Quand un simple bâton devient signe

Prédication du dimanche 11 septembre à Cortaillod.
Baptême de la petite Alexia (1 an) et accueil de Vincent Schneider, diacre, et Kevin Didot, animateur de la plateforme RequérENSEMBLE.
Textes bibliques: Exode 4,1-4 et 2 Corinthiens 1,3-4

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Jour de fête

Aujourd’hui est un jour de fête pour Alicia. Le jour de son baptême et également l’occasion de fêter son premier anniversaire. Je pense ne pas me tromper en disant qu’aujourd’hui, elle va être particulièrement choyée et gâtée. Et certainement que plusieurs d’entre vous lui offriront un joli cadeau.

Dans un simple cadeau, il y a beaucoup de choses qui sont exprimées. Le fait que vous tenez à Alicia, qu’elle est précieuse à vos yeux. Que vous souhaitez contribuer à la rendre heureuse. Aujourd’hui, mais aussi au cours de son existence. Et même si l’on sait que les jeunes enfants transforment rapidement en confettis les paquets emballés avec soin, on se donne quand même la peine de choisir un joli papier et de faire un joli paquet.

A de nombreuses occasions dans l’année et dans une relation avec une personne proche, nous symbolisons par un objet et par la manière de le présenter, toute l’affection que nous lui portons et notre souhait de prendre soin de notre relation. Plus largement, dans les relations humaines, nous avons besoin de signes. D’en donner et d’en recevoir.

Dissocier l’objet du signe

Nous vivons aujourd’hui dans un monde occidental immergé dans les biens matériels et dans l’habitude de pouvoir obtenir ce que l’on veut. Peu de biens matériels sont aujourd’hui inaccessibles. Lorsque l’on a envie de quelque chose, pour soi ou pour son enfant, on l’achète. L’objet offert ne suffit pas – ou ne suffit plus – à rendre heureux.

On peut s’en offusquer. Peut-être peut-on aussi saisir cette situation comme une chance. Car il s’agit dès lors, pour redonner de l’importance à un cadeau, de soigner particulièrement sa signification symbolique. Séparer l’objet lui-même de sa signification symbolique. Et soigner tout particulièrement celle-ci.

Vous avez peut-être chez vous un objet qui ne vous plaît pas vraiment, ou que vous ne trouvez pas joli, mais vous les conservez car il vous rappelle la personne qui vous l’a offert. Ou bien vous avez, sur votre frigo ou sur une commode, un dessin ou un bricolage qu’un enfant décoloré par le temps. Vous le gardez pourtant. Ainsi, nous dissocions de manière évidente l’objet sans grande valeur de sa signification symbolique, importante pour nous.

Besoin de signes communautaires

Pas toujours facile, dans notre monde qui se veut très raisonnable, de faire une place au symbolique et d’assumer le besoin de signes que nous avons.

Nous sommes aujourd’hui le 11 septembre 2016, soit 15 ans après le terriblement célèbre 11 septembre 2001. Aujourd’hui à New-York, un mémorial a été construit à l’emplacement exact des deux tours. Toutes les discussions et les débats qui ont eu lieu autour de ce mémorial tournent autour de ces questions symboliques du signe: Que voulons-nous exprimer par ce mémorial?

Au total, 5201 projets ont été déposés. On peut imaginer les débats pour en choisir un et le réaliser. Débats pour en écarter 5200 et en garder 1. Et encore, celui qui a été gardé a été largement modifié par rapport au projet initial.

Ce sont finalement deux immenses bassins qui ont été creusés à l’emplacement des deux tours. Avec des chutes d’eau qui s’engouffrent dans les profondeurs. Une manière peut-être dans ce cas d’assumer notre besoin de signes… et de profondeur!

Des récits bibliques truffés de signes

Nombreux sont les récits bibliques empreints de cette dimension.

Ce qui nous permet, quand nous sommes enfants, de nous plonger dans ce monde sans difficulté. Fascinés par les histoires extraordinaires, les plus jeunes s’identifient au personnages et vivent leurs épopées. Mais une fois adultes, nous nous méfions de ce que nous ne comprenons pas. Et tout ce qui sort de l’ordinaire a tendance à discréditer l’ensemble du texte.
Pourtant, le monde de la Bible parvient à intégrer de manière subtile des événements prodigieux tout en étant très critique sur la magie, telle qu’elle était pratiquée par le Égyptiens ou les Babyloniens.

Des prodiges qui deviennent les signes d’une relation particulière avec Dieu. L’histoire de Moïse avec ton bâton est typique des récits de vocation des prophètes.
Il est choisi par Dieu et répond: Je ne pourrai pas! Je ne suis pas assez bien! Je ne suis pas assez respecté! Je ne parle pas bien! Personne ne m’écoutera! … Choisis donc quelqu’un d’autre.

Jérémie, Amos, Esaïe, Jonas, Moïse : tous pareil!
Mais enfin… pourquoi moi?!?

Moïse, apparemment, ne se sent pas à la hauteur de la mission. Et ne voit pas pourquoi Dieu le choisit lui plutôt qu’un autre. Dieu lui demande: qu’as-tu dans la main?
Attirant l’attention sur ce bâton qui ne le quitte jamais. Celui sur lequel il se repose et avec lequel il dirige son troupeau. Moïse est un berger, et Dieu le sait. Il ne l’a pas choisi par erreur ou par hasard. C’est lui qu’il envoie pour changer la destinée de son peuple.

Le bâton se transforme en serpent, animal évidemment associé au danger. Dont la morsure fait peur et représente une menace réelle pour les populations nomades. Un serpent que Dieu demande à Moïse d’empoigner, affrontant ses craintes et se soumettant à la parole du Seigneur. L’expérience montre au prophète que le danger s’écarte lorsqu’il place sa confiance en Dieu et qu’il agit en suivant ses prescriptions.

Prodige de la transformation

Un prodige, un événement qui transforme son bâton bien sûr. Mais qui transforme surtout Moïse. Et le regard que celui-ci porte sur son bâton. Dès à présent, le bâton ne sera plus le simple bout de bois du berger, mais il sera empreint de cette expérience de proximité avec Dieu. Signe qu’il peut se reposer sur lui et que le Seigneur l’accompagne dans ses pérégrinations, à la tête de son peuple.

Nous accueillons ce matin deux personnes qui ont décidé de suivre l’appel qu’ils ont reçu. Et qui s’engagent dans un ministère. Peut-être avez-vous, Vincent et Kevin, un objet qui symbolise cet appel. Quelque chose qui est le signe de votre engagement et auquel vous tenez.

Peut-être n’en avez-vous pas. Ou pas encore. Vous trouverez, je l’espère, dans notre communauté, les encouragements, les repères et les signes que votre engagement est porté par plus grand que vous, plus grand que nous. Afin que vous puissiez, comme le disait l’apôtre Paul, apporter du réconfort puisque vous êtes vous-mêmes réconfortés par Dieu.

Notre signe communautaire

Si nous n’avons pas toujours un objet personnel qui signifie notre lien à Dieu, nous en avons en tant que communauté. Et c’est Dieu lui-même qui nous les a donnés. Je pense bien entendu à l’eau du baptême et aux espèces de la cène: le pain et le vin.

En eux-mêmes, ils n’ont rien de magiques. Comme le bâton de Moïse n’est au font qu’un bout de bois. Mais ils sont investis de sens.
Le signe de la présence de Dieu dans nos vies.
Ce ne sont pas des objets onéreux ou rares, mais bien ce qu’il y a de plus banal et quotidien: de l’eau, du pain, du vin.

Qui signifient pour nous que Dieu n’est pas lointain mais qu’il investit et transforme notre réalité.
C’est sans doute le plus beau des cadeaux!

Amen

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