Ce petit manque qui gâche la fête

Prédication du culte d’installation dans la paroisse de La BARC, le 14 janvier 2018 au temple de Colombier, sur Jean 2,1-11 (les noces de Cana). Lecture biblique: 2 Pierre 1,2-8

On va manquer de vin!
Pas aujourd’hui, je vous rassure. Je crois que tout a été prévu pour que nous ne manquions pas, ni à la cène ni lors de l’apéritif qui suivra le culte. C’est à la noce à laquelle Jésus et ses proches sont associés que le vin vient à manquer.

Cette histoire des noces de Cana se situe tout au début de l’évangile de Jean, c’est la première fois que Jésus opère un miracle, un signe comme le dit le 4e évangéliste. Et même si les signes vont crescendo dans l’évangile, on se dit que cela ne semble pas si grave de manquer de vin. Même si je sais que dans la région, c’est un sujet sensible.
S’il s’agissait d’un manque d’eau au milieu du désert ou d’un manque de pain en période de disette, on comprendrait la nécessité de l’intervention divine. Mais pour un manque de vin dans une noce où il en a certainement déjà été beaucoup bu… on voit moins.

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Y a d’la joie!

Prédication du dimanche 12 novembre sur Philippiens 4,4-9. Lecture d’extraits de Exode 14-15.

Le week-end dernier, je l’ai vécu avec les catéchumènes et quelques 5000 autres jeunes protestants à Genève. La Fédération protestante de Suisse (FEPS) avait organisé un festival jeunesse pour marquer le jubilé de la Réforme, événement unique auquel j’ai eu la chance de participer avec eux.

Ce festival RéformAction avait un parti pris assumé: celui de permettre aux jeunes de s’amuser. C’était osé. Car on le sait bien, quand on s’amuse, ce n’est pas sérieux. Et la foi, c’est une affaire sérieuse! C’est quelque chose que j’ai souvent entendu, de manière directe ou indirecte. Il existe le soupçon que si les jeunes ont du plaisir, c’est que le catéchisme est fait à la légère. Comme si il fallait toujours aborder les questions fondamentales avec un air grave. On n’est parfois pas loin de penser que s’ils s’ennuient, c’est la preuve que le caté est bon.

Personnellement, je crois que l’on peut s’amuser, avoir du plaisir à être ensemble, et ainsi installer entre eux et avec nous une confiance propice à l’ouverture, la confidence, l’écoute et le chemin de foi.

Malheureusement, on laisse souvent aux communautés évangéliques le monopole de la fête. Nous les réformés, nous sommes des gens sérieux. Dignes descendants du juriste Calvin. Et nous peinons à faire de l’Évangile une fête. Continuer la lecture de Y a d’la joie!

Cultivons notre jardin

Prédication du dimanche 3 septembre sur Genèse 3,8-19.23 et Jean 10,7-9 Je suis la porte.

Cette année, paraît-il, est une bonne année pour les tomates. Je dis paraît-il parce que je ne cultive pas moi-même de tomates, mais j’ai entendu plusieurs personnes relever l’abondance de la récolte annuelle. Une abondance qui est accueillie avec joie, mais aussi parfois avec un peu d’inquiétude: Que faire de tous ces fruits ?!? En nous gratifiant ainsi, la nature exige aussi de nous une quantité importante de travail.

Je suis probablement d’autant plus admirative des talents agricoles de nombreux d’entre vous que je n’ai moi-même pas du tout la main verte. Mais, signe de la grâce, il arrive que des anges (!) viennent déposer derrière ma porte tomates, raisin, pruneaux et pâtissons. Si je ne sais pas les cultiver, soyez sûrs que je sais les apprécier !

Je le constate souvent : le jardin prend une place importante dans la vie et le quotidien de beaucoup de gens par ici. Et à défaut de vous proposer des conseils avisés en jardinages, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas inintéressant d’oser une petite escapade intellectuelle dans un jardin. Continuer la lecture de Cultivons notre jardin

Du jugement dernier à l’ultime jugement

Pour cette année jubilaire de la Réforme, la FEPS a édité un petit fascicule: 40 thèmes pour cheminer. Voici la prédication issue de mes réflexions autour du thème n°14 Le jugement dernier ne fait plus peur?

Le Jugement dernier de Jérôme Bosch

Le feu crépite, les flammes nous encerclent. Tout n’est plus que cris et grincements de dents.
Nous voilà au plein milieu… non pas de l’enfer, mais des représentations qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le jugement dernier.

Aujourd’hui encore, nous sommes profondément marqués par ces images qui, depuis le Moyen Âge, imprègnent nos esprits. A l’époque, la peur de brûler en enfer était réelle. Elle tenait les hommes et les femmes sous la coupe d’une Église qui n’hésitait pas à attiser cette peur pour asseoir son pouvoir sur le peuple.
Mais voilà qu’aujourd’hui, la menace des flammes de l’enfer ne fait plus trembler personne. Et c’est un bien!

Dès lors, pouvons-nous encore évoquer le jugement dernier sans passer pour des fous réactionnaires enfermés dans l’obscurantisme le plus crasse? Eh bien, c’est le défi qui m’a été lancé avec ce thème choisi parmi les 40 qui nourrissent notre réflexion en cette année jubilaire. Alors je m’y lance!

Représentations apocalyptiques

Pour commencer, il s’agit de ne pas perdre de l’esprit, lorsque nous abordons les récits bibliques qui parlent du jugement, que nous ne sommes pas dans le domaine du descriptif. Comme lorsque nous abordons la question de la résurrection par exemple, il ne s’agit pas d’événements qui peuvent être totalement appréhendés avec notre raison. Les textes nous entraînent donc dans les registres de la poésie, de l’évocation, de la symbolique. Pour nous permettre de saisir quelque chose qui échappe en partie à notre raisonnement intellectuel.
Le livre de l’Apocalypse en particulier, nous immerge dans ce langage étrange qui nous est rendu d’autant plus obscur que les références évidentes pour le lecteur de l’époque nous échappent aujourd’hui.

Certaines images sont terribles, effrayantes et fascinantes. Si bien que dans le langage courant, l’apocalypse est devenue synonyme d’anéantissement du monde dans d’atroces souffrances. Mais gardons à l’esprit que le message principal qui habite ce dernier livre biblique n’est autre que l’annonce de la victoire écrasante et définitive de Dieu et du Christ sur les forces du mal.

Aux martyrs du premier siècle, l’auteur du livre des révélations l’affirme : malgré toutes les apparences, tous les signes du monde d’alors, le Christ sera vainqueur et le mal tombera.

Dans le monde biblique, de nombreuses images sont utilisées pour évoquer ce jugement dernier: la moisson, la vendange, le festin. Dans le chapitre 20 de l’apocalypse, c’est autour de la personne du juge qu’est construit le récit. Un juge qui en impose. Sans démonstration de force ni de puissants effets. Sa seule apparition sur son trône blanc provoque le respect, de la terre jusqu’au ciel.

Au cœur des terribles tourments, l’arrivée du juge est lumineuse, et s’impose par une puissance qui n’est pas celle de la violence. Le vainqueur que l’apocalypse nous annonce ne fait pas usage des mêmes armes que le mal, personnifié en Satan. Son feu n’est pas celui qui détruit et qui consume. Mais le feu qui vient d’en-haut. Celui qui brûlait dans le cœur des disciples d’Emmaüs.

De même, son jugement n’est pas condamnation et punition. Il est d’un autre ordre.

Jugement ou non-jugement?

Salomon, pour rendre son jugement, demande une épée. Et avec celle-ci que fait-il ? Il tranche. Sans faire couler la moindre goutte de sang puisqu’il ne tranche pas l’enfant. Il tranche la décision. Il permet le discernement. Et empêche ainsi que ressortent vainqueurs de ce jugement : la colère, la violence et la jalousie.
C’est une arme bien plus puissante qui l’emporte. Celle que nous pourrions appeler l’amour.

Le jugement aujourd’hui, n’est pas très à la mode. Qu’il soit dernier ou non d’ailleurs. J’entends souvent chez les jeunes l’importance de ne pas se sentir jugé. Le non-jugement est même devenu une valeur presque absolue. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, si là derrière il y a un désir légitime de s’affranchir du pouvoir que le regard des autres peut exercer sur une jeune personne en train de se construire, il y a un glissement possible dans cet idéal du non-jugement.

Un glissement qui me semble également assez dangereux. Celui du relativisme. Au royaume du non-jugement, le tout se vaut est roi. Et comment, dans un environnement indistinct entre le bien et le mal, forger son identité ?

L’Évangile, je crois, n’est pas dénué de jugement. L’Évangile tranche. Il est même une épée à double tranchant (Héb 4,12).

Et il est fondamental de ne pas occulter tout jugement. Porter un jugement permet de pouvoir condamner certains comportements. Condamner la violence verbale et physique. Affirmer qu’il y a des actes qui sont inadmissibles et qui portent en eux le mal.
Non, tout ne se vaut pas ! Et il est fondamental de l’affirmer.

Le jugement… ultime

Mais ce jugement là est-il entre nos mains ?
Il y a des actes clairement condamnables et la justice humaine fait son travail de discernement.
Mais on le sait bien, il n’est pas toujours aisé de distinguer le bien du mal. Et un même acte peut se révéler avoir des conséquences aussi bien positives que négatives. Les choses ne relèvent pas toujours de l’évidence.

Le récit du jugement de Salomon se termine d’ailleurs avec cette émerveillement de la part des Israélites. Qui ne peuvent qu’attribuer à Dieu la résolution de cette affaire. Dieu qui a rempli de sagesse le roi Salomon.

Le bien et le mal nous dépassent. Nous ne sommes finalement que des créatures. Seul Dieu en est le maître. A lui donc, revient le jugement dernier.

Et j’aimerais que nous nous détachions des représentations temporelles lorsque nous utilisons le qualificatif dernier. Ce n’est pas chronologiquement que ce jugement est le dernier. Mais c’est l’ultime, le plus grand, le jugement définitif.

Ce jugement-là n’est pas une menace, puisqu’il émane de Dieu. Celui qui a toujours utilisé les armes de l’amour pour terrasser le mal. Mais il est le plus important. Il nous libère ainsi que la pression de porter des jugements absolus sur nous-mêmes ou nos semblables.

Quoi de plus beau que de se dire que sur ma vie, c’est à Dieu qu’appartient l’ultime parole ?

Amen

Les pierres crient!

Prière d’intercession en lien avec Luc 19,40

Les pierres crient, Seigneur!
Elles crient et nous crions avec elles.
Quand des enfants meurent gazés
Notre être tout entier crie.

Les pierres crient, Seigneur!
Et nous crions avec elles.
Quand un homme lance un camion dans une foule.
Oui, nous crions!

Est-ce dans ce monde-là que nous vivons?
Ce monde, nous avons honte de te le présenter.
Est-ce cela que nous avons fait de ta Création?
Nos cris semblent se perdre dans le néant.
C’est notre impuissance qui devient criante.

Viens, Seigneur, au secours de notre monde.
Fais de nous tes témoins
Capables de porter l’espérance
D’accueillir celles et ceux qui souffrent
D’oser une parole.

Donne courage et discernement aux hommes et aux femmes qui exercent des responsabilités.
Touche les cœurs endurcis. Ceux desquels ne sortent que barbarie et horreur.
Ce sont pourtant des cœurs humains, et nous croyons que tu peux leur rendre leur humanité.

Oui, les pierres crient.
Et avec elles, nous voulons donner de la voix.
Parce que nous croyons que le mal n’est pas un fatalité.
Que toute espérance n’est pas vaine.
Et qu’en toi, notre confiance est renouvelée.

Amen