Croire l’incroyable?

Prédication dialoguée avec Solène Maeder, jeune monitrice dans la paroisse du Joran. Culte de Pâques 27 mars 2016 à Cortaillod.
Textes bibliques: 1Pierre 1,3-9 et Jean 20,20-24

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Diane
Il y a quelques temps de cela, Solène m’a fait part de son souhait de préparer avec moi le culte de Pâques pour son travail de diplôme de monitrice de catéchisme. Nous nous sommes donc lancées dans la lecture des textes évangiles qui parlent de la résurrection de Jésus. Une lecture et des discussions qui nous ont menées à choisir ce récit de l’apparition à Thomas pour le culte de ce matin.

Solène
En lisant les textes dans les 4 évangiles, j’ai remarqué de nombreuses différences. Chacun a appuyé les événements qui lui parlaient le plus et ceux qu’ils pensaient les plus importants. Concernant la résurrection, Marc et Jean parlent de Marie de Magdala. Je trouve que Luc a toujours une version plus éloignée et différente que celle des autres. Et Jean est le seul à insérer des personnages solo. D’abord Marie, une femme, puis Thomas, un disciple.
C’est Jean qui m’a fait le mieux comprendre le but de la mort et de la résurrection de Jésus. Il montre plus précisément la réaction (normale) de Thomas, un disciple, mais humain. Cette réaction me parle car Thomas est humain, et croire aux choses surnaturelle est difficile pour nous. Et de plus, il n’est pas témoin de cet événement. Il ne fait que entendre ce que ses amis lui disent. Et comme toute personne, il ne croit pas, il doute de cette parole qui paraît si folle. Tant qu’il n’aura pas vu il ne croira pas. C’est la version qui me parle le plus car nous pouvons entièrement nous identifier à Thomas. Il vit des émotions humaines et normales face à quelque chose qui nous dépasse. Et j’aurais la même réaction à sa place. C’est difficile de croire du tout au tout la parole des autres, mais les croire pour quelque chose d’impossible, c’est encore plus dur.

Diane
Au petit matin de ce dimanche, Marie de Magdala s’était rendue au tombeau et y avait trouvé la pierre roulée. Le Ressuscité lui était alors apparu. Elle l’avait d’abord pris pour le jardinier, mais quand elle saisit que celui qui était en face de lui n’était personne d’autre que le Christ revenu du séjour des morts, elle s’était empressée d’aller annoncer la nouvelle aux disciples.
Le soir-même, alors qu’ils s’étaient enfermés dans leur maison par crainte des autorités, les disciples assistèrent à leur tour à une apparition du Ressuscité.
Où était Thomas à ce moment là?
On n’en sait rien.
Il a manqué le moment qu’il ne fallait pas manquer!

Solène
Les disciples étaient dans une maison verrouillée. Ils s’étaient enfermés. Enfermés à cause de la peur. Enfermés aussi dans leur tristesse et leur douleur d’avoir perdu Jésus. Ses amis ont vu Jésus, mais Thomas n’a rien vu. Je m’imagine qu’en plus de la tristesse et de la douleur, Thomas devait ressentir de la colère d’avoir manqué le bon moment.
Je comprends que lorsque Jésus est apparu aux autres, il n’y croit pas. C’est facile de se moquer de lui aujourd’hui. De le trouver idiot de ne pas avoir cru. Mais si j’avais été à sa place, cela m’aurait aussi paru bizarre. Si mes amis m’avaient dit qu’ils avaient vu vivant celui qu’on venait d’enterrer, je les aurais pris pour des fous.

Diane
Thomas a effectivement gardé cette image du sceptique, du dubitatif, de celui qui refuse de croire et qui demande des preuves. Mais ce n’est pas tout à fait lui faire honneur de garder de lui uniquement cette image d’incrédule.
La première fois que l’évangéliste Jean nous parle de Thomas, c’est au moment où Jésus veut se rendre en Judée parce que son ami Lazare est mort. Les disciples tentent de l’en dissuader: se rendre en Judée peut s’avérer dangereux pour Jésus. Mais Thomas, lui, affirme: allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui!
Thomas n’est pas un tiède. Il est enthousiaste à la suite de son maître et il connaît le danger que cela représente de le suivre. Mais il a confiance et se sent prêt à assumer ce risque.
Et lors du dernier repas, lorsque Jésus parle du chemin à suivre, Thomas l’interpelle. Il cherche à mieux comprendre les paroles de son maître.

Solène
Thomas n’est pas seulement celui qui ne croit pas, il est aussi celui qui cherche à comprendre.
C’est important de réussir à penser par soi-même. Et pas seulement de répéter ce que les autres disent ou croient. Thomas, il a envie de suivre Jésus, il a envie de comprendre comment le faire.
Alors quand les disciples lui disent qu’ils ont vu Jésus ressuscité, il n’arrive pas à les croire.
Personne ne peut croire à notre place.
Personne ne peut croire pour Thomas. Se fier à la parole des autres, dans un événement si intense, c’est difficile. Et je dois dire que la Résurrection, c’est quelque chose de tellement bizarre, que c’est aussi difficile pour moi d’y croire.

Diane
La Résurrection est incroyable, au sens littéral du terme: c’est quelque chose qui est au-delà de ce qui appartient à ce que nous pouvons tenir pour vrai. Un mort qui revient à la vie, ce n’est pas de l’ordre du possible. C’est même l’opposé de ce qu’est la mort.
Il est donc bien naturel que Thomas exprime des doutes. Et nous pouvons lui en être reconnaissants.
Car, soyons honnêtes, pour nous aussi la Résurrection est incroyable. Tellement incroyable qu’elle est très souvent édulcorée ou spiritualisée. On parle des effets de la résurrection et de la résurrection de l’espérance, mais on ne s’attarde pas trop sur la résurrection concrète de Jésus. Ou de ce que Paul appelle la résurrection des corps. C’est tellement bizarre qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Sauf l’évoquer et se dire que même l’impossible est rendu possible.

Solène
Je comprends Thomas. Et j’aime sa volonté d’en savoir plus, d’en avoir le cœur net. Il ne pourra pas y croire tant qu’il n’aura pas vu, pas touché. Il a besoin de faire lui-même l’expérience. Avant, il voulait comprendre pour mieux croire mais là, il n’arrive simplement plus à croire sans comprendre.
Lorsque Thomas voit enfin Jésus, il en a la preuve devant lui. Mais désormais, vu que le Christ ne sera plus physiquement là, il lui demande d’arrêter de douter et de croire, de faire confiance.
Thomas a eu de la chance. Jésus a entendu ses doutes, il a répondu a sa demande et il lui est apparu.

Diane
Oui, Jésus lui est apparu. Mais il n’est pas tout à fait exact de dire qu’il a répondu à sa demande.
Voici ce que disait Thomas: Si je ne vois pas les marques des clous dans sa main, si je ne mets pas mon doigt à la place où étaient les clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas.
En apparaissant devant lui, le Ressuscité dit à Thomas: Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois!

Et que fait Thomas? Est-ce qu’il avance son doigt? Est-ce qu’il avance sa main?

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L’incrédulité de Saint Thomas (Le caravage)

Solène
Non. Thomas ne touche pas. Il répond au Christ en disant: Mon Seigneur et mon Dieu!
Thomas voulait des preuves. Mais après avoir entendu la parole du Christ, il sait qu’il n’a pas besoin de voir ou de toucher pour avoir la foi.
Mais est-ce que cela me suffira à moi pour croire? Connaître le témoignage des évangiles? Est-ce que c’est suffisant pour que moi aussi je sois capable de faire confiance?

Diane
Thomas a demandé une preuve mais en réalité, ce n’est pas la preuve qui l’a convaincu, c’est l’appel que le Christ lui a adressé. Crois! Fais confiance!
C’est une parole, une appel. Et sa capacité à y répondre. Pour un temps, il n’en n’était plus capable. Mais quand il a à nouveau pu entendre, il a cru et c’est de sa bouche que vient la plus belle déclaration de foi des évangiles. Car Thomas est le seul dire de manière aussi claire: tu es mon Seigneur, tu es Dieu.

Solène
Je sais moi aussi que Jésus sera toujours là pour moi. Jésus est venu et ne cessera de venir et de se tenir au milieu des siens, au milieu de nous.
L’important est de croire que la foi est possible. Quand on a des doutes, d’oser poser des questions pour chercher à mieux comprendre. Je veux continuer à voir et à ressentir cette présence, cette lumière qui apparaît comme une vérité à mes yeux.

Diane
La foi n’est pas quelque chose de tangible, ni une chose que nous pouvons posséder une fois pour toutes. Solène, je sais que tu fais beaucoup de danse. Tu t’entraînes beaucoup, tu exerces les mouvements, tu apprends, tu pousse ton corps et mémorises des chorégraphies. Et pourtant, tu ne possèdes pas la danse.
Pour que la danse existe, il faut que le danseur se lance. Avec la confiance en tout ce qu’il sait, tout en étant conscient qu’il ne maîtrise pas totalement l’instant.
Il y a quelque chose de semblable dans la foi. Dans la volonté d’apprendre et de comprendre toujours mieux ce que le Christ nous enseigne, et dans la confiance et le risque de la rencontre et de l’instant.

Amen

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