Carte postale

Le camp de catéchisme est LE moment fort de l’année et après ces quelques jours, on se dit que tous les efforts mis en œuvre pendant l’année ont valu la peine. En particulier, le travail parfois ingrat de début d’année où nous relançons les familles et encourageons les jeunes à s’inscrire au KT.

Nombreux sont ceux qui nous disent: j’ai hésité à m’inscrire, mais je ne le regrette pas. Il y a quelques années, une catéchumène a dit au culte de fin de KT : mes parents m’ont forcé à faire le KT et je leur dis merci!

Le culte de Fête du KT, qui se vit une semaine après le camp est en général un moment fort où les jeunes témoignent de leur enthousiasme et partagent ce qu’ils ont vécu. Plusieurs fois, nous nous sommes dit que si les éventuels futurs catéchumènes les entendaient à ce moment là, cela les encouragerait à s’inscrire au KT l’année suivante.

Nous avons donc décidé de les y inviter! Et pour cela, de leur envoyer une carte postale depuis le camp, les invitant à venir au culte le dimanche suivant.

Voici comment nous avons procédé.

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Croire l’incroyable?

Prédication dialoguée avec Solène Maeder, jeune monitrice dans la paroisse du Joran. Culte de Pâques 27 mars 2016 à Cortaillod.
Textes bibliques: 1Pierre 1,3-9 et Jean 20,20-24

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Diane
Il y a quelques temps de cela, Solène m’a fait part de son souhait de préparer avec moi le culte de Pâques pour son travail de diplôme de monitrice de catéchisme. Nous nous sommes donc lancées dans la lecture des textes évangiles qui parlent de la résurrection de Jésus. Une lecture et des discussions qui nous ont menées à choisir ce récit de l’apparition à Thomas pour le culte de ce matin.

Solène
En lisant les textes dans les 4 évangiles, j’ai remarqué de nombreuses différences. Chacun a appuyé les événements qui lui parlaient le plus et ceux qu’ils pensaient les plus importants. Concernant la résurrection, Marc et Jean parlent de Marie de Magdala. Je trouve que Luc a toujours une version plus éloignée et différente que celle des autres. Et Jean est le seul à insérer des personnages solo. D’abord Marie, une femme, puis Thomas, un disciple.
C’est Jean qui m’a fait le mieux comprendre le but de la mort et de la résurrection de Jésus. Il montre plus précisément la réaction (normale) de Thomas, un disciple, mais humain. Cette réaction me parle car Thomas est humain, et croire aux choses surnaturelle est difficile pour nous. Et de plus, il n’est pas témoin de cet événement. Il ne fait que entendre ce que ses amis lui disent. Et comme toute personne, il ne croit pas, il doute de cette parole qui paraît si folle. Tant qu’il n’aura pas vu il ne croira pas. C’est la version qui me parle le plus car nous pouvons entièrement nous identifier à Thomas. Il vit des émotions humaines et normales face à quelque chose qui nous dépasse. Et j’aurais la même réaction à sa place. C’est difficile de croire du tout au tout la parole des autres, mais les croire pour quelque chose d’impossible, c’est encore plus dur.

Diane
Au petit matin de ce dimanche, Marie de Magdala s’était rendue au tombeau et y avait trouvé la pierre roulée. Le Ressuscité lui était alors apparu. Elle l’avait d’abord pris pour le jardinier, mais quand elle saisit que celui qui était en face de lui n’était personne d’autre que le Christ revenu du séjour des morts, elle s’était empressée d’aller annoncer la nouvelle aux disciples.
Le soir-même, alors qu’ils s’étaient enfermés dans leur maison par crainte des autorités, les disciples assistèrent à leur tour à une apparition du Ressuscité.
Où était Thomas à ce moment là?
On n’en sait rien.
Il a manqué le moment qu’il ne fallait pas manquer!

Solène
Les disciples étaient dans une maison verrouillée. Ils s’étaient enfermés. Enfermés à cause de la peur. Enfermés aussi dans leur tristesse et leur douleur d’avoir perdu Jésus. Ses amis ont vu Jésus, mais Thomas n’a rien vu. Je m’imagine qu’en plus de la tristesse et de la douleur, Thomas devait ressentir de la colère d’avoir manqué le bon moment.
Je comprends que lorsque Jésus est apparu aux autres, il n’y croit pas. C’est facile de se moquer de lui aujourd’hui. De le trouver idiot de ne pas avoir cru. Mais si j’avais été à sa place, cela m’aurait aussi paru bizarre. Si mes amis m’avaient dit qu’ils avaient vu vivant celui qu’on venait d’enterrer, je les aurais pris pour des fous.

Diane
Thomas a effectivement gardé cette image du sceptique, du dubitatif, de celui qui refuse de croire et qui demande des preuves. Mais ce n’est pas tout à fait lui faire honneur de garder de lui uniquement cette image d’incrédule.
La première fois que l’évangéliste Jean nous parle de Thomas, c’est au moment où Jésus veut se rendre en Judée parce que son ami Lazare est mort. Les disciples tentent de l’en dissuader: se rendre en Judée peut s’avérer dangereux pour Jésus. Mais Thomas, lui, affirme: allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui!
Thomas n’est pas un tiède. Il est enthousiaste à la suite de son maître et il connaît le danger que cela représente de le suivre. Mais il a confiance et se sent prêt à assumer ce risque.
Et lors du dernier repas, lorsque Jésus parle du chemin à suivre, Thomas l’interpelle. Il cherche à mieux comprendre les paroles de son maître.

Solène
Thomas n’est pas seulement celui qui ne croit pas, il est aussi celui qui cherche à comprendre.
C’est important de réussir à penser par soi-même. Et pas seulement de répéter ce que les autres disent ou croient. Thomas, il a envie de suivre Jésus, il a envie de comprendre comment le faire.
Alors quand les disciples lui disent qu’ils ont vu Jésus ressuscité, il n’arrive pas à les croire.
Personne ne peut croire à notre place.
Personne ne peut croire pour Thomas. Se fier à la parole des autres, dans un événement si intense, c’est difficile. Et je dois dire que la Résurrection, c’est quelque chose de tellement bizarre, que c’est aussi difficile pour moi d’y croire.

Diane
La Résurrection est incroyable, au sens littéral du terme: c’est quelque chose qui est au-delà de ce qui appartient à ce que nous pouvons tenir pour vrai. Un mort qui revient à la vie, ce n’est pas de l’ordre du possible. C’est même l’opposé de ce qu’est la mort.
Il est donc bien naturel que Thomas exprime des doutes. Et nous pouvons lui en être reconnaissants.
Car, soyons honnêtes, pour nous aussi la Résurrection est incroyable. Tellement incroyable qu’elle est très souvent édulcorée ou spiritualisée. On parle des effets de la résurrection et de la résurrection de l’espérance, mais on ne s’attarde pas trop sur la résurrection concrète de Jésus. Ou de ce que Paul appelle la résurrection des corps. C’est tellement bizarre qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Sauf l’évoquer et se dire que même l’impossible est rendu possible.

Solène
Je comprends Thomas. Et j’aime sa volonté d’en savoir plus, d’en avoir le cœur net. Il ne pourra pas y croire tant qu’il n’aura pas vu, pas touché. Il a besoin de faire lui-même l’expérience. Avant, il voulait comprendre pour mieux croire mais là, il n’arrive simplement plus à croire sans comprendre.
Lorsque Thomas voit enfin Jésus, il en a la preuve devant lui. Mais désormais, vu que le Christ ne sera plus physiquement là, il lui demande d’arrêter de douter et de croire, de faire confiance.
Thomas a eu de la chance. Jésus a entendu ses doutes, il a répondu a sa demande et il lui est apparu.

Diane
Oui, Jésus lui est apparu. Mais il n’est pas tout à fait exact de dire qu’il a répondu à sa demande.
Voici ce que disait Thomas: Si je ne vois pas les marques des clous dans sa main, si je ne mets pas mon doigt à la place où étaient les clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas.
En apparaissant devant lui, le Ressuscité dit à Thomas: Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois!

Et que fait Thomas? Est-ce qu’il avance son doigt? Est-ce qu’il avance sa main?

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L’incrédulité de Saint Thomas (Le caravage)

Solène
Non. Thomas ne touche pas. Il répond au Christ en disant: Mon Seigneur et mon Dieu!
Thomas voulait des preuves. Mais après avoir entendu la parole du Christ, il sait qu’il n’a pas besoin de voir ou de toucher pour avoir la foi.
Mais est-ce que cela me suffira à moi pour croire? Connaître le témoignage des évangiles? Est-ce que c’est suffisant pour que moi aussi je sois capable de faire confiance?

Diane
Thomas a demandé une preuve mais en réalité, ce n’est pas la preuve qui l’a convaincu, c’est l’appel que le Christ lui a adressé. Crois! Fais confiance!
C’est une parole, une appel. Et sa capacité à y répondre. Pour un temps, il n’en n’était plus capable. Mais quand il a à nouveau pu entendre, il a cru et c’est de sa bouche que vient la plus belle déclaration de foi des évangiles. Car Thomas est le seul dire de manière aussi claire: tu es mon Seigneur, tu es Dieu.

Solène
Je sais moi aussi que Jésus sera toujours là pour moi. Jésus est venu et ne cessera de venir et de se tenir au milieu des siens, au milieu de nous.
L’important est de croire que la foi est possible. Quand on a des doutes, d’oser poser des questions pour chercher à mieux comprendre. Je veux continuer à voir et à ressentir cette présence, cette lumière qui apparaît comme une vérité à mes yeux.

Diane
La foi n’est pas quelque chose de tangible, ni une chose que nous pouvons posséder une fois pour toutes. Solène, je sais que tu fais beaucoup de danse. Tu t’entraînes beaucoup, tu exerces les mouvements, tu apprends, tu pousse ton corps et mémorises des chorégraphies. Et pourtant, tu ne possèdes pas la danse.
Pour que la danse existe, il faut que le danseur se lance. Avec la confiance en tout ce qu’il sait, tout en étant conscient qu’il ne maîtrise pas totalement l’instant.
Il y a quelque chose de semblable dans la foi. Dans la volonté d’apprendre et de comprendre toujours mieux ce que le Christ nous enseigne, et dans la confiance et le risque de la rencontre et de l’instant.

Amen

Jésus devant ses juges: ou quand tous les joueurs sont mauvais

Prédication du Vendredi saint 25 avril 2016
Textes bibliques: Marc 14,53-65 et Marc 15,1-5

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Croix réalisée par les enfants pendant le culte

La semaine pascale est l’occasion, année après année, de nous replonger dans ces récits de la Passion. Depuis le dernier repas jusqu’à la crucifixion, nous faisons mémoire de ces épisodes qui marquent les derniers jours de la vie de Jésus. Cette année, j’ai pris encore un peu mieux conscience de la place très particulière que le récit de la Passion occupe dans l’évangile de Marc.

L’évangile le plus bref parmi les 4, Marc est toujours très succinct. Les récits de miracle, les paroles et les paraboles s’enchaînent sans fioritures. La langue est simple et claire. Les récits vont à l’essentiel de manière remarquable.
Puis Marc consacre deux chapitres entiers à la Passion et la narration devient plus fournie, les personnages prennent de l’épaisseur. La résurrection n’occupera, elle qu’un seul chapitre. Très bref. 8 versets auxquels on ajoutera une finale à l’évangile quelques années plus tard. C’est dire combien le récit des événements des derniers jours, des dernières heures de Jésus, est central dans la théologie de l’évangéliste Marc. Ce sera aussi le cas pour les autres évangélistes.

Alors que la théologie de Paul, elle, ne laisse aucune place à la narration de ces jours. La mort et la résurrection du Christ, annoncés comme un événement – concept théologico-philosophique – deviennent le centre du message chrétien, sans nécessité de les raconter.

Pour le culte de ce matin, je vous propose de réentendre deux parties de ce récit chez Marc.
Les deux moments de procès. Le premier, face au Conseil supérieur des autorités juives, le Sanhédrin et celui qui le préside: le Grand prêtre. Puis le second moment de procès, face gouverneur romain Ponce Pilate.

Lecture de Marc 14,53-65
Lecture de Marc 15,1-5

Rendre la justice

Pour quelle raison fait-on un procès?
Depuis plusieurs millénaires dans les sociétés humaines, c’est ainsi que l’on exerce le droit. Ainsi que l’on procède pour rendre la justice.
Les procès cristallisent beaucoup d’attentes. De toutes parts.
Certains procès très médiatisés nous permettent d’en prendre conscience.

L’attente des victimes ou de leurs familles ne se concentre pas seulement sur la peine qui sera infligée au coupable. Elle se porte aussi sur l’espoir que le procès devienne un espace où la vérité puisse émerger. Où les événements puissent être dits, reconnus, avoués. Qu’un remord puisse être exprimé. Qu’une culpabilité puisse être dite.
Les victimes ou les familles espèrent parfois tant que le procès participe à leur consolation, qu’elles en oublient que du point de vue du droit, la démarche se borne à chercher une vérité judiciaire, rien de plus.

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Pour qu’un procès permette à la fois de faire émerger une vérité judiciaire et une vérité humaine source possible de consolation, il faut que chaque partie joue le jeu. Que chacun joue son rôle et le joue bien. Que l’accusé explique son geste, que la victime exprime sa souffrance, que l’avocat mette en avant les droits et les devoirs avec bonne foi, pour que le juge puisse prononcer une jugement reconnu comme juste.
La réalité humaine est souvent bien différente.

Un procès tout faux

Le procès de Jésus n’est qu’un simulacre de justice. Tout est faussé. Aucune des parties ne joue pleinement son rôle. Pour conserver la forme de la légalité, on le mène, mais en aucun cas il n’y a espoir que ce moment permette à la vérité d’émerger.
Le but du procès est posé dès le début: les chefs des prêtres et tout le Conseil supérieur cherchaient une accusation contre Jésus pour le condamner à mort.

Les juges et les accusateurs sont les mêmes personnes. Elles ne cherchent qu’à saisir l’occasion de prononcer un verdict qui a déjà été décidé. Mais c’est sans compter que les témoins, eux non plus, ne jouent pas bien leur rôle. Ils sont tellement mauvais qu’ils ne parviennent même pas à faire concorder leurs faux témoignages.
L’accusé lui-même, Jésus, ne joue pas bien son rôle. Il ne se défend pas, il ne dément pas, ne s’offusque en rien des faux témoignages portés contre lui. Ce qui a le chic d’irriter au plus haut point le grand prêtre.
Et on aurait presque envie que Jésus en reste là. Opposant ce silence qui ne fournit pas d’eau au moulin des accusateurs. On en irait presque jusqu’à croire qu’ils auraient dû le relâcher.

Mais à la question es-tu le Messie, le fils du Dieu béni?, Jésus répond par l’affirmative et en rajoute en citant un psaume qui l’identifie à celui qui siège à la droite de Dieu. Face au Sanhédrin, c’est bien cela qui le condamne: s’affirmer celui qui siège à la droite de Dieu.
Alors que Pilate, lui, l’interroge sur ce titre que certains lui donnent roi des juifs, et qui pourrait faire de Jésus un adversaire politique gênant.

L’un et l’autre condamnent en fonction de ce qui risque de leur faire de l’ombre.

La vérité se fait jour

Simulacre de procès, où personne ne joue vraiment son rôle. Mais paradoxalement, ce procès-là permet pleinement à la vérité d’émerger. Aux dépens de ceux qui les intentent, la vérité sur l’identité de Jésus se fait jour.
Jésus, le messie, le roi.
Celui dont les prophéties annonçaient qu’il devrait souffrir.
Le Fils qui siégera à la droite du Père.
Celui qui bâtira en trois jours un temple qui ne sera pas fait par les hommes.

La vérité émerge au cœur de ce mensonge. Pour autant que nous ayons des oreilles pour entendre!

L’autre soir, lors d’une rencontre de l’Église ouverte ou nous avons écouté et médité ces récits de la Passion, quelqu’un disait: ce qui me frappe, c’est combien tous les protagonistes de cette histoire ont peur. En effet. Le Grand prêtre a peur et il se fait le porte parole de la peur de toutes les autorités juives de l’époque face à cet agitateur qu’est Jésus. Ils ont peur pour leur place, peur que leur autorité soit mise en question, peur aussi d’oser eux-mêmes se laisser bousculer dans ce qu’ils ont toujours cru être la vérité.

Pilate a peur. Peur surtout de ne pas se mettre la foule à dos. C’est sans grande conviction, apparemment, qu’il condamne Jésus. Il n’aurait pas l’audace de s’opposer à la volonté du peuple qui crie crucifie-le!. Et pourquoi le ferait-il? Où serait son intérêt à lui refuser la tête de cet homme?

Jésus a peur, lui aussi. Lorsqu’il s’en va prier à Gethsémané. Face à la souffrance, à l’injustice, à la solitude, à la mort. Il a peur.

Et puis la foule a peur. Tout comme les gardiens. Une ambiance pesante qui laisse exploser tout ce qu’il y a de plus laid dans la nature humaine. Ou plutôt qui fait perdre toute humanité. Après la condamnation, Jésus est laissé à la violence humaine la plus vile.

Voilà les dégâts que font la peur!

Des dégâts aussi bien aux victimes de la violence qu’à ceux qui l’exercent et qui y perdent leur humanité.

Quelles armes face à la peur?

On ne peut s’empêcher, en ce Vendredi saint, de penser aux événement qui bouleversent le monde aujourd’hui. Par les attentats, c’est bien la peur – la terreur – qui veut être semée. Ici en Europe, comme au Proche Orient et en Afrique. Certains, semble-t-il, trouvent leur intérêt dans un terreau de peur. Et pour cela, ils sèment le chaos.

Si il faut craindre une chose, c’est bien que la peur s’installe. Car c’est le terreau dans lequel l’être humain perd son humanité.

Quelles sont les armes que nous possédons pour combattre cette volonté d’installer la peur? Les mêmes que celles que Jésus avait.
La force du silence. Pas du silence complaisant ou couard. Le silence de celui qui refuse de répondre à la violence par la violence.
L’affirmation de l’espérance: vous le verrez siéger à la droite de Dieu. Une espérance que la noirceur n’aura jamais le dernier mot. Au moment même des humiliations et des souffrances, la victoire de la lumière est annoncée.
Et le courage de traverser des épreuves sans s’y sentir abandonné.

Silence, espérance et courage. Face aux bombes et à la haine. Nous avons de quoi nous sentir sous-équipés. Et pourtant!

Pourtant, nous affirmons que celui qui pour nous est Dieu a été crucifié. Qu’il a été mis à mort de manière infamante. Et les récits qui nous en font mémoire sont violents!
Qu’il a été crucifié et qu’il est mort.

Mais que contre toute attente, au cœur même du mensonge et de l’infamie, c’est la vérité qui a été révélée. Nous croyons qu’en mourant, le Christ a ôté à la mort son attribut suprême: sa dimension définitive.

Et nous osons alors entre-ouvrir une fenêtre jusque vers dimanche et l’espérance que nous ne sommes pas abandonnés à Vendredi saint mais que nous pouvons le vivre avec la promesse de Pâques à venir.

Amen

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On boude ou on joue?

Prédication du dimanche 13 mars 2016
Textes bibliques: Luc 7,31-35 (les enfants qui jouent) et Psaume 126
Inspirations: matériel du Cours biblique et échanges lors de la rencontre en paroisse.

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Cette année, c’est le thème des paraboles que nous avons l’occasion d’aborder lors des rencontres bibliques mensuelles de paroisse.

Le style littéraire de la parabole a la grande force d’opérer un déplacement. Alors qu’une critique portée de front pourrait braquer les interlocuteurs et s’avérer stérile, la parabole a l’avantage de faire appel au langage indirect. Elle oblige l’auditeur à fournir un effort créatif de compréhension. A participer à l’élaboration du sens, ce qui le met nécessairement en route et favorise une remise en question. L’auditeur de la parabole devient acteur de son sens. Sans avoir l’air de le dire, la parabole peut alors s’avérer bien plus incisive qu’un discours direct et froid.

Ainsi, on constate à la lecture des évangiles que les interlocuteurs de Jésus n’obtiennent que rarement des réponses directes à leurs questions. Idéalement, ce devrait être aussi notre cas le dimanche matin lorsque nous venons au culte: nous devrions quitter le temple avec des questionnements qui font avancer et qui stimulent notre créativité plutôt qu’avec des réponses toutes faites.

Mais on le sait bien, vos pasteurs n’ont pas le génie littéraire de Jésus, ni même celui d’un Marc, d’un Matthieu, d’un Luc, d’un Jean ou d’un Paul. Heureusement, nous croyons que nous pouvons compter sur l’Esprit saint pour transformer nos paroles humaines en Parole de Dieu pour nous 😉

Les enfants qui jouent

Cette parabole des enfants qui jouent est peu connue et à vrai dire, quand j’ai lu le programme des rencontres bibliques et que j’ai vu ce titre pour la rencontre de février, je ne voyais pas de quoi il s’agissait. J’ai dû me replonger dans l’évangile de Luc pour redécouvrir ces quelques versets.

Des enfants désabusés, déçus que les autres ne jouent pas avec eux. Quelle que soit l’activité proposée, quel qu’en soit le type ou l’ambiance, les autres rechignent. Ils ne sont ni enthousiasmés par la musique joyeuse, ni saisis par les chants tristes. Rien ne leur convient.

Cette parabole est racontée par Jésus dans le contexte très précis d’un échange avec deux hommes, disciples de Jean-Baptiste, venus voir Jésus pour lui demander si il est bien celui qui vient, le Messie que Jean annonce, ou si il faut en attendre un autre. Comme à son habitude, Jésus ne répond pas. Mais si il avait répondu « oui » à la question, « oui, je suis le Messie que Jean annonce », cela aurait-il suffi? La réponse directe n’est pas forcément définitive.

Constat d’échec

On lit en arrière-fond de ces versets le constat d’échec de la prédication ancienne. Jean-Baptise et Jésus eux-mêmes n’ont pas été entendus. Et même les disciples du premier doutaient du second… Même cette génération-là n’a pas joué le jeu. Elle a rechigné. La génération jamais contente a toujours une bonne raison, quelque chose à reprocher, des bons arguments, pour demeurer dans la méfiance. Pour ne pas danser, pour ne pas pleurer.

Peut-être est-ce une bonne excuse pour ne pas se risquer?! Ou demeurer de côté, le regard acéré et prompt à la critique à peine quelqu’un se risquerait à la danse d’un pas mal assuré.

Jean-Baptise ne mange rien! C’est un ascète. Il est louche.
« Il a un démon » dit le texte. Un p’tit vélo!

Jésus, lui, mange et boit avec n’importe qui. Il n’est pas fiable.
Voilà. Le jugement est posé.

De la simple observation d’une attitude face à la nourriture, on arrête son opinion sur un homme. Et par extension, sur sa capacité ou non à avoir quelque chose à nous dire.

Jésus: un glouton?!

Jésus : un glouton et un ivrogne…
C’est amusant. Aujourd’hui, si on devait donner des qualificatifs pour décrire Jésus, peu de gens diraient: c’était un glouton et un ivrogne. Et pourtant, à l’époque, c’est bien cela qui l’a disqualifié auprès de bien des hommes de cette génération.

L’image que l’on se fait de Jésus aujourd’hui peut-elle aussi le disqualifier aux yeux de certains? Selon les critères de notre génération?
Je pense que oui.

412f5ce81ab5d955972461c366ab1ce4_largeLe grand sage, d’humeur toujours égale, beau brun barbu l’air détaché de tout, tel que l’imagerie populaire s’est appropriée la figure de Jésus en rebutent beaucoup. Et je ne peux pas m’empêcher de les comprendre. Le beau gaillard à bouclettes brunes et l’œil mielleux n’a rien à voir avec le Jésus que je rencontre à la lecture des évangiles. Et pourtant, dans l’esprit de beaucoup, Jésus, c’est lui. Et c’est certainement de lui dont on parle le dimanche matin entre ces quatre murs, sur un ton béat!

De même, les titres que la tradition a attribué à Jésus: le sauveur, le Christ, le seigneur…  ne parlent qu’aux personnes initiées au langage religieux et ne représentent rien pour la plupart de nos contemporains. On se rend bien compte que ce ne sont pas avec ces attributs que nous parvenons à transmettre l’Évangile autour de nous. Mais comment le faire alors?

Échec encore

On ne peut que constater une certaine forme d’échec lorsque l’on voit combien d’enfants et de petits-enfants d’une génération pourtant très régulière à l’église n’est aujourd’hui pas engagée. Vos enfants, vos petits-enfants ont-ils une vie de foi?… Sont-ils engagés dans l’Église?… Si non, pourquoi?

Auriez-vous fait quelque chose de faux? Aurions-nous fait quelque chose de faux? Pourtant, je suis sûre que nous voulons tous transmettre notre foi à nos enfants. Nous essayons honnêtement, sous diverses formes. Mais nous ne savons pas ce qui est réellement reçu, ni si cela aura un écho dans leur vie. Avec les enfants de la parabole, nous ne pouvons qu’exprimer notre incompréhension quand ils s’en détournent. Ou quand nos catéchumènes ne poursuivent pas leur engagement.

Pour nous qui savons combien la foi donne un sens à notre vie – combien la musique nous invite à danser et comment les chants funèbres nous font pleurer (pour reprendre les images de la parabole) – nous ne pouvons pas comprendre le silence de ceux qui n’entrent pas dans le jeu. Et face à cette incompréhension, nous ne pouvons que redire, témoigner du sens que cela a, et cela a eu pour nous.

Nous cherchons alors à reproduire ce qui est fort pour nous. Ce qui nous a fait vibrer et donner envie de nous engager. Mais peut-être que pour que d’autres personnes fassent la même expérience, il faudrait non pas que les choses soient pareilles, mais justement qu’elles soient différentes.

Les enfants à la cène

Par exemple, nous avons changé notre manière de concevoir la présence des enfants à la cène. Autrefois, ils n’avaient pas le droit d’y venir. Car l’on considérait que cela était réservé aux personnes adultes dans la foi qui avaient compris ce que signifiait la communion au corps et au sang du Christ. La cène, qui n’était célébrée que quelques fois par an, avait un côté exclusif auquel les enfants, en grandissant, se réjouissaient de pouvoir participer quand ils en auraient l’âge, avec l’important rite de passage que constituait la confirmation.

child-930103_1280Aujourd’hui, les choses sont différentes. Nous célébrons la cène à chacun de nos cultes, elle est donc devenue moins exclusive. Les enfants n’attendent plus avec envie d’avoir l’âge d’être autorisé à y participer. Il a donc été décidé qu’il était plus favorable de les y inviter dès leur plus jeune âge. Ils apprennent donc à vivre ce moment, observent les adultes dans leurs gestes, leurs attitudes. Ils apprennent en imitant, comme ils le font dans bien des domaines. Puis cela amène en eux des questions, occasions pour les parents et les pasteurs d’expliquer le sens de la communion aux enfants et de témoigner aussi du sens que cela a pour eux.

Pour parvenir au même but catéchétique et de vie communautaire, notre pratique a changé au fil du temps. D’une pédagogie exclusive, nous sommes passés à une pédagogie inclusive.

Entrer dans le jeu

Pour d’autres domaines, il devrait peut-être en être de même. Mais c’est un des grands paradoxes de notre Église aujourd’hui: nous aimerions de tout cœur que plus de gens s’y engagent et nous sommes persuadés qu’ils y trouveraient le sens, la joie, le soutien et les liens que nous expérimentons.

Mais par ailleurs, nous ne voulons rien changer. On a toujours fait comme ça et c’est ainsi que nous y trouvons notre compte. Mais si de nouvelles personnes se joignent à notre communauté, elle changera de fait. Car l’Église est faite par la communauté qui la compose. Si la communauté évolue, l’Église évolue.

C’est toujours facile d’aller danser au centre de l’agora, de la place publique, quand l’air nous est familier et qu’en plus, on connaît le flûtiste. Mais quand la mélodie est jouée autrement que de la manière dont on a l’habitude, quand nous nous sentons bousculés par ceux qui dansent autrement que nous, difficile de ne pas faire à notre tours les enfants qui boudent sur le côté.

L’Église aujourd’hui est à un tournant. Et je me refuse à croire, comme certains, qu’elle a entamé un inexorable déclin. Je ne crois pas que notre rôle de chrétiens d’aujourd’hui est de l’accompagner dans sa lente disparition. Peut-être pas si lente d’ailleurs…

Je crois encore que l’Église peut croître. Si l’Église est la moins mauvaise expression sur terre de l’Église de Jésus-Christ, je crois qu’il est de notre devoir de la renouveler, de la réinventer.

Il n’y a pas de solutions pour renouveler l’Église, pas de réponse à cette question.
Solliciter notre esprit créatif à tous est sans doute plus fructueux.

Et prions Dieu que son Esprit nous inspire !

Amen