A méditer cet été, les pieds dans l’eau

Prédication du dimanche 1er juillet 2018 sur 2 Corinthiens 8,1-15

Avant d’écouter la lecture de ce jour, rappelons-nous le contexte de la première Église.
Lors de l’Assemblée de Jérusalem, un accord a été passé entre Pierre et ses acolytes d’une part, et Paul et ses collaborateurs d’autre part. Les premiers concentreraient leurs efforts sur la christianisation du monde juif, alors que les seconds iraient porter l’Évangile en terre païenne.
Les publics cibles – dirions-nous aujourd’hui – seraient différents, mais l’objectif le même: faire connaître le plus largement possible le message de l’Évangile de Jésus-Christ et offrir la possibilité à tout homme et toute femme qu’elle que soit son origine de connaître la foi chrétienne et de s’y convertir.

En signe d’unité et d’union entre tous ces membres disséminés du peuple de Dieu, Paul s’était engagé à ce que les nouvelles communautés fondées grâce à son œuvre évangélisatrice témoignent leur solidarité avec les communautés de Judée. Une solidarité dans la prière, mais pas uniquement. Une solidarité aussi exprimée de manière très concrète: une collecte d’argent pour soutenir ces premiers chrétiens vivant dans un contexte hostile. Paul et ses collaborateurs ont sillonné la Grèce et la Macédoine, proclamant l’Évangile et fondant des Églises. Nous avons dans plusieurs épîtres le signe qu’il a eu à cœur d’honorer cet engagement.

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C’est quand, la saison des figues?

Prédication du dimanche des Rameaux sur Mc 11,1-21 (l’entrée à Jérusalem et le figuier stérile)

Un homme, un vrai!

Il y a une chose qui m’énerve dans les représentations de Jésus. Que ce soit dans la peinture ou dans les illustrations de livres pour enfants, mais surtout dans les films et les dessins animés qui racontent des épisodes bibliques.
Ce qui m’énerve, c’est cet air éthéré qu’a presque toujours Jésus : les yeux vitreux, l’air pénétré, la tête un peu penchée, une voix douce et pleine de souffle.

Les événements semblent glisser sur lui comme sur les plumes d’un canard. Il ne se laisse atteindre par rien. Il s’adresse à ses interlocuteurs avec ce calme olympien, même s’il se trouve au milieu d’une foule agitée.

C’est fou ce que ce Jésus-là m’énerve. En tout cas, il est certain que si j’avais vécu à l’époque, je n’aurais jamais suivi cet espèce de gourou survolant le monde.
C’est tout de même étrange que les cinéastes, les auteurs et les dessinateurs lui donnent ces traits, alors que les évangiles dont ils s’inspirent présentent au contraire un Jésus résolument humain.

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Au commencement était la violence

Prédication sur Genèse 4,1-16 (Caïn et Abel). Lecture biblique: Ecclésiaste 8,14-17.

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.

Ainsi débute le poème de Victor Hugo intitulé La Conscience. Continuer la lecture de Au commencement était la violence

Ce petit manque qui gâche la fête

Prédication du culte d’installation dans la paroisse de La BARC, le 14 janvier 2018 au temple de Colombier, sur Jean 2,1-11 (les noces de Cana). Lecture biblique: 2 Pierre 1,2-8

On va manquer de vin!
Pas aujourd’hui, je vous rassure. Je crois que tout a été prévu pour que nous ne manquions pas, ni à la cène ni lors de l’apéritif qui suivra le culte. C’est à la noce à laquelle Jésus et ses proches sont associés que le vin vient à manquer.

Cette histoire des noces de Cana se situe tout au début de l’évangile de Jean, c’est la première fois que Jésus opère un miracle, un signe comme le dit le 4e évangéliste. Et même si les signes vont crescendo dans l’évangile, on se dit que cela ne semble pas si grave de manquer de vin. Même si je sais que dans la région, c’est un sujet sensible.
S’il s’agissait d’un manque d’eau au milieu du désert ou d’un manque de pain en période de disette, on comprendrait la nécessité de l’intervention divine. Mais pour un manque de vin dans une noce où il en a certainement déjà été beaucoup bu… on voit moins.

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Y a d’la joie!

Prédication du dimanche 12 novembre sur Philippiens 4,4-9. Lecture d’extraits de Exode 14-15.

Le week-end dernier, je l’ai vécu avec les catéchumènes et quelques 5000 autres jeunes protestants à Genève. La Fédération protestante de Suisse (FEPS) avait organisé un festival jeunesse pour marquer le jubilé de la Réforme, événement unique auquel j’ai eu la chance de participer avec eux.

Ce festival RéformAction avait un parti pris assumé: celui de permettre aux jeunes de s’amuser. C’était osé. Car on le sait bien, quand on s’amuse, ce n’est pas sérieux. Et la foi, c’est une affaire sérieuse! C’est quelque chose que j’ai souvent entendu, de manière directe ou indirecte. Il existe le soupçon que si les jeunes ont du plaisir, c’est que le catéchisme est fait à la légère. Comme si il fallait toujours aborder les questions fondamentales avec un air grave. On n’est parfois pas loin de penser que s’ils s’ennuient, c’est la preuve que le caté est bon.

Personnellement, je crois que l’on peut s’amuser, avoir du plaisir à être ensemble, et ainsi installer entre eux et avec nous une confiance propice à l’ouverture, la confidence, l’écoute et le chemin de foi.

Malheureusement, on laisse souvent aux communautés évangéliques le monopole de la fête. Nous les réformés, nous sommes des gens sérieux. Dignes descendants du juriste Calvin. Et nous peinons à faire de l’Évangile une fête. Continuer la lecture de Y a d’la joie!

Cultivons notre jardin

Prédication du dimanche 3 septembre sur Genèse 3,8-19.23 et Jean 10,7-9 Je suis la porte.

Cette année, paraît-il, est une bonne année pour les tomates. Je dis paraît-il parce que je ne cultive pas moi-même de tomates, mais j’ai entendu plusieurs personnes relever l’abondance de la récolte annuelle. Une abondance qui est accueillie avec joie, mais aussi parfois avec un peu d’inquiétude: Que faire de tous ces fruits ?!? En nous gratifiant ainsi, la nature exige aussi de nous une quantité importante de travail.

Je suis probablement d’autant plus admirative des talents agricoles de nombreux d’entre vous que je n’ai moi-même pas du tout la main verte. Mais, signe de la grâce, il arrive que des anges (!) viennent déposer derrière ma porte tomates, raisin, pruneaux et pâtissons. Si je ne sais pas les cultiver, soyez sûrs que je sais les apprécier !

Je le constate souvent : le jardin prend une place importante dans la vie et le quotidien de beaucoup de gens par ici. Et à défaut de vous proposer des conseils avisés en jardinages, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas inintéressant d’oser une petite escapade intellectuelle dans un jardin. Continuer la lecture de Cultivons notre jardin

Du jugement dernier à l’ultime jugement

Pour cette année jubilaire de la Réforme, la FEPS a édité un petit fascicule: 40 thèmes pour cheminer. Voici la prédication issue de mes réflexions autour du thème n°14 Le jugement dernier ne fait plus peur?

Le Jugement dernier de Jérôme Bosch

Le feu crépite, les flammes nous encerclent. Tout n’est plus que cris et grincements de dents.
Nous voilà au plein milieu… non pas de l’enfer, mais des représentations qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le jugement dernier.

Aujourd’hui encore, nous sommes profondément marqués par ces images qui, depuis le Moyen Âge, imprègnent nos esprits. A l’époque, la peur de brûler en enfer était réelle. Elle tenait les hommes et les femmes sous la coupe d’une Église qui n’hésitait pas à attiser cette peur pour asseoir son pouvoir sur le peuple.
Mais voilà qu’aujourd’hui, la menace des flammes de l’enfer ne fait plus trembler personne. Et c’est un bien!

Dès lors, pouvons-nous encore évoquer le jugement dernier sans passer pour des fous réactionnaires enfermés dans l’obscurantisme le plus crasse? Eh bien, c’est le défi qui m’a été lancé avec ce thème choisi parmi les 40 qui nourrissent notre réflexion en cette année jubilaire. Alors je m’y lance!

Représentations apocalyptiques

Pour commencer, il s’agit de ne pas perdre de l’esprit, lorsque nous abordons les récits bibliques qui parlent du jugement, que nous ne sommes pas dans le domaine du descriptif. Comme lorsque nous abordons la question de la résurrection par exemple, il ne s’agit pas d’événements qui peuvent être totalement appréhendés avec notre raison. Les textes nous entraînent donc dans les registres de la poésie, de l’évocation, de la symbolique. Pour nous permettre de saisir quelque chose qui échappe en partie à notre raisonnement intellectuel.
Le livre de l’Apocalypse en particulier, nous immerge dans ce langage étrange qui nous est rendu d’autant plus obscur que les références évidentes pour le lecteur de l’époque nous échappent aujourd’hui.

Certaines images sont terribles, effrayantes et fascinantes. Si bien que dans le langage courant, l’apocalypse est devenue synonyme d’anéantissement du monde dans d’atroces souffrances. Mais gardons à l’esprit que le message principal qui habite ce dernier livre biblique n’est autre que l’annonce de la victoire écrasante et définitive de Dieu et du Christ sur les forces du mal.

Aux martyrs du premier siècle, l’auteur du livre des révélations l’affirme : malgré toutes les apparences, tous les signes du monde d’alors, le Christ sera vainqueur et le mal tombera.

Dans le monde biblique, de nombreuses images sont utilisées pour évoquer ce jugement dernier: la moisson, la vendange, le festin. Dans le chapitre 20 de l’apocalypse, c’est autour de la personne du juge qu’est construit le récit. Un juge qui en impose. Sans démonstration de force ni de puissants effets. Sa seule apparition sur son trône blanc provoque le respect, de la terre jusqu’au ciel.

Au cœur des terribles tourments, l’arrivée du juge est lumineuse, et s’impose par une puissance qui n’est pas celle de la violence. Le vainqueur que l’apocalypse nous annonce ne fait pas usage des mêmes armes que le mal, personnifié en Satan. Son feu n’est pas celui qui détruit et qui consume. Mais le feu qui vient d’en-haut. Celui qui brûlait dans le cœur des disciples d’Emmaüs.

De même, son jugement n’est pas condamnation et punition. Il est d’un autre ordre.

Jugement ou non-jugement?

Salomon, pour rendre son jugement, demande une épée. Et avec celle-ci que fait-il ? Il tranche. Sans faire couler la moindre goutte de sang puisqu’il ne tranche pas l’enfant. Il tranche la décision. Il permet le discernement. Et empêche ainsi que ressortent vainqueurs de ce jugement : la colère, la violence et la jalousie.
C’est une arme bien plus puissante qui l’emporte. Celle que nous pourrions appeler l’amour.

Le jugement aujourd’hui, n’est pas très à la mode. Qu’il soit dernier ou non d’ailleurs. J’entends souvent chez les jeunes l’importance de ne pas se sentir jugé. Le non-jugement est même devenu une valeur presque absolue. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, si là derrière il y a un désir légitime de s’affranchir du pouvoir que le regard des autres peut exercer sur une jeune personne en train de se construire, il y a un glissement possible dans cet idéal du non-jugement.

Un glissement qui me semble également assez dangereux. Celui du relativisme. Au royaume du non-jugement, le tout se vaut est roi. Et comment, dans un environnement indistinct entre le bien et le mal, forger son identité ?

L’Évangile, je crois, n’est pas dénué de jugement. L’Évangile tranche. Il est même une épée à double tranchant (Héb 4,12).

Et il est fondamental de ne pas occulter tout jugement. Porter un jugement permet de pouvoir condamner certains comportements. Condamner la violence verbale et physique. Affirmer qu’il y a des actes qui sont inadmissibles et qui portent en eux le mal.
Non, tout ne se vaut pas ! Et il est fondamental de l’affirmer.

Le jugement… ultime

Mais ce jugement là est-il entre nos mains ?
Il y a des actes clairement condamnables et la justice humaine fait son travail de discernement.
Mais on le sait bien, il n’est pas toujours aisé de distinguer le bien du mal. Et un même acte peut se révéler avoir des conséquences aussi bien positives que négatives. Les choses ne relèvent pas toujours de l’évidence.

Le récit du jugement de Salomon se termine d’ailleurs avec cette émerveillement de la part des Israélites. Qui ne peuvent qu’attribuer à Dieu la résolution de cette affaire. Dieu qui a rempli de sagesse le roi Salomon.

Le bien et le mal nous dépassent. Nous ne sommes finalement que des créatures. Seul Dieu en est le maître. A lui donc, revient le jugement dernier.

Et j’aimerais que nous nous détachions des représentations temporelles lorsque nous utilisons le qualificatif dernier. Ce n’est pas chronologiquement que ce jugement est le dernier. Mais c’est l’ultime, le plus grand, le jugement définitif.

Ce jugement-là n’est pas une menace, puisqu’il émane de Dieu. Celui qui a toujours utilisé les armes de l’amour pour terrasser le mal. Mais il est le plus important. Il nous libère ainsi que la pression de porter des jugements absolus sur nous-mêmes ou nos semblables.

Quoi de plus beau que de se dire que sur ma vie, c’est à Dieu qu’appartient l’ultime parole ?

Amen

Les pierres crient!

Prière d’intercession en lien avec Luc 19,40

Les pierres crient, Seigneur!
Elles crient et nous crions avec elles.
Quand des enfants meurent gazés
Notre être tout entier crie.

Les pierres crient, Seigneur!
Et nous crions avec elles.
Quand un homme lance un camion dans une foule.
Oui, nous crions!

Est-ce dans ce monde-là que nous vivons?
Ce monde, nous avons honte de te le présenter.
Est-ce cela que nous avons fait de ta Création?
Nos cris semblent se perdre dans le néant.
C’est notre impuissance qui devient criante.

Viens, Seigneur, au secours de notre monde.
Fais de nous tes témoins
Capables de porter l’espérance
D’accueillir celles et ceux qui souffrent
D’oser une parole.

Donne courage et discernement aux hommes et aux femmes qui exercent des responsabilités.
Touche les cœurs endurcis. Ceux desquels ne sortent que barbarie et horreur.
Ce sont pourtant des cœurs humains, et nous croyons que tu peux leur rendre leur humanité.

Oui, les pierres crient.
Et avec elles, nous voulons donner de la voix.
Parce que nous croyons que le mal n’est pas un fatalité.
Que toute espérance n’est pas vaine.
Et qu’en toi, notre confiance est renouvelée.

Amen

L’Écriture seule, mais pas seul face à l’Écriture

Prédication sur le thème de la Bible, dimanche 12 février 2017.
Lectures bibliques: Actes 8,26-40 (rencontre de Philippe avec un fonctionnaire Éthiopien) et Jean 20,30-31.

Pendant cette année de jubilé de la Réforme, de novembre 2016 à novembre 2017, mes collègues et moi avons décidé de proposer un certain nombre de cultes centrés sur des thématiques chères à la Réforme. Pour ce faire, nous nous sommes inspirés du petit fascicule édité par le Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS): 40 thèmes pour cheminer.

Dimanche dernier, c’est le thème n°2 que nous avons abordé: l’Écriture. Avec un E majuscule. Lire la Bible, pourquoi et pour quoi faire? L’Écriture seule. Sola Scriptura. Un des 5 Soli au moyen desquels les réformateurs ont exprimé le cœur de leur théologie: Sola deo gloria – Sola gratia – Solus Christus – Sola Fide et Sola Scriptura. Continuer la lecture de L’Écriture seule, mais pas seul face à l’Écriture

Ils ne sont pas revenus

Prédication narrative de la veillée de Noël, le 24 décembre 2016 à Cortaillod.
Lectures bibliques: Matthieu 2,1-12 et Psaume 8

Il fait nuit maintenant et ils ne sont pas revenus…

Le palais du roi Hérode est silencieux et je peux enfin rejoindre ma couche.
Depuis dix ans que je travaille ici comme servante, je n’avais jamais vu une agitation aussi forte que ces derniers jours.
Léa! Donne à nos invités de quoi se rafraîchir.
Léa! Fais appeler les chefs des prêtres.
Léa! Dresse la table pour tous les convives.
Léa par ci, Léa par là.
Je ne savais plus où donner de la tête. Le roi était furieux et quand il se met en colère, je n’aime mieux pas me trouver à proximité. Je le connais. Les coups de bâton partent facilement.

Maintenant que je peux enfin m’allonger, je ne trouve pas le sommeil.
Je n’arrête pas de penser au fait qu’ils ne sont pas revenus.
Qu’est-ce que cela peut bien signifier ?

Est-ce qu’au moins ils ont réussi à trouver ce roi qu’ils cherchaient?
J’espère qu’Hérode ne leur a pas barré la route! Mais je ne le pense pas, ce qu’il voulait lui c’est qu’ils l’amènent à ce roi.

Ils étaient étonnants ces hommes.
Ils sont arrivés un matin dans la ville, assis sur leurs chameaux. Fatigués par la route, les vêtement recouverts de poussière.
Le tissu enroulé sur leur tête pour s’abriter du sable soulevé par le vent ne laissait entrevoir que leurs regards perçants.
Ils venaient du lointain Orient.
Je me demande comment c’est, loin à l’Orient.
En tout cas, la science est très avancée là bas. Ils avaient avec eux des grands parchemins sur lesquels ils avaient dessiné des cartes du ciel. Chaque étoile était représentée à son endroit exact, leur mouvement formaient des dessins fabuleux.
Quand ils l’ont déroulé sur la table, j’ai jeté un œil puis je les ai observés eux. Tous les trois penchés sur ce parchemin, ils montraient du doigt les étoiles en les désignant par leur nom.
Ils se livraient à de grandes explications qui, même si elles m’échappaient, n’en demeuraient pas moins passionnantes.
Ils disaient qu’on peut lire dans le ciel, que Dieu y fait connaître sa volonté, que tout à un sens et que la quête de toute la vie, c’est de le chercher.

Mais Hérode, lui, ne cherchait même pas à comprendre ce qu’ils disaient.
Il trépignaient et marmonnait: le roi des Juifs!… comment ça le roi des Juifs?!

Quel homme frustre, notre roi!
Si seulement, nous pouvions avoir un souverain qui s’intéresse à la science, à la musique, à l’univers, que sais-je… à autre chose qu’à lui-même en tout cas.
Il a beau être roi, à l’échelle du ciel, il est quand même tout petit.
Comme les paroles de ce psaume que me chantait ma grand-maman lorsque j’étais petite: Quand je vois le ciel, ton ouvrage, la lune et les étoiles que tu y a placées, je me demande : l’homme a-t-il tant d’importance pour que tu penses à lui?

J’aimerais bien, moi aussi, savoir lire dans le ciel.
J’aimerais avoir toutes les connaissances de ces hommes.
Mais je ne suis qu’une simple servante. Qu’un grain de poussière dans l’immensité de l’univers.
Devant ce ciel infini, je bénis le Seigneur pour la femme que je suis, et je cesse de rêver à être une autre.

Je n’ai pas besoin d’occuper une place plus importante sur terre, Dieu se préoccupe de moi même si je suis une servante.
Et puis, le pouvoir ne me fait pas envie.
Il n’y a qu’à regarder Hérode. Qui aurait envie d’être lui?
Jaloux, haineux, autoritaire et violent. Est-ce enviable?

Son pouvoir est une illusion. Sa colère et sa violence des signes de sa faiblesse et de sa peur.
Oui, il ne vit que dans la peur de perdre ce qu’il a et de voir disparaître la crainte qu’il provoque chez les autres.

Les hommes de l’Orient, eux, étaient habités d’une véritable puissance.
Une puissance qui venait à la fois de leurs connaissances et de leur capacité à écouter, à être ouverts à ce qui se présente à eux.
Ils savent bien plus de choses que moi, bien plus de choses même que le roi, mais ce qu’ils savent surtout, c’est quand ils sont arrivés aux limites de ce qu’ils pouvaient faire seuls.

Ils ont demandé de l’aide, demandé conseil aux sages d’ici et ceux-ci leur ont révélé les prophéties.
Ils se sont mis à l’écoute et ont repris la route.
Mais ils ne sont pas revenus.
Je me demande ce qui leur est arrivé.
Ont-ils trouvé ce roi?
Qui est-il?
A Bethléem? On m’a toujours appris que rien de bon ne pouvait venir de Bethléem. Et il n’y a aucun palais pour un roi.
Cet enfant serait-il né dans une simple maison?
Je me demande qui sont ses parents.

Mais si ce bébé n’a rien de spécial, comment l’auront-ils reconnu?
Peut-être que seuls ceux qui le cherchent pour le rencontrer et non pas pour le dominer peuvent le reconnaître?!
Espérons que ce soit le cas, ainsi Hérode ne pourrait pas le retrouver.
Peut-être que moi aussi je pourrais y aller!
Demain matin, je chausserais mes sandales et je quitterais le palais pour partir en direction de Bethléem.
Mais je n’ai rien à lui offrir…
Je ne pourrais pas aller à sa rencontre les mains vides.
J’ai bien vu dans leurs bagages, les sages avaient emporté de précieux cadeaux.
Espérons que tout cet or ne le pourrira pas. Je me méfie des richesses, elles changent les hommes. Les rendent cupides et injustes. Espérons qu’il saura en faire bon usage.
Il y avait aussi de l’encens et de la myrrhe. Des parfums de grand prix. Mais moi qui croyais que la myrrhe servait à embaumer les morts, c’est quand même un peu bizarre comme cadeau pour un nouveau-né. Espérons que cela ne lui porte pas malheur.

Non, Léa. Tu n’iras pas le trouver demain! Sois raisonnable.

Je vais rester simple servante ici, au palais du roi Hérode. Mais je continuerai à garder toutes ces choses dans mon cœur.
Et si cet enfant est véritablement le roi des Juifs, on devrait entendre parler de lui ces prochaines années.
Peut-être même qu’il viendra habiter le palais après Hérode!
Et devenir moi roi à moi. Je serai sa servante.

Il se fait tard, il faut quand même que je dorme. Ce soir, je n’ai pas envie d’éteindre ma lanterne.
Je laisse cette lumière briller.
Avec mon espérance que voici une bonne nouvelle: ils ne sont pas revenus.

Amen

On l’attend!

Prédication du dimanche 20 novembre 2016 à Bevaix (sera reprise le 27 novembre à Cortaillod).
Lectures bibliques: Malachie 3,1-5 et Luc 21,25-28 + 21,34-36

Un langage étrange et étranger

Je l’avoue j’ai toujours un peu de mal avec ce langage apocalyptique. Ces grandes démonstrations de force, ce feu qui consume, ces bouleversements cosmiques, ces grandes lessives et ce Christ qui débarque du haut de ses nuages.
J’avoue que j’ai toujours du mal, en abordant ce genre de textes, à retrouver le Dieu de ma foi, celui qui fait partie de ma vie et que je cherche à connaître mieux. Le Dieu de ces textes m’est passablement étranger.

L’entrée dans le temps de l’Avent est imminente et les lectionnaires nous invitent à lire ces textes empreints d’une attente fébrile. Par ailleurs, il faut noter que même si ce langage apocalyptique est minoritaire dans la Bible, on le retrouve régulièrement et dans de nombreux livres bibliques de toutes époques, Ancien et Nouveau Testament confondus. Il convient donc aussi de les lire et de chercher à les comprendre, dans la conviction qu’ils ont quelque chose à apporter à notre foi.

Les personnages qui tiennent de tels discours ont toujours passé pour des allumés. L’image qui me vient immédiatement à l’esprit quand j’imagine une personne prononcer de telles paroles, c’est Philippulus le prophète, dans Tintin et l’étoile mystérieuse.
Vous le voyez avec ses cheveux blancs en bataille, ses yeux grands ouverts, ses petites lunettes au bout de son nez pointu? Vêtu d’un grand drap blanc et frappant sur un gong?5120010-c0908a4philippulus

Difficile de prendre au sérieux un tel personnage, ainsi que ses paroles!
De fait, les paroles apocalyptiques sont et doivent être déroutantes. Elles bousculent pas le simple fait que c’est un langage du passé qui est utilisé pour parler d’une réalité présente, en la projetant vers l’avenir. Comment ne pas être perdu?!

Décisions d’avenir

Il y a toujours dans ces paroles une dimension d’urgence et de crainte. Dimensions qui sont reprises aujourd’hui par d’autres discours, sortis du domaine religieux.
Écoutez les discours des sociologues, des ethnologues, des climatologues. Leurs projections ne disent-elles pas, comme le langage apocalyptique biblique, quelque chose de nos craintes actuelles? N’influencent-elles pas nos décisions aujourd’hui pour agir sur le monde de demain?

La votation sur la sortie du nucléaire est particulièrement intéressante en ce sens. La question qui nous est posée est: quel monde voulons-nous dans l’avenir? Et pas un avenir très proche car l’arrêt effectif des centrales ne serait pas pour demain. Mais dans un avenir lointain.
Si lointain d’ailleurs qu’un bon nombre de votants d’aujourd’hui ne verront pas de la conséquence effective de leur vote.

C’est beau, n’est-ce pas? Comme idée du monde et de la société?
Nous devons aujourd’hui nous prononcer pour le monde dont nous rêvons pour celles et ceux qui sont à venir. Et notre décision est nécessairement nourrie par nos craintes actuelles et celles que nous projetons sur demain. Nous devons choisir le monde tel qu’on le souhaite, avec la confiance que l’on saura dans l’avenir nous donner les moyens de trouver les solutions pour le réaliser.

C’est plutôt enthousiasmant je trouve. Mais peut-être pas très suisse… Nous on aime bien maîtriser les enjeux, nous appuyer sur une certaine sécurité, pas trop d’audace… Nous verrons bien!? 😉 L’avenir nous le dira…

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Demeurer éveillés

L’avenir justement.
On le lit souvent le langage apocalyptique avec l’idée que nos peurs d’aujourd’hui sont nourries par l’attente d’une catastrophe encore plus grande. La fin du monde. Mais en réalité, ce langage ne décrit pas un avenir. Il parle encore moins d’une fin.
Ni le prophète Malachie ni Luc ne parlent de la fin de quelque chose. Plutôt d’un début. D’une espérance. D’un Dieu qui vient. Qui advient au milieu de ce monde en tourments, au cœur des craintes et des angoisses.

J’ai lu dernièrement qu’une partie non négligeable de la population en Suisse ne s’informe des nouvelles du monde que par le biais des journaux gratuits et des applications ce ceux-ci. Sans jamais lire d’article un peu plus conséquent, sans aucune analyse de l’actualité, sans non plus de hiérarchie.
Un chien écrasé par une voiture au fin fond du Kentucky… des bombes sur la ville d’Alep… une femme qui donne naissance à des sextuplés au Japon… les confidences de la coiffeuse de Donald Trump…
Tout à la suite… tout au même niveau.

Les actus qui sont le plus lues sont celles qui provoquent le plus rapidement des émotions. Les autres sont simplement laissées de côté.
Ainsi, les catastrophes naturelles, les attentats ou les élections américaines sont très suivies ; même si elles le sont de manière totalement superficielles. Alors que le retrait de la Russie de la cour pénale internationale ou les discussions de la COP22 carrément ignorées.

On perd la recherche du sens. On se laisse dominer par les émotions. Et ainsi on tend à laisser nos peurs déterminer l’avenir. Aussi bien dans les texte de Michée que dans celui de Luc, on a l’image d’un homme debout.
Un homme qui ne se laisse pas submerger par les affects du monde. Qui n’est pas écrasé.
Qui ne s’endort pas.
Qui veille.

Le langage apocalyptique est toujours en tension. Il ne permet pas de s’endormir.
Une tension entre avertissement et encouragement.Tension indispensable pour ne pas tomber soit dans le millénarisme par excès de l’un, soit dans l’utopie par excès de l’autre.

C’est maintenant!

Le langage apocalyptique possède en lui cette dimension d’urgence. D’espérance véritable qui n’est pas un lointain espoir mais la réalité d’un Dieu qui vient.
L’urgence qui dit qu’on ne peut pas se dire qu’on sera croyant plus tard, un jour…
Mais que c’est dans notre rapport ici et maintenant aux autres et au monde que se joue notre rapport à Dieu.
C’est maintenant! Maintenant qu’il faut savoir ce que cela change à ma vie. Maintenant que je dois agir en conséquence.

L’étrangeté du langage, le fait qu’il nous met un peu mal à l’aise aide bouscule et remue. Il nous oblige à demeurer éveillés.

Cette arrivée du Christ très spectaculaire, en majesté dans un monde bouleversé nous fait bizarre. Cet homme qui descend d’un nuage, c’est pour le moins incongru et proprement in-croyable.
Pourtant la foi chrétienne, si j’ai bien compris, est la conviction qui habite les croyants que la réalité ne se réduit pas à ce que nous en percevons.Que notre justice et les lois qui régissent le monde ne sont pas les seules qui existent et qu’elles ne sont pas absolues.
Ce que nous appelons le règne de Dieu, c’est un réalité régie par une autre justice que la justice humaine, où les valeurs ne sont pas déterminées par la loi du plus fort.
Et nous croyons que ce règne advient.
Qu’il adviendra peut-être un jour pleinement, mais qu’il est dès à présent possible d’en vivre les prémices.
Et si je comprends toujours bien, notre boulot à nous – pour le dire trivialement – c’est de contribuer à ce qu’il puisse advenir.

En cela, mes paroles paraîtront peut-être aussi bizarres et incongrues que ce le langage apocalyptique raconte par ce Christ qui débarque du ciel.

Quel que soit le langage dans lequel nous l’exprimons, cette réalité demeure. Il nous faut vivre de cette espérance que le règne de Dieu advient. Qu’il nous est donné de ne pas nous laisser submerger par les affects du monde et que nous pouvons vivre dans ce monde debout.
Et au sein même de ce monde, vivre les prémices du royaume.

Car le monde n’est pas seulement le lieu des nos peurs, il est aussi et avant tout celui que Dieu a choisi d’aimer.
Le lieu de notre réalité première, où se vivent les joies de nos relations, les beautés de la nature.
Le lieu dans lequel Dieu a choisi de s’incarner.
C’est bien de cela que nous nous réjouissons et que nous nous apprêtons à célébrer.

Amen

Quand un simple bâton devient signe

Prédication du dimanche 11 septembre à Cortaillod.
Baptême de la petite Alexia (1 an) et accueil de Vincent Schneider, diacre, et Kevin Didot, animateur de la plateforme RequérENSEMBLE.
Textes bibliques: Exode 4,1-4 et 2 Corinthiens 1,3-4

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Jour de fête

Aujourd’hui est un jour de fête pour Alicia. Le jour de son baptême et également l’occasion de fêter son premier anniversaire. Je pense ne pas me tromper en disant qu’aujourd’hui, elle va être particulièrement choyée et gâtée. Et certainement que plusieurs d’entre vous lui offriront un joli cadeau.

Dans un simple cadeau, il y a beaucoup de choses qui sont exprimées. Le fait que vous tenez à Alicia, qu’elle est précieuse à vos yeux. Que vous souhaitez contribuer à la rendre heureuse. Aujourd’hui, mais aussi au cours de son existence. Et même si l’on sait que les jeunes enfants transforment rapidement en confettis les paquets emballés avec soin, on se donne quand même la peine de choisir un joli papier et de faire un joli paquet.

A de nombreuses occasions dans l’année et dans une relation avec une personne proche, nous symbolisons par un objet et par la manière de le présenter, toute l’affection que nous lui portons et notre souhait de prendre soin de notre relation. Plus largement, dans les relations humaines, nous avons besoin de signes. D’en donner et d’en recevoir.

Continuer la lecture de Quand un simple bâton devient signe

Le travail: une vocation!

Prédication du dimanche 7 août 2016 à Boudry.
Textes bibliques: Luc 17,7-10 et Jacques 4,13-17
À la suite du dimanche 31 juillet.

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On ne peut s’empêcher, de manière très forte, de lier travail – salaire – reconnaissance sociale.
Le travail donne sens à la personne. En grande partie, je suis ce que je fais. Le salaire atteste de ce travail et donne de la valeur à la personne, aux yeux des autres comme à ses propres yeux.
Être satisfait du travail que l’on accomplit et bien gagner sa vie sont des éléments qui donnent du sens.

Mais ce lien travail – salaire – reconnaissance sociale est mis à mal.
Le monde de la finance crée des richesses de manière totalement déconnectée du monde réel du travail. Dans certaines grandes entreprises, les plus hauts salaires n’ont aucune commune mesure avec les plus modestes. Si la reconnaissance sociale et avec elle l’estime de soi sont si fortement liées au salaire, comment éviter que ceux qui sont exclus du monde du travail trouvent du sens à leur existence?

Est-il juste de tenir absolument au lien entre travail – salaire – reconnaissance sociale? Je ne suis pas sûre. En réalité, beaucoup d’entre vous, je le sais, êtes le signe que ces éléments peuvent être déconnectés sans perte de sens, bien au contraire.
Actuellement, et vous ne me démentirez pas, d’immenses champs d’activités fonctionnent sans qu’aucun salaire ne soit versé. Je pense bien sûr à toutes les activités bénévoles. Mais aussi aux tâches quotidiennes et banales de la vie ordinaire.
Aucun salaire ne vient récompenser ces engagements ni marquer de reconnaissance pour leur accomplissement. Cela est-il un mal?

Chacun fait son job

Voyons comment Jésus nous invite à repenser ce lien entre travail, salaire et reconnaissance sociale au travers de cette parabole.
Au départ de la parabole, Jésus invite ses interlocuteurs – à savoir ses disciples – à se mettre dans la peau d’un paysan qui, pour exploiter son domaine, emploie un homme à son service. C’est dans la perspective du maître que le disciple et nous-mêmes avec lui, abordons le récit. Il semble normal que ce maître demande à son serviteur de lui préparer son repas avant de prendre du repos à son tour.

Bien sûr, nous pourrions nous dire que le maître devrait faire preuve d’empathie et, voyant le travail fourni par son serviteur, lui propose de se reposer. Pourquoi donc les disciples trouvent-ils qu’il est normal que le maître demande à être servi?

Eh bien, pour le dire un peu trivialement, par ce que c’est son job, au serviteur, de le servir! Et il est normal qu’il fasse son travail!
Le maître lui aussi a accompli son travail durant la journée. Le serviteur, lui, n’a pas terminé le sien puisque son travail à lui c’est de travailler aux champs puis de servir le maître en rentrant.

Rien de choquant à cela. Et si nous y regardons de prêt, nous faisons la même chose. Tous les jours.
Lorsque vous faites vos courses à la Coop. Est-ce que vous dites à la personne qui se trouve à la caisse: Prenez une pause, je m’occupe d’enregistrer mes articles et d’encaisser. Vous avez déjà porté les caisses de légumes et mis en place les fromages?!?
Non. Peu importe ce que la personne a fait avant que vous arriviez. Son travail, c’est d’être à la caisse quand vous y arrivez, et elle fait son travail.

C’est normal.
Et elle aussi trouve que c’est normal.
Il est normal d’accomplir le travail pour lequel nous sommes engagés.
Alors bien sûr, rien n’interdit d’être poli et sympathique. Nous pouvons dire merci et échanger un sourire, mais nous n’allons pas non plus nous confondre en remerciements pour une personne qui accomplit sa tâche.

Je ne chante pas des louanges quand le facteur m’apporte le courrier ou quand le chauffeur de bus arrête son véhicule à l’arrêt.
Il est normal d’accomplir le travail pour lequel nous sommes engagés. Et cela n’appelle pas de reconnaissance particulière, pas de signe autre que ceux de la courtoisie.
Le maître n’a pas à remercier (à témoigner une reconnaissance particulière) son serviteur d’avoir fait ce qui lui était ordonné, n’est-ce pas?

Je vais rougir…

Et d’ailleurs, le serviteur n’en attend certainement pas moins.
Attend-on une reconnaissance particulière quand nous accomplissons ce que nous nous sommes engagés à faire?
Je ne le crois pas.
Combien de fois répond-on oh, mais ce n’est pas grand chose quand on nous remercie?
Pour le culte de ce matin, certains se sont engagés à préparer le temple. Préparer les lectures, mettre en place la table de communion et la fleurir, jouer de l’orgue. Bien sûr, j’imagine qu’ils seront heureux si nous les remercions – ce que je profite de faire maintenant! – mais ils nous dirons sûrement oh, ce n’est pas grand chose… Peut-être même diront-ils, comme nous le faisons parfois quand on nous dit merci de rien!.

Mais non, ce n’est pas rien! Qu’aurait été notre culte sans lectures, sans pain, sans vin, sans fleurs et sans musique?!?
On est parfois mal à l’aise quand on nous remercie pour quelque chose qui nous semble normal. Pour avoir simplement accompli le travail qui était le nôtre.
Peut-être devrions-nous prendre l’habitude de répondre: avec joie! Plutôt que de rien…

Maître et serviteur ne sont pas choqués car la première partie de la parabole correspond à l’ordre normal des choses.
Dans la seconde partie, les disciples sont les serviteurs et Dieu devient le maître.
Un maître qui attend de ses serviteurs qu’ils accomplissent leurs tâches, sans attendre des louanges ou une prime quelconque.
De simples serviteurs.
Des serviteurs inutiles, comme on le trouve dans certaines traductions.
Inutiles parce que nous ne sommes pas dans le registre de l’utilitarisme, mais dans celui du service et de la vocation.

L’appel

Le travail, tout travail est une vocation.
Et nous y sommes appelés.

Telle était aussi la compréhension de l’apôtre Paul. C’est Dieu qui définit pour chacun le travail à accomplir et c’est lui qui est juge de l’avancement de celui-ci. Le travail n’est pas lié à une promesse de salaire ou à une quelconque récompense. Pas même à une promesse de reconnaissance. Le travail est une mission. Et il n’est pas accompli pour sa propre satisfaction, mais seulement parce que l’accomplir, c’est répondre à sa vocation.

Cette compréhension du travail comme une vocation était très fortement ancrée chez les réformateurs. Pour Calvin, le vrai patron de tous, patron comme ouvrier, c’est Dieu. Et il avait même suggéré que par conséquent, le salaire devrait être fixé selon la règle d’or: ce que vous voulez qu’on vous donne, offrez-le aux autres!
Pas sûr que l’on enseigne cela aujourd’hui en sciences économiques…

Luther avait cette formule, qui fonctionne en allemand: Dein Ruf ist dein Beruf.
Ce à quoi tu es appelé, c’est ton métier. Ainsi s’incarne dans ce monde ce à quoi Dieu t’appelle.
La valeur n’est plus liée au salaire ni à la reconnaissance sociale. La valeur est liée à la personne. La reconnaissance ne dépend ni de la quantité de travail, ni même de la qualité de celui-ci ou de l’efficacité avec laquelle le travail est effectué. La reconnaissance est purement donnée par Dieu dans le seul fait qu’il nous appelle à quelque chose.

Dieu décide que nous sommes dignes de recevoir une mission, un travail à effectuer sur cette terre.
Une vocation à participer à l’œuvre de sa création.
Ce que je fais sur terre est ma vocation.
Et cela ne se réduit pas à un métier. Toute tâche, qu’elle soit accomplie bénévolement ou non. Qu’elle soit celle de l’éducation des enfants ou l’engagement très concret et quotidien de préparer un repas pour sa famille ou de faire le ménage.
Toute tâche que vous accomplissez est une manière de répondre à votre vocation.

Nous ne sommes pas tous appelés aux mêmes tâches. Celles-ci changent aussi en fonction des circonstances de la vie. Le travail ainsi compris réhabilite celles et ceux qui sont exclus du monde du travail. Chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, mères au foyers, retraités.

Discerner sa vocation

Plusieurs d’entre vous sont retraités et j’imagine que le passage à la retraite est un passage important dans la vie. Notre rôle dans la société change lorsque l’on quitte ce que l’on appelle la vie active.
Nous sommes dès lors appelés à autre chose. Le passage à la retraite, comme d’autres passages, est un temps de discernement.Comment vais-je continuer à répondre – différemment – à ma vocation?

La reconnaissance de notre entourage peut-être une aide non-négligeable pour nous aider à discerner. En attestant de nos talents, de notre vocation. En témoignant aussi qu’une personne a sa place dans le monde, même lorsqu’elle ne s’y sent plus utile.

Je repense à l’histoire d’une femme âgée qui a toujours été très active et qui, par son grand âge, ne pouvait plus quitter son fauteuil et qui disait: mon rôle maintenant, c’est de prier.
Elle avait reconnu sa nouvelle vocation. Découvert quel était sa place dans le monde, son rôle.

Nous sommes de simples serviteurs.
Nous ne faisons que notre devoir.
Nous répondons à notre vocation.

Faisons-le avec joie!
Car ce n’est pas rien!!

Amen

À la sueur de notre front…

Prédication du dimanche 31 juillet à Bevaix.
Textes bibliques: Jacques 4,13-17 et Luc 17,7-10

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Restaurant’s « Sorry we’re Closed sign / Nick Papakyriasis pour Flickr / CC by-NC-SA 2.0

 

Nous voici au cœur de l’été, dans ce temps de vacances où tout marche à un autre rythme. Les journées sont longues et les gens ne sont pas sous pression. Il y a, pendant la pause estivale, une forme de tolérance générale qui fait que tout le monde trouve normal que telle ou telle chose n’aie pas pu être faite: c’est les vacances!

L’été, ce temps de repos et de dépaysement – même sans voyager, on devient des vacanciers dans nos villages. L’été, c’est aussi l’occasion de faire le point et de porter notre regard sur les activités dans lesquelles nous sommes engagés pendant l’année. Car lorsque nous sommes dans l’action, nous n’avons pas la latitude de réfléchir au sens de celle-ci.

C’est pourquoi, au beau milieu des vacances, je vous propose de consacrer un moment de réflexion au travail!

Le travail: une malédiction

Souvenons-nous, pour commencer, que le travail est une malédiction.
Une malédiction prononcée sur l’humanité chassée du jardin: Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front… – Gn3

Quelque chose de cette malédiction marque souvent notre compréhension du travail.
Un vrai travail doit être pénible et contraignant, au moins en partie. Sinon, ce n’est pas sérieux!
J’en veux pour preuve qu’il demeure un soupçon envers ceux qui font de leur passion leur métier. Nombre de comédiens, de musiciens s’entendent dire: et à côté de ça, vous faites quoi comme travail?!?
Le théâtre ou la musique – même si cela demande beaucoup d’engagement pour parvenir à un beau résultat – demeurent dans l’esprit général, des passe-temps.
On ne doit pas faire de son plaisir un travail! Et de cette idée, on glisse assez rapidement à l’idée que ce qui nous apporte du plaisir n’est dès lors pas vraiment du travail.

Ainsi, on travaille lorsqu’on accomplit des tâches difficiles, et on ne travaille pas lorsque nous prenons plaisir à accomplir d’autres tâches.
Comme par exemple, un enseignant. Un enseignant travaille lorsqu’il assume une heure de maths ou d’allemand, mais il ne travaille pas vraiment lorsqu’il part en course d’école avec sa classe. (!)

Eh oui, cette idée que le vrai travail relève de la malédiction est tout de même assez ancrée…

Mais par ailleurs, le monde actuel lie très fortement l’épanouissement personnel à l’activité professionnelle. Se voir décerner une promotion, assumer des responsabilités importantes, être quelqu’un dans son milieu professionnel est une marque forte dans la valorisation de la personne.
D’ailleurs, lorsque deux personnes font connaissance, la question que faites-vous dans la vie? vient très rapidement dans la conversation. Par son activité professionnelle, on se situe dans la société et on dit aussi beaucoup de soi.
Le revers de la médaille, c’est une perte de l’estime de soi pour celles et ceux qui sont exclus du monde du travail: chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, femmes au foyer et retraités.

De manière spontanée, nous lions travail et activité professionnelle. Mais est-il juste de réduire le travail au métier?
On connaît l’importance de l’engagement bénévole, dans l’Église, mais aussi dans bien des domaines.
N’est-ce pas aussi du travail?
Ne peut-on pas le considérer ainsi, même si il n’est pas sanctionné par de l’argent?

Travail et salaire sont étroitement liés.

Tout travail mérite salaire

Tout travail mérite salaire, dit le proverbe.
L’argent vient récompenser le travail accompli. Il donne acte de sa valeur.
Nous avons pu constater il y a quelques temps l’attachement très fort du peuple suisse à ce lien direct entre salaire et travail accompli lorsque nous avons voté sur le Revenu de base inconditionnel – RBI.
Il était inconcevable pour beaucoup qu’un revenu soit versé à une personne qui n’aurait pas accompli un travail, au sens d’une activité professionnelle classique. Chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, femmes au foyer, retraités…
On ne pouvait imaginer les payer pour… rien !!!

On tient à ce que salaire et travail soient intimement liés.
Au point parfois de retourner les choses et de définir comme travail toute activité humaine pour peu qu’elle rapporte de l’argent.

Car si l’on observe bien le fonctionnement du monde du travail, le salaire vient-il vraiment récompenser de manière juste un travail accompli?
On peut se demander honnêtement si, pour qu’un match de football international ait lieu, le travail de celui qui tond la pelouse ou de celui qui nettoie les vestiaires est à ce point moins important que celui qui négocie les contrats publicitaires des joueurs!?
Pourtant, je soupçonne que les salaires des premiers n’ont pas grand-chose à voir avec celui de ce dernier.

L’argent récompense-t-il donc toujours honnêtement le travail accompli?
Calvin déjà dénonçait la spéculation.
Quand l’argent ne sert plus à récompenser le travail ou à être investi pour développer celui-ci, mais qu’il est manipulé pour lui-même, sans ancrage dans la réalité.

C’est ici que nous pouvons nous laisser interpeller par le texte de l’épître de Jacques qui précède une invective contre les riches. Non pas qu’il condamne les richesses ou le fait d’être riche en soi, mais bien la propension de ceux-ci à se laisser posséder par leurs possessions.

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Vous dites: aujourd’hui ou demain, nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous ferons du commerce et nous gagnerons de l’argent.
Traduit littéralement: aujourd’hui ou demain, nous irons dans telle ou telle ville, nous ferons une année, nous commercerons et nous gagnerons.

4 verbes d’action, 4 verbes au futur qui ne laissent la place à aucun conditionnel.
Quelle prétention!

Prétention de la maîtrise du temps, du lieu, des échéances et du résultat.
Nous ferons et le choses se passeront comme nous le voulons. Et à la fin, nous gagnerons sur toute la ligne.
Jacques dénonce ici les spéculateurs qui prétendent soumettre les éléments à leur volonté et à leur action dans un seul et unique but: gagner.

Le temps et les lieux sont flexibles et interchangeables (aujourd’hui – demain ; ici – là-bas). Ils peuvent être modifiés à tout moment, pour répondre à une opportunité.
Le temps est considéré comme une marchandise dont on peut disposer ou que l’on peut fabriquer à sa guise (nous ferons une année).
Le but est clairement défini: gagner. Et le moyen également: en faisant des affaires.

Aucune place bien entendu aux questions secondaires telles que les conditions de travail des travailleurs par exemple (!). Le travail est ici totalement déshumanisé dès lors que l’argent n’est plus un outil – le salaire – mais le but de toutes les transactions.

L’épître de Jacques ne date pas d’hier. Pourtant, ces pratiques perdurent au XXIe siècle. Prenons simplement l’exemple des employés au travail sur appel: ils se doivent d’être disponibles si leur entreprise a besoin d’eux, mais si elle n’a pas besoin d’eux, ils ne travaillent pas et donc n’ont pas de salaire.

Déshumanisation, perte de sens du travail.
Illusion de maîtrise et manque total de conscience d’un tout petit élément, mais qui est fondamental: l’être humain là au milieu?!?

Ni le travail ni l’argent n’ont plus besoin de l’homme.
C’est l’argent qui travaille!

Si Dieu le veut!

Nous ferons ceci ou cela… Oui… Si les conditions sont favorables! Conditions que je ne maîtrise pas et qui ne sauraient en aucun cas relever de mon pouvoir.
Pour le dire comme Jacques: si Dieu le veut!

Voici le point de départ: vous ne savez pas ce que votre vie sera demain.
Et si vous perdez cela de vue, toutes vos actions sont faussées. Tout ce que vous faites perd son sens.
En quelques mots, Jacques replace les éléments qui donnent sens à nos actions.
Voici ce que vous devriez dire: Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela.

1. Je ne maîtrise pas tout et dois me reconnaître comme une créature au sein de la Création, soumise à une volonté qui me dépasse. Si Dieu le veut…

2. La vie m’est donnée. Je la reçois. Je ne peux la faire moi-même. Nous vivrons…

3. Consciente de cela, je peux agir dans le monde avec foi et espérance. Et nous ferons…

4. Il n’y a pas de 4 (!). Donc je ne maîtrise pas le résultat de mes actions. Je ne peux pas affirmer que je gagnerai.

Il s’agit pour l’être humain d’être remis à la place qui est la sienne.

A suivre…

La reconnaissance du travail accompli est primordial pour que celui-ci ait un sens. Reconnaissance par le salaire, mais aussi reconnaissance sociale. Sur ce point, la parabole de l’évangile de Luc est étonnante. Elle ne semble pas insister sur la reconnaissance, au contraire, c’est comme si Jésus dénigrait le travail du serviteur.
Mais, si vous le permettez, pour aller plus loin avec ce second texte, je vous donne rendez-vous dimanche prochain à Boudry.

Pour l’heure, reprenons conscience que nos actions et notre existence toute entière ne sont pas entre nos mains et que nous ne pouvons pas les conjuguer au futur sans les soumettre à un si…

Si Dieu le veut, nous vivrons
Et alors nous agirons
Et nous remettrons le résultat de nos actions entre ses mains.

Amen.

À lire sur le sujet: François Vouga, Le travail, dans: Évangile et Vie quotidienne.

Doit-on s’efforcer d’aimer?

Prédication du dimanche 12 juin 2016 à St-Aubin
Textes bibliques: 1 Corinthiens 13,1-3 et Matthieu 5,43-48 (l’amour des ennemis)

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Lors du camp de catéchisme au week-end de l’Ascension, nous avons eu l’occasion d’échanger avec les catéchumènes autour d’une question. Et comme les échanges étaient intéressants, nous nous sommes dits qu’il serait aussi pertinent d’échanger avec leurs parents autour de cette même question lors de la rencontre de bilan du catéchisme. Là aussi, les échanges ont été nourris.

Cette question, je la partage avec vous ce matin : faut-il s’efforcer d’aimer tout le monde ?

Spontanément, jeunes comme adultes ont répondu : Non! On ne peut pas se forcer à aimer.
C’est vrai. Aimer, ça ne se commande pas. L’amour que nous éprouvons pour nos proches, pour nos amis, pour notre conjoint dépasse souvent ce que nous réussissons à exprimer et il n’est pas le fruit d’une décision de notre part: À partir d’aujourd’hui, je décide de l’aimer lui!… ça ne marche pas comme ça.

C’est vrai… mais… une fois passée cette première réaction spontanée, expression émotionnelle, autre chose se dessine. Et si… et si la chose était un peu plus complexe.

Pas un seul amour

Il faut dire que la langue française nous piège, car le mot amour est très large alors que d’autres langues ont plusieurs termes pour en désigner les nuances. C’est le cas du grec, qui en a au moins trois distincts.

Philia exprime le lien d’amitié, mais aussi l’attachement à quelque chose qui plaît. Il aime aller se promener dans la forêt.

Eros désigne la relation amoureuse. L’élan vers l’autre.

Agapè, le troisième terme, désigne l’affection et la charité.

Bien sûr, en vous présentant ces termes en quelques mots, nous perdons beaucoup de nuances. Des livres entiers ont été écrits sur l’eros et l’agapè. Mais ce qui me semble important de saisir ici, c’est que lorsque l’on parle d’amour, on évoque autre chose que cet élan sentimental qui nous lie à quelques unes des personnes les plus proches de notre entourage. Et qui nous lie finalement à un nombre infime des personnes qui habitent notre monde.

Bien entendu dans les deux textes qui nous ont été lus, c’est d’agapè dont il est question. Dans la tradition chrétienne, et dans les textes bibliques, lorsque l’on parle d’amour, on parle d’autre chose que d’un sentiment. D’ailleurs l’amour chrétien se commande, alors que nous l’avons vu, un sentiment ne se commande pas. Vous connaissez le double commandement d’amour: aime le Seigneur ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même.

L’amour chrétien n’est pas un sentiment

Si l’amour n’est pas un sentiment, qu’est-il?
Pour mieux appréhender ce qu’est l’amour chrétien, on ne peut éviter de relire ce passage extraordinaire de l’évangile de Matthieu: l’amour des ennemis. Très célèbre bien sûr, mais qui demeure remuant si on le prend au sérieux et que l’on réfléchit réellement à son implication pratique dans nos vies.

Aimer nos amis, ce n’est pas difficile. Tout le monde y arrive.
Même les collecteurs d’impôts! dit Jésus.
Même ceux qui n’ont aucune morale. Même les mafieux ont un code d’honneur interdisant que l’on touche à ceux qu’ils aiment.
Il n’y a rien d’extraordinaire à apprécier ses proches, à saluer sa voisine sympathique, à sourire au petit garçon du village si adorable.

Mais Jésus attend autre chose de celles et ceux qui ont accueilli Dieu dans leur vie. Des chrétiens, il attend une autre attitude que celle dont tout homme et toute femme est capable.

Aime ton ennemi!

Je ne sais pas vous, mais moi je ne considère pas au premier abord avoir des ennemis. Personne ne me persécute, personne ne pourrit ma vie, personne ne nourrit de haine profonde à mon encontre (enfin je crois…) ni moi envers quelqu’un. Alors comment puis-je aimer un ennemi que je n’ai pas?

Si donc le terme d’ennemi ne nous parle pas directement, regardons déjà ce qu’il en est de l’amour du prochain. Pas de celui qui est aimable (littéralement digne d’être aimé), mais vraiment tous nos prochains.
Le monde ne se résume pas à deux catégories de gens: ceux qui j’aime et ceux que je déteste. En fait, il y a plutôt mes proches que j’aime, les gens assez sympa que je croise de temps à autre et tous les autres qui me sont totalement indifférents.
Et mon amour devrait se porter sur tous.

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L’autre est un enfant de Dieu

Pour une raison toute simple: je ne suis pas moi-même le centre du monde! Dieu fait lever son soleil sur tout le monde comme il fait pleuvoir sur également sur tous (on en fait bien l’expérience ces temps!). Dès lors, si je me reconnais moi-même comme une enfant de Dieu, aimée et reconnue par lui. Je dois aussi reconnaître à l’autre – à tous les autres – ce même statut d’enfant de Dieu.
Même ceux qui se comportent mal, même ceux qui me sont indifférents, même ceux qui ne me sont pas sympathiques.

Parce que oui, il y a des gens qui sont quand même franchement plus difficiles à aimer que d’autres!
C’est pas parce que nous parlons d’amour qu’il faut tomber dans un discours rose bonbon! Des gens désagréables, il y en a. Et les textes bibliques ne sont pas lénifiants. La difficulté à aimer n’est pas niée. C’est bien quelque chose qui demande un effort qui nous est demandé.

Et le texte de Matthieu nous donne quelques éléments très concrets pour exercer cet amour: Prier pour les ennemis, les saluer. Agir en manifestant qu’ils existent pour moi.

Ce n’est plus lui et moi face à face. C’est lui aussi bien de moi, au-dessous d’un même Dieu qui porte sur lui comme sur moi un regard d’amour. Cette nouvelle perspective ne peut que changer mon regard sur l’autre.
L’amour chrétien, c’est donc une attitude, un comportement, des actes.
Mais des actes qui sont le fruit de cette prise de conscience. De ce nouveau regard que nous portons sur nos prochains, sur le monde qui nous entoure.

Ce monde est habité par les enfants de Dieu.
Certains le méprisent, certains sont pétris de haine.
Certains cherchent à l’exploiter au mépris des autres.
Certains ne respectent ni la terre, ni ceux qui l’habitent.
Certains exercent la violence.
Certains tuent et torturent.

Mais tous, oui tous, sont enfants de Dieu.
Même si tous ne le reconnaissent pas.
Et nous chrétiens, nous devons les aimer.

Vous pouvez avoir tous les dons, toutes les richesses, tous les possibles, nous rappelle Paul, si à l’origine de vos actes il n’y a pas l’amour, alors tout cela n’a aucun sens.

Nous voici donc, au seuil de l’été avec ce nouveau défi: aimer.
Aimer comme le Christ nous le demande.

Et pour cela, regarder chaque être humain comme un enfant de Dieu et se demander que signifie l’aimer lui ou elle.

Un défi de chaque jour, mes amis. Dès aujourd’hui.

Alors: aimons !

Amen

Croire l’incroyable?

Prédication dialoguée avec Solène Maeder, jeune monitrice dans la paroisse du Joran. Culte de Pâques 27 mars 2016 à Cortaillod.
Textes bibliques: 1Pierre 1,3-9 et Jean 20,20-24

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Il y a quelques temps de cela, Solène m’a fait part de son souhait de préparer avec moi le culte de Pâques pour son travail de diplôme de monitrice de catéchisme. Nous nous sommes donc lancées dans la lecture des textes évangiles qui parlent de la résurrection de Jésus. Une lecture et des discussions qui nous ont menées à choisir ce récit de l’apparition à Thomas pour le culte de ce matin.

Solène
En lisant les textes dans les 4 évangiles, j’ai remarqué de nombreuses différences. Chacun a appuyé les événements qui lui parlaient le plus et ceux qu’ils pensaient les plus importants. Concernant la résurrection, Marc et Jean parlent de Marie de Magdala. Je trouve que Luc a toujours une version plus éloignée et différente que celle des autres. Et Jean est le seul à insérer des personnages solo. D’abord Marie, une femme, puis Thomas, un disciple.
C’est Jean qui m’a fait le mieux comprendre le but de la mort et de la résurrection de Jésus. Il montre plus précisément la réaction (normale) de Thomas, un disciple, mais humain. Cette réaction me parle car Thomas est humain, et croire aux choses surnaturelle est difficile pour nous. Et de plus, il n’est pas témoin de cet événement. Il ne fait que entendre ce que ses amis lui disent. Et comme toute personne, il ne croit pas, il doute de cette parole qui paraît si folle. Tant qu’il n’aura pas vu il ne croira pas. C’est la version qui me parle le plus car nous pouvons entièrement nous identifier à Thomas. Il vit des émotions humaines et normales face à quelque chose qui nous dépasse. Et j’aurais la même réaction à sa place. C’est difficile de croire du tout au tout la parole des autres, mais les croire pour quelque chose d’impossible, c’est encore plus dur.

Diane
Au petit matin de ce dimanche, Marie de Magdala s’était rendue au tombeau et y avait trouvé la pierre roulée. Le Ressuscité lui était alors apparu. Elle l’avait d’abord pris pour le jardinier, mais quand elle saisit que celui qui était en face de lui n’était personne d’autre que le Christ revenu du séjour des morts, elle s’était empressée d’aller annoncer la nouvelle aux disciples.
Le soir-même, alors qu’ils s’étaient enfermés dans leur maison par crainte des autorités, les disciples assistèrent à leur tour à une apparition du Ressuscité.
Où était Thomas à ce moment là?
On n’en sait rien.
Il a manqué le moment qu’il ne fallait pas manquer!

Solène
Les disciples étaient dans une maison verrouillée. Ils s’étaient enfermés. Enfermés à cause de la peur. Enfermés aussi dans leur tristesse et leur douleur d’avoir perdu Jésus. Ses amis ont vu Jésus, mais Thomas n’a rien vu. Je m’imagine qu’en plus de la tristesse et de la douleur, Thomas devait ressentir de la colère d’avoir manqué le bon moment.
Je comprends que lorsque Jésus est apparu aux autres, il n’y croit pas. C’est facile de se moquer de lui aujourd’hui. De le trouver idiot de ne pas avoir cru. Mais si j’avais été à sa place, cela m’aurait aussi paru bizarre. Si mes amis m’avaient dit qu’ils avaient vu vivant celui qu’on venait d’enterrer, je les aurais pris pour des fous.

Diane
Thomas a effectivement gardé cette image du sceptique, du dubitatif, de celui qui refuse de croire et qui demande des preuves. Mais ce n’est pas tout à fait lui faire honneur de garder de lui uniquement cette image d’incrédule.
La première fois que l’évangéliste Jean nous parle de Thomas, c’est au moment où Jésus veut se rendre en Judée parce que son ami Lazare est mort. Les disciples tentent de l’en dissuader: se rendre en Judée peut s’avérer dangereux pour Jésus. Mais Thomas, lui, affirme: allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui!
Thomas n’est pas un tiède. Il est enthousiaste à la suite de son maître et il connaît le danger que cela représente de le suivre. Mais il a confiance et se sent prêt à assumer ce risque.
Et lors du dernier repas, lorsque Jésus parle du chemin à suivre, Thomas l’interpelle. Il cherche à mieux comprendre les paroles de son maître.

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Thomas n’est pas seulement celui qui ne croit pas, il est aussi celui qui cherche à comprendre.
C’est important de réussir à penser par soi-même. Et pas seulement de répéter ce que les autres disent ou croient. Thomas, il a envie de suivre Jésus, il a envie de comprendre comment le faire.
Alors quand les disciples lui disent qu’ils ont vu Jésus ressuscité, il n’arrive pas à les croire.
Personne ne peut croire à notre place.
Personne ne peut croire pour Thomas. Se fier à la parole des autres, dans un événement si intense, c’est difficile. Et je dois dire que la Résurrection, c’est quelque chose de tellement bizarre, que c’est aussi difficile pour moi d’y croire.

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La Résurrection est incroyable, au sens littéral du terme: c’est quelque chose qui est au-delà de ce qui appartient à ce que nous pouvons tenir pour vrai. Un mort qui revient à la vie, ce n’est pas de l’ordre du possible. C’est même l’opposé de ce qu’est la mort.
Il est donc bien naturel que Thomas exprime des doutes. Et nous pouvons lui en être reconnaissants.
Car, soyons honnêtes, pour nous aussi la Résurrection est incroyable. Tellement incroyable qu’elle est très souvent édulcorée ou spiritualisée. On parle des effets de la résurrection et de la résurrection de l’espérance, mais on ne s’attarde pas trop sur la résurrection concrète de Jésus. Ou de ce que Paul appelle la résurrection des corps. C’est tellement bizarre qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Sauf l’évoquer et se dire que même l’impossible est rendu possible.

Solène
Je comprends Thomas. Et j’aime sa volonté d’en savoir plus, d’en avoir le cœur net. Il ne pourra pas y croire tant qu’il n’aura pas vu, pas touché. Il a besoin de faire lui-même l’expérience. Avant, il voulait comprendre pour mieux croire mais là, il n’arrive simplement plus à croire sans comprendre.
Lorsque Thomas voit enfin Jésus, il en a la preuve devant lui. Mais désormais, vu que le Christ ne sera plus physiquement là, il lui demande d’arrêter de douter et de croire, de faire confiance.
Thomas a eu de la chance. Jésus a entendu ses doutes, il a répondu a sa demande et il lui est apparu.

Diane
Oui, Jésus lui est apparu. Mais il n’est pas tout à fait exact de dire qu’il a répondu à sa demande.
Voici ce que disait Thomas: Si je ne vois pas les marques des clous dans sa main, si je ne mets pas mon doigt à la place où étaient les clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas.
En apparaissant devant lui, le Ressuscité dit à Thomas: Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois!

Et que fait Thomas? Est-ce qu’il avance son doigt? Est-ce qu’il avance sa main?

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L’incrédulité de Saint Thomas (Le caravage)

Solène
Non. Thomas ne touche pas. Il répond au Christ en disant: Mon Seigneur et mon Dieu!
Thomas voulait des preuves. Mais après avoir entendu la parole du Christ, il sait qu’il n’a pas besoin de voir ou de toucher pour avoir la foi.
Mais est-ce que cela me suffira à moi pour croire? Connaître le témoignage des évangiles? Est-ce que c’est suffisant pour que moi aussi je sois capable de faire confiance?

Diane
Thomas a demandé une preuve mais en réalité, ce n’est pas la preuve qui l’a convaincu, c’est l’appel que le Christ lui a adressé. Crois! Fais confiance!
C’est une parole, une appel. Et sa capacité à y répondre. Pour un temps, il n’en n’était plus capable. Mais quand il a à nouveau pu entendre, il a cru et c’est de sa bouche que vient la plus belle déclaration de foi des évangiles. Car Thomas est le seul dire de manière aussi claire: tu es mon Seigneur, tu es Dieu.

Solène
Je sais moi aussi que Jésus sera toujours là pour moi. Jésus est venu et ne cessera de venir et de se tenir au milieu des siens, au milieu de nous.
L’important est de croire que la foi est possible. Quand on a des doutes, d’oser poser des questions pour chercher à mieux comprendre. Je veux continuer à voir et à ressentir cette présence, cette lumière qui apparaît comme une vérité à mes yeux.

Diane
La foi n’est pas quelque chose de tangible, ni une chose que nous pouvons posséder une fois pour toutes. Solène, je sais que tu fais beaucoup de danse. Tu t’entraînes beaucoup, tu exerces les mouvements, tu apprends, tu pousse ton corps et mémorises des chorégraphies. Et pourtant, tu ne possèdes pas la danse.
Pour que la danse existe, il faut que le danseur se lance. Avec la confiance en tout ce qu’il sait, tout en étant conscient qu’il ne maîtrise pas totalement l’instant.
Il y a quelque chose de semblable dans la foi. Dans la volonté d’apprendre et de comprendre toujours mieux ce que le Christ nous enseigne, et dans la confiance et le risque de la rencontre et de l’instant.

Amen

Jésus devant ses juges: ou quand tous les joueurs sont mauvais

Prédication du Vendredi saint 25 avril 2016
Textes bibliques: Marc 14,53-65 et Marc 15,1-5

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Croix réalisée par les enfants pendant le culte

La semaine pascale est l’occasion, année après année, de nous replonger dans ces récits de la Passion. Depuis le dernier repas jusqu’à la crucifixion, nous faisons mémoire de ces épisodes qui marquent les derniers jours de la vie de Jésus. Cette année, j’ai pris encore un peu mieux conscience de la place très particulière que le récit de la Passion occupe dans l’évangile de Marc.

L’évangile le plus bref parmi les 4, Marc est toujours très succinct. Les récits de miracle, les paroles et les paraboles s’enchaînent sans fioritures. La langue est simple et claire. Les récits vont à l’essentiel de manière remarquable.
Puis Marc consacre deux chapitres entiers à la Passion et la narration devient plus fournie, les personnages prennent de l’épaisseur. La résurrection n’occupera, elle qu’un seul chapitre. Très bref. 8 versets auxquels on ajoutera une finale à l’évangile quelques années plus tard. C’est dire combien le récit des événements des derniers jours, des dernières heures de Jésus, est central dans la théologie de l’évangéliste Marc. Ce sera aussi le cas pour les autres évangélistes.

Alors que la théologie de Paul, elle, ne laisse aucune place à la narration de ces jours. La mort et la résurrection du Christ, annoncés comme un événement – concept théologico-philosophique – deviennent le centre du message chrétien, sans nécessité de les raconter.

Pour le culte de ce matin, je vous propose de réentendre deux parties de ce récit chez Marc.
Les deux moments de procès. Le premier, face au Conseil supérieur des autorités juives, le Sanhédrin et celui qui le préside: le Grand prêtre. Puis le second moment de procès, face gouverneur romain Ponce Pilate.

Lecture de Marc 14,53-65
Lecture de Marc 15,1-5

Rendre la justice

Pour quelle raison fait-on un procès?
Depuis plusieurs millénaires dans les sociétés humaines, c’est ainsi que l’on exerce le droit. Ainsi que l’on procède pour rendre la justice.
Les procès cristallisent beaucoup d’attentes. De toutes parts.
Certains procès très médiatisés nous permettent d’en prendre conscience.

L’attente des victimes ou de leurs familles ne se concentre pas seulement sur la peine qui sera infligée au coupable. Elle se porte aussi sur l’espoir que le procès devienne un espace où la vérité puisse émerger. Où les événements puissent être dits, reconnus, avoués. Qu’un remord puisse être exprimé. Qu’une culpabilité puisse être dite.
Les victimes ou les familles espèrent parfois tant que le procès participe à leur consolation, qu’elles en oublient que du point de vue du droit, la démarche se borne à chercher une vérité judiciaire, rien de plus.

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Pour qu’un procès permette à la fois de faire émerger une vérité judiciaire et une vérité humaine source possible de consolation, il faut que chaque partie joue le jeu. Que chacun joue son rôle et le joue bien. Que l’accusé explique son geste, que la victime exprime sa souffrance, que l’avocat mette en avant les droits et les devoirs avec bonne foi, pour que le juge puisse prononcer une jugement reconnu comme juste.
La réalité humaine est souvent bien différente.

Un procès tout faux

Le procès de Jésus n’est qu’un simulacre de justice. Tout est faussé. Aucune des parties ne joue pleinement son rôle. Pour conserver la forme de la légalité, on le mène, mais en aucun cas il n’y a espoir que ce moment permette à la vérité d’émerger.
Le but du procès est posé dès le début: les chefs des prêtres et tout le Conseil supérieur cherchaient une accusation contre Jésus pour le condamner à mort.

Les juges et les accusateurs sont les mêmes personnes. Elles ne cherchent qu’à saisir l’occasion de prononcer un verdict qui a déjà été décidé. Mais c’est sans compter que les témoins, eux non plus, ne jouent pas bien leur rôle. Ils sont tellement mauvais qu’ils ne parviennent même pas à faire concorder leurs faux témoignages.
L’accusé lui-même, Jésus, ne joue pas bien son rôle. Il ne se défend pas, il ne dément pas, ne s’offusque en rien des faux témoignages portés contre lui. Ce qui a le chic d’irriter au plus haut point le grand prêtre.
Et on aurait presque envie que Jésus en reste là. Opposant ce silence qui ne fournit pas d’eau au moulin des accusateurs. On en irait presque jusqu’à croire qu’ils auraient dû le relâcher.

Mais à la question es-tu le Messie, le fils du Dieu béni?, Jésus répond par l’affirmative et en rajoute en citant un psaume qui l’identifie à celui qui siège à la droite de Dieu. Face au Sanhédrin, c’est bien cela qui le condamne: s’affirmer celui qui siège à la droite de Dieu.
Alors que Pilate, lui, l’interroge sur ce titre que certains lui donnent roi des juifs, et qui pourrait faire de Jésus un adversaire politique gênant.

L’un et l’autre condamnent en fonction de ce qui risque de leur faire de l’ombre.

La vérité se fait jour

Simulacre de procès, où personne ne joue vraiment son rôle. Mais paradoxalement, ce procès-là permet pleinement à la vérité d’émerger. Aux dépens de ceux qui les intentent, la vérité sur l’identité de Jésus se fait jour.
Jésus, le messie, le roi.
Celui dont les prophéties annonçaient qu’il devrait souffrir.
Le Fils qui siégera à la droite du Père.
Celui qui bâtira en trois jours un temple qui ne sera pas fait par les hommes.

La vérité émerge au cœur de ce mensonge. Pour autant que nous ayons des oreilles pour entendre!

L’autre soir, lors d’une rencontre de l’Église ouverte ou nous avons écouté et médité ces récits de la Passion, quelqu’un disait: ce qui me frappe, c’est combien tous les protagonistes de cette histoire ont peur. En effet. Le Grand prêtre a peur et il se fait le porte parole de la peur de toutes les autorités juives de l’époque face à cet agitateur qu’est Jésus. Ils ont peur pour leur place, peur que leur autorité soit mise en question, peur aussi d’oser eux-mêmes se laisser bousculer dans ce qu’ils ont toujours cru être la vérité.

Pilate a peur. Peur surtout de ne pas se mettre la foule à dos. C’est sans grande conviction, apparemment, qu’il condamne Jésus. Il n’aurait pas l’audace de s’opposer à la volonté du peuple qui crie crucifie-le!. Et pourquoi le ferait-il? Où serait son intérêt à lui refuser la tête de cet homme?

Jésus a peur, lui aussi. Lorsqu’il s’en va prier à Gethsémané. Face à la souffrance, à l’injustice, à la solitude, à la mort. Il a peur.

Et puis la foule a peur. Tout comme les gardiens. Une ambiance pesante qui laisse exploser tout ce qu’il y a de plus laid dans la nature humaine. Ou plutôt qui fait perdre toute humanité. Après la condamnation, Jésus est laissé à la violence humaine la plus vile.

Voilà les dégâts que font la peur!

Des dégâts aussi bien aux victimes de la violence qu’à ceux qui l’exercent et qui y perdent leur humanité.

Quelles armes face à la peur?

On ne peut s’empêcher, en ce Vendredi saint, de penser aux événement qui bouleversent le monde aujourd’hui. Par les attentats, c’est bien la peur – la terreur – qui veut être semée. Ici en Europe, comme au Proche Orient et en Afrique. Certains, semble-t-il, trouvent leur intérêt dans un terreau de peur. Et pour cela, ils sèment le chaos.

Si il faut craindre une chose, c’est bien que la peur s’installe. Car c’est le terreau dans lequel l’être humain perd son humanité.

Quelles sont les armes que nous possédons pour combattre cette volonté d’installer la peur? Les mêmes que celles que Jésus avait.
La force du silence. Pas du silence complaisant ou couard. Le silence de celui qui refuse de répondre à la violence par la violence.
L’affirmation de l’espérance: vous le verrez siéger à la droite de Dieu. Une espérance que la noirceur n’aura jamais le dernier mot. Au moment même des humiliations et des souffrances, la victoire de la lumière est annoncée.
Et le courage de traverser des épreuves sans s’y sentir abandonné.

Silence, espérance et courage. Face aux bombes et à la haine. Nous avons de quoi nous sentir sous-équipés. Et pourtant!

Pourtant, nous affirmons que celui qui pour nous est Dieu a été crucifié. Qu’il a été mis à mort de manière infamante. Et les récits qui nous en font mémoire sont violents!
Qu’il a été crucifié et qu’il est mort.

Mais que contre toute attente, au cœur même du mensonge et de l’infamie, c’est la vérité qui a été révélée. Nous croyons qu’en mourant, le Christ a ôté à la mort son attribut suprême: sa dimension définitive.

Et nous osons alors entre-ouvrir une fenêtre jusque vers dimanche et l’espérance que nous ne sommes pas abandonnés à Vendredi saint mais que nous pouvons le vivre avec la promesse de Pâques à venir.

Amen

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On boude ou on joue?

Prédication du dimanche 13 mars 2016
Textes bibliques: Luc 7,31-35 (les enfants qui jouent) et Psaume 126
Inspirations: matériel du Cours biblique et échanges lors de la rencontre en paroisse.

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Cette année, c’est le thème des paraboles que nous avons l’occasion d’aborder lors des rencontres bibliques mensuelles de paroisse.

Le style littéraire de la parabole a la grande force d’opérer un déplacement. Alors qu’une critique portée de front pourrait braquer les interlocuteurs et s’avérer stérile, la parabole a l’avantage de faire appel au langage indirect. Elle oblige l’auditeur à fournir un effort créatif de compréhension. A participer à l’élaboration du sens, ce qui le met nécessairement en route et favorise une remise en question. L’auditeur de la parabole devient acteur de son sens. Sans avoir l’air de le dire, la parabole peut alors s’avérer bien plus incisive qu’un discours direct et froid.

Ainsi, on constate à la lecture des évangiles que les interlocuteurs de Jésus n’obtiennent que rarement des réponses directes à leurs questions. Idéalement, ce devrait être aussi notre cas le dimanche matin lorsque nous venons au culte: nous devrions quitter le temple avec des questionnements qui font avancer et qui stimulent notre créativité plutôt qu’avec des réponses toutes faites.

Mais on le sait bien, vos pasteurs n’ont pas le génie littéraire de Jésus, ni même celui d’un Marc, d’un Matthieu, d’un Luc, d’un Jean ou d’un Paul. Heureusement, nous croyons que nous pouvons compter sur l’Esprit saint pour transformer nos paroles humaines en Parole de Dieu pour nous 😉

Les enfants qui jouent

Cette parabole des enfants qui jouent est peu connue et à vrai dire, quand j’ai lu le programme des rencontres bibliques et que j’ai vu ce titre pour la rencontre de février, je ne voyais pas de quoi il s’agissait. J’ai dû me replonger dans l’évangile de Luc pour redécouvrir ces quelques versets.

Des enfants désabusés, déçus que les autres ne jouent pas avec eux. Quelle que soit l’activité proposée, quel qu’en soit le type ou l’ambiance, les autres rechignent. Ils ne sont ni enthousiasmés par la musique joyeuse, ni saisis par les chants tristes. Rien ne leur convient.

Cette parabole est racontée par Jésus dans le contexte très précis d’un échange avec deux hommes, disciples de Jean-Baptiste, venus voir Jésus pour lui demander si il est bien celui qui vient, le Messie que Jean annonce, ou si il faut en attendre un autre. Comme à son habitude, Jésus ne répond pas. Mais si il avait répondu « oui » à la question, « oui, je suis le Messie que Jean annonce », cela aurait-il suffi? La réponse directe n’est pas forcément définitive.

Constat d’échec

On lit en arrière-fond de ces versets le constat d’échec de la prédication ancienne. Jean-Baptise et Jésus eux-mêmes n’ont pas été entendus. Et même les disciples du premier doutaient du second… Même cette génération-là n’a pas joué le jeu. Elle a rechigné. La génération jamais contente a toujours une bonne raison, quelque chose à reprocher, des bons arguments, pour demeurer dans la méfiance. Pour ne pas danser, pour ne pas pleurer.

Peut-être est-ce une bonne excuse pour ne pas se risquer?! Ou demeurer de côté, le regard acéré et prompt à la critique à peine quelqu’un se risquerait à la danse d’un pas mal assuré.

Jean-Baptise ne mange rien! C’est un ascète. Il est louche.
« Il a un démon » dit le texte. Un p’tit vélo!

Jésus, lui, mange et boit avec n’importe qui. Il n’est pas fiable.
Voilà. Le jugement est posé.

De la simple observation d’une attitude face à la nourriture, on arrête son opinion sur un homme. Et par extension, sur sa capacité ou non à avoir quelque chose à nous dire.

Jésus: un glouton?!

Jésus : un glouton et un ivrogne…
C’est amusant. Aujourd’hui, si on devait donner des qualificatifs pour décrire Jésus, peu de gens diraient: c’était un glouton et un ivrogne. Et pourtant, à l’époque, c’est bien cela qui l’a disqualifié auprès de bien des hommes de cette génération.

L’image que l’on se fait de Jésus aujourd’hui peut-elle aussi le disqualifier aux yeux de certains? Selon les critères de notre génération?
Je pense que oui.

412f5ce81ab5d955972461c366ab1ce4_largeLe grand sage, d’humeur toujours égale, beau brun barbu l’air détaché de tout, tel que l’imagerie populaire s’est appropriée la figure de Jésus en rebutent beaucoup. Et je ne peux pas m’empêcher de les comprendre. Le beau gaillard à bouclettes brunes et l’œil mielleux n’a rien à voir avec le Jésus que je rencontre à la lecture des évangiles. Et pourtant, dans l’esprit de beaucoup, Jésus, c’est lui. Et c’est certainement de lui dont on parle le dimanche matin entre ces quatre murs, sur un ton béat!

De même, les titres que la tradition a attribué à Jésus: le sauveur, le Christ, le seigneur…  ne parlent qu’aux personnes initiées au langage religieux et ne représentent rien pour la plupart de nos contemporains. On se rend bien compte que ce ne sont pas avec ces attributs que nous parvenons à transmettre l’Évangile autour de nous. Mais comment le faire alors?

Échec encore

On ne peut que constater une certaine forme d’échec lorsque l’on voit combien d’enfants et de petits-enfants d’une génération pourtant très régulière à l’église n’est aujourd’hui pas engagée. Vos enfants, vos petits-enfants ont-ils une vie de foi?… Sont-ils engagés dans l’Église?… Si non, pourquoi?

Auriez-vous fait quelque chose de faux? Aurions-nous fait quelque chose de faux? Pourtant, je suis sûre que nous voulons tous transmettre notre foi à nos enfants. Nous essayons honnêtement, sous diverses formes. Mais nous ne savons pas ce qui est réellement reçu, ni si cela aura un écho dans leur vie. Avec les enfants de la parabole, nous ne pouvons qu’exprimer notre incompréhension quand ils s’en détournent. Ou quand nos catéchumènes ne poursuivent pas leur engagement.

Pour nous qui savons combien la foi donne un sens à notre vie – combien la musique nous invite à danser et comment les chants funèbres nous font pleurer (pour reprendre les images de la parabole) – nous ne pouvons pas comprendre le silence de ceux qui n’entrent pas dans le jeu. Et face à cette incompréhension, nous ne pouvons que redire, témoigner du sens que cela a, et cela a eu pour nous.

Nous cherchons alors à reproduire ce qui est fort pour nous. Ce qui nous a fait vibrer et donner envie de nous engager. Mais peut-être que pour que d’autres personnes fassent la même expérience, il faudrait non pas que les choses soient pareilles, mais justement qu’elles soient différentes.

Les enfants à la cène

Par exemple, nous avons changé notre manière de concevoir la présence des enfants à la cène. Autrefois, ils n’avaient pas le droit d’y venir. Car l’on considérait que cela était réservé aux personnes adultes dans la foi qui avaient compris ce que signifiait la communion au corps et au sang du Christ. La cène, qui n’était célébrée que quelques fois par an, avait un côté exclusif auquel les enfants, en grandissant, se réjouissaient de pouvoir participer quand ils en auraient l’âge, avec l’important rite de passage que constituait la confirmation.

child-930103_1280Aujourd’hui, les choses sont différentes. Nous célébrons la cène à chacun de nos cultes, elle est donc devenue moins exclusive. Les enfants n’attendent plus avec envie d’avoir l’âge d’être autorisé à y participer. Il a donc été décidé qu’il était plus favorable de les y inviter dès leur plus jeune âge. Ils apprennent donc à vivre ce moment, observent les adultes dans leurs gestes, leurs attitudes. Ils apprennent en imitant, comme ils le font dans bien des domaines. Puis cela amène en eux des questions, occasions pour les parents et les pasteurs d’expliquer le sens de la communion aux enfants et de témoigner aussi du sens que cela a pour eux.

Pour parvenir au même but catéchétique et de vie communautaire, notre pratique a changé au fil du temps. D’une pédagogie exclusive, nous sommes passés à une pédagogie inclusive.

Entrer dans le jeu

Pour d’autres domaines, il devrait peut-être en être de même. Mais c’est un des grands paradoxes de notre Église aujourd’hui: nous aimerions de tout cœur que plus de gens s’y engagent et nous sommes persuadés qu’ils y trouveraient le sens, la joie, le soutien et les liens que nous expérimentons.

Mais par ailleurs, nous ne voulons rien changer. On a toujours fait comme ça et c’est ainsi que nous y trouvons notre compte. Mais si de nouvelles personnes se joignent à notre communauté, elle changera de fait. Car l’Église est faite par la communauté qui la compose. Si la communauté évolue, l’Église évolue.

C’est toujours facile d’aller danser au centre de l’agora, de la place publique, quand l’air nous est familier et qu’en plus, on connaît le flûtiste. Mais quand la mélodie est jouée autrement que de la manière dont on a l’habitude, quand nous nous sentons bousculés par ceux qui dansent autrement que nous, difficile de ne pas faire à notre tours les enfants qui boudent sur le côté.

L’Église aujourd’hui est à un tournant. Et je me refuse à croire, comme certains, qu’elle a entamé un inexorable déclin. Je ne crois pas que notre rôle de chrétiens d’aujourd’hui est de l’accompagner dans sa lente disparition. Peut-être pas si lente d’ailleurs…

Je crois encore que l’Église peut croître. Si l’Église est la moins mauvaise expression sur terre de l’Église de Jésus-Christ, je crois qu’il est de notre devoir de la renouveler, de la réinventer.

Il n’y a pas de solutions pour renouveler l’Église, pas de réponse à cette question.
Solliciter notre esprit créatif à tous est sans doute plus fructueux.

Et prions Dieu que son Esprit nous inspire !

Amen

Bonne (!) année

Prédication du dimanche 10 janvier 2016
Textes bibliques: Genèse 12,1-5a (envoi d’Abram) et Marc 14,66-72 (reniement de Pierre)

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Le début de l’année, c’est la période des vœux. Formuler ce que l’on espère pour chacun, écrire des petites cartes, se souhaiter le meilleur pour l’année à venir. Il n’est pas toujours facile de trouver les mots pour exprimer nos vœux. Trouver quelque chose de concret à espérer. Souvent, nous utilisons des formules stéréotypées. La forme devient alors tout à fait banale, mais le fond n’en est pas moins sincère.

Le début d’une nouvelle année nous donne l’occasion d’exprimer ce que, finalement, nous souhaitons toute l’année: à savoir que nos proches ou que les personnes que nous côtoyons régulièrement ou occasionnellement aient une vie heureuse. Le reste de l’année, nous n’en disons rien. Ce serait considéré comme étrange d’écrire une petite carte à son garagiste au mois de juin ou d’envoyer une boîte de chocolats à son patron en septembre.

Que nous réserve cette nouvelle année?
Que sera l’année 2016 dans nos vies?
Que sera cette année dans notre monde?

Des questions ouvertes. Mais comme le disait l’autre jour un politologue à la radio, rien ne nous permet d’être optimistes. En effet, dans une année tout juste, lorsque nous ferons le bilan de 2016, il y a fort à parier que nous n’évoquerons pas le Moyen-Orient en disant que la situation est désormais pacifiée. On sait que le monde est aujourd’hui engagé dans des relations difficiles pour plusieurs années, avec toutes les conséquences humaines, sociales et politiques. On sait aussi que les enjeux sont mondiaux et que nous ne serons pas épargnés par les conséquences des conflits sur la planète. Sur le plan international, nous allons au devant d’une année difficile, sans doute, et les grands décideurs du monde le savent bien.
Si rien nous nous autorise à être optimistes, il convient aussi de voir que la lutte contre le virus Ebola a été couronnée de succès. N’oublions pas dans nos bilans ce qui nous permet d’espérer et nous encourage à agir encore.

En chaque début d’année, les espérances pour l’avenir vont de pair avec un bilan de ce qui a été vécu auparavant. Il en est de même sur un plan plus personnel. Une fois répertoriés avec lucidité les échecs et les réussites, les joies et les regrets passés, on peut se lancer dans l’avenir.

Le temps des résolutions

Le passage d’une année à l’autre est aussi le moment des bonnes résolutions. On se promet à soi-même de reprendre contact avec les amis perdus de vue, de ménager sa santé, d’arrêter de fumer, de se mettre à faire du sport, de consacrer plus de temps à ses proches. Bref, d’éviter de faire les mêmes erreurs que par le passé. La nouvelle année, c’est un nouveau départ. On aimerait que ce départ soit comme celui d’Abraham. Pleins de confiance et d’insouciance, nous nous lançons les yeux fermés. Gonflés à bloc, nous nous engageons avec enthousiasme vers l’avenir.

Mais la réalité de notre quotidien nous rattrape vite. À peine sommes-nous au 10 janvier que déjà les soucis au travail reprennent, que les gens dans les rues n’ont plus leur sourire de Noël vissé sur le visage et que les vacances sont derrière depuis longtemps. Les bonnes résolutions sont oubliées, de toute façon on avait mis la barre trop haut, on n’aurait jamais tenu toute l’année sans fumer ni manger de chocolat, 10 jours c’est déjà pas mal… On persévère pour la bonne conscience mais l’élan de motivation et d’insouciance n’y est plus.

Aborder la nouvelle année en se fixant des objectifs inatteignables a quelque chose de superficiel et de désespérant. Pour que nos résolutions aient un sens, il faut qu’elles soient cohérentes avec le bilan que l’on peut tirer de l’année précédente. Regarder en arrière pour mieux partir vers l’avant.

Mais je crains que tout à coup, notre ressemblance avec Abraham soit moins évidente. C’est fou comme nous sommes loin de ce héros, chef de famille, bardé de confiance en soi et en Dieu, qui est prêt à abandonner tout ce qu’il a bâti pour tout recommencer de zéro. Et ce, à un âge déjà avancé. Les occasions sont rares où dans notre vie, nous sommes prêts à tout risquer.

Un côté moins reluisant

En faisant le bilan, il me semble que l’on ressemble plus souvent à Pierre qu’à Abraham. Évidemment, le passage que nous avons lu ce matin n’est pas celui où le disciple apparaît sous son meilleur jour. Mais Pierre n’est pas seulement l’homme qui a renié Jésus pendant qu’il était interrogé par le Sanhédrin. Pierre est aussi l’ami fidèle, le compagnon de voyage, le téméraire qui se risque à sortir de sa barque pendant la tempête, et finalement celui que l’Église a su reconnaître dans un rôle enviable, celui de pilier fondateur.
Pierre, c’est un type assez banal, somme toute. Prêt à quelques excentricités par amitié, et tout à coup, capable de laisser tomber son ami. Il est humain, voilà tout.

Quand on parle de reniement, on imagine peut-être la grande trahison, celle dont un vrai ami ne serait jamais capable. Et surtout pas Pierre, lui qui avait été le premier à assurer à Jésus que jamais il ne le laisserait tomber. Mais la trahison a commencé par un simple petit mensonge. Quand la servante l’interpelle en croyant reconnaître en lui un ami de Jésus, il baisse le regard, marmonne qu’il ne sait pas de quoi elle veut parler et se dérobe. La deuxième fois qu’il est pris à partie, il dit ne pas connaître Jésus. Et la troisième fois, enfermé dans son mensonge, il affirme haut et fort son qu’il ne le connaît pas.

Il y a progression : plus il ment plus il est obligé de mentir. Un petit mensonge qui fait boule de neige et qui s’affirme de plus en plus. Il suffit de bien peu pour en arriver là. Un petit manque de courage, un moment de faiblesse. De cette petitesse-là, nous en sommes tous capables, je crois.

Dans notre bilan de l’année écoulée, nous pouvons certainement tous trouver au fond de notre mémoire ces petits moments où le courage nous a manqué. Ces instants dont nous ne sommes pas fiers. Il faut bien les chercher car souvent, nous nous empressons de les oublier. Croyant ainsi que si nous les enfouissons bien dans l’oubli, ils n’auront peut-être pas vraiment existé.

Une confiance solidement ancrée

Pierre: l’ami, le compagnon fidèle, le lâcheur aussi. Et après?…
Après la mort de Jésus, Pierre a été l’un des premiers à témoigner de sa résurrection. Il s’est fait le porte-parole de la bonne nouvelle. Cette bonne nouvelle, Pierre a pu la transmettre avec conviction et assurance, car il en avait lui-même fait l’expérience. Il pouvait témoigner que malgré ses défaillance, il n’avait pas été rejeté. Malgré sa trahison, sa position d’ami ne lui était pas niée. Oui, il avait trahi. Mais il n’avait pas été réduit à cette trahison.

Dans cette période de vœux, j’aimerais vous exhorter à entamer cette année avec la confiance et l’élan qui habitaient Abraham. Cette confiance qui permet d’envisager de grands projets et de voir l’avenir avec enthousiasme.
J’aimerais… mais je ne le ferai pas.

Parce que je ne voudrais pas travestir la confiance en un seul vœu pieux. Dénaturer cette confiance en un souhait illusoire aussitôt oublié.

Ce que je voudrais, c’est vous transmettre ma certitude que chacun et chacune a une valeur aux yeux de Dieu, malgré sa part de Pierre. Si vous avez vous aussi cette certitude, je crois que vous saurez trouver la confiance qui a porté Abraham. Une confiance qui ne s’éteint pas comme un feu de paille dès qu’il faut faire face à une difficulté.
Mais une confiance solide, qui permet justement de se relever d’envisager l’avenir.

Amen.

Oh, on a oublié le p’tit Jésus!!!

Prédication de la veillée de Noël, 24 décembre 2015.
Textes bibliques: 2 Samuel 7,1-7 et Luc 2,1-14

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Sapin, crèche, étoile,… Autour de Noël, les symboles sont nombreux. Des symboles païens investis de sens chrétien: ne serait-ce que la date fixée en fonction du solstice et d’une ancienne fête païenne liée au retour de la lumière. Et des symboles chrétiens si bien intégrés qu’ils en perdent leur signification religieuse.
Ainsi, on ne sait plus si ils sont chrétiens ou païens. On ne sait plus qui de l’œuf ou de la poule a associé le sapin à Noël. Ni si le Père Noël est d’abord l’égérie de Coca-Cola ou le cousin du Saint-Nicolas.

À l’époque dans laquelle nous vivons, où la société civile craint les symboles religieux et surinterprète les risques de ce qui pourrait être mal reçu par les citoyens, la prudence ordonne d’interdire. Alors on écarte, on vide.

Parallèlement, on parle beaucoup de retrouver le cœur, l’esprit de Noël. Depuis des années, des voix discordantes appelaient à moins de consumérisme, à cesser de faire rimer Noël avec frénésie, consommation et excès. Les chrétiens avaient à cœur de rappeler le centre du message de Noël: la solidarité avec les démunis, la venue de Dieu pour tous, sans distinction. Il était frappant cette année de voir que ce message-là aussi a été déchristianisé. Paganisé pourrions-nous dire.

Voyez les messages de solidarité et les appels à la générosité qui se multiplient. Migros et Coop ont entièrement centré leur campagne de Noël sur ces thèmes (à ce propos, voir l’article de Protestinfo Noël sans religion au rayon des supermarchés). Sans aucune référence à une quelconque dimension religieuse, c’est bien autour de toutes ces valeurs de Noël que ces deux grands magasins ont construit leur communication cet hiver. La Migros organise même une collecte de dons en faveurs d’œuvres.

Un esprit de Noël retrouvé?

Alors de quoi nous plaignons-nous?!? Nous devrions crier victoire!!! Nous avons réussi. Réussi à transformer cette fête de la consommation en fête de la solidarité. Réussi à réinvestir du sens dans notre fête chrétienne devenue païenne. Et pourtant, quelque chose nous dérange.

Quelque chose qui s’exprime cette année dans une défense parfois démesurée des signes et des symboles. Quand des personnes se revendiquant athées défendent bec et ongles la présence d’une crèche. On s’attache désormais aux statues, sans dimension religieuse. On s’attache à des personnages de la crèche devenus soldats de plomb. On s’attache et on défend des coquilles vides.

Mais les paradoxes avec les statues, c’est pas nouveau à Neuchâtel. Comme nous sommes encore pour quelques jours dans l’année des 450 ans de la mort de Guillaume Farel, je me permets une petite parenthèse pour vous rendre attentifs à un élément que vous n’avez peut-être jamais remarqué.

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Vous connaissez bien entendu la statue de Guillaume Farel qui trône sur la parvis de la Collégiale. Elle représente notre réformateur debout, brandissant une Bible. Et savez-vous ce qu’il a sous les pieds? Il foule des restes de statues. Référence au célèbre sac de la Collégiale lorsque les réformés ont descendu les statues, signe d’idolâtrie, avant de les balancer dans le Seyon. C’est quand même assez particulier d’ériger une statue à un homme qui a démonté des statues. Et en plus, de le représenter marchant sur les restes de celles-ci.

Petite parenthèse neuchâteloise mise à part, il est difficile aujourd’hui de se situer en tant que chrétien, alors que l’on vit à la fois l’action de solidarité et l’attachement aux signes en dehors de toute dimension religieuse.

On vit le cœur du message de Noël.
On en expose les signes extérieurs comme de jolies décorations.
Tout est très joli… sauf qu’on a écarté le Christ de cette histoire.

Oh, on a oublié quelqu’un…

C’est incongru…
Incongru comme la situation dans laquelle se trouvait David. Il se pavane dans son palais de cèdre alors que son Dieu n’a qu’une maigre tente comme abri. Naturellement, il veut lui rendre honneur en lui bâtissant un temple. Et le prophète Nathan, dans un premier temps, l’y encourage. Spontanément, il considère également que le Seigneur doit être honoré par une telle construction. Mais la nuit porte conseil. C’est là que Dieu parle à ses messagers. Et telle n’est pas la volonté divine.

Il y a un verbe qui revient trois fois dans ces quelques versets. Nos traductions françaises n’aiment souvent pas les redondances et ont tendance à traduire différemment, mais il n’est pas inintéressant de noter l’insistance du texte sur le verbe s’installer. David s’installe dans son palais et c’est une fois installé qu’il réalise l’inégalité de traitement entre lui et Dieu. Dès lors, son souhait est d’installer Dieu dans un temple.

Mais voilà que le Dieu de David, n’est pas de ceux que l’on installe.
Voilà que l’enfant de Noël n’est pas de ceux que l’on installe.

Cette volonté de David correspond à son besoin à lui, pas au désir divin. C’est lui qui a besoin de donner à son Dieu un écrin qu’il considère à son image, de son rang. Dieu, lui, n’en a pas besoin. Il le dira à son prophète, en insistant sur le fait qu’il n’a rien demandé.

Un besoin légitimement humain. Auquel nous n’échappons pas. Nous cherchons aussi à nous installer dans nos Noëls. Et à installer Dieu bien à sa place, dans la bonne conscience de nos festivités. On installe Noël dans les imageries les plus cliché, voire les plus mensongères.

On installe dans le cadre féerique d’un paysage enneigé… alors qu’il ne neige quasiment jamais en décembre.

On installe dans la joie et sérénité… alors que les entreprises font pressions pour que tout soit bouclé avant les fêtes et que les gens arrivent sur les genoux à Noël. Sans compter le brouillard et le manque de luminosité qui pèsent sur le moral.

On installe dans l’amour et respect… alors que bien des familles vivent des tensions ou des moments difficiles.

Sans compter : les enfants qui braillent parce qu’ils n’ont pas reçu ce qu’ils avaient commandé au père Noël, le stress des courses de dernière minute et les chats qui font tomber les sapins (une préoccupation réellement répandue si j’en crois ce qui a circulé ces dernières semaines sur internet).

Bref, l’image de Noël et de sa soi-disant magie est bien installée et nous avec.
David a cherché à installer Dieu dans un temple.
De même, nous cherchons à installer le Christ dans la crèche. En le reléguant dans son tas de paille, bien rangé sur le bord de la cheminée. Mais surtout, qu’il ne vienne pas nous perturber, nous questionner, nous interpeller. Qu’il ne se mêle pas de nos vies!

On le rangera bien soigneusement, une fois les fêtes passées, enroulé dans du papier bulle avec la Marie, le Joseph, le bœuf et l’âne auquel on a déjà cassé une oreille. Ah, ces satanés chats!

Mes amis, cessons un instant de savoir ce qui serait bien pour Dieu, et laissons-le s’incarner à nouveau.
Venir habiter dans nos existences.
Venir investir de nouveaux symboles peut-être. Des symboles du monde qui pourraient devenir symboles de foi.

Laissons-le venir là où lui veut venir.
Laissons-le perturber notre monde bien rôdé où toutes les chambres de l’hôtellerie sont déjà occupées et où, pourtant, il parvient à naître.

Amen