La Suisse que l’on aime

Voici le message des Églises prononcé lors de la Fête nationale à Cortaillod, le 31 juillet 2015 (oui, Cortaillod fête avec un peu d’avance…).

Mesdames et Messieurs,
Chers concitoyens, chères concitoyennes,
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Après les grandes chaleurs du mois de juillet, nous voilà au seuil du mois d’août et nous pouvons arborer la croix suisse. Drapeaux, lampions, T-Shirts et casquettes. La fête nationale est l’occasion de sortir de nos armoires tous nos accessoires patriotiques.

Des occasions, il y en a quelques unes dans l’année. Elles nous sont en général offertes par les sportifs qui défendent nos couleurs. Et cette année, ce sont les joueurs et les joueuses suisses de tennis qui nous ont fait vibrer. Comme vous certainement, j’ai suivi avec intérêt et émotion la victoire de l’équipe de suisse en coupe Davis, puis le parcours de Timea Bacsinsky à Roland Garros et bien sûr la victoire de Stanislas Wawrinka à Paris.

Si l’on y réfléchit, il y a quelque chose d’irrationnel à soutenir un joueur plutôt qu’un autre par le seul fait qu’il joue pour notre pays. La nationalité du joueur figure bien au-dessus de son style ou de sa personnalité sur l’échelle des raisons de soutenir un joueur plutôt qu’un autre. On peut bien préférer le jeu combatif d’un Nadal, si il joue contre Federer, on soutiendra toujours ce dernier…

Cette dimension irrationnelle vient du fait que les questions patriotiques touchent à quelque chose de profond en chacun d’entre nous. Notre identité, nos racines. La patrie, c’est étymologiquement le pays de ses pères, des ses ancêtres. Dans l’Antiquité, la patrie d’un homme, c’était le lieu où était enterré son père. Par extension, la patrie est devenu le pays où l’on a ses racines historiques et familiales. Mais aussi le pays que l’on a élu comme celui où l’on voulait s’ancrer. Dès lors, au fil des siècle et grâce à l’immigration, notre patrie est construite par ceux qui l’habitent et se considèrent comme héritiers d’une histoire diversifiée.

S’identifier à un pays et à un peuple, y reconnaître ses racines, sont des éléments éminemment émotionnels. Et il n’est pas étonnant que les questions politiques liées à la dimension patriotique soient délicates. Nous ne sommes pas des machines pensantes, nous sommes des hommes et des femmes, incarnés dans une histoire. C’est pourquoi, nous trouvons en arrière-fond de nombreux arguments, l’affirmation de l’amour. L’amour pour son pays, l’amour pour son histoire, l’amour pour ce qui nous construit.

Quand il est à ce point question d’amour et d’émotion, il convient de rester attentifs aux débordements. Il est humain de se laisser emporter par de tels sentiments. On a vite fait de passer de l’amour pour son pays à des velléités d’exclusion. J’aime alors à me rappeler que l’Évangile nous enseigne que l’amour n’est pas un sentiment qui nous fait admirer béatement et perdre toute raison. L’amour dans l’Évangile est toujours intimement lié à la vérité. On n’aime vraiment que lorsque l’on est vrai avec l’autre et que les choses sont mises en lumière en vérité.

Aimer la Suisse, c’est donc plus que d’arborer un T-Shirt à croix blanche lors d’une rencontre sportive. Aimer la Suisse, c’est aussi oser la critiquer, ne pas laisser notre pays se fourvoyer ou permettre à la peur de dicter nos décisions. C’est aussi ne pas être fiers de voir les chiffres de vente d’armes à l’étranger augmenter de 17 %. C’est également dénoncer les abus dans la gestion des grandes banques.

C’est aussi s’interroger sur notre frilosité dans l’accueil des migrants alors que notre voisine l’Italie voit arriver sur ses rives des embarcations surchargées. Pour celles qui arrivent et ne s’abîment pas en pleine mer… C’est aussi cela, aimer la Suisse.

Tout comme aimer la Suisse, c’est être fiers d’occuper le premier rang du classement mondial de l’innovation. C’est relever le travail diplomatique que notre pays a exercé entre Cuba et les États-Unis. Un travail de médiation entamé en 1961 et qui a pris fin tout dernièrement suite à la reprise des relations diplomatiques entre ces deux États.

Aimer la Suisse, c’est aussi être reconnaissant de vivre dans un pays où règne une paix sociale et religieuse. Et œuvrer pour que ce vivre ensemble demeure.

Aimer son pays c’est le regarder en vérité. L’amour n’en peut que grandir.

Chers concitoyens, chères concitoyennes, je vous souhaite de belles festivités, avec amour.

Bonne soirée à tous !

2 réflexions au sujet de « La Suisse que l’on aime »

  1. Texte intéressans où il est fait quand même mention 2x de l’évangile. Dommage que l’on ne rappelle pas les mots du pacte de 1291 : Au nom du Dieu tout puissant…

    Même si des incompréhension, des questions, des doutes font partie de ma vie, je suis chrétien et me réclame de l’amour incommensurable de notre Père Céleste. Le partager c’est aussi aimer mon pays… et mon Dieu.

  2. Merci Raymond!
    En effet, il serait opportun de rappeler les mots du pacte de 1291. Mais le message des Églises a lieu chaque année et on ne peut pas dire la même chose à chaque fois. Cette année donc, le thème était l’amour. Pourquoi pas le pacte l’année prochaine, si la Commune m’invite à nouveau ? Ou dans deux ans plutôt, car l’habitude est d’inviter en alternance un représentant de l’Église catholique et de l’Église réformée. En 2016, ce sera donc au tour de nos amis catholiques.

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