Victoire!

Culte à la maison initialement publié sur le site de la paroisse de La BARC le dimanche 17 mai 2020.

C’est à une célébration aux tonalités combatives que je vous invite ce matin. Que Dieu nous donne de puiser nos forces en la sienne. Qu’il ravive notre courage et nous relève lorsque faiblit notre marche!

Pour entrer dans ce temps de culte, je vous invite à écouter ce cantique « The Lord will march out » du chanteur et compositeur anglais Graham Kendrick inspiré de ces paroles tirée du livre du prophète Ésaïe:

Comme un soldat d’élite le Seigneur s’avance.
Comme un homme de guerre il s’apprête à combattre.
Il lance un puissant cri de guerre, un défi à ses ennemis.

Ésaïe 42,13

Les paroles traduites en français:
Le Seigneur sortira / Comme un homme puissant / Comme un guerrier / Se préparant pour la bataille / Il attisera sa ferveur / Avec un cri, il lance l’appel à la bataille / Avec un cri, avec un cri / Avec un puissant cri / Il triomphera / De ses ennemis / Avec un cri, avec un cri … / Avec un puissant cri / Avec un puissant CRI! / JÉSUS!

Combattre pour quelle victoire?

Prédication à écouter ou à lire

Il y a des pages dans ma bible que je tourne rapidement, des textes auxquels je peine à me confronter. Trop éloignés de ma réalité, trop marqués par une époque aujourd’hui révolue.

Typiquement, les récits guerriers me rebutent. Je ne peux m’empêcher de déceler plus d’orgueil humain que d’intervention divine dans les récits de la conquête de Canaan, de ne pas être impressionnée positivement par les listes de peuples exterminés pour qu’Israël puisse prendre la place qu’elle a reçue du Seigneur et il m’est difficile de prier des psaumes qui appellent Dieu à écraser mes ennemis.

Peut-être est-ce parce que je fais partie de cette génération qui n’a connu la guerre que dans les livres d’histoire et les documentaires télévisés, enfant de la génération née juste après la seconde guerre mondiale et qui n’a été que peu confrontée à l’adversité, tant professionnelle qu’économique ou politique.

Certes, je sais que la guerre sévit et qu’elle n’a cessé de sévir sur notre belle planète. Je sais que les combats font rage, je vois l’horreur des populations qui fuient les conflits, l’ignominie des enfants soldats, la détresse, la pauvreté, la misère. Mais je trouverais parfaitement déplacé de ma part, de là où je me trouve, de prétendre que je connais la guerre. La réalité de ma vie est préservée de ces réalités et de ces horreurs. Que Dieu en soit loué!

Dès lors, j’ai été fortement interpellée ces derniers temps en constatant combien il devenait fréquent que soient utilisés des termes empruntés au vocabulaire de la guerre pour parler de la situation sanitaire actuelle. On pense bien sûr à la déclaration du Président français Emmanuel Macron qui, le 16 mars déclarait « Nous sommes en guerre » et appelait à la mobilisation générale. Mais pas seulement. Si vous êtes attentif·ve·s, dans de nombreux articles et interviews sont évoqués le combat, la lutte ou encore la promesse de la victoire.

La victoire…
La victoire est-elle possible?
Quelle est cette victoire que nous espérons?

Victoire écrasante

Un des récits bibliques guerriers bien connu est celui du récit de David contre Goliath. Le petit, faible et désarmé qui fait face à son adversaire. Armé jusqu’aux dents, sûr de lui, puissant et intimidant: Goliath est un géant imbattable aux yeux de ses adversaires.

Le jeune David s’adresse à lui:

« Toi, répondit David, tu viens contre moi avec une épée, une lance et un sabre ; moi je viens armé du nom du Seigneur de l’univers, le Dieu des troupes d’Israël, que tu as insulté. Aujourd’hui même, le Seigneur te livrera en mon pouvoir ; je vais te tuer et te couper la tête. Aujourd’hui même, je donnerai les cadavres des soldats philistins en nourriture aux oiseaux et aux bêtes sauvages. Alors tous les peuples sauront qu’Israël a un Dieu, et tous les Israélites ici rassemblés sauront que le Seigneur n’a pas besoin d’épée ni de lance pour donner la victoire. Il est le maître de cette guerre et il va vous livrer en notre pouvoir. »

1 Samuel 17,45-47

Avec son Dieu à ses côtés, David se sait capable d’exploits qui dépassent ses propres capacités. La puissance qu’il peut puiser en Dieu modifie l’équilibre des forces. Si ces paroles nous font du bien et nous redonnent espoir, la suite du texte ne cesse de me déranger pour autant. Cette violence est-elle nécessaire? Battre son ennemi est une chose, se réjouir de livrer les cadavres ennemis en pâture aux oiseaux en est une autre. Ce type de victoire écrasante est-elle celle à laquelle nous aspirons?

Bien des textes de l’Ancien Testament reflètent la compréhension antique de la guerre comme un acte religieux. C’est Dieu qui marche à la tête de ses troupes. L’adversaire est aussi bien les troupes ennemies que la divinité qui est à leur tête. On combat pour son dieu contre celui de l’autre. La victoire écrasante est le signe que son dieu est le plus fort. La défaite est comprise comme son abandon. Il est fréquent alors qu’un peuple vaincu adopte la croyance du peuple vainqueur. Mieux vaut servir un dieu gagnant qu’une divinité prompte à vous abandonner dans l’adversité!

Dans ce contexte, le peuple d’Israël se démarquera de tous les peuples qui l’entourent. D’une part en demeurant fidèle à son Dieu même lorsqu’il sera dominé par ses adversaires et déporté à Babylone. D’autre part en affirmant non seulement que son Dieu est le plus fort mais qu’il est unique et donc que les divinités des autres peuples ne sont que des idoles.

Victoire offerte

Sommes-nous à mêmes, nous pauvres petits humains, de remporter une victoire sur un ennemi puissant? L’ennemi d’aujourd’hui n’intimide ni par sa grandeur ni par son armure. Au contraire il est invisible. Mondialement répandu, on ne peut délimiter les zones de combat et préserver les populations civiles. Il est partout! Et paradoxalement, j’ai moins la crainte d’en être la victime qu’en devenir moi-même le vecteur.

À la conviction de David d’avoir à ses côtés la puissance de Dieu, faisons raisonner le début du psaume 35.

Seigneur, sois l’adversaire de mes adversaires, fais la guerre à ceux qui me font la guerre. Empoigne le petit et le grand boucliers, interviens pour me secourir. Brandis la lance et la hache à double tranchant contre ceux qui me persécutent. J’attends que tu me dises : « C’est moi qui vais te sauver. »

Psaume 35,1-3

Nous ne pouvons, par nos propres forces, venir à bout d’un tel ennemi. Aussi nous faut-il placer notre confiance en Dieu et le prier de combattre à nos côtés.

Alors qu’ils sortaient d’Égypte, les Hébreux ont eu des craintes similaires: pourront-ils tenir tête à l’armée du Pharaon? sauront-ils faire face à un ennemi si puissant? Leurs doutes et leurs craintes ont même fait regretter à certains d’avoir répondu à l’appel de la liberté. N’étions-nous finalement pas si mal lotis comme esclaves?!?

Moïse s’appuie sur cette même conviction: Dieu est avec nous! Il cherche donc à rassurer ses pairs.

« N’ayez pas peur, répondit Moïse. Tenez bon et vous verrez comment le Seigneur interviendra aujourd’hui pour vous sauver. En effet, ces Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les reverrez plus jamais. Le Seigneur va combattre à votre place. Vous n’aurez pas à intervenir. »

Le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi m’appelles-tu à l’aide? Dis aux Israélites de se mettre en route. Prends ton bâton en main et élève-le au-dessus de la mer ; ouvre ainsi un passage dans la mer afin que les Israélites puissent la traverser à pied sec. Quant à moi, je pousse les Égyptiens à s’obstiner et à y pénétrer derrière vous. Je manifesterai alors ma gloire en écrasant le Pharaon avec toutes ses troupes, ses chars et ses cavaliers. Les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur, lorsque j’aurai manifesté ma gloire de cette manière. »

Exode 14,13-18

Mais aux paroles de Moïse, Dieu réagit. Certes, il leur viendra en aide, il tiendra à distance les ennemis, mais les Hébreux ne doivent pas attendre que tout leur tombe du ciel! Ils ont à faire leur part. Moïse est investi de la mission de guider le peuple, eh bien qu’il prenne au sérieux son rôle et qu’il agisse lui aussi.

Cette injonction divine m’apparaît comme un garde-fou important. Placer sa confiance en Dieu, le savoir à nos côtés, ne signifie pas nous décharger entièrement sur lui. Chacun·e doit faire sa part pour le bien commun. Actuellement, il s’agit de respecter des distances et de minimiser nos contacts rapprochés. Cela demande un effort certes, mais cela ne m’apparaît pas comme insurmontable.

Victoire?…vraiment?

Participer à l’effort commun en vue de quoi? La victoire?
Est-ce réellement la victoire que nous cherchons face à l’ennemi actuel? N’est-ce pas autre chose?

Le 8 mai dernier, les commémorations des 75 ans de la fin de la seconde guerre mondiale ont passablement été modifiées par rapport à ce qui avait été prévu. Mais l’événement a été célébré.

Dans ce cas de figure, on peut s’interroger: est-ce que nous fêtons la victoire ou est-ce autre chose que nous célébrons? Il est intéressant d’observer que les pays d’Europe ont majoritairement célébré la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. À Berlin, des commémorations ont aussi eu lieu: l’Allemagne d’aujourd’hui tient à marquer qu’elle aussi a été libérée du nazisme. Et dans le contexte de montée de l’antisémitisme que vit l’Allemagne actuellement, c’est loin d’être anodin. Vladimir Poutine pour sa part a célébré la défaite nazie et en a profité pour rappeler la grandeur de la Russie « invincible ».

Certains célèbrent la victoire, la libération, d’autres se réjouissent de la défaite. La perspective est différente et dit certainement quelque chose des personnalités et des réalités politiques. Mais en réalité je crois que ce que nous marquons dans ces commémorations, c’est la paix.

Vivre dans une Europe en paix, voilà certainement la réelle victoire. Plus que l’écrasement de l’ennemi.

Vivre en paix malgré l’ennemi

Il serait illusoire de croire que nous viendrons à bout de ce virus et que lorsqu’il sera terrassé, nous pourrons reprendre une vie « normale ». Il nous faut apprendre à vivre avec lui et chercher la paix plutôt que la victoire.

La recherche pharmaceutique se démène pour trouver un vaccin et à n’en pas douter celui-ci fait déjà l’objet d’une forme de guerre commerciale. Mais aucun vaccin n’éliminera jamais toute menace. Nous avons désormais pris conscience que dans notre monde globalisé, les maladies n’ont plus de frontières. Pour beaucoup d’entre nous, l’épidémie nous a placé pour la première fois de notre existence face à la réalité de la finitude. Contre cela, il n’y a pas de vaccin. Et heureusement!

Prendre au sérieux les limites de la vie, c’est aussi en mesurer la profondeur.

Apprenons à vivre en paix avec le monde qui est le nôtre, dans toutes ses dimensions. Apprenons à vivre en paix avec ses menaces réelles et supposées. Apprenons à vivre en paix avec la vie et avec la mort.

Mais en tout cela nous remportons la plus complète victoire par celui qui nous a aimés. Oui, j’ai la certitude que rien ne peut nous séparer de son amour : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni d’autres autorités ou puissances célestes, ni le présent, ni l’avenir, ni les forces d’en haut, ni celles d’en bas, ni aucune autre chose créée, rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur.

Romains 8,37-39

Nous ne remporterons jamais la victoire finale sur la mort. Seul le Christ l’a vaincue. Et c’est grâce à sa victoire que nous pouvons vivre en paix avec elle.

Amen

Prière

Je vous invite à un temps de prière avec les mots de François d’Assise que vous pouvez prolonger par une prière libre.

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

Amen

Bénédiction

Nous recevons la bénédiction de Dieu, sa paix en nos cœurs et sa force dans nos vies.

C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas à la manière du monde. Ne soyez pas inquiets, ne soyez pas effrayés.

Jean 14,27

Que Dieu vous bénisse!

Pour terminer ce temps de célébration, je vous invite à écouter cette chanson de Dire Straits en honneur à tous les frères/sœurs d’armes engagés dans la vie ici-bas.

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