En route!

Hier nous avons eu la chance d’accueillir le Tuesday’s Gospel pour un culte rempli de musique et d’émotions. Voici le texte de la prédication sur Exode 16,1-3 et Marc 9,33-35.

Coups de pioche.
Le front en sueur le long des lignes de chemin de fer qui petit à petit traversent les immenses plaines américaines.
Coups de fouets.
Le genou à terre dans un champ de coton en Caroline du Sud.
On le voit bien ce chariot que l’on tire jusqu’au jugement dernier (Ride the Chariot, chant interprété en ouverture du culte).

Pas étonnant que les Noirs américains de l’époque se soient à ce point sentis proches des Hébreux. Les rails de chemin de fer des uns étaient les briques foulées au pied des autres. Au rythme et aux secousses des mêmes fouets.
On chantait, on espérait, on rêvait à une liberté possible. Et on entretenait l’espérance, la foi. La confiance en ce Dieu qui avait jadis fait sortir Moïse et les siens du pays du Pharaon. Un jour, ce sera notre tour…

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C’est quand, la saison des figues?

Prédication du dimanche des Rameaux sur Mc 11,1-21 (l’entrée à Jérusalem et le figuier stérile)

Un homme, un vrai!

Il y a une chose qui m’énerve dans les représentations de Jésus. Que ce soit dans la peinture ou dans les illustrations de livres pour enfants, mais surtout dans les films et les dessins animés qui racontent des épisodes bibliques.
Ce qui m’énerve, c’est cet air éthéré qu’a presque toujours Jésus : les yeux vitreux, l’air pénétré, la tête un peu penchée, une voix douce et pleine de souffle.

Les événements semblent glisser sur lui comme sur les plumes d’un canard. Il ne se laisse atteindre par rien. Il s’adresse à ses interlocuteurs avec ce calme olympien, même s’il se trouve au milieu d’une foule agitée.

C’est fou ce que ce Jésus-là m’énerve. En tout cas, il est certain que si j’avais vécu à l’époque, je n’aurais jamais suivi cet espèce de gourou survolant le monde.
C’est tout de même étrange que les cinéastes, les auteurs et les dessinateurs lui donnent ces traits, alors que les évangiles dont ils s’inspirent présentent au contraire un Jésus résolument humain.

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Jésus devant ses juges: ou quand tous les joueurs sont mauvais

Prédication du Vendredi saint 25 avril 2016
Textes bibliques: Marc 14,53-65 et Marc 15,1-5

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Croix réalisée par les enfants pendant le culte

La semaine pascale est l’occasion, année après année, de nous replonger dans ces récits de la Passion. Depuis le dernier repas jusqu’à la crucifixion, nous faisons mémoire de ces épisodes qui marquent les derniers jours de la vie de Jésus. Cette année, j’ai pris encore un peu mieux conscience de la place très particulière que le récit de la Passion occupe dans l’évangile de Marc.

L’évangile le plus bref parmi les 4, Marc est toujours très succinct. Les récits de miracle, les paroles et les paraboles s’enchaînent sans fioritures. La langue est simple et claire. Les récits vont à l’essentiel de manière remarquable.
Puis Marc consacre deux chapitres entiers à la Passion et la narration devient plus fournie, les personnages prennent de l’épaisseur. La résurrection n’occupera, elle qu’un seul chapitre. Très bref. 8 versets auxquels on ajoutera une finale à l’évangile quelques années plus tard. C’est dire combien le récit des événements des derniers jours, des dernières heures de Jésus, est central dans la théologie de l’évangéliste Marc. Ce sera aussi le cas pour les autres évangélistes.

Alors que la théologie de Paul, elle, ne laisse aucune place à la narration de ces jours. La mort et la résurrection du Christ, annoncés comme un événement – concept théologico-philosophique – deviennent le centre du message chrétien, sans nécessité de les raconter.

Pour le culte de ce matin, je vous propose de réentendre deux parties de ce récit chez Marc.
Les deux moments de procès. Le premier, face au Conseil supérieur des autorités juives, le Sanhédrin et celui qui le préside: le Grand prêtre. Puis le second moment de procès, face gouverneur romain Ponce Pilate.

Lecture de Marc 14,53-65
Lecture de Marc 15,1-5

Rendre la justice

Pour quelle raison fait-on un procès?
Depuis plusieurs millénaires dans les sociétés humaines, c’est ainsi que l’on exerce le droit. Ainsi que l’on procède pour rendre la justice.
Les procès cristallisent beaucoup d’attentes. De toutes parts.
Certains procès très médiatisés nous permettent d’en prendre conscience.

L’attente des victimes ou de leurs familles ne se concentre pas seulement sur la peine qui sera infligée au coupable. Elle se porte aussi sur l’espoir que le procès devienne un espace où la vérité puisse émerger. Où les événements puissent être dits, reconnus, avoués. Qu’un remord puisse être exprimé. Qu’une culpabilité puisse être dite.
Les victimes ou les familles espèrent parfois tant que le procès participe à leur consolation, qu’elles en oublient que du point de vue du droit, la démarche se borne à chercher une vérité judiciaire, rien de plus.

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Pour qu’un procès permette à la fois de faire émerger une vérité judiciaire et une vérité humaine source possible de consolation, il faut que chaque partie joue le jeu. Que chacun joue son rôle et le joue bien. Que l’accusé explique son geste, que la victime exprime sa souffrance, que l’avocat mette en avant les droits et les devoirs avec bonne foi, pour que le juge puisse prononcer une jugement reconnu comme juste.
La réalité humaine est souvent bien différente.

Un procès tout faux

Le procès de Jésus n’est qu’un simulacre de justice. Tout est faussé. Aucune des parties ne joue pleinement son rôle. Pour conserver la forme de la légalité, on le mène, mais en aucun cas il n’y a espoir que ce moment permette à la vérité d’émerger.
Le but du procès est posé dès le début: les chefs des prêtres et tout le Conseil supérieur cherchaient une accusation contre Jésus pour le condamner à mort.

Les juges et les accusateurs sont les mêmes personnes. Elles ne cherchent qu’à saisir l’occasion de prononcer un verdict qui a déjà été décidé. Mais c’est sans compter que les témoins, eux non plus, ne jouent pas bien leur rôle. Ils sont tellement mauvais qu’ils ne parviennent même pas à faire concorder leurs faux témoignages.
L’accusé lui-même, Jésus, ne joue pas bien son rôle. Il ne se défend pas, il ne dément pas, ne s’offusque en rien des faux témoignages portés contre lui. Ce qui a le chic d’irriter au plus haut point le grand prêtre.
Et on aurait presque envie que Jésus en reste là. Opposant ce silence qui ne fournit pas d’eau au moulin des accusateurs. On en irait presque jusqu’à croire qu’ils auraient dû le relâcher.

Mais à la question es-tu le Messie, le fils du Dieu béni?, Jésus répond par l’affirmative et en rajoute en citant un psaume qui l’identifie à celui qui siège à la droite de Dieu. Face au Sanhédrin, c’est bien cela qui le condamne: s’affirmer celui qui siège à la droite de Dieu.
Alors que Pilate, lui, l’interroge sur ce titre que certains lui donnent roi des juifs, et qui pourrait faire de Jésus un adversaire politique gênant.

L’un et l’autre condamnent en fonction de ce qui risque de leur faire de l’ombre.

La vérité se fait jour

Simulacre de procès, où personne ne joue vraiment son rôle. Mais paradoxalement, ce procès-là permet pleinement à la vérité d’émerger. Aux dépens de ceux qui les intentent, la vérité sur l’identité de Jésus se fait jour.
Jésus, le messie, le roi.
Celui dont les prophéties annonçaient qu’il devrait souffrir.
Le Fils qui siégera à la droite du Père.
Celui qui bâtira en trois jours un temple qui ne sera pas fait par les hommes.

La vérité émerge au cœur de ce mensonge. Pour autant que nous ayons des oreilles pour entendre!

L’autre soir, lors d’une rencontre de l’Église ouverte ou nous avons écouté et médité ces récits de la Passion, quelqu’un disait: ce qui me frappe, c’est combien tous les protagonistes de cette histoire ont peur. En effet. Le Grand prêtre a peur et il se fait le porte parole de la peur de toutes les autorités juives de l’époque face à cet agitateur qu’est Jésus. Ils ont peur pour leur place, peur que leur autorité soit mise en question, peur aussi d’oser eux-mêmes se laisser bousculer dans ce qu’ils ont toujours cru être la vérité.

Pilate a peur. Peur surtout de ne pas se mettre la foule à dos. C’est sans grande conviction, apparemment, qu’il condamne Jésus. Il n’aurait pas l’audace de s’opposer à la volonté du peuple qui crie crucifie-le!. Et pourquoi le ferait-il? Où serait son intérêt à lui refuser la tête de cet homme?

Jésus a peur, lui aussi. Lorsqu’il s’en va prier à Gethsémané. Face à la souffrance, à l’injustice, à la solitude, à la mort. Il a peur.

Et puis la foule a peur. Tout comme les gardiens. Une ambiance pesante qui laisse exploser tout ce qu’il y a de plus laid dans la nature humaine. Ou plutôt qui fait perdre toute humanité. Après la condamnation, Jésus est laissé à la violence humaine la plus vile.

Voilà les dégâts que font la peur!

Des dégâts aussi bien aux victimes de la violence qu’à ceux qui l’exercent et qui y perdent leur humanité.

Quelles armes face à la peur?

On ne peut s’empêcher, en ce Vendredi saint, de penser aux événement qui bouleversent le monde aujourd’hui. Par les attentats, c’est bien la peur – la terreur – qui veut être semée. Ici en Europe, comme au Proche Orient et en Afrique. Certains, semble-t-il, trouvent leur intérêt dans un terreau de peur. Et pour cela, ils sèment le chaos.

Si il faut craindre une chose, c’est bien que la peur s’installe. Car c’est le terreau dans lequel l’être humain perd son humanité.

Quelles sont les armes que nous possédons pour combattre cette volonté d’installer la peur? Les mêmes que celles que Jésus avait.
La force du silence. Pas du silence complaisant ou couard. Le silence de celui qui refuse de répondre à la violence par la violence.
L’affirmation de l’espérance: vous le verrez siéger à la droite de Dieu. Une espérance que la noirceur n’aura jamais le dernier mot. Au moment même des humiliations et des souffrances, la victoire de la lumière est annoncée.
Et le courage de traverser des épreuves sans s’y sentir abandonné.

Silence, espérance et courage. Face aux bombes et à la haine. Nous avons de quoi nous sentir sous-équipés. Et pourtant!

Pourtant, nous affirmons que celui qui pour nous est Dieu a été crucifié. Qu’il a été mis à mort de manière infamante. Et les récits qui nous en font mémoire sont violents!
Qu’il a été crucifié et qu’il est mort.

Mais que contre toute attente, au cœur même du mensonge et de l’infamie, c’est la vérité qui a été révélée. Nous croyons qu’en mourant, le Christ a ôté à la mort son attribut suprême: sa dimension définitive.

Et nous osons alors entre-ouvrir une fenêtre jusque vers dimanche et l’espérance que nous ne sommes pas abandonnés à Vendredi saint mais que nous pouvons le vivre avec la promesse de Pâques à venir.

Amen

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La joie de la récolte

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C’était la liesse vendredi dans les rues de Cortaillod. Les klaxons ont sonné et on entendait chanter. Les vendanges sont finies! Après 2 semaines de travail intense, les équipes de vendangeurs et les viticulteurs laissent exprimer leur joie. Leur soulagement aussi: les récoltes sont à l’abri. Elles ne sont plus exposées aux intempéries ou à la sécheresse. Elles ne sont plus sujettes aux mauvais traitement d’un quelconque produit chimique. Aucune mauvaise surprise de dernière minute n’est venu gâcher cette moisson qui s’annonçait belle et qui l’est. Car la nature, cette année, a été favorable: baignant nos coteaux de soleil et l’épargnant de la grêle ou des précipitations trop abondantes. Pourquoi fut-elle favorable cette année? Cela relève du mystère de la nature…

Un mystère dont se fait l’écho la parabole de ce matin. Bien plus d’ailleurs qu’elle ne fait honneur au travail rigoureux qu’exigent les métiers de l’agriculture. Pas sûre que nos bons paysans suisses – auxquels nous devons tous notre subsistance, il ne faut pas l’oublier – se reconnaissent dans l’évocation de cet homme qui jette de la semence en terre, presque avec nonchalance, puis la regarde pousser.

Une parabole pour évoquer un Royaume

Mais vous le savez comme moi, Jésus ne dit pas là qu’une simple petite histoire bucolique, il raconte une parabole. Et toute la force de la parabole, c’est de faire comprendre quelque chose tout en parlant d’autre chose. C’est de faire émerger de la profondeur d’un récit apparemment léger. C’est de permettre de rencontrer Dieu dans ce qui relève de la plus grande banalité.

On ne peut d’ailleurs pas s’y tromper. Puisque ce récit commence par ces mots: Voilà à quoi ressemble le Royaume de Dieu…

Le Royaume de Dieu… qu’est-ce que c’est?!?
Eh bien, si vous attendez de moi que je vous donne une réponse nette et claire, une définition simple et définitive, je préfère vous prévenir tout de suite que je n’en n’ai pas l’intention. Je n’en suis pas capable et je pense même qu’il faut se méfier de celles et ceux qui prétendent savoir ce qu’est le Royaume de Dieu.

Car voyez-vous, Jésus lui-même n’en a pas donné de définition. Il ne l’a pas décrit, il l’a évoqué. Du Royaume, Jésus en a parlé en langage indirect. Ce qui fait que ses auditeurs d’hier – comme ses auditeurs que nous sommes aujourd’hui – ne sont pas seulement des récepteurs passifs d’une description. Pas les paraboles, Jésus fait appel à notre imagination, à notre capacité de faire des liens entre notre réalité et ce qu’il veut nous révéler. Nous sommes des destinataires actifs de l’Évangile.

Le Royaume de Dieu a été au cœur du message et de l’action de Jésus. L’évangéliste Marc nous présente un Jésus habité de la conviction qu’il n’est pas là pour annoncer des vérités sur le Royaume de Dieu, mais que le Royaume advient. Au travers de ses paroles, mais aussi de ses actes, c’était le Royaume qui se fait présent. Peut-être sommes-nous troublés par ce terme de Royaume qui nous fait penser à un territoire et une époque dominés par un souverain puissant. Il serait préférable d’utiliser le terme de Règne de Dieu. Le Règne exprime mieux cette dynamique, cette force de Dieu. Cette puissance qui s’exerce dans le monde et qui le transforme.

Par ses actes et ses paroles, Jésus faisait advenir ce Règne de Dieu dans le monde. L’espérance eschatologique chrétienne est qu’à la fin des temps, ce Règne s’exercera dans sa plénitude. Mais aussi qu’il s’exerce déjà, de manière imparfaite, dans notre monde. C’est ainsi que nous vivons sans cesse dans la tension du déjà, mais pas encore.

En évoquant le Règne de Dieu, semblable à… Jésus le fait advenir déjà un peu, dans la transformation opérée chez ses auditeurs impliqués dans l’écoute et la compréhension de la parabole. Car nous ne devrions pas repartir tout à fait les mêmes de l’écoute d’une bonne parabole et entendue à la lumière de la foi! Attention, chers amis: ces quelques versets peuvent changer le monde. Ou en tout cas changer notre rapport au monde!

Laisser la terre faire son œuvre

Un homme, comme vous et moi, sème. C’est son travail. Il le fait et le fait probablement bien, comme nous accomplissons avec soin les tâches qui nous sont confiées dans la vie. Avec savoir-faire.
Il sème. Et cette semence, si nous avons été des lecteurs attentifs de l’évangile de Marc, nous nous souvenons que peu avant, une autre parabole la comparait à la Parole de Dieu.

food-165214_1280Il sème, donc, puis que fait-il? Rien. Il laisse la terre, la nature faire son œuvre. Il lui laisse sa place. Ne cherche pas à suppléer, à modifier, à démultiplier le rendement. Il se retire et il laisse faire. Cela peut sembler irresponsable. Pourtant, cela demande une grande force. Celle d’admettre que tout n’est pas entre ses mains. Qu’il ne maîtrise pas tout. Il fait confiance à la terre et confiance à Dieu pour que cette semence s’enracine, qu’elle croisse et qu’elle s’épanouisse. Rien ne l’assure que des oiseaux ne viendront pas picorer ses graines, que des fortes pluies n’emporteront pas ses semences, qu’une trop forte chaleur n’assoiffera pas la plante naissante. Il fait confiance.

Pas si simple de lâcher. Pas si aisé de laisser vivre un projet pour lequel on s’est engagé et que l’on a porté. Pas si facile pour des parents de laisser leurs enfants grandir et s’émanciper. Pas si simple de semer puis de faire confiance.

Puis quand le grain est mûr, l’homme récolte. Il recueille ce fruit qui, d’une manière qui reste mystérieuse pour lui, s’est développé. Ainsi en est-il du Règne de Dieu.

Semer…

Notre rôle est de semer l’Évangile en paroles et en actes. De témoigner que ce Règne existe et qu’il est déjà en action. Qu’une autre réalité est possible. L’observation froide de notre monde n’est pas très enthousiasmante. Tricheries, corruption, conflits, soif de pouvoir,… Où donc est le Règne de Dieu? Est-il vraiment présent ou n’est-ce qu’une illusion dans laquelle se perdent des chrétiens trop crédules?

Il est bon de se rappeler que celui qui raconte cette parabole n’est personne d’autre que celui qui s’avance vers la croix. Il ne récolte pas les fruits de ce qu’il sème. Au contraire, lui récolte haine, jalousie et violence. Mais la mort de Jésus, qui alors apparaissait comme un échec infamant, nous le recevons aujourd’hui encore comme une formidable victoire. Nous récoltons encore les fruits de ce qui a été semé.

… et récolter

Dieu compte sur nous pour semer et pour nous réjouir des fruits. Empoigner nos outils et les cueillir avec joie et reconnaissance. Mercredi dernier, c’est autour du texte de cette parabole que nous avons vécu la première étape du parcours biblique de cette année. Après une bonne heure d’échanges autour de ce texte, une personne présente a dit: voilà un texte qui fait du bien! Et je suis d’accord. Oui, cette parabole fait du bien! Elle nous fait du bien et elle nous encourage à faire du bien.

Nous avons également discuté du fait que cette parabole ne se trouve que dans l’évangile de Marc. Ni Matthieu ni Luc, qui pourtant connaissaient l’évangile de Marc, n’ont retenu cette parabole dans leur propre évangile. Pourquoi?… nous ne le saurons jamais. Mais nous pouvons nous interroger: cet appel à faire confiance était-il trop radical pour eux?

Le sacré s’invite dans le profane

Pour dire tout cela, Jésus aurait pu tenir de grands discours. Il a préféré l’évoquer par cette parabole toute simple. Ce n’est pas seulement par habileté rhétorique, pour parler un langage accessible à ses auditeurs, ce choix dit quelque chose de plus profond. Il n’est pas nécessaire d’utiliser des mots compliqués pour évoquer Dieu. Pas nécessaire non plus de s’extraire de notre monde pour le rencontrer. Lui-même vient à notre rencontre dans notre réalité. Dans notre vie réelle. Dans le champ du paysan, comme dans notre cuisine, dans le bus ou au bureau. Il n’y a pas de lieu ou de temps sacrés pour rencontrer Dieu. Dieu s’invite dans notre monde le plus profane.

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Semez sa Parole! Et faites-lui confiance.
La moisson sera belle. Il nous le promet.
Et si nos yeux commencent déjà à s’ouvrir un peu à son Règne, nous verrons des fruits. Des grains mûrs de vérité, de bonté et de grâce, il y en a déjà à récolter.

Faites confiance au Seigneur!

Amen

Texte biblique

Marc 4,26-29

Jésus dit encore: «Voici à quoi ressemble le Royaume de Dieu: Un homme lance de la semence dans son champ. Ensuite, il va dormir durant la nuit et il se lève chaque jour, et pendant ce temps les graines germent et poussent sans qu’il sache comment. La terre fait pousser d’elle-même la récolte: d’abord la tige des plantes, puis l’épi vert, et enfin le grain bien formé dans l’épi. Dès que le grain est mûr, l’homme se met au travail avec sa faucille, car le moment de la moisson est arrivé.»

A lire: études 1 et 2 du Cours biblique par correspondance

Le miracle de l’abondance

Prédication du dimanche 6 septembre 2015 à Bevaix.
Textes bibliques: Exode 16,11-18 et Marc 8,1-9.

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Chers amis, dans le monde, beaucoup de choses importantes passent par l’estomac! Et le monde de la Bible n’est pas bien différent de notre monde actuel sur la question: quand les ventres ne sont pas rassasiés, les humeurs s’échauffent.

Le livre de l’Exode raconte que cela fait 2 mois et demi que les Hébreux errent dans le désert et qu’ils sont en manque. « Si seulement le Seigneur nous avait fait mourir en Égypte quand nous nous réunissions autour des marmites de viande et que nous avions assez à manger! » Ex 16,3
Oh combien les ventres creux aliènent la pensée! Le peuple a faim et s’en va jusqu’à regretter le temps de l’esclavage, à idéaliser le passé qui n’était somme toute… pas si terrible… , à en vouloir à Moïse et Aaron de les avoir conduits sur le difficile chemin de la liberté.

Le Seigneur entend, sinon leurs gargouillis, en tout cas leur plainte, et promet: « Ce soir, vous mangerez de la viande, et demain matin vous aurez du pain en suffisance. » Ce pain, ce sera la manne.
Nourriture tombée du ciel et qui permettra au peuple de survivre dans le désert pendant les 40 années à venir. Cette nourriture si extraordinaire qu’elle va jusqu’à éclipser les cailles. Ce peuple rêvait tant de viande et pourtant, on ne nous raconte rien de ce repas. Seulement ces quelques mots: « le soir, des cailles arrivèrent et se posèrent sur tout le camp »…

Rien ne vaut du bon pain

Le pain est et a toujours été absolument fondamental. Il est le symbole de toute nourriture. Nous redisons la place du pain dans notre vie quand nous prions Dieu de nous donner aujourd’hui notre pain de ce jour. Nous le partageons, le rompons en son nom. Nous nous en nourrissons quotidiennement. Le pain a symboliquement cristallisé bread-433995_1280l’incompréhension de la noblesse face aux couches populaires. On connaît cet épisode de la Révolution française et la réponse de Marie-Antoinette lorsqu’on lui annonce que le peuple n’a plus de pain. « Eh bien, qu’ils mangent de la brioche! »

Dans le monde de la Bible, le pain occupe une place toute particulière. Le récit dit de la multiplication des pains en est une illustration. Savez-vous combien de fois dans le Nouveau Testament nous retrouvons cette histoire ?!?
4? comme le nombre d’évangiles?… mais rares sont les récits que l’on trouve chez tous les 4 évangélistes, à part le récit de la Passion.
3? chez les synoptiques?…

Eh bien figurez-vous que nous pouvons lire cette histoire par moins de 6 fois dans le Nouveau Testament! Un fois chez Luc. Une fois chez Jean, qui introduit ainsi la parole de Jésus « je suis le pain de vie ». Et deux fois chez Marc ainsi que chez Matthieu. Surprenant, n’est-ce pas, de la part de Matthieu et surtout de Marc dont le récit est court et où chaque mot semble pesé, de raconter deux fois la même histoire! La même…? Pas tout à fait. Les quelque différences entre les récits laissent assez rapidement comprendre au lecteur averti l’intention de l’auteur de l’évangile. Mais avant de regarder les différences, voyons cette histoire de plus près.

Tant d’estomac à nourrir

Où que Jésus aille, de grandes foules s’attroupent pour écouter son enseignement. De ces personnes assemblées autour de lui, Jésus se sent responsable. Il ne peut pas, sous prétexte qu’il a fini de s’adresser à eux, renvoyer ces gens chez eux. Il ne peut se désintéresser de leur réalité. Cette foule n’est pas une masse informe et anonyme, ce sont des hommes, des femmes, peut-être aussi des enfants. Des familles qui lui font face, qui sont venues jusqu’à lui et qui vont devoir reprendre la route. Jésus ne peut simplement se retourner et faire comme si toutes ces personnes n’existaient plus sous le prétexte seulement qu’elles ne sont plus dans son champ de vision. « J’ai pitié de ces gens » dit Jésus. Littéralement, je suis ému aux entrailles.

À cette émotion, cette réaction viscérale et fondamentalement humaine, les disciples opposent leur impuissance. « Où pourrait-on trouver de quoi les nourrir dans cet endroit désert? »
Que voulez-vous que nous fassions?…
Nous n’avons pas les moyens…
Nous ne pouvons tout de même pas accueillir toute la misère du monde…

Naturellement, l’actualité résonne fortement. Ces populations venues de loin, non pas cette fois pour écouter le discours d’un maître, mais pour échapper à l’horreur. Ces images de bateaux surpeuplés, des centaines des personnes dans les ports et les gares d’Europe. On parle d’afflux, de flots, de vagues. Des termes qui déshumanisent et nous empêchent de voir au-delà des masses anonymes : des hommes, des femmes et des enfants. Des êtres humains comme vous et moi, qui ont un nom, une histoire, une famille.

Face à cette réalité, les discours d’impuissance sont nombreux. Que pourrions-nous faire? Le problème nous semble si grand et nous nous sentons si petits. À ses disciples, Jésus demande: combien avez-vous de pains? Au lieu de se laisser submerger par le problème, de voir tout ce qu’ils ne peuvent pas faire, les disciples sont appelés à prendre conscience de ce qu’ils ont.
Ils ont 7 pains. Ce n’est pas grand-chose… Mais ce n’est pas rien non plus.

Jésus ordonne alors à la foule de s’asseoir. Dans un autre récit, il leur demande de se mettre en groupe. Structurant ainsi cette foule informe en plus petites unités, en familles. Comme les Israélites étaient groupés par tentes. Puis il remercie Dieu et rompt le pain. Nous reconnaissons ici les gestes et les paroles qui président au dernier repas et que nous célébrons aujourd’hui encore en mémoire du Christ. Des gestes, des paroles autour du pain. Qui en font pour celles et ceux qui le reçoivent dans la foi, une nourriture habitée par une force plus grande que le simple mélange de farine, d’eau et de sel.

Ah, et tout compte fait, on se rend compte qu’on a aussi quelques petits poissons! C’est le syndrome du repas canadien. Quand on regarde le tout petit saladier avec lequel on arrive et le nombre de convives, on se dit qu’il n’y aura jamais assez. Et puis au final, on repart toujours avec des restes!
Des restes, il y en aura aussi. On en remplira 7 corbeilles. On parle traditionnellement du miracle de la multiplication des pains quand on évoque ce récit. Mais à aucun moment, il n’est question de multiplication. « Ils mangèrent et furent rassasiés. » De même que les Israélites eurent chacun la ration nécessaire. La manne les rassasia tous justement, quand bien même ils n’en eurent pas la même quantité.
S’il n’est pas question de multiplication, je crois que nous pouvons quand même parler de miracle. Pas un miracle qui se situerait dans le tour de passe-passe du magicien Jésus, mais dans la transformation de la situation. Une situation qui semblait insoluble, marquée par le manque et le dénuement se révèle être signe d’abondance. Si cela, ce n’est pas un miracle!?!

Et finalement, tant d’abondance

7 corbeilles de restes. Dans un autre récit, 12. Derrière ces nombres, un symbole.
12: ce sont les disciples. Chargés à leur tour de donner plus loin.
12: ce sont aussi les tribus d’Israël.
7: c’est le nombre qui exprime ce qui est entier, complet. Ce sont aussi les 7 parties du monde païen.
A deux chapitres d’intervalle, Marc raconte cet épisode de la multiplication ou de l’abondance de pain. La première lorsque Jésus est sur territoire juif, on récolte 12 paniers de restes. La seconde sur territoire païen, avec ses 7 corbeilles. Clairement, l’évangéliste Marc signifie l’universalité du message et de l’action de Jésus. Et ses disciples, porteurs des corbeilles, sont appelés à poursuivre l’œuvre de l’Évangile dans le monde entier.

En tant que chrétiens, nous sommes les héritiers de ces disciples. Humains comme eux, nous sommes parfois submergés par le découragement et l’impuissance. Mais le Christ nous appelle à changer de perspective. A nous décentrer de nous-mêmes pour ne pas voir d’abord ce que nous ne pouvons pas faire. Mais à porter notre regard sur la véritable priorité : des gens qui doivent être secourus. Et ensuite voir les ressources que nous pouvons mettre en œuvre.

Combien récolterons-nous de corbeilles de restes? 7?… 12?… plus encore? L’histoire le dira.
Mais puissions-nous, chers amis, aujourd’hui encore, nous laisser porter par l’espérance.
Puissions-nous donner au Christ l’espace de l’action dans notre monde.
Puissions-nous croire avec lui aux miracles !

Amen

Textes bibliques

Exode 16,11-18

Le Seigneur dit à Moïse: «J’ai entendu les protestations des Israélites. Dis-leur donc ceci de ma part: «Ce soir vous mangerez de la viande, et demain matin vous aurez du pain en suffisance; ainsi vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.»» En effet, le soir, des cailles arrivèrent et se posèrent sur tout le camp; et le matin, tout autour du camp, il y avait une couche de rosée. Lorsque la rosée s’évapora, quelque chose de granuleux, fin comme du givre, restait par terre. Les Israélites le virent, mais ne savaient pas ce que c’était, et ils se demandèrent les uns aux autres: «Qu’est-ce que c’est?» Moïse leur répondit: «C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. Et voici ce que le Seigneur a ordonné: «Que chacun en ramasse la ration qui lui est nécessaire; vous en ramasserez environ quatre litres par personne, d’après le nombre de personnes vivant sous la même tente.»» Les Israélites agirent ainsi; ils en ramassèrent, les uns beaucoup, les autres peu. Mais lorsqu’ils en mesurèrent la quantité, ceux qui en avaient beaucoup n’en avaient pas trop, et ceux qui en avaient peu n’en manquaient pas. Chacun en avait la ration nécessaire.
Traduction Français courant

Marc 8,1-9

En ce temps-là, une grande foule s’était de nouveau assemblée. Comme elle n’avait rien à manger, Jésus appela ses disciples et leur dit: «J’ai pitié de ces gens, car voilà trois jours qu’ils sont avec moi et ils n’ont plus rien à manger. Si je les renvoie chez eux le ventre vide, ils se trouveront mal en chemin, car plusieurs d’entre eux sont venus de loin.» Ses disciples lui répondirent: « Où pourrait-on trouver de quoi les faire manger à leur faim, dans cet endroit désert?» Jésus leur demanda: «Combien avez-vous de pains?» Et ils répondirent: «Sept.» Alors, il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Puis il prit les sept pains, remercia Dieu, les rompit et les donna à ses disciples pour les distribuer à tous. C’est ce qu’ils firent. Ils avaient encore quelques petits poissons. Jésus remercia Dieu pour ces poissons et dit à ses disciples de les distribuer aussi. Chacun mangea à sa faim. Les disciples emportèrent sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient. Or, il y avait là environ quatre mille personnes.
Traduction Français courant