En route vers Pâques, les enfants!

Samedi, j’ai animé une rencontre de l’Eveil à la foi sur le thème « En route vers Pâques ». Je me suis inspirée du programme proposé par le Service de catéchèse de l’Eglise catholique de Fribourg tout en y apportant quelques modifications. L’activité est destinée aux enfants de 3 à 6 ans, accompagnés de leurs parents, mais les fratries viennent souvent au grand complet, donc les enfants ont entre 0 et 10 ans. Le groupe est œcuménique, les rencontres ont lieu dans les églises (cette fois à l’église catholique de Boudry), des samedis matins donc par pendant une messe ou un culte.

Habituellement, j’anime avec un collègue catholique, qui cette fois-ci était retenu par une autre activité. Et des parents se proposent pour l’animation et la préparation du bricolage. Mais les agendas familiaux ne le permettaient pas cette fois-ci. Je devais donc trouver un moyen d’assumer à la fois l’animation du récit et du bricolage (avec sur place évidemment l’appui des parents).

Voici ce que j’ai proposé et qui a plutôt bien fonctionné. Si cela peut rendre service à d’autres, j’en serais heureuse! Continuer la lecture de En route vers Pâques, les enfants!

Croire l’incroyable?

Prédication dialoguée avec Solène Maeder, jeune monitrice dans la paroisse du Joran. Culte de Pâques 27 mars 2016 à Cortaillod.
Textes bibliques: 1Pierre 1,3-9 et Jean 20,20-24

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Diane
Il y a quelques temps de cela, Solène m’a fait part de son souhait de préparer avec moi le culte de Pâques pour son travail de diplôme de monitrice de catéchisme. Nous nous sommes donc lancées dans la lecture des textes évangiles qui parlent de la résurrection de Jésus. Une lecture et des discussions qui nous ont menées à choisir ce récit de l’apparition à Thomas pour le culte de ce matin.

Solène
En lisant les textes dans les 4 évangiles, j’ai remarqué de nombreuses différences. Chacun a appuyé les événements qui lui parlaient le plus et ceux qu’ils pensaient les plus importants. Concernant la résurrection, Marc et Jean parlent de Marie de Magdala. Je trouve que Luc a toujours une version plus éloignée et différente que celle des autres. Et Jean est le seul à insérer des personnages solo. D’abord Marie, une femme, puis Thomas, un disciple.
C’est Jean qui m’a fait le mieux comprendre le but de la mort et de la résurrection de Jésus. Il montre plus précisément la réaction (normale) de Thomas, un disciple, mais humain. Cette réaction me parle car Thomas est humain, et croire aux choses surnaturelle est difficile pour nous. Et de plus, il n’est pas témoin de cet événement. Il ne fait que entendre ce que ses amis lui disent. Et comme toute personne, il ne croit pas, il doute de cette parole qui paraît si folle. Tant qu’il n’aura pas vu il ne croira pas. C’est la version qui me parle le plus car nous pouvons entièrement nous identifier à Thomas. Il vit des émotions humaines et normales face à quelque chose qui nous dépasse. Et j’aurais la même réaction à sa place. C’est difficile de croire du tout au tout la parole des autres, mais les croire pour quelque chose d’impossible, c’est encore plus dur.

Diane
Au petit matin de ce dimanche, Marie de Magdala s’était rendue au tombeau et y avait trouvé la pierre roulée. Le Ressuscité lui était alors apparu. Elle l’avait d’abord pris pour le jardinier, mais quand elle saisit que celui qui était en face de lui n’était personne d’autre que le Christ revenu du séjour des morts, elle s’était empressée d’aller annoncer la nouvelle aux disciples.
Le soir-même, alors qu’ils s’étaient enfermés dans leur maison par crainte des autorités, les disciples assistèrent à leur tour à une apparition du Ressuscité.
Où était Thomas à ce moment là?
On n’en sait rien.
Il a manqué le moment qu’il ne fallait pas manquer!

Solène
Les disciples étaient dans une maison verrouillée. Ils s’étaient enfermés. Enfermés à cause de la peur. Enfermés aussi dans leur tristesse et leur douleur d’avoir perdu Jésus. Ses amis ont vu Jésus, mais Thomas n’a rien vu. Je m’imagine qu’en plus de la tristesse et de la douleur, Thomas devait ressentir de la colère d’avoir manqué le bon moment.
Je comprends que lorsque Jésus est apparu aux autres, il n’y croit pas. C’est facile de se moquer de lui aujourd’hui. De le trouver idiot de ne pas avoir cru. Mais si j’avais été à sa place, cela m’aurait aussi paru bizarre. Si mes amis m’avaient dit qu’ils avaient vu vivant celui qu’on venait d’enterrer, je les aurais pris pour des fous.

Diane
Thomas a effectivement gardé cette image du sceptique, du dubitatif, de celui qui refuse de croire et qui demande des preuves. Mais ce n’est pas tout à fait lui faire honneur de garder de lui uniquement cette image d’incrédule.
La première fois que l’évangéliste Jean nous parle de Thomas, c’est au moment où Jésus veut se rendre en Judée parce que son ami Lazare est mort. Les disciples tentent de l’en dissuader: se rendre en Judée peut s’avérer dangereux pour Jésus. Mais Thomas, lui, affirme: allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui!
Thomas n’est pas un tiède. Il est enthousiaste à la suite de son maître et il connaît le danger que cela représente de le suivre. Mais il a confiance et se sent prêt à assumer ce risque.
Et lors du dernier repas, lorsque Jésus parle du chemin à suivre, Thomas l’interpelle. Il cherche à mieux comprendre les paroles de son maître.

Solène
Thomas n’est pas seulement celui qui ne croit pas, il est aussi celui qui cherche à comprendre.
C’est important de réussir à penser par soi-même. Et pas seulement de répéter ce que les autres disent ou croient. Thomas, il a envie de suivre Jésus, il a envie de comprendre comment le faire.
Alors quand les disciples lui disent qu’ils ont vu Jésus ressuscité, il n’arrive pas à les croire.
Personne ne peut croire à notre place.
Personne ne peut croire pour Thomas. Se fier à la parole des autres, dans un événement si intense, c’est difficile. Et je dois dire que la Résurrection, c’est quelque chose de tellement bizarre, que c’est aussi difficile pour moi d’y croire.

Diane
La Résurrection est incroyable, au sens littéral du terme: c’est quelque chose qui est au-delà de ce qui appartient à ce que nous pouvons tenir pour vrai. Un mort qui revient à la vie, ce n’est pas de l’ordre du possible. C’est même l’opposé de ce qu’est la mort.
Il est donc bien naturel que Thomas exprime des doutes. Et nous pouvons lui en être reconnaissants.
Car, soyons honnêtes, pour nous aussi la Résurrection est incroyable. Tellement incroyable qu’elle est très souvent édulcorée ou spiritualisée. On parle des effets de la résurrection et de la résurrection de l’espérance, mais on ne s’attarde pas trop sur la résurrection concrète de Jésus. Ou de ce que Paul appelle la résurrection des corps. C’est tellement bizarre qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Sauf l’évoquer et se dire que même l’impossible est rendu possible.

Solène
Je comprends Thomas. Et j’aime sa volonté d’en savoir plus, d’en avoir le cœur net. Il ne pourra pas y croire tant qu’il n’aura pas vu, pas touché. Il a besoin de faire lui-même l’expérience. Avant, il voulait comprendre pour mieux croire mais là, il n’arrive simplement plus à croire sans comprendre.
Lorsque Thomas voit enfin Jésus, il en a la preuve devant lui. Mais désormais, vu que le Christ ne sera plus physiquement là, il lui demande d’arrêter de douter et de croire, de faire confiance.
Thomas a eu de la chance. Jésus a entendu ses doutes, il a répondu a sa demande et il lui est apparu.

Diane
Oui, Jésus lui est apparu. Mais il n’est pas tout à fait exact de dire qu’il a répondu à sa demande.
Voici ce que disait Thomas: Si je ne vois pas les marques des clous dans sa main, si je ne mets pas mon doigt à la place où étaient les clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas.
En apparaissant devant lui, le Ressuscité dit à Thomas: Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois!

Et que fait Thomas? Est-ce qu’il avance son doigt? Est-ce qu’il avance sa main?

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L’incrédulité de Saint Thomas (Le caravage)

Solène
Non. Thomas ne touche pas. Il répond au Christ en disant: Mon Seigneur et mon Dieu!
Thomas voulait des preuves. Mais après avoir entendu la parole du Christ, il sait qu’il n’a pas besoin de voir ou de toucher pour avoir la foi.
Mais est-ce que cela me suffira à moi pour croire? Connaître le témoignage des évangiles? Est-ce que c’est suffisant pour que moi aussi je sois capable de faire confiance?

Diane
Thomas a demandé une preuve mais en réalité, ce n’est pas la preuve qui l’a convaincu, c’est l’appel que le Christ lui a adressé. Crois! Fais confiance!
C’est une parole, une appel. Et sa capacité à y répondre. Pour un temps, il n’en n’était plus capable. Mais quand il a à nouveau pu entendre, il a cru et c’est de sa bouche que vient la plus belle déclaration de foi des évangiles. Car Thomas est le seul dire de manière aussi claire: tu es mon Seigneur, tu es Dieu.

Solène
Je sais moi aussi que Jésus sera toujours là pour moi. Jésus est venu et ne cessera de venir et de se tenir au milieu des siens, au milieu de nous.
L’important est de croire que la foi est possible. Quand on a des doutes, d’oser poser des questions pour chercher à mieux comprendre. Je veux continuer à voir et à ressentir cette présence, cette lumière qui apparaît comme une vérité à mes yeux.

Diane
La foi n’est pas quelque chose de tangible, ni une chose que nous pouvons posséder une fois pour toutes. Solène, je sais que tu fais beaucoup de danse. Tu t’entraînes beaucoup, tu exerces les mouvements, tu apprends, tu pousse ton corps et mémorises des chorégraphies. Et pourtant, tu ne possèdes pas la danse.
Pour que la danse existe, il faut que le danseur se lance. Avec la confiance en tout ce qu’il sait, tout en étant conscient qu’il ne maîtrise pas totalement l’instant.
Il y a quelque chose de semblable dans la foi. Dans la volonté d’apprendre et de comprendre toujours mieux ce que le Christ nous enseigne, et dans la confiance et le risque de la rencontre et de l’instant.

Amen

Pâques: dites-le avec des fleurs

Dans le temple de Cortaillod, un espace est aménagé pour permettre aux enfants de bricoler et de dessiner pendant le culte. Un animateur ou une animatrice prépare un bricolage en lien avec le thème du culte et le texte biblique.

Dimanche dernier: c’était Pâques, évidemment! Pour le bricolage, on s’est inspiré de ce modèle et voici le résultat, réalisé par mon fils de 7 ans.

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En observant le dessin, je remarque que tous les insectes vont en direction de la lumière 😉

L’espérance fait sauter les verrous du désespoir

Prédication du dimanche de Pâques, 5 avril 2015
Texte biblique : Matthieu 27,62 à 28,20

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Une joie difficile à vivre

Il y a des années où il est aisé de ressentir la joie de Pâques.
Se réjouir des couleurs, des senteurs du printemps. Et vivre profondément cette joie intense. Et il y a des fois où cela s’avère plus difficile.

En cette semaine sainte, nous avons été touchés par le deuil de deux familles de la paroisse. Et je ne crois pas exagéré de dire que nous sommes nombreux à en être affectés. La situation internationale aussi pèse sur le moral : les migrants qui meurent en Méditerranée, le massacre au Kenya, les chrétiens persécutés en Syrie, l’épidémie du virus Ebola dont on n’arrive pas à venir à bout. Et j’en passe… malheureusement.

Cette semaine encore, toute l’Europe a été ébranlée par le crash de l’avion de ligne de la Germanwings, épilogue dramatique de la détresse d’un homme que l’on n’a pas su voir, ou peut-être même pas voulu voir. Enfin, le printemps tarde à venir.
Je ne voudrais pas, chers amis, vous saper le moral. Vous vous dites peut-être: on est venus ce matin pour nous faire du bien et entendre un message d’espérance et au lieu de cela, la pasteure se morfond.

Pas du tout.
Pâques ne peut advenir qu’après Vendredi Saint. Si le Christ n’était pas mort, il n’aurait pu ressusciter. Et il n’est pas sain d’occulter le vendredi pour passer directement au dimanche. Tentation de la fausse consolation: mais non, ce n’est pas si grave…

Au contraire, prendre au sérieux les peines, les épreuves et les situations devant lesquelles nous nous sentons impuissants est la seule condition pour vivre véritablement la libération pascale.

Une action pour contrecarrer une cause

Les récits de Résurrection sont différents dans les 4 évangiles. Cette diversité exprime à elle seule qu’il s’agit d’un événement complexe, qui échappe à notre simple compréhension. Matthieu est le seul à raconter ces jours suivant la crucifixion de cette manière. Avec les gardes devant le tombeau et ce mensonge.
Cet empressement autour de la rumeur du vol du corps laisse penser que l’évangéliste répond ici plus à une préoccupation de l’époque où il écrit que de celle de Jésus. En effet, l’évangile de Matthieu est rédigé à la fin du premier siècle, alors que la petite communauté de chrétiens s’est clairement séparée du judaïsme. Leur proclamation de la Résurrection est dénigrée par les juifs de l’époque: si le tombeau était vide, c’est simplement parce que des disciples de ce Jésus ont volé son corps! Toutes ces croyances ne reposent sur rien. Le christianisme est une imposture!

Matthieu prend au sérieux cette attaque en développant l’épisode des gardes devant le tombeau. Il tend même un piège aux autorités juives en faisant des gardes les témoins des événements, sommés de garder le silence. Avec ces gardes, on cherche à contrecarrer une attaque potentielle ou avérée d’adversaires mal intentionnés. Action humaine des plus courantes. On craint quelque chose : on agit pour rendre ce quelque chose impossible. On craint que le tombeau soit vide. Pour qu’il soit vide, on ne voit qu’une possibilité: que les disciples volent le corps. Donc on ne fait pas que rouler la pierre, on la scelle. Puis on place encore des gardes.

En entendant cette semaine les informations sur l’enquête du crash, je n’ai pu m’empêcher de penser que les compagnies d’aviation civile avaient agi d’une manière similaire. Après le 11 septembre, on a craint des détournements d’avion. La menace venait alors des passagers dont un ou plusieurs étaient malintentionnés. Pour s’assurer que de tels détournements ne pourraient se reproduire, on a sécurisé les portes du cockpit, on les a scellées comme la pierre sur le tombeau. On n’a pas pensé alors que le danger pouvait venir d’ailleurs. Et que cette fermeture, conçue pour éviter des catastrophes, allait justement permettre cette issue funeste.

On cherche encore et toujours à s’assurer plus de sécurité. Au risque peut-être de perdre de vue la fragilité de l’existence. Ce jour-là, c’est la mort qui a réussi à s’immiscer entre les systèmes de sécurité. Le jour de Pâques, c’est la vie qui a réussi à déjouer tous les stratagèmes.

Le bouleversement pascal

Tremblement de terre, ange du Seigneur, pierre roulée dans un grand fracas. Matthieu sort ici tout l’arsenal apocalyptique. Un langage qui nous parle peut-être moins aujourd’hui. Une manière d’exprimer ce qui n’est pas si simple à dire. Vous remarquerez que Matthieu, et les autres évangélistes non plus, ne décrit jamais la Résurrection. Alors que bien des apocryphes s’en donnent à cœur joie. Il n’en dit rien. Ce qui est décrit, c’est toujours l’effet de la Résurrection sur les gens et sur le monde.

Un bouleversement.
Ce qui était acquis: la mort, c’est la mort et on ne s’en relève pas ; n’est plus vrai.
Après cela, les personnes, la réalité et le monde ne peuvent plus être pareils. Les règles selon lesquelles tout a fonctionné jusqu’à présent tombent et une nouvelle vérité se fait jour: la mort n’est plus la fin de tout. Le Christ l’a vaincue. Les gardes sont tétanisés. Comme morts dit le texte avec ironie. La mort n’est plus là où on la croyait circonscrite : à l’intérieur du tombeau. Elle paralyse ceux qui s’illusionnent sur leur capacité à la maîtriser. Les femmes se mettent en route et vont proclamer la bonne nouvelle. Les disciples, eux, sont envoyés en mission dans le monde. Ainsi se termine l’évangile de Matthieu.

green-plant-wood-4711Ce n’est pas une fin triomphale et écrasante. La grande joie qui étreint les femmes et teintée de crainte. Et les disciples qui se prosternent éprouvent eux aussi des doutes. Ni la Résurrection, ni la foi ne blindent les croyants qui ne cessent d’éprouver aussi de la crainte et de douter. La Résurrection est vécue comme une promesse. Une force qui met en route, malgré les doutes et la fragilité. Une puissance qui porte et fait avancer. Une puissance qui tient celles et ceux qui acceptent de se laisser bouleverser par l’espérance que le Christ peut faire éclater tous les verrous.

Persévérons dans la foi que le changement est toujours possible. Que rien n’est à jamais définitivement verrouillé. L’accord historique qui a été signé cette semaine même à Lausanne entre les États-Unis et l’Iran est peut-être un signe de cette force de changement.

Laissons cette espérance nous transformer et mettons-nous à notre tour en route pour témoigner de ce rai de lumière qui parvient à percer le tombeau scellé.

Amen