Pourquoi croyons-nous en Jésus-Christ?

A l’invitation des sœurs de la Communauté de Grandchamp pour un culte du temps liturgique de Pâques, le 4 mai dernier.
Lectures bibliques : Jean 5,31-38 et 2 Pierre 1,12-21

Pourquoi croyons-nous en Jésus-Christ ? La question peut sembler un peu impertinente mais se la poser de temps à autre me semble relever d’une vie de foi saine. Pourquoi croyons-nous en Jésus-Christ ? Pourquoi plaçons-nous notre confiance en cet homme, en Jésus de Nazareth proclamé Fils de Dieu par celles et ceux qui ont cru en lui avant nous ?

Parce que nous sommes nés en contexte chrétien ?…
Parce que nous avons suivi le catéchisme dans l’Église ?…
Parce que nos familles, nos communautés, nous ont fait découvrir la foi ?…
Parce que nous avons fait une rencontre mystique ?…
Parce que nous sommes régulièrement en dialogue avec lui dans la prière ?…
Pourquoi croyons-nous en Jésus-Christ ?…
Hériter d’une tradition et se déclarer soi-même croyant·e, ce n’est pas encore tout à fait pareil.

En faisant le pas de la foi, toute notre vie s’en trouve bouleversée. A l’instant même où sort de nos lèvres ou résonne en notre intériorité ces paroles « je crois, Seigneur », l’entièreté de notre existence en est marquée. Le système de valeurs ne peut plus être celui de la loi du plus fort, le sens de la vie de ne plus plus être de briller devant les hommes, l’amour, la gloire, la richesse ou la pauvreté, la solidarité, le bien, le mal… Tout est redéfini.  Dès le moment où nous nous plaçons à la suite de Jésus-Christ, la réussite et l’échec prennent un sens nouveau.  Et la mort même perd son pouvoir. Tout cela est loin, très loin d’être anodin. Ce qui me fait dire que personne, sans doute, n’ose affirmer « je crois » à la légère.

Pour un certain nombre d’entre nous, la foi est une réalité de nos existences depuis bien longtemps. Le Christ est un compagnon de route depuis des années, la lecture du monde à la lumière de l’Évangile à ce point intégrée qu’elle fait partie de nous. Pour ma part, je ne saurais même plus dire depuis quand j’ai confiance en Dieu. Depuis toujours il me semble. Bien sûr, je me souviens d’événements, de rencontres, d’expériences ou de paroles qui ont marqué mon chemin de foi.  Mais depuis que je sais tenir sur mes deux pieds, il me semble que j’ai toujours marché sur ce chemin.

Pourquoi donc avons-nous la foi ? Et pourquoi d’autres ne l’ont pas ?
Arrivez-vous à imaginer votre vie sans Dieu ? Sans le message de l’Évangile de Jésus-Christ comme lampe qui éclaire votre destinée ? La foi est un don. Et je rends grâce de l’avoir reçue. Au départ grande comme un grain de moutarde, il est des terreaux fertiles, des cœurs dans lesquels il lui est donné de croître. Sur le chemin des uns ou des autres, il y a eu des témoins. Des hommes, des femmes qui ont su trouver les paroles justes, fait figure d’exemples, qui ont participé à leur manière à stimuler la croissance de ce qui était déjà là, naissant.

D’autres malheureusement, ont croisé la route de faux prophètes. D’hommes ou de femmes qui cherchent plus à rendre témoignage à eux-mêmes qu’à diriger le regard vers le Christ. Ces expériences ont des conséquences terribles. Elles détournent de la foi, détournent de Dieu lui-même et peuvent mener jusqu’à la violence et la mort. L’actualité au Kenya nous en fait aujourd’hui encore découvrir l’intolérable réalité. Il est du devoir de chacune et de chacun d’entre nous, à titre individuel aussi bien que communautaire et institutionnel de ne pas relâcher la vigilance et de demeurer intraitable : aussitôt que le croyant ne rend plus témoignage à Jésus-Christ mais à lui-même il y a danger.

Même Jésus ne pouvait pas s’est pas rendu témoignage à lui-même ! C’est Jean-Baptiste qui a aplani le chemin pour lui, qui l’a désigné comme celui qui doit croître alors que lui-même doit diminuer. Jean, qui n’était pas la lumière mais qui était là pour rendre témoignage à la véritable lumière. Me vient ici l’image de bien connu retable d’Issenheim sur lequel Grünewald a peint le baptiste désignant le crucifié de son doigt démesurément long. Il nous montre vers qui il faut porter le regard. Qui est vraiment le cœur de la foi. De même que l’ont fait les prophètes des Écritures. De même que Pierre qui, jusqu’au bout, a tenu en éveil par ses rappels. Martelant, répétant encore et encore, pour faire connaître le Christ. Car le centre de la foi chrétienne n’est pas une idée, une idéologie, une doctrine. C’est une personne. C’est le Christ mort et ressuscité. Et c’est cela qui en fait une foi unique.

Un homme envoyé par le Père et dont les paroles, les gestes et les actes ont témoigné de l’amour inconditionnel de Dieu pour chaque être humain. Certains cœurs sont restés fermés à sa rencontre. D’autres s’y sont ouverts. Pourquoi en est-ce ainsi ? Je l’ignore. Nous ne pouvons, à la suite de l’évangéliste Jean, de l’apôtre Pierre et de bien d’autres, qu’en constater la réalité. Dieu pourrait s’imposer de façon spectaculaire et incontestable, il a choisi de ne pas le faire. Il a opté de se faire connaître à nous par la parole et le témoignage imparfaits des hommes. Agissant ainsi, il préserve notre liberté fondamentale. Dieu a choisi de nous laisser libres de ne pas lui répondre ou même de le rejeter. Et cela constitue la plus grande marque d’amour qui soit.

La foi ne peut être une obligation, elle doit être une relation de confiance. Toute contrainte rendrait cette relation impossible. Il nous appartient donc de prendre soin de cette relation. Dans la reconnaissance du don de la foi que nous avons reçu. Pour celles et ceux d’entre nous qui sentent peut-être cette flamme vaciller, car cela arrive, de nous souvenir que tout ne dépend pas de nous. Et de faire confiance. Pour celles et ceux qui vivent la foi comme un feu dévorant, de prendre garde à ne pas éblouir les autres d’une ferveur envahissante.

Et en toute circonstance, de rendre témoignage au Christ et non pas à nous-mêmes.
Amen

Audio enregistré à Grandchamp