La croix à nu

Vendredi saint: dialogue entre le récit de la Passion et la musique de l’organiste Evan Métral. Les enregistrements musicaux ont été effectués en direct lors du culte du 2 avril 2021 au temple de Colombier.

Prenez votre Bible préférée pour lire les passages du récit dans l’évangile de Marc.

Ouverture

Musique:

Quand Jésus est mort, il est arrivé quelque chose à la mort. Elle a d’un coup changé de visage.
La malédiction prononcée jadis : de mort tu mourras (Gn2,7), s’est muée en bonne nouvelle : la mort a été engloutie dans la victoire (1Co15,54).

Que la grâce et la paix de Dieu vous soient données!
Que sa victoire l’emporte!

Vendredi saint. Temps central de la vie chrétienne, nous faisons aujourd’hui mémoire de la mort de Jésus en croix.
À vendredi saint, toutes les valeurs sont bouleversées. Ce que nous pensions être les attributs de la puissance sont reversés. L’apparente faiblesse se révèle être véritable force. Et nous osons encore aujourd’hui, affirmer avec les premiers chrétiens, cette folie: l’homme qui a été suspendu à la croix n’était autre que Dieu.
Cette vérité perturbante, ce paradoxe Notre Dieu tout-puissant est cloué là, sur deux planches de bois est au centre de notre célébration. Jamais notre esprit humain ne pourrait réconcilier ces deux vérités. Aucune logique ne peut associer la mort infamante d’un homme misérable, esseulé et la puissance indépassable du Dieu unique. Nous voici face à la Croix. Et face à toutes les tensions qu’elle crée dans notre esprit et jusque dans notre cœur.

Oh combien, Seigneur, les mots nous semblent parfois dérisoires.
Pas assez riches pour dire la grandeur de ton œuvre.
Trop réducteurs pour exprimer notre foi profonde.

Et pourtant, ce sont des mots que tu nous laisses.
C’est à travers eux que tu as choisi de te révéler à nous.
Dans le témoignage des premiers qui ont cru en toi.

Nous t’en prions, viens renouveler notre écoute de ces textes maintes fois lus et entendus.
Viens inspirer notre compréhension.
Et que ta Parole s’exprime au travers de nos mots. Amen

Senteurs et saveurs des derniers jours

Lecture de l’évangile de Marc, chapitre 14, versets 1 à 26.

Reflet musical:

 

Ce n’est pas moi, n’est-ce pas?
Ce n’est pas moi, Seigneur, celui qui te trahit?

Serait-ce moi ?
Serait-ce moi, Seigneur ?
Celui qui fait mine de ne pas voir.
Qui passe à côté de la misère des autres.
Qui me réfugie dans la chaleur de mon foyer.

Serait-ce moi, Seigneur ?
Celle qui tient de grands discours sur le partage,
mais qui me replie sur mes biens.

Serait-ce moi, Seigneur ?
Celui qui préfère être de l’avis du dernier qui a parlé.
Par crainte de devoir défendre ma pensée.
Par peur qu’on se moque de moi.

Serait-ce moi, Seigneur ?
Celle qui cherche à te plaire.
Mais qui au fond, cherche surtout à me plaire à moi-même.
Serait-ce moi ?
Je m’interroge.
Et cette question qui me renvoie à moi-même, je te la confie Seigneur.
Je peux dévoiler devant toi cette part de moi dont je ne suis pas fière.

Tu discernes en moi ce qui est beau de ce qui est laid.
Tu pardonnes et tu aimes.
Judas faisait partie de tes amis, des proches que tu avais toi-même choisis.
Et aujourd’hui je sais que malgré cette part de moi, tu me choisis parmi les tiens.

Le soir au mont des Oliviers

Lecture de l’évangile de Marc, chapitre 14, versets 27 à 51

Reflet musical:

 

C’est nus que nous nous présentons devant toi.
Dépouillés de nos artifices.
Nous qui si souvent nous drapons de bonnes intentions.
Nous ne pouvons, devant toi, qu’être nous-mêmes, mis à nu.

Nous avons beau croire que notre bonne volonté suffira.
Que jamais nous n’aurons la faiblesse de fuir.
La réalité est plus crue.

Et si tes disciples t’abandonnent, toi tu ne leur tourne pas le dos.
Et si nous sommes rattrapés par nos faiblesses,
tu ne nous laisses pas tomber.

Que s’accomplisse alors non pas ce que nous voulons, mais ce que Dieu veut !

Accusé et renié

Lecture de l’évangile de Marc, chapitre 14, versets 53 à 72.

Reflet musical:

 

Les larmes de Pierre.
Larmes de regrets, larmes de désespoir.
Les larmes du repentir, les larmes de la trahison.

Béni sois-tu, ô Dieu, de nous avoir créés capables de pleurer.
Ces gouttes qui se forment au bord de nos yeux et ruissellent sur nos joues, sont parfois plus fortes que tous les mots du monde.

Les larmes du remords, les larmes de la tristesse.
Les larmes de l’émotion et aussi celles du rire et de la joie.

Béni sois-tu pour toutes ces sensations qui nous traversent et nous rendent vivants.
Toi qui nous aimes dans toutes les dimensions de notre être.

Condamné à mort

Lecture de l’évangile de Marc, chapitre 15, versets 1 à 20.

Reflet musical:

 

Quand une foule crie.
Quand sa haine est attisée.
Quand l’excitation monte.
Toute humanité est engloutie.

Il n’y a plus d’homme, plus de femme. Juste une masse.
Du bruit, des cris, de la violence.
L’anonymat est complet.

Ce n’est personne qui frappe
Puisque c’est tout le monde qui frappe.
Jamais un être humain seul porterait ces coups, cracheraient ces insultes, ni aurait aux lèvres ce rire moqueur.
C’est la masse qui déshumanise.

Comment, ô Dieu, rester humain dans le monde?
Comment rester moi-même quand autour de moi se déchaînent les majorités anonymes?
Comment rester homme? Comment rester femme?

Face à toi, je ne serai jamais un parmi d’autres.
Je me sais aimé·e et accueilli·e par toi comme un être à part entière.
Voilà qui m’humanise.
Et me redonne ma valeur unique.
Béni sois-tu!

La croix et le tombeau

Lecture de l’évangile de Marc, chapitre 15, versets 21 à 47

Reflet musical:

L’obscurité.
La nuit est tombée au milieu du jour.
Tout le pays plongé dans l’obscurité.
La nuit du deuil et de la tristesse.
La nuit de l’incompréhension et de la bêtise humaine.
La nuit de la violence.
La nuit de la souffrance.
La nuit de la haine et de la mort.

Et puis le rideau du temple qui se déchire.
Comme un coup de tonnerre venu du ciel jusqu’à la terre.
Et ce qui était jusqu’alors caché est désormais révélé.
Mis à nu, dévoilé.

Il n’y a plus de voile, plus de séparation entre le ciel et la terre. Plus de limite entre Dieu et nous.
Dieu a perdu son fils.
Il a vécu la mort pour la première fois. Il a déchiré son vêtement en signe de deuil.
Lui et nous sommes pleinement humains.
Et rien ne pourra jamais nous séparer.
Il est venu à nous comme personne d’autre n’aurait eu le courage de le faire.

Dieu pleure avec nous sur les souffrances du monde.
Et celles-ci prennent une dimension nouvelle.
Nous ne sommes plus seuls face aux puissances mortifères.
Dieu est présent.
Il a vécu la croix.
Voilà sa puissance.

Prière d’intercession

Il est arrivé quelque chose à la mort depuis que le Christ l’a subie…

Oui, nous en avons la conviction, il est arrivé quelque chose à la mort depuis que tu l’as subie.
Apprends-nous à en témoigner auprès de celles et ceux qui souffrent d’événement mortifiants, de solitude et de regrets.
Aide-nous à transformer cette conviction en actions concrètes les uns pour les autres.
Unis ce matin autour de la croix, nous te remettons les hommes, les femmes et les enfants qui vivent sous la domination de la peur.
Au cœur de la faiblesse s’est exprimée ta puissance. Rends-nous forts à notre tour.
Rappelle-nous de ne pas laisser la mort s’installer dans nos relations, mais de développer ce qui transmet la vie, l’amitié et le respect.
Ainsi, nous ne t’abandonnerons pas sur la croix, mais nous saurons faire rayonner ta lumière.
Nous qui voulons être tes enfants, porteurs de ton amour ici-bas, nous te prions : Notre Père…

Envoi

Nous ne vous avons pas épargnés aujourd’hui. Ainsi en est-il lorsque nous nous confrontons à la noirceur de la croix.
Même dans cette obscurité, nous savons que nous ne sommes pas seuls. C’est donc avec ces tensions que nous repartirons dans le monde et dans notre vie. Soutenus et accompagnés par la bénédiction de Dieu.

Que Dieu vous bénisse
Dans les obscurités comme dans la lumière
Il ne cesse de t’aimer.

Que le Christ te relève
Dans la mort comme dans la vie
Il ne cesse d’être à tes côtés

Que l’Esprit saint souffle sur toi
Dans la faiblesse comme dans la puissance
Il ne cesse de renouveler tes forces.

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