Noël, c’est un début

Prédication du jour de Noël, 25 décembre 2021, à Colombier.
Lectures bibliques : Jean 1,1-18 et Psaume 139

 

Au commencement de toutes choses, la Parole existait déjà ; celui qui est la Parole était avec Dieu, et il était Dieu. La Parole était donc avec Dieu au commencement. Dieu a fait toutes choses par elle ; rien n’a été fait sans elle ; ce qui a été fait avait la vie en elle. Cette vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans l’obscurité, mais l’obscurité ne l’a pas reçue.

Dieu envoya son messager, un homme appelé Jean. Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient grâce à lui. Il n’était pas lui-même la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière. Cette lumière était la seule lumière véritable, celle qui vient dans le monde et qui éclaire tous les hommes.

Celui qui est la Parole était dans le monde. Dieu a fait le monde par lui, et pourtant le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre pays, mais les siens ne l’ont pas accueilli. Cependant, certains l’ont reçu et ont cru en lui ; il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. (…)

Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique, qui est Dieu et demeure auprès du Père, lui seul l’a fait connaître.

Évangile de Jean, chapitre 1
Traduction Français courant

Noël, c’est un début !

Noël, c’est un début. Le début d’une histoire. Trouver les mots justes pour commencer n’est pas chose facile. S’il vous arrive de temps en temps ou régulièrement d’écrire des textes ou des discours, vous savez combien il est important de choisir les premières paroles et que beaucoup de choses se jouent dans les premiers mots. Les experts en rhétorique ou en analyse de discours affirment que 80 % se jouent dans la première minute. Il est donc primordial de bien commencer.

Certains genres littéraires ont adopté des formules qui permettent de poser directement le cadre. Il n’y a pas de conte sans « il était une fois… », pas de discours politique sans « Mesdames et messieurs… ». C’est un début.

Mais comment commence-t-on un évangile ? C’est le casse-tête auquel ont été confrontés les auteurs des évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Comment débuter le récit de la vie de Jésus ? Une narration qui doit être au plus vrai du personnage historique et par laquelle les lecteurs et les lectrices, même 2000 ans plus tard, pourraient être menés vers la foi. Chacun des 4 évangélistes a apporté une réponse différente, a choisi d’autre paroles pour ouvrir son récit. Leurs premiers mots sont révélateurs de leur manière d’amener l’évangile à nos oreilles.

Marc est explicite, simple et bref. Il va droit au but et ne fait pas de mystère sur l’objectif de son récit, je cite : « Ici commence la Bonne Nouvelle qui parle de Jésus-Christ, le fils de Dieu » (Mc1,1) puis il introduit le personnage de Jean-Baptiste qui vient désigner Jésus comme celui qui est attendu. Pas de récit d’enfance, pas de crèche ni de mages. Jésus est adulte, il débute son ministère de proclamation du royaume de Dieu. Si Noël est le début de l’histoire, pour Marc, Noël est le baptême de Jésus. C’est cette voix qui descend du ciel et qui dit : « tu es mon fils bien aimé, en toi je mets toute ma joie ». Noël, c’est le début !

Pour Matthieu et pour Luc, le début de l’évangile, c’est le début de la vie de Jésus de Nazareth. Tous deux nous livrent les récits que nous connaissons bien et que nous aimons relire. Les récits qui ont inspiré nos cantiques, nos crèches et nos saynètes et qui habitent notre imaginaire.

Pour Luc, c’est ce couple qui va se faire recenser, c’est cet homme et cette femme en exil qui ne trouvent pas de place dans l’hôtellerie et qui se retrouvent abrités dans une étable. Mais avant cela encore, c’est la naissance inespérée de Jean Baptiste et l’annonce de l’ange à Marie. Avec Luc, Noël se prépare. Avant le début, il y a déjà quelque chose.

Pour Matthieu, c’est cette famille menacée par le roi Hérode et visitée par des mages venus d’orient. Mais avant cela, c’est l’ancrage dans une descendance humaine avec toute la généalogie partant du roi David jusqu’à Joseph. Avec Matthieu, Noël s’inscrit dans l’Histoire de toute l’humanité.

Le quatrième évangile, Jean, fait un choix radicalement différent. Pour ouvrir son récit narratif de la vie de Jésus, il ne choisit pas la narration d’une naissance, il choisit la poésie d’un récit symbolique. Noël, c’est un début. Et pour Jean, Noël débute ainsi : « Au commencement… » Tout comme le récit de la Création dans le livre de la Genèse : au commencement !

Noël, c’est un nouveau début. C’est l’ouverture d’un nouveau livre. C’est un nouveau départ. Une parole dans le silence. Une lumière dans l’obscurité. C’est Dieu qui vient planter sa tente au milieu du monde.

Et pour toi?!? Comment tout a commencé? Comment débute ton récit de vie?…

Dans une maternité sans doute? Ou alors avant, dans le désir de tes parents? Ici en Suisse ? Ou à l’autre bout du monde? Comment commence ton histoire?…

Autant de personnes présentes ici ce matin de Noël dans ce temple, autant d’histoires de vies. Autant de commencements. Et même plus! Car nos existences sont faites de tant de commencements.

Début d’une vie d’écolière…
Début d’une vie d’ado, d’étudiant. Début d’une vie professionnelle.
Début d’une vie de couple. D’une vie de parent.
Début d’une nouvelle vie quand les enfants quittent la maison.
Parfois début d’une nouvelle vie de célibataire. D’une nouvelle vie de couple.
Nouveau travail, nouveau statut social, nouvelles responsabilités.
Début d’une vie de retraité, de grand-parent, de veuf…

Combien de vies vivons-nous en l’espace d’une seule? Et toutes ont débuté, une fois ou l’autre. Parfois marquée par un début très net, symboliquement ritualisé ou non, parfois advenu dans le glissement ordinaire de la vie, perceptible après coup dans la relecture de notre parcours.

Choisis-tu le langage narratif pour raconter ta vie, tes commencements, ou bien le langage symbolique, comme Jean?

Et ta vie spirituelle?!? Comment a-t-elle débuté?
La première expérience de la foi? La première fois que tu t’es adressé à Dieu? La première incompréhension? La première colère contre lui?
« La parole n’est pas encore arrivée à mes lèvres, dit le psaume, que déjà du sais tout ce que je vais dire. »

Est-ce qu’une chose commence lorsqu’elle apparaît ou bien débute-t-elle déjà dans l’intention, dans la pensée qui la précède, dans le désir de ce qui va être?

Noël c’est un début! Au commencement, tout est possible. Tout est ouvert. Et c’est là la force de ce que nous fêtons aujourd’hui. Que ce soit au travers de la narration ou de la poésie, dans la réalité prosaïque de notre quotidien ou dans l’immensité de nos rêves : le commencement est toujours possible. Rien ne nous retient à jamais dans le désespoir des ténèbres. Il n’est jamais impossible de vivre un nouveau début. Il y a des pertes, des deuils, des choses qui ne sont plus. Mais il existe toujours une place pour que Dieu démarre quelque chose de nouveau.

Cela est vrai quelque soit notre âge, et même plus largement que les 7 à 77 ans des amateurs de Tintin: de la naissance jusqu’au dernier souffle, chaque jour peut-être le commencement de quelque chose.

Noël, c’est un début. C’est le début de la présence de Dieu dans le monde. C’est l’élan qui m’est donné pour vivre chaque jour dans sa présence.

Bon début à vous.
Bon Noël à vous !
Amen

 

Bonus

Le magnifique texte du Psaume 139 réécrit par le pasteur Christian Vez.
Je vous recommande son livre « Les Psaumes tels que je les prie » sorti en 2019 aux éditions Ouverture-Olivétan-OPEC.

Ô mon Dieu, tu m’as passé à ton scanner.
Tu m’as scruté jusqu’au plus profond de moi-même.
Tu connais mes rêves et mes élans. Tu me vois venir bien avant que je ne me sois mis en route.
Tu es attentif aux chemins que j’emprunte, ainsi qu’aux lieux où je m’arrête.
Tu sais ce que je vais dire, avant même qu’un son ne soit sorti de ma bouche.
Tu m’embrasses. Tu me protèges contre ce qui me rattrape et contre ce qui me saute à la figure.
Qu’on puisse me connaître si profondément me dépasse totalement.
Comment pourrais-je me retrouver en un lieu dont tu serais absent? Comment pourrais-je échapper à ta présence?
Imaginons que je m’évade aux confins de l’univers: tu serais là.
Ou bien que j’aille au fond du fond de la déchéance humaine: je t’y retrouverais.
Ou encore que je m’envole et me réfugie en une terre inconnue de tous: là encore ta main me conduirait, et ne lâcherait pas la mienne
Si je disais: « Que la nuit m’avale et me rende invisible à tout jamais! », ta lumière serait alors plus forte que mon obscurité, si bien que mes ténèbres deviendraient lumineuses.
Je suis ton œuvre. Lorsque je n’étais encore qu’un fœtus dans le ventre de ma mère, tu veillais déjà sur moi.
Je reconnais que je suis un petit bijou, façonné par ton amour et ton talent.
Force m’est d’admettre que tout ce que tu réalises est extraordinaire.
Tu as soigneusement choisi chacune des cellules qui me composent, et cela dès le jour de ma conception.
Alors même que je n’existais qu’à l’état de désir, tu avais déjà préparé toutes les pages du livre sur lesquelles ma vie allait s’écrire.
Ô mon Dieu, comment pourrais-je faire le tour de tout ce que je te dois?
C’est impossible! Autant essayer de compter les grains de sables du Sahara!
Alors que je sors de ma rêverie, tu es toujours à mes côtés.
Dis-moi, mon Dieu, comment peux-tu laisser faire ceux qui détruisent ton œuvre?
Je t’en prie, fais en sorte que ça ne soit jamais mon cas!
Qu’en aucune circonstance je ne m’abaisse à utiliser tout ce que je te dois pour tromper, ou pour nuire à autrui.
Car ce genre de comportement, qui va à contresens de ton œuvre, m’écœure et me dégoûte profondément.
Je l’ai en horreur. Je m’efforce de la combattre lorsque je le sens germer en moi.
Oui, mon Dieu, passe-moi à ton scanner! Analyse-moi en profondeur!
Éprouve-moi jusque dans mes fantasmes les plus secrets!
Éclaire la croisée de mes chemins, lorsque je risque de m’aventurer sur des sentiers sans issue!
Et conduis-moi sur la bonne route, celle qui m’ouvre des perspectives d’avenir!

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