Questions et réponses révélatrices

Prédication du culte du dimanche 18 octobre au temple de Colombier. Avec le baptême du petit Nathan.

Lectures bibliques : Esaïe 45,1-3 et Matthieu 22,15-22

Les pourquoi et les comment?

Papa, comment les nuages ils tiennent accrochés dans le ciel ?
Marraine, pourquoi les vaches elles ont des cornes ?

Quand un petit enfant grandit, il acquiert peu à peu la capacité à marcher, à parler, à faire des choses par lui-même. Ces phases de développement sont ponctuées par des phases de questions  : les pourquoi et le comment ?

La fréquence de ces questions met parfois à mal notre patience, mais comme parents, nous nous efforçons de leur répondre car c’est ainsi que l’enfant se construit. Certaines questions appellent des réponses que nous sommes en mesures de leur fournir, nous les adultes. D’autres sont plus compliquées. Elles semblent aussi tomber de nulle part et n’arrivent pas nécessairement au moment où nous sommes les plus disponibles. C’est en général quand nous avons les bras chargés de courses et que nous sommes pressés par le temps pour reprendre la voiture parce qu’on a déjà dépassé le temps de stationnement qu’arrive : Maman, pourquoi le chat il est mort ?

À certaines questions, nous n’avons pas de réponse claire et simple à donner. Elles n’appellent pas un savoir, mais un croire. Elles ne touchent pas à nos connaissances, mais à nos convictions. Ces dernières sont plus difficiles à formuler.

Et c’est là qu’on se dit : attends, je dois avoir gardé le numéro de téléphone de la pasteure quelque part 🙂

L’innocence de la question

Lorsqu’un enfant pose une question, il expose en même temps son ignorance. S’il demande c’est parce qu’il ne sait pas et attend que la réponse vienne augmenter son savoir. Cette innocence dans la question, nous la perdons avec l’adolescence. Un âge où il devient gênant d’exposer son ignorance.

Et à l’âge adulte, les questions deviennent même l’occasion d’exposer son savoir. C’est-à-dire que l’on pose une question non pas parce qu’on ignore la réponse mais au contraire parce qu’on la connaît et que l’on veut se créer l’occasion de l’exposer. Ou pire encore, par la question, on cherche à piéger son interlocuteur.

C’est avec cette basse intention que les adversaires de Jésus se sont adressés à lui ce jour-là.

Ceux qui questionnent

Pour bien comprendre cette histoire, il nous faut faire un petit détour historique. Au temps de Jésus, la Galilée tout entière est sous domination romaine et tous les citoyens ne s’accommodent pas de la même manière de la situation politique.

Les zélotes prônent la résistance active. Des révolutionnaires prêts à faire usage de la violence s’il le faut pour combattre l’envahisseur romain.

Les hérodiens préfèrent collaborer avec le pouvoir en place, ils y trouvent leur intérêt quitte à parfois renoncer à une certaine étique.

Les chefs religieux, les pharisiens, comprennent la domination romaine comme une punition divine : résultat de l’éloignement du peuple d’avec son Dieu. Remettre le peuple sur le droit chemin de la loi religieuse aura pour conséquence de le libérer du joug romain. Selon eux, c’est donc sur la morale qu’il faut agir. Et dans ce domaine, ils sont experts.

C’est dans ce contexte qu’arrive Jésus.
Annoncé comme le messie libérateur, les zélotes le voient déjà comme l’un des leurs. Mais Jésus n’appelle pas à prendre les armes, au contraire.
Les hérodiens sont quant à eux dérangés par cet homme qui met en lumière leurs compromissions.
Et bien sûr les pharisiens n’apprécient pas celui qui appelle à une nouvelle compréhension de la loi de Dieu et met à mal leur autorité en les ridiculisant.

C’est donc une alliance un peu contre nature entre pharisiens et hérodiens qui se tisse. On connaît cela en politique aujourd’hui encore, lorsque 2 partis allient leurs forces contre un ennemi commun. Une alliance pour piéger Jésus.

Question piège

Qu’y a-t-il derrière cette question: notre loi permet-elle ou non de payer l’impôt à l’empereur romain ?

La question n’est pas innocente. Ceux qui la posent n’exposent pas leur ignorance, leur intention est pleine de malice. Ils croient tendre le piège avec subtilité en caressant Jésus dans le sens du poil. Précédant la question de quelques flatteries.

Mais, ironie du sort, par leur flatterie, ils révèlent quelque chose de juste sur Jésus : il enseigne la vérité sur la manière de vivre que Dieu demande, et il ne s’arrête pas aux apparences pour juger les gens.

De leur ironie émerge une vérité.

Pourquoi leur question est-elle un piège? Pour la simple et bonne raison que Jésus ne peut ni répondre OUI ni répondre NON sans que sa réponse ne le condamne.

S’il répond non: alors c’est un révolutionnaire qui appelle à la rebellion contre Rome. Ou un spiritualite anarchique qui se croit au-dessus des affaires du monde. Il représente donc un danger pour la sécurité de l’État. Sans tarder, il sera dénoncé aux autorités qui ne manqueront pas de faire taire cet agitateur.

S’il répond oui: ce serait une soumission docile à l’occupation, un aveu de faiblesse voire pire, une suspicion de collaboration.

Ni oui ni non

Mais Jésus connaît les intentions mauvaises tapies derrière cette question.

En demandant à ce qu’on lui donne une pièce, Jésus fait déjà la démonstration que tout le monde possède ces pièces dans ses poches. C’est la monnaie que tous utilisent. En utilisant cette monnaie tous les jours, ne sont-ils pas déjà un peu tous complaisants ?

Une monnaie à l’effigie de César, l’empereur romain. De fait, la vie de la cité, les échanges commerciaux, la vie civile et politique sont placés sous le signe de Rome. Telle est la réalité.

Le véritable enjeu n’est pas là. Le véritable enjeu est de savoir où l’on place César. Autrement dit, si l’on fait de César un Dieu ou non. Si on lui reconnaît un pouvoir civile ou un pouvoir absolu.

Le croyant vit dans le monde

Le croyant ne vit pas en dehors du monde. Sa réalité est régie par la réalité du monde civile. En tant que chrétiens, nous nous soumettons à la loi suisse, aux règlements de notre pays, de notre canton, de notre commune. Ce n’est pas parce que nous proclamons la justice de Dieu que nous sommes extraits de la justice humaine.

L’organisation humaine est nécessaire à la marche du monde. L’apôtre Paul disait même qu’elle est voulue par Dieu (Rm 13,1). Car sans organisation civile, sans autorité politique, ce serait l’anarchie, la loi du plus fort. La civilisation est la seule manière pour une organisation humaine de protéger les plus faibles de ses membres. En cela, elle répond à la volonté de l’Évangile.

Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu est parfois interprété pour signifier que les affaires du monde doivent être bien distinctes des affaires religieuses. Schématiquement il y a le règne temporel d’un côté et le règne spirituel de l’autre.

Deux règnes séparés?

La question des liens entre les deux revient régulièrement au devant de la scène. Cette semaine encore, il y a eu un débat à la radio: les églises doivent-elles se mêler de politique?

Une certaine frange du monde civil n’aime pas que les Eglises se mêlent de politique. Elle aimerait que les questions religieuses se cantonnent à la sphère privée. Bref, qu’on n’en parle pas.

Cette vision me pose problème à plusieurs titres.
D’abord parce que les êtres humains ne sont pas des boîtes à compartiments. Il n’y a pas un tiroir pour les affaires de la cité et un autre pour les questions religieuses. Notre foi est profondément en lien avec les valeurs qui sont les nôtres. Notre vision du monde, du bien et du mal, de la défense des petits, de la protection de la nature, de ce qui est juste pour nous et pour la société est le fruit d’une pensée globale.

Ma vie spirituelle influence qui je suis, ce que je pense, ce que je crois. Ce pourquoi je suis prête à me battre. Ce pour quoi je veux m’engager. Donc fondamentalement mon système de valeurs est lié à ma foi.

Une vision politique en découle naturellement. Et lorsque nous votons, nous le faites avec nos convictions.

Celles-ci peuvent s’exprimer de manière plurielle dans l’Église. J’en veux pour preuve que plusieurs membres actifs dans notre paroisse se présentent aux élections communales sous la bannière de différents partis. Ils et elles ont comme point commun une envie de se mettre à disposition de la collectivité. Cette envie est à mon sens évidemment liée à leur compréhension du bien commun qui est aussi nourrie par leur foi personnelle.

Vouloir cloîtrer les questions religieuses au domaine privé pose un autre problème à mon sens: celui du risque d’extrémisme. En Suisse et dans le canton de Neuchâtel, nous avons une longue tradition de dialogue et de respect mutuel entre autorités civiles et religieuses. Cette relation permet de poser un cadre sécurisant à la fois pour les Églises et pour la cité.

Les Églises en faveur de l’initiative pour les multinationales responsables

Le débat actuel porte en particulier sur l’engagement des Églises dans la campagne pour les multinationales responsables. Prendre position lorsqu’il y a moyen d’agir pour la dignité humaine est légitime. C’est le rôle des Églises.

Cela ne fait pas ériger en divinité les enjeux politiques, mais c’est rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C’est-à-dire chercher à appliquer dans le monde les valeurs que l’Évangile nous appelle à vivre.

Nos réponses nous révèlent

Maman, c’est qui toutes ces personnes sur les affiches dans le village?
Parrain, c’est quoi le plus important dans la vie?

Voici quelques questions qui viendront. Avec bien d’autres au fil des années. Nathan ne manquera pas d’être un garçon curieux et intéressé. Pas vos réponses, vous ses parents, ses grands-parents, sa marraine et son parrain, vous lui direz aussi qui vous êtes.

Parce qu’au travers de nos réponses, nous nous dévoilons. Nous disons un peu de ce que nous sommes, ce que nous croyons, ce qui est fondamental pour nous, ce qui nous fait vivre.

Que votre chemin avec Nathan soit beau, spirituel et passionnant.

Et que Dieu nous accompagne toutes et tous dans nos questionnements. Qu’il se révèle aussi au travers de nos réponses.

Amen

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