Les pierres crient!

Prière d’intercession en lien avec Luc 19,40

Les pierres crient, Seigneur!
Elles crient et nous crions avec elles.
Quand des enfants meurent gazés
Notre être tout entier crie.

Les pierres crient, Seigneur!
Et nous crions avec elles.
Quand un homme lance un camion dans une foule.
Oui, nous crions!

Est-ce dans ce monde-là que nous vivons?
Ce monde, nous avons honte de te le présenter.
Est-ce cela que nous avons fait de ta Création?
Nos cris semblent se perdre dans le néant.
C’est notre impuissance qui devient criante.

Viens, Seigneur, au secours de notre monde.
Fais de nous tes témoins
Capables de porter l’espérance
D’accueillir celles et ceux qui souffrent
D’oser une parole.

Donne courage et discernement aux hommes et aux femmes qui exercent des responsabilités.
Touche les cœurs endurcis. Ceux desquels ne sortent que barbarie et horreur.
Ce sont pourtant des cœurs humains, et nous croyons que tu peux leur rendre leur humanité.

Oui, les pierres crient.
Et avec elles, nous voulons donner de la voix.
Parce que nous croyons que le mal n’est pas un fatalité.
Que toute espérance n’est pas vaine.
Et qu’en toi, notre confiance est renouvelée.

Amen

Autour de la laïcité

On parle beaucoup de laïcité ces temps. Si on est tous d’accord pour dire que l’État ne doit pas dicter aux citoyens ce qu’ils doivent croire et penser, il n’y a pas d’accord aussi large sur le sens du mot laïcité et bien des confusions et des mécompréhensions dans les débats viennent, me semble-t-il, des présupposés rarement clarifiés autour de ce concept.

Notre compréhension de la laïcité est intimement liée à notre histoire, à l’histoire des relations entre l’État et les Églises, entre la société civile et les communautés religieuses. Ainsi, en Suisse, notre manière de gérer l’État laïque ne saurait être la même qu’en France. Et même, en Suisse, chaque canton a son histoire bien spécifique.

À lire et à voir

Dernièrement, le département de l’instruction publique du Canton de Genève a édité une brochure à l’attention des enseignants. Je vous en recommande la lecture! Les enjeux sont bien posés et les confusions souvent dissipées. Le tout avec des magnifiques illustrations de Zep, pleines de subtilité et d’humour.

ZEP tiré de La laïcité à l'école - DIP Genève
ZEP tiré de La laïcité à l’école – DIP Genève

Je suis aussi tombée sur internet sur cette petite vidéo de l’Association Coexister France qui replace aussi la question de la laïcité en France dans son histoire.

Ces deux sources le disent un peu autrement, mais l’idée est commune: la laïcité n’est pas une volonté d’occulter le religieux, mais de poser le cadre pour que le religieux puisse se vivre librement et dans le respect de la liberté de l’autre.

Anne Emery-Torracinta, conseillère d’État genevoise:

La laïcité signifie la neutralité religieuse de l’État, mais pas la négation du fait religieux. Il faut rappeler que la laïcité n’est pas un but en soi, mais l’instrument qui permet la paix civile et le respect des convictions de tous, sans discrimination, chacun étant égal devant la loi.

L’Association Coexister France :

La laïcité n’est pas une opinion, mais le cadre qui les permet toutes.

Maintenant, le défi nous est posé: clarifier et expliciter la situation neuchâteloise,  particulière à certains égards puisqu’un Concordat régule les relations entre les Églises reconnues et l’État.

Petit mot en famille

Petit mot prononcé à l’occasion de la réunion de la famille de Montmollin qui a réuni près de 200 cousins au château d’Auvernier.

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Vous le savez peut-être, 2017 sera une année particulière. Et pas seulement parce que ce sera une année sans réunion Montmollin!
2017, c’est exactement 500 ans après 1517. C’est le 31 octobre de cette année là que, selon la tradition, Martin Luther a placardé ses 95 thèses contre les indulgences sur la porte de l’église du château de Wittemberg. C’est cet acte qui signe le coup d’envoi de la Réforme.
En 2017 nous célébrerons donc un demi-millénaire de protestantisme.

Occasion à la fois de revisiter le passé et de repenser le présent à la lumière des idées qui ont, à l’époque, changé le monde – ou au moins l’Europe.
Comme nous sommes accueillis aujourd’hui dans ce magnifique village d’Auvernier, je me suis intéressée à voir comment ce village était passé à la Réforme.

Bien sûr, il a fallu quelques années pour que les idées nouvelles arrivent jusque dans nos contrées. Neuchâtel, sous l’impulsion de Farel, est passé à la Réforme en… (vous savez en quelle année?) 1530. Puis Farel s’est rendu à Orbe et ce sont ses collaborateurs qui ont amené les villages de notre région, les uns après les autres, à la foi nouvelle.

Et à Auvernier, tout n’a pas été simple.
A croire que ses habitants ont la tête dure !
Sentant la Réforme prendre le dessus dans la région, le curé de l’époque s’enfuit sans prévenir. Il fut remplacé par un prédicateur favorable à la foi protestante. Mais le changement de coutumes religieuses ne plut pas à tout le monde et les gens d’Auvernier refusèrent de lui verser les prémices. A savoir un setier (tonneau) de moût par habitant. L’affaire prit de l’ampleur, les autorités s’en mêlèrent. Les habitant furent convoqués, puis appelé à comparaître devant les autorités bernoises. Ils ne se rendirent pas à la comparution.
Bref, l’histoire dura plus d’une année.
Et finalement, les gens d’Auvernier furent condamnés à s’acquitter des prémices de la vendange, à payer 150 livres pour les prémices retenues, et 25 écus pour les frais de l’affaire.

Voici à peu près tout ce que l’on trouve sur Auvernier dans la biographie nouvelle de Guillaume Farel, parue en 1930.

Cette histoire est amusante.
Et lorsque l’on y pense, les conflits à régler dans nos villages, les tergiversations et les frais administratifs… Rien de nouveau sous le soleil…
Mais cette petite histoire est le signe que le passage à la Réforme n’était pas anodin. Aujourd’hui, peut-on encore désigner clairement la différence entre la foi catholique et la foi protestante?
On est chrétiens. On a le même Dieu! entend-on souvent.
La religion est entrée dans la sphère privée et n’a que peu d’implication sur notre vie publique. Mais pour l’époque, changer de religion, c’était changer totalement de vision du monde.

Et peut-être qu’à l’occasion de cette commémoration des 500 ans de la Réforme, nous pourrions nous rappeler les fondements du protestantisme. Et redécouvrir que la foi protestante n’est pas seulement une religion intime, personnelle et privée, mais qu’elle implique plus largement une vision du monde, de soi et des autres. Donc aussi une manière d’être au monde.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire des idées protestantes. Même si dans l’absolu ce serait passionnant (!… oseriez-vous en douter ?!?)
Juste rappeler un élément fondamental.
La conviction que chaque être humain est digne d’entretenir une relation directe avec Dieu.

N’oublions pas que dans le catholicisme médiéval, le prêtre est l’intermédiaire. C’est lui qui prie pour les masses incultes, qui n’ont pour tâche que de payer pour qu’il intercède pour eux auprès de Dieu. Les réformateurs arrivent avec cette affirmation: pour Dieu, il n’y a pas de hiérarchie entre les êtres humains. Tous ont un accès direct à lui.
C’est évidemment assez révolutionnaire.
Et l’ont voit toutes les conséquences dans l’émergence de la démocratie par exemple.

Mais cette accès direct à Dieu a aussi une conséquence importante: il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu. Tout le monde, et plus seulement le clergé, doit pourvoir lire la Bible. On la traduit, on l’imprime, on la diffuse et on apprend à lire à la population. On connaît toutes les conséquences historiques et sociales de l’émergence de la Réforme qui ont changé notre monde occidental.

Et du point de vue plus personnel, si il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu, cela signifie aussi que plus personne d’autre que moi ne peut croire pour moi.
Je deviens dès lors responsable de prendre soin de ma vie de foi, de ma spiritualité, de ma relation à Dieu.

La nouvelle liberté qu’apporte la Réforme implique une responsabilité individuelle. Envers soi, envers Dieu et envers le monde. Et la foi ne peut dès lors être détachée de l’engagement du croyant dans la société.

Je crois à la pertinence, aujourd’hui encore, de cette théologie que nous sommes appelés à redécouvrir, à réinvestir et à réinterpréter dans notre monde actuel.
C’est notre histoire.
Ce sont nos racines.
C’est encore aujourd’hui notre réalité.

La paix… une exception suisse

Voici le Message des Églises que j’ai prononcé hier soir au Port de Cortaillod, à l’occasion des festivités de la Fête nationale.
Merci à la Commune de Cortaillod d’associer chaque année les Églises à cette manifestation villageoise.

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Mesdames et Messieurs,
Chers concitoyens, chères concitoyennes,

Vous avez peut-être lu comme moi, en juin dernier, cette annonce du Global Peace Index: la Suisse est un des 10 pays du monde à vivre totalement en paix.
Seuls 10 pays sur les 324 que compte notre planète. 10 pays seulement vivent en paix… (!)
Et la Suisse en fait partie, aux côtés du Botswana, du Chili, du Costa Rica, du Japon de l’Île Maurice, du Panama, du Qatar, de l’Uruguay et du Vietnam.

10, ce n’est pas beaucoup.
Et je me suis demandé quels étaient les critères pour établir un tel classement. Comment définit-on la paix?
D’après ce que j’ai lu, ce sont les seuls 10 pays qui ne sont pas engagés dans un conflit interne ou externe.
Donc être en paix, cela signifie en fait: ne pas être en guerre.
Soit.
Mais la paix, me semble-t-il est plus que cela.

La Suisse, il nous faut en prendre conscience, est un îlot dans le monde.
Un îlot où nous vivons non seulement hors de la peur des bombes, mais aussi dans un contexte de paix du travail, de paix sociale, et de paix religieuse.

Nous en sommes fiers.
Et il est vrai qu’une partie de notre bien-être à vivre ensemble est dû à notre système politique collaboratif, à notre respect des institutions et à notre expertise.
On regarde souvent nos voisins avec un œil critique. L’air de penser qu’ils ne savent pas s’y prendre alors qu’en Suisse, nous abordons les choses avec plus de sagesse et d’efficacité.

Mais je ne crois pas que tout soit entre nos mains.
Aucun d’entre nous n’a choisi de naître là où il a vu le jour.
Vous comme moi, nous aurions pu naître à Kaboul, à Damas ou Bamako.
C’est le hasard, la vie, la providence, Dieu – appelez-le comme vous le voulez.

Mais je crois qu’il est juste d’en prendre conscience. Et dès lors, d’en être reconnaissants.
Je l’interprète comme une grâce.
Et l’Évangile m’apprend que toute grâce reçue appelle chez moi une responsabilité.

Si donc nous avons la grâce de vivre dans un des seuls 10 pays au monde à vivre en paix, nous avons une responsabilité face à ce monde. Face à ces 314 autres pays et les personnes qui y vivent.
Responsabilité qui s’exprime dans notre tradition humanitaire et dans celle, très active ces dernières années, d’acteur dans les processus de conciliation et de paix.

Ce sont nos responsabilités en tant qu’État qu’il convient à tout citoyen d’avoir à cœur. Rien n’est jamais acquis et l’ouvrage de la paix doit sans cesse être remis sur le métier.
Nous avons aussi des responsabilités en tant qu’individus à promouvoir autour de nous les éléments d’une paix durable.
Dans l’accueil des personnes qui fuient les conflits armés, dans l’ouverture et la bonne entente entre les autorités civiles et religieuses, dans la modestie et la reconnaissance de ce qui nous est donné.

Fêtons ce soir!
Célébrons les beautés et les joies de notre pays!
Et rendons grâce de vivre dans cette paix.

Et dès demain, œuvrons!
Œuvrons ensemble à l’élargissement de la paix. Telle est notre responsabilité.

Chers concitoyens, chères concitoyennes, je vous souhaite de belles festivités.
Et comme l’écrivait l’apôtre Paul à la fin d’une de ses lettres: Que le Seigneur qui donne la paix, vous accorde sa paix en tout temps et en toutes choses. (2 Thessaloniciens 3,16)