La joie de la récolte

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C’était la liesse vendredi dans les rues de Cortaillod. Les klaxons ont sonné et on entendait chanter. Les vendanges sont finies! Après 2 semaines de travail intense, les équipes de vendangeurs et les viticulteurs laissent exprimer leur joie. Leur soulagement aussi: les récoltes sont à l’abri. Elles ne sont plus exposées aux intempéries ou à la sécheresse. Elles ne sont plus sujettes aux mauvais traitement d’un quelconque produit chimique. Aucune mauvaise surprise de dernière minute n’est venu gâcher cette moisson qui s’annonçait belle et qui l’est. Car la nature, cette année, a été favorable: baignant nos coteaux de soleil et l’épargnant de la grêle ou des précipitations trop abondantes. Pourquoi fut-elle favorable cette année? Cela relève du mystère de la nature…

Un mystère dont se fait l’écho la parabole de ce matin. Bien plus d’ailleurs qu’elle ne fait honneur au travail rigoureux qu’exigent les métiers de l’agriculture. Pas sûre que nos bons paysans suisses – auxquels nous devons tous notre subsistance, il ne faut pas l’oublier – se reconnaissent dans l’évocation de cet homme qui jette de la semence en terre, presque avec nonchalance, puis la regarde pousser.

Une parabole pour évoquer un Royaume

Mais vous le savez comme moi, Jésus ne dit pas là qu’une simple petite histoire bucolique, il raconte une parabole. Et toute la force de la parabole, c’est de faire comprendre quelque chose tout en parlant d’autre chose. C’est de faire émerger de la profondeur d’un récit apparemment léger. C’est de permettre de rencontrer Dieu dans ce qui relève de la plus grande banalité.

On ne peut d’ailleurs pas s’y tromper. Puisque ce récit commence par ces mots: Voilà à quoi ressemble le Royaume de Dieu…

Le Royaume de Dieu… qu’est-ce que c’est?!?
Eh bien, si vous attendez de moi que je vous donne une réponse nette et claire, une définition simple et définitive, je préfère vous prévenir tout de suite que je n’en n’ai pas l’intention. Je n’en suis pas capable et je pense même qu’il faut se méfier de celles et ceux qui prétendent savoir ce qu’est le Royaume de Dieu.

Car voyez-vous, Jésus lui-même n’en a pas donné de définition. Il ne l’a pas décrit, il l’a évoqué. Du Royaume, Jésus en a parlé en langage indirect. Ce qui fait que ses auditeurs d’hier – comme ses auditeurs que nous sommes aujourd’hui – ne sont pas seulement des récepteurs passifs d’une description. Pas les paraboles, Jésus fait appel à notre imagination, à notre capacité de faire des liens entre notre réalité et ce qu’il veut nous révéler. Nous sommes des destinataires actifs de l’Évangile.

Le Royaume de Dieu a été au cœur du message et de l’action de Jésus. L’évangéliste Marc nous présente un Jésus habité de la conviction qu’il n’est pas là pour annoncer des vérités sur le Royaume de Dieu, mais que le Royaume advient. Au travers de ses paroles, mais aussi de ses actes, c’était le Royaume qui se fait présent. Peut-être sommes-nous troublés par ce terme de Royaume qui nous fait penser à un territoire et une époque dominés par un souverain puissant. Il serait préférable d’utiliser le terme de Règne de Dieu. Le Règne exprime mieux cette dynamique, cette force de Dieu. Cette puissance qui s’exerce dans le monde et qui le transforme.

Par ses actes et ses paroles, Jésus faisait advenir ce Règne de Dieu dans le monde. L’espérance eschatologique chrétienne est qu’à la fin des temps, ce Règne s’exercera dans sa plénitude. Mais aussi qu’il s’exerce déjà, de manière imparfaite, dans notre monde. C’est ainsi que nous vivons sans cesse dans la tension du déjà, mais pas encore.

En évoquant le Règne de Dieu, semblable à… Jésus le fait advenir déjà un peu, dans la transformation opérée chez ses auditeurs impliqués dans l’écoute et la compréhension de la parabole. Car nous ne devrions pas repartir tout à fait les mêmes de l’écoute d’une bonne parabole et entendue à la lumière de la foi! Attention, chers amis: ces quelques versets peuvent changer le monde. Ou en tout cas changer notre rapport au monde!

Laisser la terre faire son œuvre

Un homme, comme vous et moi, sème. C’est son travail. Il le fait et le fait probablement bien, comme nous accomplissons avec soin les tâches qui nous sont confiées dans la vie. Avec savoir-faire.
Il sème. Et cette semence, si nous avons été des lecteurs attentifs de l’évangile de Marc, nous nous souvenons que peu avant, une autre parabole la comparait à la Parole de Dieu.

food-165214_1280Il sème, donc, puis que fait-il? Rien. Il laisse la terre, la nature faire son œuvre. Il lui laisse sa place. Ne cherche pas à suppléer, à modifier, à démultiplier le rendement. Il se retire et il laisse faire. Cela peut sembler irresponsable. Pourtant, cela demande une grande force. Celle d’admettre que tout n’est pas entre ses mains. Qu’il ne maîtrise pas tout. Il fait confiance à la terre et confiance à Dieu pour que cette semence s’enracine, qu’elle croisse et qu’elle s’épanouisse. Rien ne l’assure que des oiseaux ne viendront pas picorer ses graines, que des fortes pluies n’emporteront pas ses semences, qu’une trop forte chaleur n’assoiffera pas la plante naissante. Il fait confiance.

Pas si simple de lâcher. Pas si aisé de laisser vivre un projet pour lequel on s’est engagé et que l’on a porté. Pas si facile pour des parents de laisser leurs enfants grandir et s’émanciper. Pas si simple de semer puis de faire confiance.

Puis quand le grain est mûr, l’homme récolte. Il recueille ce fruit qui, d’une manière qui reste mystérieuse pour lui, s’est développé. Ainsi en est-il du Règne de Dieu.

Semer…

Notre rôle est de semer l’Évangile en paroles et en actes. De témoigner que ce Règne existe et qu’il est déjà en action. Qu’une autre réalité est possible. L’observation froide de notre monde n’est pas très enthousiasmante. Tricheries, corruption, conflits, soif de pouvoir,… Où donc est le Règne de Dieu? Est-il vraiment présent ou n’est-ce qu’une illusion dans laquelle se perdent des chrétiens trop crédules?

Il est bon de se rappeler que celui qui raconte cette parabole n’est personne d’autre que celui qui s’avance vers la croix. Il ne récolte pas les fruits de ce qu’il sème. Au contraire, lui récolte haine, jalousie et violence. Mais la mort de Jésus, qui alors apparaissait comme un échec infamant, nous le recevons aujourd’hui encore comme une formidable victoire. Nous récoltons encore les fruits de ce qui a été semé.

… et récolter

Dieu compte sur nous pour semer et pour nous réjouir des fruits. Empoigner nos outils et les cueillir avec joie et reconnaissance. Mercredi dernier, c’est autour du texte de cette parabole que nous avons vécu la première étape du parcours biblique de cette année. Après une bonne heure d’échanges autour de ce texte, une personne présente a dit: voilà un texte qui fait du bien! Et je suis d’accord. Oui, cette parabole fait du bien! Elle nous fait du bien et elle nous encourage à faire du bien.

Nous avons également discuté du fait que cette parabole ne se trouve que dans l’évangile de Marc. Ni Matthieu ni Luc, qui pourtant connaissaient l’évangile de Marc, n’ont retenu cette parabole dans leur propre évangile. Pourquoi?… nous ne le saurons jamais. Mais nous pouvons nous interroger: cet appel à faire confiance était-il trop radical pour eux?

Le sacré s’invite dans le profane

Pour dire tout cela, Jésus aurait pu tenir de grands discours. Il a préféré l’évoquer par cette parabole toute simple. Ce n’est pas seulement par habileté rhétorique, pour parler un langage accessible à ses auditeurs, ce choix dit quelque chose de plus profond. Il n’est pas nécessaire d’utiliser des mots compliqués pour évoquer Dieu. Pas nécessaire non plus de s’extraire de notre monde pour le rencontrer. Lui-même vient à notre rencontre dans notre réalité. Dans notre vie réelle. Dans le champ du paysan, comme dans notre cuisine, dans le bus ou au bureau. Il n’y a pas de lieu ou de temps sacrés pour rencontrer Dieu. Dieu s’invite dans notre monde le plus profane.

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Semez sa Parole! Et faites-lui confiance.
La moisson sera belle. Il nous le promet.
Et si nos yeux commencent déjà à s’ouvrir un peu à son Règne, nous verrons des fruits. Des grains mûrs de vérité, de bonté et de grâce, il y en a déjà à récolter.

Faites confiance au Seigneur!

Amen

Texte biblique

Marc 4,26-29

Jésus dit encore: «Voici à quoi ressemble le Royaume de Dieu: Un homme lance de la semence dans son champ. Ensuite, il va dormir durant la nuit et il se lève chaque jour, et pendant ce temps les graines germent et poussent sans qu’il sache comment. La terre fait pousser d’elle-même la récolte: d’abord la tige des plantes, puis l’épi vert, et enfin le grain bien formé dans l’épi. Dès que le grain est mûr, l’homme se met au travail avec sa faucille, car le moment de la moisson est arrivé.»

A lire: études 1 et 2 du Cours biblique par correspondance

2 réflexions au sujet de « La joie de la récolte »

  1. Bonsoir,
    Je suis inscrite au cours biblique par correspondance et je viens de terminer et envoyer l’étude sur ce verset hier. Presque dommage que je n’ai pas pu lire votre prédication avant.
    Peut-être nous aurons du contact par rapport au cours? Pour le moment c’est Mme Kissling qui sera ma correspondante, mais je n’ai pas encore eu du contact.
    J’apprécie beaucoup l’OPF.
    Bonne soirée
    Tamara

  2. Bonjour. Cela me réjouit que vous participiez au Cours biblique par correspondance. Ces cours sont toujours de grande qualité. Pour ma part, je ne fais pas partie de l’équipe de responsables. Je suis comme vous une « utilisatrice » du programme étant donné que nous nous basons sur ces études pour animer des rencontres autour de la Bible dans la paroisse. Et j’aime reprendre le texte étudié en groupe comme sujet de prédication.
    Je vous souhaite une très bonne saison d’études autour des paraboles.
    Amicalement
    Diane

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