Petit mot en famille

Petit mot prononcé à l’occasion de la réunion de la famille de Montmollin qui a réuni près de 200 cousins au château d’Auvernier.

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Vous le savez peut-être, 2017 sera une année particulière. Et pas seulement parce que ce sera une année sans réunion Montmollin!
2017, c’est exactement 500 ans après 1517. C’est le 31 octobre de cette année là que, selon la tradition, Martin Luther a placardé ses 95 thèses contre les indulgences sur la porte de l’église du château de Wittemberg. C’est cet acte qui signe le coup d’envoi de la Réforme.
En 2017 nous célébrerons donc un demi-millénaire de protestantisme.

Occasion à la fois de revisiter le passé et de repenser le présent à la lumière des idées qui ont, à l’époque, changé le monde – ou au moins l’Europe.
Comme nous sommes accueillis aujourd’hui dans ce magnifique village d’Auvernier, je me suis intéressée à voir comment ce village était passé à la Réforme.

Bien sûr, il a fallu quelques années pour que les idées nouvelles arrivent jusque dans nos contrées. Neuchâtel, sous l’impulsion de Farel, est passé à la Réforme en… (vous savez en quelle année?) 1530. Puis Farel s’est rendu à Orbe et ce sont ses collaborateurs qui ont amené les villages de notre région, les uns après les autres, à la foi nouvelle.

Et à Auvernier, tout n’a pas été simple.
A croire que ses habitants ont la tête dure !
Sentant la Réforme prendre le dessus dans la région, le curé de l’époque s’enfuit sans prévenir. Il fut remplacé par un prédicateur favorable à la foi protestante. Mais le changement de coutumes religieuses ne plut pas à tout le monde et les gens d’Auvernier refusèrent de lui verser les prémices. A savoir un setier (tonneau) de moût par habitant. L’affaire prit de l’ampleur, les autorités s’en mêlèrent. Les habitant furent convoqués, puis appelé à comparaître devant les autorités bernoises. Ils ne se rendirent pas à la comparution.
Bref, l’histoire dura plus d’une année.
Et finalement, les gens d’Auvernier furent condamnés à s’acquitter des prémices de la vendange, à payer 150 livres pour les prémices retenues, et 25 écus pour les frais de l’affaire.

Voici à peu près tout ce que l’on trouve sur Auvernier dans la biographie nouvelle de Guillaume Farel, parue en 1930.

Cette histoire est amusante.
Et lorsque l’on y pense, les conflits à régler dans nos villages, les tergiversations et les frais administratifs… Rien de nouveau sous le soleil…
Mais cette petite histoire est le signe que le passage à la Réforme n’était pas anodin. Aujourd’hui, peut-on encore désigner clairement la différence entre la foi catholique et la foi protestante?
On est chrétiens. On a le même Dieu! entend-on souvent.
La religion est entrée dans la sphère privée et n’a que peu d’implication sur notre vie publique. Mais pour l’époque, changer de religion, c’était changer totalement de vision du monde.

Et peut-être qu’à l’occasion de cette commémoration des 500 ans de la Réforme, nous pourrions nous rappeler les fondements du protestantisme. Et redécouvrir que la foi protestante n’est pas seulement une religion intime, personnelle et privée, mais qu’elle implique plus largement une vision du monde, de soi et des autres. Donc aussi une manière d’être au monde.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire des idées protestantes. Même si dans l’absolu ce serait passionnant (!… oseriez-vous en douter ?!?)
Juste rappeler un élément fondamental.
La conviction que chaque être humain est digne d’entretenir une relation directe avec Dieu.

N’oublions pas que dans le catholicisme médiéval, le prêtre est l’intermédiaire. C’est lui qui prie pour les masses incultes, qui n’ont pour tâche que de payer pour qu’il intercède pour eux auprès de Dieu. Les réformateurs arrivent avec cette affirmation: pour Dieu, il n’y a pas de hiérarchie entre les êtres humains. Tous ont un accès direct à lui.
C’est évidemment assez révolutionnaire.
Et l’ont voit toutes les conséquences dans l’émergence de la démocratie par exemple.

Mais cette accès direct à Dieu a aussi une conséquence importante: il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu. Tout le monde, et plus seulement le clergé, doit pourvoir lire la Bible. On la traduit, on l’imprime, on la diffuse et on apprend à lire à la population. On connaît toutes les conséquences historiques et sociales de l’émergence de la Réforme qui ont changé notre monde occidental.

Et du point de vue plus personnel, si il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu, cela signifie aussi que plus personne d’autre que moi ne peut croire pour moi.
Je deviens dès lors responsable de prendre soin de ma vie de foi, de ma spiritualité, de ma relation à Dieu.

La nouvelle liberté qu’apporte la Réforme implique une responsabilité individuelle. Envers soi, envers Dieu et envers le monde. Et la foi ne peut dès lors être détachée de l’engagement du croyant dans la société.

Je crois à la pertinence, aujourd’hui encore, de cette théologie que nous sommes appelés à redécouvrir, à réinvestir et à réinterpréter dans notre monde actuel.
C’est notre histoire.
Ce sont nos racines.
C’est encore aujourd’hui notre réalité.

Le travail: une vocation!

Prédication du dimanche 7 août 2016 à Boudry.
Textes bibliques: Luc 17,7-10 et Jacques 4,13-17
À la suite du dimanche 31 juillet.

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On ne peut s’empêcher, de manière très forte, de lier travail – salaire – reconnaissance sociale.
Le travail donne sens à la personne. En grande partie, je suis ce que je fais. Le salaire atteste de ce travail et donne de la valeur à la personne, aux yeux des autres comme à ses propres yeux.
Être satisfait du travail que l’on accomplit et bien gagner sa vie sont des éléments qui donnent du sens.

Mais ce lien travail – salaire – reconnaissance sociale est mis à mal.
Le monde de la finance crée des richesses de manière totalement déconnectée du monde réel du travail. Dans certaines grandes entreprises, les plus hauts salaires n’ont aucune commune mesure avec les plus modestes. Si la reconnaissance sociale et avec elle l’estime de soi sont si fortement liées au salaire, comment éviter que ceux qui sont exclus du monde du travail trouvent du sens à leur existence?

Est-il juste de tenir absolument au lien entre travail – salaire – reconnaissance sociale? Je ne suis pas sûre. En réalité, beaucoup d’entre vous, je le sais, êtes le signe que ces éléments peuvent être déconnectés sans perte de sens, bien au contraire.
Actuellement, et vous ne me démentirez pas, d’immenses champs d’activités fonctionnent sans qu’aucun salaire ne soit versé. Je pense bien sûr à toutes les activités bénévoles. Mais aussi aux tâches quotidiennes et banales de la vie ordinaire.
Aucun salaire ne vient récompenser ces engagements ni marquer de reconnaissance pour leur accomplissement. Cela est-il un mal?

Chacun fait son job

Voyons comment Jésus nous invite à repenser ce lien entre travail, salaire et reconnaissance sociale au travers de cette parabole.
Au départ de la parabole, Jésus invite ses interlocuteurs – à savoir ses disciples – à se mettre dans la peau d’un paysan qui, pour exploiter son domaine, emploie un homme à son service. C’est dans la perspective du maître que le disciple et nous-mêmes avec lui, abordons le récit. Il semble normal que ce maître demande à son serviteur de lui préparer son repas avant de prendre du repos à son tour.

Bien sûr, nous pourrions nous dire que le maître devrait faire preuve d’empathie et, voyant le travail fourni par son serviteur, lui propose de se reposer. Pourquoi donc les disciples trouvent-ils qu’il est normal que le maître demande à être servi?

Eh bien, pour le dire un peu trivialement, par ce que c’est son job, au serviteur, de le servir! Et il est normal qu’il fasse son travail!
Le maître lui aussi a accompli son travail durant la journée. Le serviteur, lui, n’a pas terminé le sien puisque son travail à lui c’est de travailler aux champs puis de servir le maître en rentrant.

Rien de choquant à cela. Et si nous y regardons de prêt, nous faisons la même chose. Tous les jours.
Lorsque vous faites vos courses à la Coop. Est-ce que vous dites à la personne qui se trouve à la caisse: Prenez une pause, je m’occupe d’enregistrer mes articles et d’encaisser. Vous avez déjà porté les caisses de légumes et mis en place les fromages?!?
Non. Peu importe ce que la personne a fait avant que vous arriviez. Son travail, c’est d’être à la caisse quand vous y arrivez, et elle fait son travail.

C’est normal.
Et elle aussi trouve que c’est normal.
Il est normal d’accomplir le travail pour lequel nous sommes engagés.
Alors bien sûr, rien n’interdit d’être poli et sympathique. Nous pouvons dire merci et échanger un sourire, mais nous n’allons pas non plus nous confondre en remerciements pour une personne qui accomplit sa tâche.

Je ne chante pas des louanges quand le facteur m’apporte le courrier ou quand le chauffeur de bus arrête son véhicule à l’arrêt.
Il est normal d’accomplir le travail pour lequel nous sommes engagés. Et cela n’appelle pas de reconnaissance particulière, pas de signe autre que ceux de la courtoisie.
Le maître n’a pas à remercier (à témoigner une reconnaissance particulière) son serviteur d’avoir fait ce qui lui était ordonné, n’est-ce pas?

Je vais rougir…

Et d’ailleurs, le serviteur n’en attend certainement pas moins.
Attend-on une reconnaissance particulière quand nous accomplissons ce que nous nous sommes engagés à faire?
Je ne le crois pas.
Combien de fois répond-on oh, mais ce n’est pas grand chose quand on nous remercie?
Pour le culte de ce matin, certains se sont engagés à préparer le temple. Préparer les lectures, mettre en place la table de communion et la fleurir, jouer de l’orgue. Bien sûr, j’imagine qu’ils seront heureux si nous les remercions – ce que je profite de faire maintenant! – mais ils nous dirons sûrement oh, ce n’est pas grand chose… Peut-être même diront-ils, comme nous le faisons parfois quand on nous dit merci de rien!.

Mais non, ce n’est pas rien! Qu’aurait été notre culte sans lectures, sans pain, sans vin, sans fleurs et sans musique?!?
On est parfois mal à l’aise quand on nous remercie pour quelque chose qui nous semble normal. Pour avoir simplement accompli le travail qui était le nôtre.
Peut-être devrions-nous prendre l’habitude de répondre: avec joie! Plutôt que de rien…

Maître et serviteur ne sont pas choqués car la première partie de la parabole correspond à l’ordre normal des choses.
Dans la seconde partie, les disciples sont les serviteurs et Dieu devient le maître.
Un maître qui attend de ses serviteurs qu’ils accomplissent leurs tâches, sans attendre des louanges ou une prime quelconque.
De simples serviteurs.
Des serviteurs inutiles, comme on le trouve dans certaines traductions.
Inutiles parce que nous ne sommes pas dans le registre de l’utilitarisme, mais dans celui du service et de la vocation.

L’appel

Le travail, tout travail est une vocation.
Et nous y sommes appelés.

Telle était aussi la compréhension de l’apôtre Paul. C’est Dieu qui définit pour chacun le travail à accomplir et c’est lui qui est juge de l’avancement de celui-ci. Le travail n’est pas lié à une promesse de salaire ou à une quelconque récompense. Pas même à une promesse de reconnaissance. Le travail est une mission. Et il n’est pas accompli pour sa propre satisfaction, mais seulement parce que l’accomplir, c’est répondre à sa vocation.

Cette compréhension du travail comme une vocation était très fortement ancrée chez les réformateurs. Pour Calvin, le vrai patron de tous, patron comme ouvrier, c’est Dieu. Et il avait même suggéré que par conséquent, le salaire devrait être fixé selon la règle d’or: ce que vous voulez qu’on vous donne, offrez-le aux autres!
Pas sûr que l’on enseigne cela aujourd’hui en sciences économiques…

Luther avait cette formule, qui fonctionne en allemand: Dein Ruf ist dein Beruf.
Ce à quoi tu es appelé, c’est ton métier. Ainsi s’incarne dans ce monde ce à quoi Dieu t’appelle.
La valeur n’est plus liée au salaire ni à la reconnaissance sociale. La valeur est liée à la personne. La reconnaissance ne dépend ni de la quantité de travail, ni même de la qualité de celui-ci ou de l’efficacité avec laquelle le travail est effectué. La reconnaissance est purement donnée par Dieu dans le seul fait qu’il nous appelle à quelque chose.

Dieu décide que nous sommes dignes de recevoir une mission, un travail à effectuer sur cette terre.
Une vocation à participer à l’œuvre de sa création.
Ce que je fais sur terre est ma vocation.
Et cela ne se réduit pas à un métier. Toute tâche, qu’elle soit accomplie bénévolement ou non. Qu’elle soit celle de l’éducation des enfants ou l’engagement très concret et quotidien de préparer un repas pour sa famille ou de faire le ménage.
Toute tâche que vous accomplissez est une manière de répondre à votre vocation.

Nous ne sommes pas tous appelés aux mêmes tâches. Celles-ci changent aussi en fonction des circonstances de la vie. Le travail ainsi compris réhabilite celles et ceux qui sont exclus du monde du travail. Chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, mères au foyers, retraités.

Discerner sa vocation

Plusieurs d’entre vous sont retraités et j’imagine que le passage à la retraite est un passage important dans la vie. Notre rôle dans la société change lorsque l’on quitte ce que l’on appelle la vie active.
Nous sommes dès lors appelés à autre chose. Le passage à la retraite, comme d’autres passages, est un temps de discernement.Comment vais-je continuer à répondre – différemment – à ma vocation?

La reconnaissance de notre entourage peut-être une aide non-négligeable pour nous aider à discerner. En attestant de nos talents, de notre vocation. En témoignant aussi qu’une personne a sa place dans le monde, même lorsqu’elle ne s’y sent plus utile.

Je repense à l’histoire d’une femme âgée qui a toujours été très active et qui, par son grand âge, ne pouvait plus quitter son fauteuil et qui disait: mon rôle maintenant, c’est de prier.
Elle avait reconnu sa nouvelle vocation. Découvert quel était sa place dans le monde, son rôle.

Nous sommes de simples serviteurs.
Nous ne faisons que notre devoir.
Nous répondons à notre vocation.

Faisons-le avec joie!
Car ce n’est pas rien!!

Amen

À la sueur de notre front…

Prédication du dimanche 31 juillet à Bevaix.
Textes bibliques: Jacques 4,13-17 et Luc 17,7-10

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Restaurant’s « Sorry we’re Closed sign / Nick Papakyriasis pour Flickr / CC by-NC-SA 2.0

 

Nous voici au cœur de l’été, dans ce temps de vacances où tout marche à un autre rythme. Les journées sont longues et les gens ne sont pas sous pression. Il y a, pendant la pause estivale, une forme de tolérance générale qui fait que tout le monde trouve normal que telle ou telle chose n’aie pas pu être faite: c’est les vacances!

L’été, ce temps de repos et de dépaysement – même sans voyager, on devient des vacanciers dans nos villages. L’été, c’est aussi l’occasion de faire le point et de porter notre regard sur les activités dans lesquelles nous sommes engagés pendant l’année. Car lorsque nous sommes dans l’action, nous n’avons pas la latitude de réfléchir au sens de celle-ci.

C’est pourquoi, au beau milieu des vacances, je vous propose de consacrer un moment de réflexion au travail!

Le travail: une malédiction

Souvenons-nous, pour commencer, que le travail est une malédiction.
Une malédiction prononcée sur l’humanité chassée du jardin: Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front… – Gn3

Quelque chose de cette malédiction marque souvent notre compréhension du travail.
Un vrai travail doit être pénible et contraignant, au moins en partie. Sinon, ce n’est pas sérieux!
J’en veux pour preuve qu’il demeure un soupçon envers ceux qui font de leur passion leur métier. Nombre de comédiens, de musiciens s’entendent dire: et à côté de ça, vous faites quoi comme travail?!?
Le théâtre ou la musique – même si cela demande beaucoup d’engagement pour parvenir à un beau résultat – demeurent dans l’esprit général, des passe-temps.
On ne doit pas faire de son plaisir un travail! Et de cette idée, on glisse assez rapidement à l’idée que ce qui nous apporte du plaisir n’est dès lors pas vraiment du travail.

Ainsi, on travaille lorsqu’on accomplit des tâches difficiles, et on ne travaille pas lorsque nous prenons plaisir à accomplir d’autres tâches.
Comme par exemple, un enseignant. Un enseignant travaille lorsqu’il assume une heure de maths ou d’allemand, mais il ne travaille pas vraiment lorsqu’il part en course d’école avec sa classe. (!)

Eh oui, cette idée que le vrai travail relève de la malédiction est tout de même assez ancrée…

Mais par ailleurs, le monde actuel lie très fortement l’épanouissement personnel à l’activité professionnelle. Se voir décerner une promotion, assumer des responsabilités importantes, être quelqu’un dans son milieu professionnel est une marque forte dans la valorisation de la personne.
D’ailleurs, lorsque deux personnes font connaissance, la question que faites-vous dans la vie? vient très rapidement dans la conversation. Par son activité professionnelle, on se situe dans la société et on dit aussi beaucoup de soi.
Le revers de la médaille, c’est une perte de l’estime de soi pour celles et ceux qui sont exclus du monde du travail: chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, femmes au foyer et retraités.

De manière spontanée, nous lions travail et activité professionnelle. Mais est-il juste de réduire le travail au métier?
On connaît l’importance de l’engagement bénévole, dans l’Église, mais aussi dans bien des domaines.
N’est-ce pas aussi du travail?
Ne peut-on pas le considérer ainsi, même si il n’est pas sanctionné par de l’argent?

Travail et salaire sont étroitement liés.

Tout travail mérite salaire

Tout travail mérite salaire, dit le proverbe.
L’argent vient récompenser le travail accompli. Il donne acte de sa valeur.
Nous avons pu constater il y a quelques temps l’attachement très fort du peuple suisse à ce lien direct entre salaire et travail accompli lorsque nous avons voté sur le Revenu de base inconditionnel – RBI.
Il était inconcevable pour beaucoup qu’un revenu soit versé à une personne qui n’aurait pas accompli un travail, au sens d’une activité professionnelle classique. Chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, femmes au foyer, retraités…
On ne pouvait imaginer les payer pour… rien !!!

On tient à ce que salaire et travail soient intimement liés.
Au point parfois de retourner les choses et de définir comme travail toute activité humaine pour peu qu’elle rapporte de l’argent.

Car si l’on observe bien le fonctionnement du monde du travail, le salaire vient-il vraiment récompenser de manière juste un travail accompli?
On peut se demander honnêtement si, pour qu’un match de football international ait lieu, le travail de celui qui tond la pelouse ou de celui qui nettoie les vestiaires est à ce point moins important que celui qui négocie les contrats publicitaires des joueurs!?
Pourtant, je soupçonne que les salaires des premiers n’ont pas grand-chose à voir avec celui de ce dernier.

L’argent récompense-t-il donc toujours honnêtement le travail accompli?
Calvin déjà dénonçait la spéculation.
Quand l’argent ne sert plus à récompenser le travail ou à être investi pour développer celui-ci, mais qu’il est manipulé pour lui-même, sans ancrage dans la réalité.

C’est ici que nous pouvons nous laisser interpeller par le texte de l’épître de Jacques qui précède une invective contre les riches. Non pas qu’il condamne les richesses ou le fait d’être riche en soi, mais bien la propension de ceux-ci à se laisser posséder par leurs possessions.

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Vous dites: aujourd’hui ou demain, nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous ferons du commerce et nous gagnerons de l’argent.
Traduit littéralement: aujourd’hui ou demain, nous irons dans telle ou telle ville, nous ferons une année, nous commercerons et nous gagnerons.

4 verbes d’action, 4 verbes au futur qui ne laissent la place à aucun conditionnel.
Quelle prétention!

Prétention de la maîtrise du temps, du lieu, des échéances et du résultat.
Nous ferons et le choses se passeront comme nous le voulons. Et à la fin, nous gagnerons sur toute la ligne.
Jacques dénonce ici les spéculateurs qui prétendent soumettre les éléments à leur volonté et à leur action dans un seul et unique but: gagner.

Le temps et les lieux sont flexibles et interchangeables (aujourd’hui – demain ; ici – là-bas). Ils peuvent être modifiés à tout moment, pour répondre à une opportunité.
Le temps est considéré comme une marchandise dont on peut disposer ou que l’on peut fabriquer à sa guise (nous ferons une année).
Le but est clairement défini: gagner. Et le moyen également: en faisant des affaires.

Aucune place bien entendu aux questions secondaires telles que les conditions de travail des travailleurs par exemple (!). Le travail est ici totalement déshumanisé dès lors que l’argent n’est plus un outil – le salaire – mais le but de toutes les transactions.

L’épître de Jacques ne date pas d’hier. Pourtant, ces pratiques perdurent au XXIe siècle. Prenons simplement l’exemple des employés au travail sur appel: ils se doivent d’être disponibles si leur entreprise a besoin d’eux, mais si elle n’a pas besoin d’eux, ils ne travaillent pas et donc n’ont pas de salaire.

Déshumanisation, perte de sens du travail.
Illusion de maîtrise et manque total de conscience d’un tout petit élément, mais qui est fondamental: l’être humain là au milieu?!?

Ni le travail ni l’argent n’ont plus besoin de l’homme.
C’est l’argent qui travaille!

Si Dieu le veut!

Nous ferons ceci ou cela… Oui… Si les conditions sont favorables! Conditions que je ne maîtrise pas et qui ne sauraient en aucun cas relever de mon pouvoir.
Pour le dire comme Jacques: si Dieu le veut!

Voici le point de départ: vous ne savez pas ce que votre vie sera demain.
Et si vous perdez cela de vue, toutes vos actions sont faussées. Tout ce que vous faites perd son sens.
En quelques mots, Jacques replace les éléments qui donnent sens à nos actions.
Voici ce que vous devriez dire: Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela.

1. Je ne maîtrise pas tout et dois me reconnaître comme une créature au sein de la Création, soumise à une volonté qui me dépasse. Si Dieu le veut…

2. La vie m’est donnée. Je la reçois. Je ne peux la faire moi-même. Nous vivrons…

3. Consciente de cela, je peux agir dans le monde avec foi et espérance. Et nous ferons…

4. Il n’y a pas de 4 (!). Donc je ne maîtrise pas le résultat de mes actions. Je ne peux pas affirmer que je gagnerai.

Il s’agit pour l’être humain d’être remis à la place qui est la sienne.

A suivre…

La reconnaissance du travail accompli est primordial pour que celui-ci ait un sens. Reconnaissance par le salaire, mais aussi reconnaissance sociale. Sur ce point, la parabole de l’évangile de Luc est étonnante. Elle ne semble pas insister sur la reconnaissance, au contraire, c’est comme si Jésus dénigrait le travail du serviteur.
Mais, si vous le permettez, pour aller plus loin avec ce second texte, je vous donne rendez-vous dimanche prochain à Boudry.

Pour l’heure, reprenons conscience que nos actions et notre existence toute entière ne sont pas entre nos mains et que nous ne pouvons pas les conjuguer au futur sans les soumettre à un si…

Si Dieu le veut, nous vivrons
Et alors nous agirons
Et nous remettrons le résultat de nos actions entre ses mains.

Amen.

À lire sur le sujet: François Vouga, Le travail, dans: Évangile et Vie quotidienne.

La paix… une exception suisse

Voici le Message des Églises que j’ai prononcé hier soir au Port de Cortaillod, à l’occasion des festivités de la Fête nationale.
Merci à la Commune de Cortaillod d’associer chaque année les Églises à cette manifestation villageoise.

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Mesdames et Messieurs,
Chers concitoyens, chères concitoyennes,

Vous avez peut-être lu comme moi, en juin dernier, cette annonce du Global Peace Index: la Suisse est un des 10 pays du monde à vivre totalement en paix.
Seuls 10 pays sur les 324 que compte notre planète. 10 pays seulement vivent en paix… (!)
Et la Suisse en fait partie, aux côtés du Botswana, du Chili, du Costa Rica, du Japon de l’Île Maurice, du Panama, du Qatar, de l’Uruguay et du Vietnam.

10, ce n’est pas beaucoup.
Et je me suis demandé quels étaient les critères pour établir un tel classement. Comment définit-on la paix?
D’après ce que j’ai lu, ce sont les seuls 10 pays qui ne sont pas engagés dans un conflit interne ou externe.
Donc être en paix, cela signifie en fait: ne pas être en guerre.
Soit.
Mais la paix, me semble-t-il est plus que cela.

La Suisse, il nous faut en prendre conscience, est un îlot dans le monde.
Un îlot où nous vivons non seulement hors de la peur des bombes, mais aussi dans un contexte de paix du travail, de paix sociale, et de paix religieuse.

Nous en sommes fiers.
Et il est vrai qu’une partie de notre bien-être à vivre ensemble est dû à notre système politique collaboratif, à notre respect des institutions et à notre expertise.
On regarde souvent nos voisins avec un œil critique. L’air de penser qu’ils ne savent pas s’y prendre alors qu’en Suisse, nous abordons les choses avec plus de sagesse et d’efficacité.

Mais je ne crois pas que tout soit entre nos mains.
Aucun d’entre nous n’a choisi de naître là où il a vu le jour.
Vous comme moi, nous aurions pu naître à Kaboul, à Damas ou Bamako.
C’est le hasard, la vie, la providence, Dieu – appelez-le comme vous le voulez.

Mais je crois qu’il est juste d’en prendre conscience. Et dès lors, d’en être reconnaissants.
Je l’interprète comme une grâce.
Et l’Évangile m’apprend que toute grâce reçue appelle chez moi une responsabilité.

Si donc nous avons la grâce de vivre dans un des seuls 10 pays au monde à vivre en paix, nous avons une responsabilité face à ce monde. Face à ces 314 autres pays et les personnes qui y vivent.
Responsabilité qui s’exprime dans notre tradition humanitaire et dans celle, très active ces dernières années, d’acteur dans les processus de conciliation et de paix.

Ce sont nos responsabilités en tant qu’État qu’il convient à tout citoyen d’avoir à cœur. Rien n’est jamais acquis et l’ouvrage de la paix doit sans cesse être remis sur le métier.
Nous avons aussi des responsabilités en tant qu’individus à promouvoir autour de nous les éléments d’une paix durable.
Dans l’accueil des personnes qui fuient les conflits armés, dans l’ouverture et la bonne entente entre les autorités civiles et religieuses, dans la modestie et la reconnaissance de ce qui nous est donné.

Fêtons ce soir!
Célébrons les beautés et les joies de notre pays!
Et rendons grâce de vivre dans cette paix.

Et dès demain, œuvrons!
Œuvrons ensemble à l’élargissement de la paix. Telle est notre responsabilité.

Chers concitoyens, chères concitoyennes, je vous souhaite de belles festivités.
Et comme l’écrivait l’apôtre Paul à la fin d’une de ses lettres: Que le Seigneur qui donne la paix, vous accorde sa paix en tout temps et en toutes choses. (2 Thessaloniciens 3,16)