À table!

Prédication du culte du 2 janvier 2022 à Bôle.
Lectures bibliques: Ecclésiaste 9,7-10 et Matthieu 5,13-16

Savez-vous ce à quoi nous portons le plus d’intérêt? Ce autour de quoi tout tourne?!?
Notre estomac! Oui l’estomac, et ce que nous mettons dans celui-ci.

Vous ne me direz pas que le menu n’a pas eu une part importante dans vos préparatifs de Noël. Ni que les heures passées en famille ou entre amis ces derniers jours ne l’ont pas été autour de la table. On mange trois fois par jour, quand ce n’est pas un peu plus parce que l’on grignote un petit chocolat ici ou là entre les repas… Les ménages suisses consacrent 12 % de leur budget à l’alimentation, ce qui est beaucoup moins qu’auparavant mais reste une part importante tout de même. Et on en passe du temps autour de la table! C’est le point de ralliement de la famille. A midi ou le soir, on s’y raconte sa journée, on règle les relations, on organise la vie ensemble.

Il y a les menus du temps ordinaire et les menus de fête. Manifester notre attention à une personne que l’on aime s’exprime aussi par l’assiette. On invite au restaurant, on cuisine un gâteau pour y planter des bougies, on met les petits plats dans les grands pour soigner l’accueil et témoigner à une personne l’affection que l’on a pour elle.

Et un repas, cela se prépare. Que l’on s’y attelle avec joie et soin ou que cela devienne parfois une corvée, on n’y échappe pas. Menus mitonnés pendant des heures, ou en-cas sur le pouce: une préparation même rapide est nécessaire. La cuisine est aussi un lieu privilégié de transmission intergénérationnelle, d’éveil aux sens et d’apprentissage d’un savoir-faire.

Des repas à toutes les pages

Nos journées, nos années, nos vies sont ponctuée de repas. Notre langage est truffé (truffé!) d’expressions culinaires. Et notre Bible aussi!

Laissez venir à votre esprit des récits bibliques et vous verrez qu’il est extrêmement souvent question de nourriture. La rencontre entre la femme de mauvaise réputation et Jésus ? Chez Simon, au cours d’un repas. (Lc 7,36-50) Les noces de Cana ? Un repas de fête bien sûr. (Jn 2,1.12) La parabole des invités au festin: « Voilà à quoi ressemble le royaume des cieux : un roi organisa un repas de fête. » (Mt 22,2) Le royaume des cieux, rien que ça! Et bien entendu… le dernier repas!

Que fait-on quand il se passe quelque chose d’important? On fait tuer le veau gras et on mange. Abraham accueille les 3 inconnus qui s’avèreront être des messagers de Dieu. « Il courut vers le troupeau, choisit un veau tendre et gras. Il le remit à son serviteur, qui se dépêcha de le préparer. Quand la viande fut prête, Abraham la plaça devant ses visiteurs avec du lait caillé et du lait frais. » (Gen 18,7-8)

Le fils prodigue rentre à la maison, on le fête. On tue et on cuisine le veau patiemment engraissé pour faire un « joyeux repas » (Lc 15,23), ce qui ne manque pas de mettre en rage le frère aîné. En famille, la table est aussi parfois le lieu des règlements de compte, des disputes et de l’expression des jalousies.

L’abondance et le manque

Pour marquer la fête, la nourriture et la boisson sont abondantes. Mais l’estomac se manifeste aussi lorsque la nourriture vient à manquer. Jeûnes choisis, démarche religieuse et spirituelle ou jeûnes subis. Quand l’estomac est vide, il est d’autant plus au centre de l’attention.

Dans le désert, le peuple râle et se rebelle. La faim est motif de révolte jusqu’à ce qu’ « un soir, des cailles arrivèrent se se posèrent sur tout le camp ; et le matin, tout autour du camp, il y avait une couche de rosée. Lorsque la rosée s’évapora, quelque chose de granuleux, fin comme du givre, restait par terre. » (Exode 16,13-14). C’était la manne. Du pain venu du ciel.

D’autres se retirent dans le désert pour s’approcher de Dieu. C’est Jean-Baptiste, c’est le prophète Élie, c’est Jésus quand il sera confronté aux tentations, dont celle de transformer des pierres en pain.

Le jeûne est une démarche religieuse, l’expérience du manque qui permet de réaliser la bénédiction de la plénitude. Mais gare à ce qu’il ne devienne pas une volonté de plaire à Dieu… et aux hommes. Rappelons-nous des paroles du prophète Ésaïe. « Est-ce en cela que consiste le jeûne tel que je l’aime, le jour où on s’humilie ? Courber la tête comme un roseau, revêtir les habits de deuil, se coucher dans la poussière, est-ce vraiment pour cela que vous devez proclamer un jeûne ? Le jeûne tel que je l’aime le voici : c’est libérer les hommes injustement enchaînés, c’est débarrasser le joug qui pèse sur eux ; c’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref, c’est supprimer ce qui les tient esclaves. » (Es 58,6)

Et Jésus de renchérir : « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme le font les hypocrites : ils changent de visage pour que tout le monde voie qu’ils jeûnent. Il sont déjà leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, lave-toi le visage et peigne tes cheveux, afin que les gens ne se rendent pas compte que tu jeûnes. » (Mt 6,16-18)

Tournez les pages de votre Bible et vous verrez. Tout tourne autour de l’estomac. L’être humain est un estomac. Il pense, il prie, il vit par le ventre. Des récits de repas, des lois sur la nourriture, sur ce qu’il convient de manger et sur ce dont il faut s’abstenir, des senteurs et des goûts, les pages de la Bible sont un immense garde manger! Et je ne parle même pas des expressions, les images et les métaphores autour du pain, de la vigne, de l’eau, du poisson…

Toutes ces considérations autour de l’estomac vous a peut-être mis en appétit. Et comme ce matin, nous n’avons pas prévu de partager la cène, il n’y a rien à se mettre sous la dent au culte. Même pas de nourriture symbolique! Un morceau de pain, une gorgée de vin. Symbole du repas qui, depuis la naissance du christianisme, réunit les croyantes et les croyants et manifeste la présence de Dieu au milieu de nous, dans le concret de nos vies, à table. Donc tous les jours dans notre quotidien.

Pas de nourriture solide, juste de la nourriture spirituelle ce matin. Une nourriture qui, parfois, rassasie de manière plus profonde et durable. « Les disciples priaient Jésus de manger : Maître, mange quelque chose !, disaient-ils. Mais il leur répondit : J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se dirent alors les uns aux autres : Quelqu’un lui a-t-il apporté de la nourriture ? Jésus leur dit : Ma nourriture est d’obéir à la volonté de celui qui m’a envoyé et d’achever le travail qu’il m’a donné à faire. » (Jn 4,31-34)

Cette nourriture, nous la recevons au travers des Écritures, comme la manne tombée du ciel. Mais il nous faut ensuite la travailler, l’apprêter, en concocter quelque chose de beau et de bon. Pour la partager. Lui donner la saveur de la vie. L’assaisonner selon notre réalité.

Vous êtes le sel

« Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5,13). C’est à vous de faire mijoter ce que vous avez reçu. Sinon, l’Évangile restera lettre morte dans un placard clos. Comme ces milliers de grains de sels inodores enfermés dans un bocal à la cuisine. Si on n’en jette pas une poignée dans la soupe, comment le sel pourrait-il donner du goût?

Vous êtes les sel!
Donnez de la saveur au monde! Soyez les témoins du Christ dans vos actes et vos paroles. Laissez votre foi guider votre route et la vie – la vôtre mais pas seulement – n’en aura que plus de goût!

A vos fourneaux!
Amen

Mieux vaut un plat de légumes là où il y a de l’amour qu’un bœuf gras assaisonné de haine.

Proverbes 15,17

Prédication inspirée par la lecture de l’ouvrage d’Olivier Bauer Le protestantisme à table, les plaisirs de la foi. Labor et Fides, 2000.

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