Manger et croire

Prédication du culte du 30 juin 2019 au temple de Colombier, lors du culte d’installation du Conseil paroissial
Lectures bibliques : Psaume 122 et Matthieu 14,15-19.

Lever les yeux au ciel.
Élever le regard.
Prendre un peu de hauteur.
Prendre du recul sur l’ordinaire de nos vies pour souffler, pour méditer, pour prier, pour se ressourcer.
Telle est l’aspiration que nous pourrions appeler religieuse.
L’être humain est façonné de plusieurs dimensions. Comparez donc le temps que nous passons à prendre soin de notre dimension corporelle, de notre dimension physique, de notre dimension psychique… celui que nous prenons à soigner notre dimension spirituelle.

Porter son regard vers les hauteurs et marcher avec confiance.
Comme ces pèlerins d’autrefois qui chantaient des psaumes en montant à Jérusalem pour les grandes fêtes religieuses.
Placer sa confiance en ce Dieu qui protège, qui garde, qui veille.
Regarder au ciel, quoi de plus fondamental?

Quelque chose en moi rêverait de me lever aux petites heures le matin, pour aller admirer le lever du soleil au bord du lac, dans un silence à peine rompu par le clapotis de l’eau et le chant matinal des oiseaux. Un petit déjeuner frugal, juste quelques fruits et une tisane suffiraient à nourrir mon corps. Puis la journée pour lire, méditer la Parole. En quelques semaines je relirais tout le Nouveau Testament à l’ombre d’un pommier. Une partie de moi aspire à cela. À cette vie presque monacale.

Mais la réalité est tout autre. Continuer la lecture de Manger et croire

Petites leçons de passereaux

Prédication du dimanche 14 avril 2019 au temple d’Auvernier. Dimanche des Rameaux, avec le baptême du très souriant petit Solal.

La famille m’avait suggéré le thème des oiseaux pour ce culte!

Textes bibliques: Matthieu 6,25-33 et Jérémie 8,4-7

Savez-vous distinguer un moineau mâle d’un moineau femelle ?
Eh bien figurez-vous que ce n’est en réalité pas si compliqué, mais que si vous m’aviez posé la question il y a quelques années de cela, je vous aurais sans doute répondu que je peinais déjà à distinguer un moineau d’une mésange…

L’occasion de m’intéresser d’un peu plus près à ces volatiles, qui jusque là n’avaient jamais attiré mon attention, m’a été donnée par mon fils. Alors haut comme trois pommes, il posait sans cesse des questions sur les oiseaux. Nous découvrant incapables d’y répondre, mon mari et moi avons fait l’acquisition d’un guide ornithologique qui, depuis lors, est toujours à portée de main.

Il est peut-être un peu convenu de dire – surtout un dimanche de baptême – que les parents ne font pas qu’apprendre à leurs enfants, mais qu’ils apprennent aussi de leurs enfants. Toujours est-il qu’à n’en pas douter, les plus jeunes ont la capacité de nous éveiller à des mondes inconnus. Je dois reconnaître que je suis bien heureuse que son intérêt se soit porté sur les animaux plutôt que sur le football. Mais peut-être que si cela avait été le cas, je tiendrais aujourd’hui un tout autre discours.

Regardez les oiseaux du ciel!

Regardez les oiseaux du ciel!
Voilà une exhortation biblique à laquelle il ne m’est pas très pénible de me soumettre. Et j’ai la chance, de la fenêtre de mon bureau, de laisser mon regard se perdre dans le magnifique jardin de la cure qui attire toutes sortes d’espèces : mésanges, verdiers, pinsons, rouge-queue pour ne citer que ceux-ci.

Quoi de mieux pour méditer ce texte de l’évangile de Matthieu qui résonne si fortement dans ces jours printaniers ?

Observez.
Regardez les oiseaux du ciel.
Ils ne sèment ni ne moissonnent.
Ils n’amassent pas de récoltes dans des greniers.
Dieu les nourrit !

Il semble y avoir une telle simplicité, une telle désinvolture dans le mode de vie de ces volatiles.
Et pourtant, les oiseaux sont loin d’être inactifs. Au contraire, ils sont sans cesse en quête de nourriture. Volant ici puis là, picorant avant de repartir. Toujours prêts à déployer leurs ailes pour décoller dans les airs à l’approche d’un chat. Et à cette saison, ils œuvrent avec soin pour la confection de leur nid.

L’exemple que nous offrent les oiseaux du ciel n’est pas celui de l’insouciance ou de la désinvolture. Au contraire, ils ne cessent de travailler. Mais à la différence des êtres humains que nous sommes, ils accomplissent leur labeur de chaque jour sans s’inquiéter de celui du lendemain.

En psychologie du développement, on dit qu’une des caractéristiques de l’adulte, c’est sa capacité à anticiper. L’enfant, lui, en est incapable.
En ce sens là, l’oiseau est un enfant.
Ou l’enfant est un oiseau…

Corollaire de la capacité à anticiper : le souci.
Avoir souci de l’autre, de bien accomplir son travail, de rendre heureux ceux qui nous sont chers, de planifier et d’organiser ce qui doit l’être : autant d’aspects positifs des adultes que nous sommes.
Mais quand avoir souci de… devient se faire du souci… au point de transformer cette capacité à anticiper en une formidable usine à inquiétude, voilà que l’équilibre de vie a du plomb dans l’aile…

Ne vous inquiétez pas !

Ne vous inquiétez pas !
Cette injonction revient comme une rengaine dans l’évangile de Matthieu. Ne vous inquiétez pas ! N’ayez pas peur !
Du tout début à la fin : dans la bouche de l’ange qui s’adresse à Joseph au premier chapitre (Mt 1,20) puis aux femmes qui trouvent le tombeau vide (Mt 28,5). Dans le récit de la tempête apaisée (Mt 14,27) ou celui de la transfiguration (Mt 17,7).
N’ayez pas peur ! Ne vous inquiétez pas !

Qui d’entre vous parvient à prolonger un peu la durée de sa vie par le souci qu’il se fait ?
Si l’inquiétude parvenait à résoudre les problèmes, nous le saurions. Au contraire, elle est à l’origine de bien des maux et ronge les forces vives plus qu’elle ne nourrit la vie.
Mais suffit-il d’ordonner : ne vous inquiétez pas ! pour que l’inquiétude nous quitte ? Ou au contraire, cela risque-t-il d’ajouter au souci la culpabilité de se savoir inquiet ?
De l’inquiétude, pour s’en débarrasser, il faut en être délivré, libéré.

Vous connaissez peut-être le philosophe et écrivain français Fabrice Midal, enseignant de méditation et auteur d’un livre qui a eu beaucoup de succès : Foutez-vous la paix et commencez à vivre.

Dans ce livre, il y a un passage intéressant sur l’idée d’être calme. Midal s’oppose à l’idée que pour méditer il faudrait être zen, calme, dans le sens de détaché de tout. Au contraire, pour lui la méditation permet d’être complètement connecté à ses émotions et sa spiritualité. Le terme calme, dit-il, vient de l’occitan calma qui est un terme maritime pour désigner la mer quand il n’y a pas de vent. Quand la mer est calme, il ne se passe rien et il est impossible d’avancer.
Chercher ce calme là n’a pas de sens.

Évidemment que j’aime et apprécie les moments où je me sens en harmonie avec l’ordre du monde, pendant lesquels le temps semble enfin suspendu. Bien sûr que je me réjouis de ce sentiment de plénitude et d’apaisement, et je me réjouis d’autant plus qu’il se prolonge. Mais je sais aussi qu’un « calme-toi » ne calme jamais quiconque. Ce sentiment dont je veux parler n’est pas une injonction ; il nous arrive de surcroît, comme un don. Ce sentiment, je l’appelle paix.

Fabrice Midal, Foutez-vous la paix… p.54

Plutôt qu’au calme, c’est à la paix qu’il nous faut aspirer !
Une paix que nous ne pouvons gagner par nous-mêmes mais qui nous est donnée de surcroît pour reprendre à la fois les mots de Midal et du texte de Matthieu : tout le reste vous sera donné de surcroît.

Tout le reste vous sera donné de surcroît

Cherchez d’abord, en premier lieu, le Royaume de Dieu et sa justice, tout le reste vous sera donné de surcroît.
Bien des choses, dans la vie, dépendent des priorités que nous posons. Et de l’importance première ou secondaire que nous attribuons à certains projets, à certains combats, à certains défis.

L’Évangile nous exhorte à placer tout en haut de nos priorités la recherche du Royaume de Dieu, du monde tel que Dieu l’espère. La justice de Dieu, ce que nous pourrions aussi appeler notre ajustement à Dieu.
Il est question de cela : rechercher sans cesse à s’ajuster, à ajuster sa vie à ce que nous comprenons que Dieu veut de nous, espère en nous, cherche avec et pour nous.

Il n’est pas interdit de se tromper.
Pour reprendre le prophète Jérémie, ce n’est pas l’erreur le problème, c’est celui de s’obstiner à suivre la fausse route et l’incapacité à écouter ce à quoi pourtant le Seigneur nous appelle.
Les oiseaux eux, ne se laissent pas envahir par l’inquiétude et quand vient le moment de la migration, ils se mettent en route.

Cette quête de l’ajustement nous interdit à la fois de nous abandonner dans un calme qui ne permet pas d’avancer et de nous enfermer dans l’inquiétude.

Pour entrer dans ce dont Dieu nous fait la grâce : la confiance !

Amen

Et en bonus deux sites indispensables pour tout savoir sur les moineaux et les autres oiseaux : vogelwarte et oiseaux.net

Ils ne sont pas revenus

Prédication narrative de la veillée de Noël, le 24 décembre 2016 à Cortaillod.
Lectures bibliques: Matthieu 2,1-12 et Psaume 8

Il fait nuit maintenant et ils ne sont pas revenus…

Le palais du roi Hérode est silencieux et je peux enfin rejoindre ma couche.
Depuis dix ans que je travaille ici comme servante, je n’avais jamais vu une agitation aussi forte que ces derniers jours.
Léa! Donne à nos invités de quoi se rafraîchir.
Léa! Fais appeler les chefs des prêtres.
Léa! Dresse la table pour tous les convives.
Léa par ci, Léa par là.
Je ne savais plus où donner de la tête. Le roi était furieux et quand il se met en colère, je n’aime mieux pas me trouver à proximité. Je le connais. Les coups de bâton partent facilement.

Maintenant que je peux enfin m’allonger, je ne trouve pas le sommeil.
Je n’arrête pas de penser au fait qu’ils ne sont pas revenus.
Qu’est-ce que cela peut bien signifier ?

Est-ce qu’au moins ils ont réussi à trouver ce roi qu’ils cherchaient?
J’espère qu’Hérode ne leur a pas barré la route! Mais je ne le pense pas, ce qu’il voulait lui c’est qu’ils l’amènent à ce roi.

Ils étaient étonnants ces hommes.
Ils sont arrivés un matin dans la ville, assis sur leurs chameaux. Fatigués par la route, les vêtement recouverts de poussière.
Le tissu enroulé sur leur tête pour s’abriter du sable soulevé par le vent ne laissait entrevoir que leurs regards perçants.
Ils venaient du lointain Orient.
Je me demande comment c’est, loin à l’Orient.
En tout cas, la science est très avancée là bas. Ils avaient avec eux des grands parchemins sur lesquels ils avaient dessiné des cartes du ciel. Chaque étoile était représentée à son endroit exact, leur mouvement formaient des dessins fabuleux.
Quand ils l’ont déroulé sur la table, j’ai jeté un œil puis je les ai observés eux. Tous les trois penchés sur ce parchemin, ils montraient du doigt les étoiles en les désignant par leur nom.
Ils se livraient à de grandes explications qui, même si elles m’échappaient, n’en demeuraient pas moins passionnantes.
Ils disaient qu’on peut lire dans le ciel, que Dieu y fait connaître sa volonté, que tout à un sens et que la quête de toute la vie, c’est de le chercher.

Mais Hérode, lui, ne cherchait même pas à comprendre ce qu’ils disaient.
Il trépignaient et marmonnait: le roi des Juifs!… comment ça le roi des Juifs?!

Quel homme frustre, notre roi!
Si seulement, nous pouvions avoir un souverain qui s’intéresse à la science, à la musique, à l’univers, que sais-je… à autre chose qu’à lui-même en tout cas.
Il a beau être roi, à l’échelle du ciel, il est quand même tout petit.
Comme les paroles de ce psaume que me chantait ma grand-maman lorsque j’étais petite: Quand je vois le ciel, ton ouvrage, la lune et les étoiles que tu y a placées, je me demande : l’homme a-t-il tant d’importance pour que tu penses à lui?

J’aimerais bien, moi aussi, savoir lire dans le ciel.
J’aimerais avoir toutes les connaissances de ces hommes.
Mais je ne suis qu’une simple servante. Qu’un grain de poussière dans l’immensité de l’univers.
Devant ce ciel infini, je bénis le Seigneur pour la femme que je suis, et je cesse de rêver à être une autre.

Je n’ai pas besoin d’occuper une place plus importante sur terre, Dieu se préoccupe de moi même si je suis une servante.
Et puis, le pouvoir ne me fait pas envie.
Il n’y a qu’à regarder Hérode. Qui aurait envie d’être lui?
Jaloux, haineux, autoritaire et violent. Est-ce enviable?

Son pouvoir est une illusion. Sa colère et sa violence des signes de sa faiblesse et de sa peur.
Oui, il ne vit que dans la peur de perdre ce qu’il a et de voir disparaître la crainte qu’il provoque chez les autres.

Les hommes de l’Orient, eux, étaient habités d’une véritable puissance.
Une puissance qui venait à la fois de leurs connaissances et de leur capacité à écouter, à être ouverts à ce qui se présente à eux.
Ils savent bien plus de choses que moi, bien plus de choses même que le roi, mais ce qu’ils savent surtout, c’est quand ils sont arrivés aux limites de ce qu’ils pouvaient faire seuls.

Ils ont demandé de l’aide, demandé conseil aux sages d’ici et ceux-ci leur ont révélé les prophéties.
Ils se sont mis à l’écoute et ont repris la route.
Mais ils ne sont pas revenus.
Je me demande ce qui leur est arrivé.
Ont-ils trouvé ce roi?
Qui est-il?
A Bethléem? On m’a toujours appris que rien de bon ne pouvait venir de Bethléem. Et il n’y a aucun palais pour un roi.
Cet enfant serait-il né dans une simple maison?
Je me demande qui sont ses parents.

Mais si ce bébé n’a rien de spécial, comment l’auront-ils reconnu?
Peut-être que seuls ceux qui le cherchent pour le rencontrer et non pas pour le dominer peuvent le reconnaître?!
Espérons que ce soit le cas, ainsi Hérode ne pourrait pas le retrouver.
Peut-être que moi aussi je pourrais y aller!
Demain matin, je chausserais mes sandales et je quitterais le palais pour partir en direction de Bethléem.
Mais je n’ai rien à lui offrir…
Je ne pourrais pas aller à sa rencontre les mains vides.
J’ai bien vu dans leurs bagages, les sages avaient emporté de précieux cadeaux.
Espérons que tout cet or ne le pourrira pas. Je me méfie des richesses, elles changent les hommes. Les rendent cupides et injustes. Espérons qu’il saura en faire bon usage.
Il y avait aussi de l’encens et de la myrrhe. Des parfums de grand prix. Mais moi qui croyais que la myrrhe servait à embaumer les morts, c’est quand même un peu bizarre comme cadeau pour un nouveau-né. Espérons que cela ne lui porte pas malheur.

Non, Léa. Tu n’iras pas le trouver demain! Sois raisonnable.

Je vais rester simple servante ici, au palais du roi Hérode. Mais je continuerai à garder toutes ces choses dans mon cœur.
Et si cet enfant est véritablement le roi des Juifs, on devrait entendre parler de lui ces prochaines années.
Peut-être même qu’il viendra habiter le palais après Hérode!
Et devenir moi roi à moi. Je serai sa servante.

Il se fait tard, il faut quand même que je dorme. Ce soir, je n’ai pas envie d’éteindre ma lanterne.
Je laisse cette lumière briller.
Avec mon espérance que voici une bonne nouvelle: ils ne sont pas revenus.

Amen

Doit-on s’efforcer d’aimer?

Prédication du dimanche 12 juin 2016 à St-Aubin
Textes bibliques: 1 Corinthiens 13,1-3 et Matthieu 5,43-48 (l’amour des ennemis)

castle-505878_1920(1)

Lors du camp de catéchisme au week-end de l’Ascension, nous avons eu l’occasion d’échanger avec les catéchumènes autour d’une question. Et comme les échanges étaient intéressants, nous nous sommes dits qu’il serait aussi pertinent d’échanger avec leurs parents autour de cette même question lors de la rencontre de bilan du catéchisme. Là aussi, les échanges ont été nourris.

Cette question, je la partage avec vous ce matin : faut-il s’efforcer d’aimer tout le monde ?

Spontanément, jeunes comme adultes ont répondu : Non! On ne peut pas se forcer à aimer.
C’est vrai. Aimer, ça ne se commande pas. L’amour que nous éprouvons pour nos proches, pour nos amis, pour notre conjoint dépasse souvent ce que nous réussissons à exprimer et il n’est pas le fruit d’une décision de notre part: À partir d’aujourd’hui, je décide de l’aimer lui!… ça ne marche pas comme ça.

C’est vrai… mais… une fois passée cette première réaction spontanée, expression émotionnelle, autre chose se dessine. Et si… et si la chose était un peu plus complexe.

Pas un seul amour

Il faut dire que la langue française nous piège, car le mot amour est très large alors que d’autres langues ont plusieurs termes pour en désigner les nuances. C’est le cas du grec, qui en a au moins trois distincts.

Philia exprime le lien d’amitié, mais aussi l’attachement à quelque chose qui plaît. Il aime aller se promener dans la forêt.

Eros désigne la relation amoureuse. L’élan vers l’autre.

Agapè, le troisième terme, désigne l’affection et la charité.

Bien sûr, en vous présentant ces termes en quelques mots, nous perdons beaucoup de nuances. Des livres entiers ont été écrits sur l’eros et l’agapè. Mais ce qui me semble important de saisir ici, c’est que lorsque l’on parle d’amour, on évoque autre chose que cet élan sentimental qui nous lie à quelques unes des personnes les plus proches de notre entourage. Et qui nous lie finalement à un nombre infime des personnes qui habitent notre monde.

Bien entendu dans les deux textes qui nous ont été lus, c’est d’agapè dont il est question. Dans la tradition chrétienne, et dans les textes bibliques, lorsque l’on parle d’amour, on parle d’autre chose que d’un sentiment. D’ailleurs l’amour chrétien se commande, alors que nous l’avons vu, un sentiment ne se commande pas. Vous connaissez le double commandement d’amour: aime le Seigneur ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même.

L’amour chrétien n’est pas un sentiment

Si l’amour n’est pas un sentiment, qu’est-il?
Pour mieux appréhender ce qu’est l’amour chrétien, on ne peut éviter de relire ce passage extraordinaire de l’évangile de Matthieu: l’amour des ennemis. Très célèbre bien sûr, mais qui demeure remuant si on le prend au sérieux et que l’on réfléchit réellement à son implication pratique dans nos vies.

Aimer nos amis, ce n’est pas difficile. Tout le monde y arrive.
Même les collecteurs d’impôts! dit Jésus.
Même ceux qui n’ont aucune morale. Même les mafieux ont un code d’honneur interdisant que l’on touche à ceux qu’ils aiment.
Il n’y a rien d’extraordinaire à apprécier ses proches, à saluer sa voisine sympathique, à sourire au petit garçon du village si adorable.

Mais Jésus attend autre chose de celles et ceux qui ont accueilli Dieu dans leur vie. Des chrétiens, il attend une autre attitude que celle dont tout homme et toute femme est capable.

Aime ton ennemi!

Je ne sais pas vous, mais moi je ne considère pas au premier abord avoir des ennemis. Personne ne me persécute, personne ne pourrit ma vie, personne ne nourrit de haine profonde à mon encontre (enfin je crois…) ni moi envers quelqu’un. Alors comment puis-je aimer un ennemi que je n’ai pas?

Si donc le terme d’ennemi ne nous parle pas directement, regardons déjà ce qu’il en est de l’amour du prochain. Pas de celui qui est aimable (littéralement digne d’être aimé), mais vraiment tous nos prochains.
Le monde ne se résume pas à deux catégories de gens: ceux qui j’aime et ceux que je déteste. En fait, il y a plutôt mes proches que j’aime, les gens assez sympa que je croise de temps à autre et tous les autres qui me sont totalement indifférents.
Et mon amour devrait se porter sur tous.

london-692137_1280

L’autre est un enfant de Dieu

Pour une raison toute simple: je ne suis pas moi-même le centre du monde! Dieu fait lever son soleil sur tout le monde comme il fait pleuvoir sur également sur tous (on en fait bien l’expérience ces temps!). Dès lors, si je me reconnais moi-même comme une enfant de Dieu, aimée et reconnue par lui. Je dois aussi reconnaître à l’autre – à tous les autres – ce même statut d’enfant de Dieu.
Même ceux qui se comportent mal, même ceux qui me sont indifférents, même ceux qui ne me sont pas sympathiques.

Parce que oui, il y a des gens qui sont quand même franchement plus difficiles à aimer que d’autres!
C’est pas parce que nous parlons d’amour qu’il faut tomber dans un discours rose bonbon! Des gens désagréables, il y en a. Et les textes bibliques ne sont pas lénifiants. La difficulté à aimer n’est pas niée. C’est bien quelque chose qui demande un effort qui nous est demandé.

Et le texte de Matthieu nous donne quelques éléments très concrets pour exercer cet amour: Prier pour les ennemis, les saluer. Agir en manifestant qu’ils existent pour moi.

Ce n’est plus lui et moi face à face. C’est lui aussi bien de moi, au-dessous d’un même Dieu qui porte sur lui comme sur moi un regard d’amour. Cette nouvelle perspective ne peut que changer mon regard sur l’autre.
L’amour chrétien, c’est donc une attitude, un comportement, des actes.
Mais des actes qui sont le fruit de cette prise de conscience. De ce nouveau regard que nous portons sur nos prochains, sur le monde qui nous entoure.

Ce monde est habité par les enfants de Dieu.
Certains le méprisent, certains sont pétris de haine.
Certains cherchent à l’exploiter au mépris des autres.
Certains ne respectent ni la terre, ni ceux qui l’habitent.
Certains exercent la violence.
Certains tuent et torturent.

Mais tous, oui tous, sont enfants de Dieu.
Même si tous ne le reconnaissent pas.
Et nous chrétiens, nous devons les aimer.

Vous pouvez avoir tous les dons, toutes les richesses, tous les possibles, nous rappelle Paul, si à l’origine de vos actes il n’y a pas l’amour, alors tout cela n’a aucun sens.

Nous voici donc, au seuil de l’été avec ce nouveau défi: aimer.
Aimer comme le Christ nous le demande.

Et pour cela, regarder chaque être humain comme un enfant de Dieu et se demander que signifie l’aimer lui ou elle.

Un défi de chaque jour, mes amis. Dès aujourd’hui.

Alors: aimons !

Amen

Un coup d’ailes entre ciel et terre

Prédication du dimanche 7 juin 2015 avec le baptême de la petite Agathe
Textes bibliques: Genèse 8,8-12 et Matthieu 3,13-17

Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger …

Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer

Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert, Pour faire le portrait d’un oiseau

black-and-white-bird-birdcage-cage

J’avais appris ce poème de Jacques Prévert quand j’étais petite fille. Il y a quelque chose d’insaisissable chez l’oiseau. Même pour en faire son portrait! Sa liberté, sa légèreté, sa grâce nous fascinent. Il peut faire des allers et retours entre la terre et le ciel. Et échappe à notre contrôle.

Pas surprenant dès lors que les oiseaux soient chargés de symbolique, et parmi eux tout particulièrement la colombe. Nombre d’organisations qui œuvrent pour la paix l’ont choisie pour figurer sur leur bannière. On la trouve aussi sur les croix huguenotes et dans le logo de notre Église. Symbole de paix avec son brin d’olivier dans le bec, signe fragile d’une vie possible dans un monde où commence à émerger de nouvelles pousses. Symbole aussi de l’Esprit de Dieu. Présence divine dans le monde.

En pensant à la colombe, ce sont ces deux symboles qui viennent tout de suite à l’esprit: la paix et l’Esprit. Ce sont aussi ces deux passages bibliques: l’arche de Noé et le baptême de Jésus.

Mais on retrouve la colombe dans d’autres textes bibliques où elle est porteuse de significations différentes. Pensons par exemple au Cantique des cantiques. Ce poème qui met en scène deux amoureux. La colombe y devient messagère. Une colombe, c’est quand même plus romantique qu’un pigeon voyageur! Et dans le livre du Lévitique, on trouve les colombes et les pigeons dans les prescriptions concernant les sacrifices que devaient accomplir les Israélites. Ceux qui n’avaient pas les moyens de sacrifier un agneau ou une brebis étaient tenus d’offrir une pair de pigeons ou de colombes. L’oiseau devient alors figure d’humilité et de simplicité.

Permettre l’envol

En relisant le passage de la Genèse où Noé lâche la colombe, j’ai été impressionnée par le soin que porte le récit sur ces allers et retours. Il aurait finalement suffit d’écrire que Noé laissait partir la colombe une première fois mais qu’elle revint parce qu’elle ne trouvait où se poser. Que la deuxième fois elle rapporta un brin d’olivier et que la troisième fois, elle ne revint pas. C’est l’histoire de 3 lignes. Mais le récit est bien plus fourni. Et nous laisse comprendre qu’il s’agit là d’un processus qui prend du temps et qui demande du soin.

Noé laisse partir la colombe une première fois et elle revient auprès de Noé dans l’arche. Le texte dit que Noé tendit la main, prit la colombe et la ramena dans l’arche. Puis qu’il attendit une semaine avant de la laisser à nouveau partir. Entre le deuxième et le troisième lâcher, une nouvelle semaine s’écoule. Cet extrait est particulièrement parlant pour des parents. L’arche, c’est le lieu de la sécurité. C’est la maison, là où se trouvent les parents et où l’on se sent bien. Mais pour des parents comme pour Noé, le but n’est pas de garder ses enfants indéfiniment à l’intérieur de l’arche. Celle-ci deviendrait une prison. Le souhait des parents, ce pour quoi ils œuvrent, c’est que leur enfant prenne son envol. Ceci se fait de manière progressive. L’enfant appréhende l’environnement extérieur. Il découvre le monde et revient se poser là où il se sent en sécurité. Il va et il vient jusqu’à que le temps soit venu pour lui de prendre sa liberté.

Agathe est encore toute petite, bien au chaud dans l’arche. Mais son grand frère Mathias commence déjà à vivre sa vie. Et je sais que ce n’est pas toujours facile pour des parents d’oser lâcher l’étreinte. En demandant le baptême pour leurs enfants, et en s’engageant à leur faire découvrir la foi chrétienne, Sabrina et Mehmet, accompagnés des marraines Fabienne et Julie, ont décidé d’offrir à leur enfant ce parcours. Fait de découvertes, de questionnements, de risques aussi parfois. Ils se sont engagés à les porter, à les encourager, à accueillir leurs questions sans pour autant avoir toujours les réponses, mais en osant s’interroger avec eux. Et c’est bien dans ce mouvement là qu’Agathe et Mathias trouveront la liberté et, nous l’espérons, trouveront en Jésus-Christ celui qui donne sens à la vie.

Jésus demande à être baptisé

Cette colombe, qui a pris son envol et que Noé n’a jamais revue, a traversé les âges. Et quand les cieux se sont ouverts lorsque Jésus a été baptisé, elle est descendue sur lui. Il y a peu de récits que nous pouvons lire dans les 4 évangiles. Celui du baptême de Jésus en est un et la colombe y est présente à chaque fois. Jésus est baptisé par un prophète. Son nom est Jean. Jean le baptiseur, Jean le baptiste. Un rôle devenu si important que la tradition en fera son prénom : Jean-Baptiste.

Un prophète, un radical. Un de ceux dont on se méfiait et dont on se méfierait aujourd’hui encore, sans aucun doute. Comme on se méfie de tout ce qui est extrême et sans nuances. Jean-Baptiste s’était retiré dans le désert. Il appelait à la conversion, la repentance immédiate et absolue. Il pratiquait le baptême dans le Jourdain. En plongeant les convertis dans l’eau, il les lavait de leurs péchés passés. Une vie différente commençait.

Jean-Baptiste annonçait un Messie. Quelqu’un envoyé par Dieu pour juger le monde. Il brandissait la justice comme une menace. Il ne faut pas oublier cette radicalité chez Jean. Et c’est bien auprès de lui que Jésus s’est rendu. Il ne s’est pas présenté là par hasard, au détour d’une petite promenade dans le désert. C’est bien volontairement que Jésus s’est rendu auprès de Jean et qu’il lui a demandé de le baptiser. De même que tous les autres hommes, il a demandé à être lavé de ses péchés. Jésus avait-il besoin de se convertir? Était-il un homme comme les autres? Un pécheur?!? C’est en tout cas comme tel qu’il s’est présenté ce jour-là: un homme.

Il est tout de même surprenant que Jean-Baptiste reconnaisse immédiatement en lui le Messie. Lui qui annonçait un juge puissant reconnaît l’envoyé de Dieu dans ce homme apparemment tout à fait ordinaire. Jean-Baptiste s’oppose à baptiser Jésus. Sa réponse est claire: je ne suis pas digne. Et la réponse de Jésus est très forte : «accepte qu’il en soit ainsi pour le moment.»

Jean-Baptiste s’est imaginé comment les choses devaient être. Il avait une idée précise de ce qu’était la volonté de Dieu et comment il devait s’y soumettre. Comment aussi il devait appeler ses contemporains à se conformer à la volonté divine. Et Jésus lui répond que ce n’est pas comme lui l’imagine que cela doit se passer, mais que le plan de Dieu est différent. «Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car c’est de cette façon que nous devons accomplir tout ce que Dieu nous demande.»

Le Messie est un homme ordinaire, il ne vient pas comme un roi et un juge puissant. Il n’est pas entouré de chevaux royaux, mais d’une colombe. Cet oiseau libre et insaisissable, symbole du messager d’amour et du sacrifice offert avec simplicité. Signe de l’Esprit de Dieu. Jésus appelle Jean-Baptiste à ne pas s’opposer aux projets de Dieu. Surtout pas au nom de la volonté d’accomplir ceux-ci. Il lui demande d’accepter que ce qui lui est demandé soit une étape nécessaire dans le dessein de Dieu. Dieu a un projet dans le monde et l’être humain s’y inscrit.

Retourner la question

Trop souvent, nous nous demandons: Ai-je besoin de Dieu? Sa présence m’est-elle utile? Au fond, nous pourrions nous passer de lui. Mais la question que nous devrions nous poser est plutôt: en quoi Dieu a-t-il besoin de moi?Qu’espère-t-il de moi dans son projet pour le monde? Comment puis-je le servir? Avec quelle attitude, quel geste, quelle parole, puis-je participer à son dessein?

Je ne parle pas forcément ici de choses extraordinaires. Bien que j’admire celles et ceux qui se donnent entièrement à une cause, je m’en sais incapable. Finalement, à, Jésus demande simplement d’accomplir ce qu’il pratique déjà. Il lui demande de statue-185435_1280le baptiser. Pour participer au plan de Dieu, Jean-Baptiste doit faire ce qu’il sait faire. Et le faire en étant conscient qu’ainsi il accomplit la volonté de Dieu.

Pour que Jésus soit baptisé, pour que le ciel s’ouvre et que la colombe descende, pour que Dieu puisse annoncer qu’en Jésus il reconnaissait son fils bien-aimé et qu’il mettait en lui toute sa joie, Dieu avait besoin de mains humaines. Comme il a besoin des nôtres dans le monde.

Alors, mes amis: cette question je vous la laisse ce matin.

Comment Dieu a-t-il besoin de chacun d’entre nous?…

Amen


Merci à Agathe et à ses parents Sabrina et Mehmet!


 

Lectures bibliques (traduction Français courant)

Genèse 8,1-12

8 Puis Noé laissa partir une colombe, pour voir si le niveau de l’eau avait baissé.
9 Mais elle ne trouva aucun endroit où se percher, car l’eau couvrait encore toute la terre; elle revint donc à l’arche, auprès de Noé. Celui-ci tendit la main, prit la colombe et la ramena dans l’arche. 10 Il attendit une semaine et la laissa de nouveau partir. 11 La colombe revint auprès de lui vers le soir; elle tenait dans son bec une jeune feuille d’olivier. Alors Noé sut que le niveau de l’eau avait baissé sur la terre. 12 Il attendit encore une semaine et laissa partir la colombe, mais celle-ci ne revint pas.

Matthieu 3,12-17

13 Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain; il arriva auprès de Jean pour être baptisé par lui. 14 Jean s’y opposait et lui disait: «C’est moi qui devrais être baptisé par toi et c’est toi qui viens à moi!» 15 Mais Jésus lui répondit: «Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car voilà comment nous devons accomplir tout ce que Dieu demande.» Alors Jean accepta. 16 Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau. Au même moment le ciel s’ouvrit pour lui: il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et une voix venant du ciel déclara : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; je mets en lui toute ma joie.»