L’Écriture seule, mais pas seul face à l’Écriture

Prédication sur le thème de la Bible, dimanche 12 février 2017.
Lectures bibliques: Actes 8,26-40 (rencontre de Philippe avec un fonctionnaire Éthiopien) et Jean 20,30-31.

Pendant cette année de jubilé de la Réforme, de novembre 2016 à novembre 2017, mes collègues et moi avons décidé de proposer un certain nombre de cultes centrés sur des thématiques chères à la Réforme. Pour ce faire, nous nous sommes inspirés du petit fascicule édité par le Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS): 40 thèmes pour cheminer.

Dimanche dernier, c’est le thème n°2 que nous avons abordé: l’Écriture. Avec un E majuscule. Lire la Bible, pourquoi et pour quoi faire? L’Écriture seule. Sola Scriptura. Un des 5 Soli au moyen desquels les réformateurs ont exprimé le cœur de leur théologie: Sola deo gloria – Sola gratia – Solus Christus – Sola Fide et Sola Scriptura. Continuer la lecture de L’Écriture seule, mais pas seul face à l’Écriture

Martin Luther: mauvais lanceur d’alerte

Avec l’ouverture de l’année du Jubilé de la Réforme, les publications sont nombreuses. Et je me suis réjoui en voyant l’autre jour au Centre de catéchèse une BD sur Martin Luther, dont j’avais lu du bien dans un billet du CIDOC.

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Son titre m’a laissée un peu perplexe: Martin Luther, lanceur d’alerte. Actualisation de l’histoire de la Réforme ou sorte de transposition au XXIe siècle genre science fiction??? Le dessin de la couverture laisse pourtant penser que le récit se passe bel et bien au Moyen-Âge.

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En ouvrant la BD, j’ai été déçue par le dessin. Pas du tout moderne ni créatif. On dirait de l’illustration de livre pour enfants des années 80. Et dans les bulles, du texte imprimé avec une police d’écriture qui imite l’écriture manuscrite.
À la lecture, on comprend vite que les auteurs ne sont pas des auteurs de BD. Probablement, ils ne s’adressent pas à des lecteurs de BD non plus, car le récit n’est pas construit comme un scenario de bande dessinée.

Il n’y a aucun parti pris narratif, pas d’intrigue. Les personnages n’ont pas d’épaisseur (même si le moine Luther prend du poids au fur et à mesure des pages…).

À mon avis, cette publication est plutôt une présentation de la vie de Luther illustrée. Mais là non plus, ce n’est pas réussi. Les événements s’enchaînent sans qu’on ne les comprenne vraiment. On passe d’une page à l’autre de la révolte des paysans à la controverse avec Érasme sans saisir les enjeux ni de l’une ni de l’autre. Les événements sont présentés de manière chronologique mais sans ancrage dans un contexte. Dès lors, il me semble que le récit est incompréhensible pour des personnes qui n’ont pas de connaissances préalables. Alors même que cet album vise justement à faire découvrir Luther à un nouveau public.

À un moment de la lecture, je me suis demandée si la traduction n’était pas mauvaise. Je n’ai pas la capacité de vérifier dans la version originale en néérlandais, mais en observant un peu mieux, je me suis fait deux remarques.

Premièrement, il y a en réalité peu de dialogues mais énormément de cartouches (c’est ainsi que l’on appelle les encadrés rectangulaires qui introduisent les éléments descriptifs). Il y a aussi une confusion entre les phylactères (les «bulles») qui expriment la pensée et la parole. Des indices que les codes du genre littéraire de la bande dessinée ne sont pas maîtrisés par les auteurs, et donc mal utilisés.

Deuxièmement, à l’intérieur même des bulles, ce sont moins des dialogues que des citations. Quand on connaît un peu l’histoire de Luther et de son temps, on reconnaît plusieurs tournures de phrases célèbres (sitôt que sonne votre obole, du feu brûlant l’âme s’envole; un Dieu dans le ciel, un empereur sur la terre; des propos de table de Luther; etc ). De même pour les affirmations théologiques.

Je trouve que cette volonté de fidélité aux paroles des protagonistes n’est pas du tout au service de la lecture ni de la compréhension. Ce que Luther a fait en traduisant la Bible en langage du peuple, c’est ce que cette BD n’arrive pas à faire en racontant Luther.

Bref, grande déception. Si vous voulez un ouvrage facile d’accès pour adolescents et adultes, préférez de loin Martin Luther l’aventurier de Dieu d’Annick Sibué sorti il y a deux ans.

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Petit mot en famille

Petit mot prononcé à l’occasion de la réunion de la famille de Montmollin qui a réuni près de 200 cousins au château d’Auvernier.

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Vous le savez peut-être, 2017 sera une année particulière. Et pas seulement parce que ce sera une année sans réunion Montmollin!
2017, c’est exactement 500 ans après 1517. C’est le 31 octobre de cette année là que, selon la tradition, Martin Luther a placardé ses 95 thèses contre les indulgences sur la porte de l’église du château de Wittemberg. C’est cet acte qui signe le coup d’envoi de la Réforme.
En 2017 nous célébrerons donc un demi-millénaire de protestantisme.

Occasion à la fois de revisiter le passé et de repenser le présent à la lumière des idées qui ont, à l’époque, changé le monde – ou au moins l’Europe.
Comme nous sommes accueillis aujourd’hui dans ce magnifique village d’Auvernier, je me suis intéressée à voir comment ce village était passé à la Réforme.

Bien sûr, il a fallu quelques années pour que les idées nouvelles arrivent jusque dans nos contrées. Neuchâtel, sous l’impulsion de Farel, est passé à la Réforme en… (vous savez en quelle année?) 1530. Puis Farel s’est rendu à Orbe et ce sont ses collaborateurs qui ont amené les villages de notre région, les uns après les autres, à la foi nouvelle.

Et à Auvernier, tout n’a pas été simple.
A croire que ses habitants ont la tête dure !
Sentant la Réforme prendre le dessus dans la région, le curé de l’époque s’enfuit sans prévenir. Il fut remplacé par un prédicateur favorable à la foi protestante. Mais le changement de coutumes religieuses ne plut pas à tout le monde et les gens d’Auvernier refusèrent de lui verser les prémices. A savoir un setier (tonneau) de moût par habitant. L’affaire prit de l’ampleur, les autorités s’en mêlèrent. Les habitant furent convoqués, puis appelé à comparaître devant les autorités bernoises. Ils ne se rendirent pas à la comparution.
Bref, l’histoire dura plus d’une année.
Et finalement, les gens d’Auvernier furent condamnés à s’acquitter des prémices de la vendange, à payer 150 livres pour les prémices retenues, et 25 écus pour les frais de l’affaire.

Voici à peu près tout ce que l’on trouve sur Auvernier dans la biographie nouvelle de Guillaume Farel, parue en 1930.

Cette histoire est amusante.
Et lorsque l’on y pense, les conflits à régler dans nos villages, les tergiversations et les frais administratifs… Rien de nouveau sous le soleil…
Mais cette petite histoire est le signe que le passage à la Réforme n’était pas anodin. Aujourd’hui, peut-on encore désigner clairement la différence entre la foi catholique et la foi protestante?
On est chrétiens. On a le même Dieu! entend-on souvent.
La religion est entrée dans la sphère privée et n’a que peu d’implication sur notre vie publique. Mais pour l’époque, changer de religion, c’était changer totalement de vision du monde.

Et peut-être qu’à l’occasion de cette commémoration des 500 ans de la Réforme, nous pourrions nous rappeler les fondements du protestantisme. Et redécouvrir que la foi protestante n’est pas seulement une religion intime, personnelle et privée, mais qu’elle implique plus largement une vision du monde, de soi et des autres. Donc aussi une manière d’être au monde.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire des idées protestantes. Même si dans l’absolu ce serait passionnant (!… oseriez-vous en douter ?!?)
Juste rappeler un élément fondamental.
La conviction que chaque être humain est digne d’entretenir une relation directe avec Dieu.

N’oublions pas que dans le catholicisme médiéval, le prêtre est l’intermédiaire. C’est lui qui prie pour les masses incultes, qui n’ont pour tâche que de payer pour qu’il intercède pour eux auprès de Dieu. Les réformateurs arrivent avec cette affirmation: pour Dieu, il n’y a pas de hiérarchie entre les êtres humains. Tous ont un accès direct à lui.
C’est évidemment assez révolutionnaire.
Et l’ont voit toutes les conséquences dans l’émergence de la démocratie par exemple.

Mais cette accès direct à Dieu a aussi une conséquence importante: il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu. Tout le monde, et plus seulement le clergé, doit pourvoir lire la Bible. On la traduit, on l’imprime, on la diffuse et on apprend à lire à la population. On connaît toutes les conséquences historiques et sociales de l’émergence de la Réforme qui ont changé notre monde occidental.

Et du point de vue plus personnel, si il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu, cela signifie aussi que plus personne d’autre que moi ne peut croire pour moi.
Je deviens dès lors responsable de prendre soin de ma vie de foi, de ma spiritualité, de ma relation à Dieu.

La nouvelle liberté qu’apporte la Réforme implique une responsabilité individuelle. Envers soi, envers Dieu et envers le monde. Et la foi ne peut dès lors être détachée de l’engagement du croyant dans la société.

Je crois à la pertinence, aujourd’hui encore, de cette théologie que nous sommes appelés à redécouvrir, à réinvestir et à réinterpréter dans notre monde actuel.
C’est notre histoire.
Ce sont nos racines.
C’est encore aujourd’hui notre réalité.