pierre n’est pas seulement l’homme qui a renié Jésus pendant qu’il était interrogé par le Sanhédrin. Pierre est aussi l’ami fidèle, le compagnon de voyage, le téméraire qui se risque à sortir de sa barque pendant la tempête, et finalement celui que l’Église a su reconnaître dans un rôle enviable, celui de pilier fondateur.
Pierre, c’est un type assez banal, somme toute. Prêt à quelques excentricités par amitié, et tout à coup, capable de laisser tomber son ami. Il est humain, voilà tout.

Quand on parle de reniement, on imagine peut-être la grande trahison, celle dont un vrai ami ne serait jamais capable. Et surtout pas Pierre, lui qui avait été le premier à assurer à Jésus que jamais il ne le laisserait tomber. Mais la trahison a commencé par un simple petit mensonge. Quand la servante l’interpelle en croyant reconnaître en lui un ami de Jésus, il baisse le regard, marmonne qu’il ne sait pas de quoi elle veut parler et se dérobe. La deuxième fois qu’il est pris à partie, il dit ne pas connaître Jésus. Et la troisième fois, enfermé dans son mensonge, il affirme haut et fort son qu’il ne le connaît pas.

Il y a progression : plus il ment plus il est obligé de mentir. Un petit mensonge qui fait boule de neige et qui s’affirme de plus en plus. Il suffit de bien peu pour en arriver là. Un petit manque de courage, un moment de faiblesse. De cette petitesse-là, nous en sommes tous capables, je crois.

Dans notre bilan de l’année écoulée, nous pouvons certainement tous trouver au fond de notre mémoire ces petits moments où le courage nous a manqué. Ces instants dont nous ne sommes pas fiers. Il faut bien les chercher car souvent, nous nous empressons de les oublier. Croyant ainsi que si nous les enfouissons bien dans l’oubli, ils n’auront peut-être pas vraiment existé.

Une confiance solidement ancrée

Pierre: l’ami, le compagnon fidèle, le lâcheur aussi. Et après?…
Après la mort de Jésus, Pierre a été l’un des premiers à témoigner de sa résurrection. Il s’est fait le porte-parole de la bonne nouvelle. Cette bonne nouvelle, Pierre a pu la transmettre avec conviction et assurance, car il en avait lui-même fait l’expérience. Il pouvait témoigner que malgré ses défaillance, il n’avait pas été rejeté. Malgré sa trahison, sa position d’ami ne lui était pas niée. Oui, il avait trahi. Mais il n’avait pas été réduit à cette trahison.

Dans cette période de vœux, j’aimerais vous exhorter à entamer cette année avec la confiance et l’élan qui habitaient Abraham. Cette confiance qui permet d’envisager de grands projets et de voir l’avenir avec enthousiasme.
J’aimerais… mais je ne le ferai pas.

Parce que je ne voudrais pas travestir la confiance en un seul vœu pieux. Dénaturer cette confiance en un souhait illusoire aussitôt oublié.

Ce que je voudrais, c’est vous transmettre ma certitude que chacun et chacune a une valeur aux yeux de Dieu, malgré sa part de Pierre. Si vous avez vous aussi cette certitude, je crois que vous saurez trouver la confiance qui a porté Abraham. Une confiance qui ne s’éteint pas comme un feu de paille dès qu’il faut faire face à une difficulté.
Mais une confiance solide, qui permet justement de se relever d’envisager l’avenir.

Amen.

Oh, on a oublié le p’tit Jésus!!!

Prédication de la veillée de Noël, 24 décembre 2015.
Textes bibliques: 2 Samuel 7,1-7 et Luc 2,1-14

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Sapin, crèche, étoile,… Autour de Noël, les symboles sont nombreux. Des symboles païens investis de sens chrétien: ne serait-ce que la date fixée en fonction du solstice et d’une ancienne fête païenne liée au retour de la lumière. Et des symboles chrétiens si bien intégrés qu’ils en perdent leur signification religieuse.
Ainsi, on ne sait plus si ils sont chrétiens ou païens. On ne sait plus qui de l’œuf ou de la poule a associé le sapin à Noël. Ni si le Père Noël est d’abord l’égérie de Coca-Cola ou le cousin du Saint-Nicolas.

À l’époque dans laquelle nous vivons, où la société civile craint les symboles religieux et surinterprète les risques de ce qui pourrait être mal reçu par les citoyens, la prudence ordonne d’interdire. Alors on écarte, on vide.

Parallèlement, on parle beaucoup de retrouver le cœur, l’esprit de Noël. Depuis des années, des voix discordantes appelaient à moins de consumérisme, à cesser de faire rimer Noël avec frénésie, consommation et excès. Les chrétiens avaient à cœur de rappeler le centre du message de Noël: la solidarité avec les démunis, la venue de Dieu pour tous, sans distinction. Il était frappant cette année de voir que ce message-là aussi a été déchristianisé. Paganisé pourrions-nous dire.

Voyez les messages de solidarité et les appels à la générosité qui se multiplient. Migros et Coop ont entièrement centré leur campagne de Noël sur ces thèmes (à ce propos, voir l’article de Protestinfo Noël sans religion au rayon des supermarchés). Sans aucune référence à une quelconque dimension religieuse, c’est bien autour de toutes ces valeurs de Noël que ces deux grands magasins ont construit leur communication cet hiver. La Migros organise même une collecte de dons en faveurs d’œuvres.

Un esprit de Noël retrouvé?

Alors de quoi nous plaignons-nous?!? Nous devrions crier victoire!!! Nous avons réussi. Réussi à transformer cette fête de la consommation en fête de la solidarité. Réussi à réinvestir du sens dans notre fête chrétienne devenue païenne. Et pourtant, quelque chose nous dérange.

Quelque chose qui s’exprime cette année dans une défense parfois démesurée des signes et des symboles. Quand des personnes se revendiquant athées défendent bec et ongles la présence d’une crèche. On s’attache désormais aux statues, sans dimension religieuse. On s’attache à des personnages de la crèche devenus soldats de plomb. On s’attache et on défend des coquilles vides.

Mais les paradoxes avec les statues, c’est pas nouveau à Neuchâtel. Comme nous sommes encore pour quelques jours dans l’année des 450 ans de la mort de Guillaume Farel, je me permets une petite parenthèse pour vous rendre attentifs à un élément que vous n’avez peut-être jamais remarqué.

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Vous connaissez bien entendu la statue de Guillaume Farel qui trône sur la parvis de la Collégiale. Elle représente notre réformateur debout, brandissant une Bible. Et savez-vous ce qu’il a sous les pieds? Il foule des restes de statues. Référence au célèbre sac de la Collégiale lorsque les réformés ont descendu les statues, signe d’idolâtrie, avant de les balancer dans le Seyon. C’est quand même assez particulier d’ériger une statue à un homme qui a démonté des statues. Et en plus, de le représenter marchant sur les restes de celles-ci.

Petite parenthèse neuchâteloise mise à part, il est difficile aujourd’hui de se situer en tant que chrétien, alors que l’on vit à la fois l’action de solidarité et l’attachement aux signes en dehors de toute dimension religieuse.

On vit le cœur du message de Noël.
On en expose les signes extérieurs comme de jolies décorations.
Tout est très joli… sauf qu’on a écarté le Christ de cette histoire.

Oh, on a oublié quelqu’un…

C’est incongru…
Incongru comme la situation dans laquelle se trouvait David. Il se pavane dans son palais de cèdre alors que son Dieu n’a qu’une maigre tente comme abri. Naturellement, il veut lui rendre honneur en lui bâtissant un temple. Et le prophète Nathan, dans un premier temps, l’y encourage. Spontanément, il considère également que le Seigneur doit être honoré par une telle construction. Mais la nuit porte conseil. C’est là que Dieu parle à ses messagers. Et telle n’est pas la volonté divine.

Il y a un verbe qui revient trois fois dans ces quelques versets. Nos traductions françaises n’aiment souvent pas les redondances et ont tendance à traduire différemment, mais il n’est pas inintéressant de noter l’insistance du texte sur le verbe s’installer. David s’installe dans son palais et c’est une fois installé qu’il réalise l’inégalité de traitement entre lui et Dieu. Dès lors, son souhait est d’installer Dieu dans un temple.

Mais voilà que le Dieu de David, n’est pas de ceux que l’on installe.
Voilà que l’enfant de Noël n’est pas de ceux que l’on installe.

Cette volonté de David correspond à son besoin à lui, pas au désir divin. C’est lui qui a besoin de donner à son Dieu un écrin qu’il considère à son image, de son rang. Dieu, lui, n’en a pas besoin. Il le dira à son prophète, en insistant sur le fait qu’il n’a rien demandé.

Un besoin légitimement humain. Auquel nous n’échappons pas. Nous cherchons aussi à nous installer dans nos Noëls. Et à installer Dieu bien à sa place, dans la bonne conscience de nos festivités. On installe Noël dans les imageries les plus cliché, voire les plus mensongères.

On installe dans le cadre féerique d’un paysage enneigé… alors qu’il ne neige quasiment jamais en décembre.

On installe dans la joie et sérénité… alors que les entreprises font pressions pour que tout soit bouclé avant les fêtes et que les gens arrivent sur les genoux à Noël. Sans compter le brouillard et le manque de luminosité qui pèsent sur le moral.

On installe dans l’amour et respect… alors que bien des familles vivent des tensions ou des moments difficiles.

Sans compter : les enfants qui braillent parce qu’ils n’ont pas reçu ce qu’ils avaient commandé au père Noël, le stress des courses de dernière minute et les chats qui font tomber les sapins (une préoccupation réellement répandue si j’en crois ce qui a circulé ces dernières semaines sur internet).

Bref, l’image de Noël et de sa soi-disant magie est bien installée et nous avec.
David a cherché à installer Dieu dans un temple.
De même, nous cherchons à installer le Christ dans la crèche. En le reléguant dans son tas de paille, bien rangé sur le bord de la cheminée. Mais surtout, qu’il ne vienne pas nous perturber, nous questionner, nous interpeller. Qu’il ne se mêle pas de nos vies!

On le rangera bien soigneusement, une fois les fêtes passées, enroulé dans du papier bulle avec la Marie, le Joseph, le bœuf et l’âne auquel on a déjà cassé une oreille. Ah, ces satanés chats!

Mes amis, cessons un instant de savoir ce qui serait bien pour Dieu, et laissons-le s’incarner à nouveau.
Venir habiter dans nos existences.
Venir investir de nouveaux symboles peut-être. Des symboles du monde qui pourraient devenir symboles de foi.

Laissons-le venir là où lui veut venir.
Laissons-le perturber notre monde bien rôdé où toutes les chambres de l’hôtellerie sont déjà occupées et où, pourtant, il parvient à naître.

Amen

Le risque de l’ennui

Prédication du dimanche 13 décembre 2015, 3e dimanche de l’Avent.
Textes bibliques: Philippiens 4,4-7 et Luc 3,10-18.

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L’autre soir, le magazine Temps présent diffusait un reportage sur les conditions de vie des animaux dans deux zoos de Suisse. Entre autres choses, les soignants expliquaient qu’un des défis qui se présentaient devant eux était de faire en sorte que les animaux ne s’ennuient pas. En effet, dans la nature, un animal doit sans cesse développer un certaine créativité d’une part pour trouver de quoi se nourrir et d’autre part pour échapper à d’éventuels prédateurs. En captivité, les animaux n’ont ni prédateurs, ni besoin de trouver leur nourriture. Ils sont comme à l’hôtel. Mais cette situation ne correspond pas à leur nature et primates et autres félins risquent de s’ennuyer. Même les poulpes, paraît-il!

Ainsi, les soigneurs doivent être sans cesse attentifs aux signes d’un comportement inadéquat, indice de l’ennui. Ils rivalisent d’imagination pour créer artificiellement des obstacles à la trop évidente simplicité en cachant la nourriture des singes dans des sacs ou en donnant aux ours des fruits pris dans d’énormes glaçons. Cet ennui résultant d’un manque de situations dans lesquelles l’individu doit faire appel à sa créativité m’a beaucoup intriguée. Et il me semble que dans ce domaine, l’homme n’est pas bien différent de l’animal.

L’ennui…

Lorsque tout nous est donné, lorsque la vie se présente à nous avec tant de simplicité, nous nous installons dans un confort et une forme de torpeur spirituelle. Torpeur de laquelle il devient difficile de sortir. C’est l’ennui. En Suisse, nous vivons dans un confort à la foi matériel et social. Nous avons accès à ce que dont nous avons besoin pour vivre, accès à la nourriture, au chauffage, à l’eau courante. Et cela va au-delà de l’essentiel, nous avons également accès au superflu que nous désirons. – bien que, je le sais, la pauvreté existe aussi dans notre pays et les fins de mois ne sont pas simples pour tout le monde – En général, la Suisse vit plutôt dans l’opulence et donne cette image là.

Nous n’avons pas non plus à défendre notre mode de vie (par exemple, une femme peut travailler sans devoir se justifier), nos décisions professionnelles ou notre orientation sexuelle. Nous ne sommes pas non plus persécutés pour nos idées politiques ou religieuses. Nous n’avons pas à mener de combats au péril de notre vie. Cette liberté est un privilège et une richesse immense.

Mais cela nous semble parfois si normal que nous nous assoupissons dans une forme d’ennui. Nous oublions de faire appel à notre créativité, d’imaginer des solutions pour nos vies, de tenir notre pensée en éveil. Nous nous ennuyons d’être libres…

Dans ce contexte, nous avons probablement moins besoin de réponses que de nous poser encore des questions. Nous n’avons pas à échapper à des prédateurs ni à chasser nos repas. Pour maintenir notre esprit en éveil, nous devons renouveler nos questionnements éthiques et existentiels, afin d’éviter l’ennui mortifère. Que devons-nous faire ?…

Une réponse?!

Que devons-nous faire ? C’est la questions que les interlocuteurs de Jean-Baptiste lui ont posée. Interpellés par l’appel à la conversion, disposés à mettre en œuvre un changement radical dans leur vie, témoignant de cette conversion par le baptême, les hommes qui suivent Jean-Baptiste jusque dans le désert ont répondu à son appel. Ils l’ont suivi et attendent du prophète qu’il leur dise encore ce qui est attendu d’eux. Que devons-nous faire ?… Mais Jean-Baptiste ne donne pas une réponse, il en donne trois.

Aux premiers, ils prône le partage des biens. Celui qui a deux chemises doit en donner un à celui qui n’en n’a pas. Et la nourriture doit être partagée. Il ne demande ni aux uns de mendier ni aux autres de se mettre à nu. Simplement que les richesses soient partagées pour le bien de chacun. Lorsque l’on sait qu’en 2016, la moitié des richesses mondiales sera possédée par les 1% les plus riches, on se dit que l’idée du partage des biens a encore du chemin à faire. Et que cette réponse dépasse de loin les bonnes intentions de générosité et de bonne conscience: le partage des biens est un défi réel qui devrait mobiliser notre imagination pour esquisser des pistes concrètes.

Aux collecteurs d’impôts, considérés comme des collabos puisqu’ils font partie du peuple juif mais prélèvent les impôts pour les Romains, à ceux-ci, Jean-Baptiste ne demande pas de renoncer à leur activité. Mais de l’exercer au plus près de la justice. Au moins, qu’ils ne s’enrichissent pas personnellement sur le dos de leurs concitoyens, par la tromperie. On ne peut pas toujours agir parfaitement, il y a des situations où nous devons faire des concessions et nous en faisons tous. Mais qu’au moins, nous n’en profitions pas des ces situations limites pour accentuer les inégalités.

Et aux soldats, il demande de n’être ni violents, ni cupides. Pas si simple, assurément, quand on s’engage dans une armée, de renoncer à la violence.

Trois types de personnages, trois situations et trois réponses circonstanciées. Toujours dans un même esprit que l’on pourrait résumer avec les mots « justice, fraternité, partage ». Ce même esprit demande des réponses toujours renouvelées.

Toujours à inventer

L’évangile ne nous donne pas le mode d’emploi, les réponses toutes faites et les règles à appliquer pour être un bon chrétien. L’évangile ne nous autorise pas le sommeil de l’ennui. Il nous oblige toujours à la créativité et à l’imagination.

J’ai entendu dernièrement une personne dire qu’elle ne voulait rien avoir à faire avec la religion parce qu’elle ne voulait pas qu’on lui dise quoi faire et quoi penser. Cette personne avait, je pense, une très mauvaise compréhension de la foi chrétienne. Parce que justement, c’est bien ce qui en fait à la fois la richesse et la difficulté: il appartient toujours au croyant de faire appel à sa créativité pour chercher comment appliquer ses convictions à une situation de vie concrète.

Si les principes de justice, de fraternité et de partage sont posées. Leur application, elle, est toujours à inventer. A inventer et à incarner. A rendre concret dans notre vie, dans nos relations humaines, dans les choix qui nous faisons pour nous-mêmes et pour le monde. C’est ainsi que se vit réellement la joie dont parle Paul aux Philippiens. Pas dans la confortable captivité où tout est offert sur un plateau, mais dans la réelle confrontation aux enjeux du monde.

L’application de l’Évangile est toujours à réinventer. Pour soi et pour les autres. Nous sommes aussi cette voix qui crie dans le désert pour annoncer la venue du Christ. Dans notre monde zoo, cherchons toujours de nouvelles manières d’en témoigner.

Que l’esprit de Dieu éveille notre créativité!

Amen

Le compte de Noël

Voici le conte, raconté mercredi lors du Noël des aînés de la Commune de Cortaillod. Merci à Florence Droz du Centre œcuménique de documentation (COD) pour l’idée de ce conte que j’ai un peu retravaillé.

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Au petit matin

Ce matin-là, Nathan se leva de bonne heure. Après avoir mangé la galette que son épouse Rébecca lui avait préparée la veille au soir et bu un bon bol de lait de chèvre, il se mit en route. Il avait prévu de s’arrêter prier à la synagogue avant de se rendre à Bethléem et il ne voulait pas avoir à courir sur le chemin. Il n’était pas question d’arriver tout essoufflé à son premier jour. Car ce jour-là était un jour important: Nathan commençait un nouveau travail!

Le voyage se passa sans heurts et une fois dans le village, il trouva sans difficulté la maison des recenseurs. Il faisait connaissance avec ses nouveaux collègues lorsque le responsable du recensement entra. Continuer la lecture de Le compte de Noël