Oh, on a oublié le p’tit Jésus!!!

Prédication de la veillée de Noël, 24 décembre 2015.
Textes bibliques: 2 Samuel 7,1-7 et Luc 2,1-14

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Sapin, crèche, étoile,… Autour de Noël, les symboles sont nombreux. Des symboles païens investis de sens chrétien: ne serait-ce que la date fixée en fonction du solstice et d’une ancienne fête païenne liée au retour de la lumière. Et des symboles chrétiens si bien intégrés qu’ils en perdent leur signification religieuse.
Ainsi, on ne sait plus si ils sont chrétiens ou païens. On ne sait plus qui de l’œuf ou de la poule a associé le sapin à Noël. Ni si le Père Noël est d’abord l’égérie de Coca-Cola ou le cousin du Saint-Nicolas.

À l’époque dans laquelle nous vivons, où la société civile craint les symboles religieux et surinterprète les risques de ce qui pourrait être mal reçu par les citoyens, la prudence ordonne d’interdire. Alors on écarte, on vide.

Parallèlement, on parle beaucoup de retrouver le cœur, l’esprit de Noël. Depuis des années, des voix discordantes appelaient à moins de consumérisme, à cesser de faire rimer Noël avec frénésie, consommation et excès. Les chrétiens avaient à cœur de rappeler le centre du message de Noël: la solidarité avec les démunis, la venue de Dieu pour tous, sans distinction. Il était frappant cette année de voir que ce message-là aussi a été déchristianisé. Paganisé pourrions-nous dire.

Voyez les messages de solidarité et les appels à la générosité qui se multiplient. Migros et Coop ont entièrement centré leur campagne de Noël sur ces thèmes (à ce propos, voir l’article de Protestinfo Noël sans religion au rayon des supermarchés). Sans aucune référence à une quelconque dimension religieuse, c’est bien autour de toutes ces valeurs de Noël que ces deux grands magasins ont construit leur communication cet hiver. La Migros organise même une collecte de dons en faveurs d’œuvres.

Un esprit de Noël retrouvé?

Alors de quoi nous plaignons-nous?!? Nous devrions crier victoire!!! Nous avons réussi. Réussi à transformer cette fête de la consommation en fête de la solidarité. Réussi à réinvestir du sens dans notre fête chrétienne devenue païenne. Et pourtant, quelque chose nous dérange.

Quelque chose qui s’exprime cette année dans une défense parfois démesurée des signes et des symboles. Quand des personnes se revendiquant athées défendent bec et ongles la présence d’une crèche. On s’attache désormais aux statues, sans dimension religieuse. On s’attache à des personnages de la crèche devenus soldats de plomb. On s’attache et on défend des coquilles vides.

Mais les paradoxes avec les statues, c’est pas nouveau à Neuchâtel. Comme nous sommes encore pour quelques jours dans l’année des 450 ans de la mort de Guillaume Farel, je me permets une petite parenthèse pour vous rendre attentifs à un élément que vous n’avez peut-être jamais remarqué.

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Vous connaissez bien entendu la statue de Guillaume Farel qui trône sur la parvis de la Collégiale. Elle représente notre réformateur debout, brandissant une Bible. Et savez-vous ce qu’il a sous les pieds? Il foule des restes de statues. Référence au célèbre sac de la Collégiale lorsque les réformés ont descendu les statues, signe d’idolâtrie, avant de les balancer dans le Seyon. C’est quand même assez particulier d’ériger une statue à un homme qui a démonté des statues. Et en plus, de le représenter marchant sur les restes de celles-ci.

Petite parenthèse neuchâteloise mise à part, il est difficile aujourd’hui de se situer en tant que chrétien, alors que l’on vit à la fois l’action de solidarité et l’attachement aux signes en dehors de toute dimension religieuse.

On vit le cœur du message de Noël.
On en expose les signes extérieurs comme de jolies décorations.
Tout est très joli… sauf qu’on a écarté le Christ de cette histoire.

Oh, on a oublié quelqu’un…

C’est incongru…
Incongru comme la situation dans laquelle se trouvait David. Il se pavane dans son palais de cèdre alors que son Dieu n’a qu’une maigre tente comme abri. Naturellement, il veut lui rendre honneur en lui bâtissant un temple. Et le prophète Nathan, dans un premier temps, l’y encourage. Spontanément, il considère également que le Seigneur doit être honoré par une telle construction. Mais la nuit porte conseil. C’est là que Dieu parle à ses messagers. Et telle n’est pas la volonté divine.

Il y a un verbe qui revient trois fois dans ces quelques versets. Nos traductions françaises n’aiment souvent pas les redondances et ont tendance à traduire différemment, mais il n’est pas inintéressant de noter l’insistance du texte sur le verbe s’installer. David s’installe dans son palais et c’est une fois installé qu’il réalise l’inégalité de traitement entre lui et Dieu. Dès lors, son souhait est d’installer Dieu dans un temple.

Mais voilà que le Dieu de David, n’est pas de ceux que l’on installe.
Voilà que l’enfant de Noël n’est pas de ceux que l’on installe.

Cette volonté de David correspond à son besoin à lui, pas au désir divin. C’est lui qui a besoin de donner à son Dieu un écrin qu’il considère à son image, de son rang. Dieu, lui, n’en a pas besoin. Il le dira à son prophète, en insistant sur le fait qu’il n’a rien demandé.

Un besoin légitimement humain. Auquel nous n’échappons pas. Nous cherchons aussi à nous installer dans nos Noëls. Et à installer Dieu bien à sa place, dans la bonne conscience de nos festivités. On installe Noël dans les imageries les plus cliché, voire les plus mensongères.

On installe dans le cadre féerique d’un paysage enneigé… alors qu’il ne neige quasiment jamais en décembre.

On installe dans la joie et sérénité… alors que les entreprises font pressions pour que tout soit bouclé avant les fêtes et que les gens arrivent sur les genoux à Noël. Sans compter le brouillard et le manque de luminosité qui pèsent sur le moral.

On installe dans l’amour et respect… alors que bien des familles vivent des tensions ou des moments difficiles.

Sans compter : les enfants qui braillent parce qu’ils n’ont pas reçu ce qu’ils avaient commandé au père Noël, le stress des courses de dernière minute et les chats qui font tomber les sapins (une préoccupation réellement répandue si j’en crois ce qui a circulé ces dernières semaines sur internet).

Bref, l’image de Noël et de sa soi-disant magie est bien installée et nous avec.
David a cherché à installer Dieu dans un temple.
De même, nous cherchons à installer le Christ dans la crèche. En le reléguant dans son tas de paille, bien rangé sur le bord de la cheminée. Mais surtout, qu’il ne vienne pas nous perturber, nous questionner, nous interpeller. Qu’il ne se mêle pas de nos vies!

On le rangera bien soigneusement, une fois les fêtes passées, enroulé dans du papier bulle avec la Marie, le Joseph, le bœuf et l’âne auquel on a déjà cassé une oreille. Ah, ces satanés chats!

Mes amis, cessons un instant de savoir ce qui serait bien pour Dieu, et laissons-le s’incarner à nouveau.
Venir habiter dans nos existences.
Venir investir de nouveaux symboles peut-être. Des symboles du monde qui pourraient devenir symboles de foi.

Laissons-le venir là où lui veut venir.
Laissons-le perturber notre monde bien rôdé où toutes les chambres de l’hôtellerie sont déjà occupées et où, pourtant, il parvient à naître.

Amen

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