À qui appartient ma mort?

Hier soir, la RTS a diffusé un reportage intitulé Je prépare mes obsèques dans le magazine Mise au Point. Je suis restée accrochée sur cette phrase du patron des pompes funèbres: « Les gens désirent garder une certaine mainmise sur leurs obsèques. […] C’est dans l’air du temps de vouloir tout maîtriser jusqu’à la fin. »

Cette dimension de maîtrise m’interroge. Admettre que l’on ne maîtrise pas totalement sa vie est déjà difficile, pourquoi en plus vouloir maîtriser sa mort?

J’ai régulièrement l’occasion de rencontrer des familles en deuil et je constate que bien souvent cette volonté de maîtrise de la part du défunt place les vivants dans des situations inextricables. Par loyauté au défunt, les endeuillés se plient à la lettre à ses volontés. La disparition récente de la personne crée un tel respect que ses moindres souhaits deviennent intouchables.

Mais les volontés du défunt ne correspondent pas nécessairement ni aux envies ni aux besoins des vivants. En tant que pasteure, ce sont les endeuillés que j’accompagne. Ce sont eux qui doivent parvenir à dire adieu. Je crois que le défunt a trouvé la paix dans la mort. Mais parfois, ce qu’il a laissé derrière lui devient obstacle pour les vivants qui cherchent, eux, à trouver la paix dans la vie.

Notre mort ne nous appartient pas. Le deuil appartient aux vivants.

Plusieurs protagonistes du reportage disent l’importance d’en parler avec son entourage. C’est un excellent conseil! Mais en parler ne signifie pas informer ses proches qu’on a tout réglé. En parler signifie ouvrir réellement la discussion sur les envies et les besoins des uns et des autres.

Et comme dirait Odile: Longue et belle vie à vous aussi!

4 réflexions au sujet de « À qui appartient ma mort? »

  1. Merci pour cette réflexion, qui rejoint tout à fait mon sentiment sur la question, à la fois en tant qu’être humain et en tant que futur pasteur.
    Amicalement,
    PG

  2. Vos lignes me touchent et rejoignent aussi ma pensée, mon sentiment, et alimentent mon cheminement de réflexion. Une connaissance m’a marquée en me confiant un jour avoir beaucoup souffert de ne pouvoir faire son deuil pour une personne très proche d’elle: pour respecter les volontés du défunt, elle n’a pas pu faire de cérémonie d’Adieu. Préparer nos obsèques avec nos proches c’est les aider ensuite sur leur chemin du deuil.
    Merci!
    Y. Stocker

  3. C’est aussi notre travail de pasteur de mettre des mots! Merci pour ce retour Philippe et bravo. J’aime lire « futur pasteur »!

  4. Merci à vous pour ce témoignage, Yolande. Réfléchir à ces situations avant qu’elles n’adviennent me semble important. Sur le moment, nous devons prendre des décisions très vite et les émotions ne nous permettent pas de prendre distance.
    Cordialement, Diane.

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