Prédication du dimanche 5 juillet 2026 sur la plage à Auvernier. Lecture biblique: Jérémie 18,1-12.
Dieu a quelque chose à dire
J’ai quelque chose à te dire!
C’est Dieu qui s’adresse à Jérémie. Lui qui interpelle son prophète. Il a quelque chose à lui dire. Un message à lui transmettre mais pas question de donner un enseignement direct. Sans soigner la manière de le faire. Dieu a quelque chose à dire à Jérémie mais pour que celui-ci reçoive sa parole, il faut que les conditions soient réunies.
Jérémie est un prophète. Qu’est-ce que c’est, un prophète ? Dans l’imaginaire courant, un prophète est un diseur de prophéties. Schématiquement, une personne un peu perchée qui voit l’avenir et qui formule des messages énigmatiques. Est-il pris au sérieux ? Pas vraiment. Mais on ne se moque pas trop de lui non plus, on ne sait jamais. On ne le crois pas, mais on le craint quand même un peu.
Le prophète de l’Ancien testament, ce n’est pas ça. D’abord il ne voit pas l’avenir. Le prophète est résolument axé sur le présent. Ce n’est pas un diseur de bonne aventure ou un voyant. C’est un messager.
Pour une raison ou pour une autre, il a un rapport de grande proximité avec Dieu et celui-ci lui confie la mission de transmettre sa parole à ses contemporains. Mais comme ce que Dieu a à dire n’est pas toujours très facile à entendre, être prophète constitue une position particulièrement risquée. Car c’est bien connu, quand le message déplaît, on tire sur le messager.
Dans le récit de vocation de Jérémie, au début du livre qui porte son nom, la pénibilité de la tâche n’est pas cachée au jeune homme qu’il est encore. Dieu l’enverra déraciner, renverser, détruire et démolir. Il l’enverra aussi reconstruire et replanter. (Jérémie 1,10). Être porte-parole de Dieu n’est pas aisé. Devenir son prophète n’est pas léger.
Un rendez-vous
Ce jour-là, Jérémie a rendez-vous. Il a rendez-vous avec Dieu. Rendez-vous avec une parole. Un nouveau message qu’il devra ensuite transmettre au peuple. Jérémie se met donc en posture d’écoute, attentif aux signes et aux paroles. En recherche de sens dans ce qu’il voit, perçoit et entend.
Jérémie a rendez-vous chez le potier. Dans le texte, les événements s’enchaînent. Tout semble aller vite, en quelques versets à peine. Pourtant, Jérémie a dû y passer du temps chez ce potier. Il l’a observé en train de travailler. Longuement, patiemment. Suffisamment pour le voir façonner plusieurs vases. Certains correspondaient à ses attentes, d’autre pas.
Le texte passe du passé simple : Jérémie descendit chez le potier à l’imparfait : si le vase qu’il façonnait… Le travail du potier n’est pas un événement ponctuel, il devient une illustration universelle. Sous le regard du prophète, les gestes précis du potier ce jour-là acquièrent le statut d’une leçon de vie. Ils sont le support d’une parole divine.
L’interprétation d’un signe
Entre les mains du potier, l’argile devient parole de Dieu. Ses mains créatrices deviennent une parabole. Et c’est là que le prophète, tout absorbé dans sa méditation, rencontre celui qui lui avait donné rendez-vous.
Le prophète interprète le signe. Il formule le message que Dieu lui confie. Et cette interprétation a de quoi nous surprendre. Car si la visite du potier pouvait évoquer la beauté de la création, d’un Dieu exigent qui prend soin des détails et n’hésite pas à recommancer pour que sa création corresponde à ce qu’il espère, Jérémie, lui, y voit un avertissement.
Attention ! Comportez-vous bien car si ce n’est pas le cas, le Grand potier n’hésite pas à faire une grosse boule de tout l’argile et à détruire ce qui était en projet. Voilà un message terriblement rude !
Mais pour Jérémie, Dieu est un potier qui ose changer d’avis, en fonction de comment se comporte l’argile. Même un vase qui semblait mal parti, s’il s’assouplit, a ses chances. Rien n’est donc déterminé à l’avance. Rien n’est inéluctable.
Dans la réalité de ce que vit le peuple à l’époque de Jérémie, tel est le message du potier. Dans la conception du monde de l’époque, les malheurs qui s’abattent sur le peuple, dominé par les grandes nations alentours, ne peuvent se comprendre que comme une leçon divine. C’est parce que vous n’avez pas été fidèles à votre Dieu que votre vie en pâtit. Et pas seulement votre existence individuelle, mais la destinée de votre peuple.
Les prophètes comme Jérémie sont donc porteurs de ce message divin : les malheurs qui vous arrivent sont le fruit de votre désobéissance. Ils sont la conséquence de votre éloignement d’avec Dieu. Changez de comportement, Dieu est prêt à pardonner. Mais si vous vous entêtez, alors les malheurs seront immenses.
Telle était la lecture du monde et de la réalité au temps du prophète Jérémie. On pense que les prophètes annoncent l’avenir. En réalité, ce qu’ils font, c’est donner des avertissements : si vous continuez comme ça, voilà ce qui va arriver. Oui… mais vous pouvez encore changer.
Des avertissements
Aujourd’hui notre vision du monde n’est plus la même. On n’interprète pas les malheurs comme des punitions divines, ou des conséquences de notre éloignement de Dieu. (et heureusement!)
Pourtant… pourtant ces avertissements existent toujours. Ils ont pris d’autres formes. Et on n’est pas plus enclins à les écouter. Depuis combien d’années entendons-nous des avertissements sur le réchauffement climatique ? Quelques jours de canicule et on se dit qu’il faudrait agir. Et puis l’air plus frais revient et on range cette préoccupation dans un tiroir. On la ressortira l’été prochain.
Depuis combien de temps, pourtant, des hommes et des femmes nous disent : si l’humanité ne change pas de comportement global, la Terre va gagner plusieurs degrés en quelques décennies à peine ! Ceux que l’on prenait à l’époque pour des allumés n’étaient-ils pas un peu prophètes ? Les prophètes contemporains se font les porte-paroles de messages d’avertissement. Mais on les rejette comme nos ancêtres ont rejeté Jérémie.
Nouveau sens donné par le Christ
On n’a plus la même compréhension du monde. Plus la même compréhension de Dieu non plus. Au XXIe siècle, on ne voit plus Dieu comme celui punit ou libère son peuple en faisant dépendre ses décisions du comportement des humains.
Comme chrétiens et chrétiennes, nous ne pouvons plus lire les textes de l’Ancien Testament en faisant abstraction du fait qu’entre temps est venu Jésus-Christ. Et qu’à travers lui, nous avons découvert un Dieu qui n’est pas à l’origine du mal ou de la souffrance, mais un Dieu qui rejoint l’être humain au cœur des épreuves pour vivre et vaincre avec et pour lui le mal.
On ne cherche plus à expliquer l’origine des souffrances, mais nous témoignons de la présence du Christ au cœur de celles-ci.
Un nouveau rendez-vous
Si Jérémie avait vécu bien plus tard, qu’il avait connu le Christ, qu’aurait-il vu dans les gestes du potier ? De ces mêmes mains, de ce même argile, de ce même travail, il aurait entendu une autre parole.
Imaginons un instant ce rendez-vous avec Dieu. Jérémie, plongé dans sa méditation, observe le travail du potier. Il en tire une leçon de vie. Il y entend la parole de Dieu. Il s’y sent rejoint pas le Christ.
Un Dieu qui crée. Qui est à l’origine de ce qui est. De la vie et des êtres. Ce Dieu potier aime sa création. A tel point que lorsqu’il sent que ce qui naît entre ses doigts n’est pas à la hauteur de ce qu’il veut pour le monde, il modifie. Il recommence encore et encore jusqu’à ce qu’il puisse dire : voilà, cela est bon. Ce potier créateur confie de l’argile à d’autres mains. A celles de ses créatures qui, à leur tour, façonnent le monde. Parfois, leurs projets s’embourbent. Les humains s’engagent dans la mauvaise voie. Alors le potier ose retrancher. Arracher pour mieux planter. Il ne voit pas de vases bons ou mauvais en soi. La valeur du vase qui naît entre ses doigts dépend du regard que le potier porte sur lui. Correspond-il à ce qu’il considère comme adéquat ?
Dieu pourrait-il être ce potier pour vous ? Pour nous ?
Ce jour-là, Jérémie avait rendez-vous avec Dieu. Il a pris le temps d’observer, de s’imprégner, de méditer, d’interpréter, de lire sa réalité à la lumière de ce qu’il percevait du travail du potier. Il s’est mis à l’écoute pour que de l’ordinaire émane une parole divine.
Nous aurons des occasions cet été, que ce soit ici ou lors d’un voyage à l’étranger, de rencontrer des personnes. Peut-être de découvrir des métiers, des habitudes, des façons de vivre. Nous pouvons en faire de simples souvenirs de vacances, prendre quelques jolies photos et les ranger dans un coin de notre tête.
Mais pourquoi ne pas en faire des occasions de découvrir des messages divins, des leçons de vie, des paraboles. Un rendez-vous avec Dieu !
Amen