Quand un simple bâton devient signe

Prédication du dimanche 11 septembre à Cortaillod.
Baptême de la petite Alexia (1 an) et accueil de Vincent Schneider, diacre, et Kevin Didot, animateur de la plateforme RequérENSEMBLE.
Textes bibliques: Exode 4,1-4 et 2 Corinthiens 1,3-4

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Jour de fête

Aujourd’hui est un jour de fête pour Alicia. Le jour de son baptême et également l’occasion de fêter son premier anniversaire. Je pense ne pas me tromper en disant qu’aujourd’hui, elle va être particulièrement choyée et gâtée. Et certainement que plusieurs d’entre vous lui offriront un joli cadeau.

Dans un simple cadeau, il y a beaucoup de choses qui sont exprimées. Le fait que vous tenez à Alicia, qu’elle est précieuse à vos yeux. Que vous souhaitez contribuer à la rendre heureuse. Aujourd’hui, mais aussi au cours de son existence. Et même si l’on sait que les jeunes enfants transforment rapidement en confettis les paquets emballés avec soin, on se donne quand même la peine de choisir un joli papier et de faire un joli paquet.

A de nombreuses occasions dans l’année et dans une relation avec une personne proche, nous symbolisons par un objet et par la manière de le présenter, toute l’affection que nous lui portons et notre souhait de prendre soin de notre relation. Plus largement, dans les relations humaines, nous avons besoin de signes. D’en donner et d’en recevoir.

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Autour de la laïcité

On parle beaucoup de laïcité ces temps. Si on est tous d’accord pour dire que l’État ne doit pas dicter aux citoyens ce qu’ils doivent croire et penser, il n’y a pas d’accord aussi large sur le sens du mot laïcité et bien des confusions et des mécompréhensions dans les débats viennent, me semble-t-il, des présupposés rarement clarifiés autour de ce concept.

Notre compréhension de la laïcité est intimement liée à notre histoire, à l’histoire des relations entre l’État et les Églises, entre la société civile et les communautés religieuses. Ainsi, en Suisse, notre manière de gérer l’État laïque ne saurait être la même qu’en France. Et même, en Suisse, chaque canton a son histoire bien spécifique.

À lire et à voir

Dernièrement, le département de l’instruction publique du Canton de Genève a édité une brochure à l’attention des enseignants. Je vous en recommande la lecture! Les enjeux sont bien posés et les confusions souvent dissipées. Le tout avec des magnifiques illustrations de Zep, pleines de subtilité et d’humour.

ZEP tiré de La laïcité à l'école - DIP Genève
ZEP tiré de La laïcité à l’école – DIP Genève

Je suis aussi tombée sur internet sur cette petite vidéo de l’Association Coexister France qui replace aussi la question de la laïcité en France dans son histoire.

Ces deux sources le disent un peu autrement, mais l’idée est commune: la laïcité n’est pas une volonté d’occulter le religieux, mais de poser le cadre pour que le religieux puisse se vivre librement et dans le respect de la liberté de l’autre.

Anne Emery-Torracinta, conseillère d’État genevoise:

La laïcité signifie la neutralité religieuse de l’État, mais pas la négation du fait religieux. Il faut rappeler que la laïcité n’est pas un but en soi, mais l’instrument qui permet la paix civile et le respect des convictions de tous, sans discrimination, chacun étant égal devant la loi.

L’Association Coexister France :

La laïcité n’est pas une opinion, mais le cadre qui les permet toutes.

Maintenant, le défi nous est posé: clarifier et expliciter la situation neuchâteloise,  particulière à certains égards puisqu’un Concordat régule les relations entre les Églises reconnues et l’État.

Petit mot en famille

Petit mot prononcé à l’occasion de la réunion de la famille de Montmollin qui a réuni près de 200 cousins au château d’Auvernier.

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Vous le savez peut-être, 2017 sera une année particulière. Et pas seulement parce que ce sera une année sans réunion Montmollin!
2017, c’est exactement 500 ans après 1517. C’est le 31 octobre de cette année là que, selon la tradition, Martin Luther a placardé ses 95 thèses contre les indulgences sur la porte de l’église du château de Wittemberg. C’est cet acte qui signe le coup d’envoi de la Réforme.
En 2017 nous célébrerons donc un demi-millénaire de protestantisme.

Occasion à la fois de revisiter le passé et de repenser le présent à la lumière des idées qui ont, à l’époque, changé le monde – ou au moins l’Europe.
Comme nous sommes accueillis aujourd’hui dans ce magnifique village d’Auvernier, je me suis intéressée à voir comment ce village était passé à la Réforme.

Bien sûr, il a fallu quelques années pour que les idées nouvelles arrivent jusque dans nos contrées. Neuchâtel, sous l’impulsion de Farel, est passé à la Réforme en… (vous savez en quelle année?) 1530. Puis Farel s’est rendu à Orbe et ce sont ses collaborateurs qui ont amené les villages de notre région, les uns après les autres, à la foi nouvelle.

Et à Auvernier, tout n’a pas été simple.
A croire que ses habitants ont la tête dure !
Sentant la Réforme prendre le dessus dans la région, le curé de l’époque s’enfuit sans prévenir. Il fut remplacé par un prédicateur favorable à la foi protestante. Mais le changement de coutumes religieuses ne plut pas à tout le monde et les gens d’Auvernier refusèrent de lui verser les prémices. A savoir un setier (tonneau) de moût par habitant. L’affaire prit de l’ampleur, les autorités s’en mêlèrent. Les habitant furent convoqués, puis appelé à comparaître devant les autorités bernoises. Ils ne se rendirent pas à la comparution.
Bref, l’histoire dura plus d’une année.
Et finalement, les gens d’Auvernier furent condamnés à s’acquitter des prémices de la vendange, à payer 150 livres pour les prémices retenues, et 25 écus pour les frais de l’affaire.

Voici à peu près tout ce que l’on trouve sur Auvernier dans la biographie nouvelle de Guillaume Farel, parue en 1930.

Cette histoire est amusante.
Et lorsque l’on y pense, les conflits à régler dans nos villages, les tergiversations et les frais administratifs… Rien de nouveau sous le soleil…
Mais cette petite histoire est le signe que le passage à la Réforme n’était pas anodin. Aujourd’hui, peut-on encore désigner clairement la différence entre la foi catholique et la foi protestante?
On est chrétiens. On a le même Dieu! entend-on souvent.
La religion est entrée dans la sphère privée et n’a que peu d’implication sur notre vie publique. Mais pour l’époque, changer de religion, c’était changer totalement de vision du monde.

Et peut-être qu’à l’occasion de cette commémoration des 500 ans de la Réforme, nous pourrions nous rappeler les fondements du protestantisme. Et redécouvrir que la foi protestante n’est pas seulement une religion intime, personnelle et privée, mais qu’elle implique plus largement une vision du monde, de soi et des autres. Donc aussi une manière d’être au monde.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire des idées protestantes. Même si dans l’absolu ce serait passionnant (!… oseriez-vous en douter ?!?)
Juste rappeler un élément fondamental.
La conviction que chaque être humain est digne d’entretenir une relation directe avec Dieu.

N’oublions pas que dans le catholicisme médiéval, le prêtre est l’intermédiaire. C’est lui qui prie pour les masses incultes, qui n’ont pour tâche que de payer pour qu’il intercède pour eux auprès de Dieu. Les réformateurs arrivent avec cette affirmation: pour Dieu, il n’y a pas de hiérarchie entre les êtres humains. Tous ont un accès direct à lui.
C’est évidemment assez révolutionnaire.
Et l’ont voit toutes les conséquences dans l’émergence de la démocratie par exemple.

Mais cette accès direct à Dieu a aussi une conséquence importante: il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu. Tout le monde, et plus seulement le clergé, doit pourvoir lire la Bible. On la traduit, on l’imprime, on la diffuse et on apprend à lire à la population. On connaît toutes les conséquences historiques et sociales de l’émergence de la Réforme qui ont changé notre monde occidental.

Et du point de vue plus personnel, si il appartient à chacun d’entretenir la relation qui le lie à Dieu, cela signifie aussi que plus personne d’autre que moi ne peut croire pour moi.
Je deviens dès lors responsable de prendre soin de ma vie de foi, de ma spiritualité, de ma relation à Dieu.

La nouvelle liberté qu’apporte la Réforme implique une responsabilité individuelle. Envers soi, envers Dieu et envers le monde. Et la foi ne peut dès lors être détachée de l’engagement du croyant dans la société.

Je crois à la pertinence, aujourd’hui encore, de cette théologie que nous sommes appelés à redécouvrir, à réinvestir et à réinterpréter dans notre monde actuel.
C’est notre histoire.
Ce sont nos racines.
C’est encore aujourd’hui notre réalité.

Le travail: une vocation!

Prédication du dimanche 7 août 2016 à Boudry.
Textes bibliques: Luc 17,7-10 et Jacques 4,13-17
À la suite du dimanche 31 juillet.

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On ne peut s’empêcher, de manière très forte, de lier travail – salaire – reconnaissance sociale.
Le travail donne sens à la personne. En grande partie, je suis ce que je fais. Le salaire atteste de ce travail et donne de la valeur à la personne, aux yeux des autres comme à ses propres yeux.
Être satisfait du travail que l’on accomplit et bien gagner sa vie sont des éléments qui donnent du sens.

Mais ce lien travail – salaire – reconnaissance sociale est mis à mal.
Le monde de la finance crée des richesses de manière totalement déconnectée du monde réel du travail. Dans certaines grandes entreprises, les plus hauts salaires n’ont aucune commune mesure avec les plus modestes. Si la reconnaissance sociale et avec elle l’estime de soi sont si fortement liées au salaire, comment éviter que ceux qui sont exclus du monde du travail trouvent du sens à leur existence?

Est-il juste de tenir absolument au lien entre travail – salaire – reconnaissance sociale? Je ne suis pas sûre. En réalité, beaucoup d’entre vous, je le sais, êtes le signe que ces éléments peuvent être déconnectés sans perte de sens, bien au contraire.
Actuellement, et vous ne me démentirez pas, d’immenses champs d’activités fonctionnent sans qu’aucun salaire ne soit versé. Je pense bien sûr à toutes les activités bénévoles. Mais aussi aux tâches quotidiennes et banales de la vie ordinaire.
Aucun salaire ne vient récompenser ces engagements ni marquer de reconnaissance pour leur accomplissement. Cela est-il un mal?

Chacun fait son job

Voyons comment Jésus nous invite à repenser ce lien entre travail, salaire et reconnaissance sociale au travers de cette parabole.
Au départ de la parabole, Jésus invite ses interlocuteurs – à savoir ses disciples – à se mettre dans la peau d’un paysan qui, pour exploiter son domaine, emploie un homme à son service. C’est dans la perspective du maître que le disciple et nous-mêmes avec lui, abordons le récit. Il semble normal que ce maître demande à son serviteur de lui préparer son repas avant de prendre du repos à son tour.

Bien sûr, nous pourrions nous dire que le maître devrait faire preuve d’empathie et, voyant le travail fourni par son serviteur, lui propose de se reposer. Pourquoi donc les disciples trouvent-ils qu’il est normal que le maître demande à être servi?

Eh bien, pour le dire un peu trivialement, par ce que c’est son job, au serviteur, de le servir! Et il est normal qu’il fasse son travail!
Le maître lui aussi a accompli son travail durant la journée. Le serviteur, lui, n’a pas terminé le sien puisque son travail à lui c’est de travailler aux champs puis de servir le maître en rentrant.

Rien de choquant à cela. Et si nous y regardons de prêt, nous faisons la même chose. Tous les jours.
Lorsque vous faites vos courses à la Coop. Est-ce que vous dites à la personne qui se trouve à la caisse: Prenez une pause, je m’occupe d’enregistrer mes articles et d’encaisser. Vous avez déjà porté les caisses de légumes et mis en place les fromages?!?
Non. Peu importe ce que la personne a fait avant que vous arriviez. Son travail, c’est d’être à la caisse quand vous y arrivez, et elle fait son travail.

C’est normal.
Et elle aussi trouve que c’est normal.
Il est normal d’accomplir le travail pour lequel nous sommes engagés.
Alors bien sûr, rien n’interdit d’être poli et sympathique. Nous pouvons dire merci et échanger un sourire, mais nous n’allons pas non plus nous confondre en remerciements pour une personne qui accomplit sa tâche.

Je ne chante pas des louanges quand le facteur m’apporte le courrier ou quand le chauffeur de bus arrête son véhicule à l’arrêt.
Il est normal d’accomplir le travail pour lequel nous sommes engagés. Et cela n’appelle pas de reconnaissance particulière, pas de signe autre que ceux de la courtoisie.
Le maître n’a pas à remercier (à témoigner une reconnaissance particulière) son serviteur d’avoir fait ce qui lui était ordonné, n’est-ce pas?

Je vais rougir…

Et d’ailleurs, le serviteur n’en attend certainement pas moins.
Attend-on une reconnaissance particulière quand nous accomplissons ce que nous nous sommes engagés à faire?
Je ne le crois pas.
Combien de fois répond-on oh, mais ce n’est pas grand chose quand on nous remercie?
Pour le culte de ce matin, certains se sont engagés à préparer le temple. Préparer les lectures, mettre en place la table de communion et la fleurir, jouer de l’orgue. Bien sûr, j’imagine qu’ils seront heureux si nous les remercions – ce que je profite de faire maintenant! – mais ils nous dirons sûrement oh, ce n’est pas grand chose… Peut-être même diront-ils, comme nous le faisons parfois quand on nous dit merci de rien!.

Mais non, ce n’est pas rien! Qu’aurait été notre culte sans lectures, sans pain, sans vin, sans fleurs et sans musique?!?
On est parfois mal à l’aise quand on nous remercie pour quelque chose qui nous semble normal. Pour avoir simplement accompli le travail qui était le nôtre.
Peut-être devrions-nous prendre l’habitude de répondre: avec joie! Plutôt que de rien…

Maître et serviteur ne sont pas choqués car la première partie de la parabole correspond à l’ordre normal des choses.
Dans la seconde partie, les disciples sont les serviteurs et Dieu devient le maître.
Un maître qui attend de ses serviteurs qu’ils accomplissent leurs tâches, sans attendre des louanges ou une prime quelconque.
De simples serviteurs.
Des serviteurs inutiles, comme on le trouve dans certaines traductions.
Inutiles parce que nous ne sommes pas dans le registre de l’utilitarisme, mais dans celui du service et de la vocation.

L’appel

Le travail, tout travail est une vocation.
Et nous y sommes appelés.

Telle était aussi la compréhension de l’apôtre Paul. C’est Dieu qui définit pour chacun le travail à accomplir et c’est lui qui est juge de l’avancement de celui-ci. Le travail n’est pas lié à une promesse de salaire ou à une quelconque récompense. Pas même à une promesse de reconnaissance. Le travail est une mission. Et il n’est pas accompli pour sa propre satisfaction, mais seulement parce que l’accomplir, c’est répondre à sa vocation.

Cette compréhension du travail comme une vocation était très fortement ancrée chez les réformateurs. Pour Calvin, le vrai patron de tous, patron comme ouvrier, c’est Dieu. Et il avait même suggéré que par conséquent, le salaire devrait être fixé selon la règle d’or: ce que vous voulez qu’on vous donne, offrez-le aux autres!
Pas sûr que l’on enseigne cela aujourd’hui en sciences économiques…

Luther avait cette formule, qui fonctionne en allemand: Dein Ruf ist dein Beruf.
Ce à quoi tu es appelé, c’est ton métier. Ainsi s’incarne dans ce monde ce à quoi Dieu t’appelle.
La valeur n’est plus liée au salaire ni à la reconnaissance sociale. La valeur est liée à la personne. La reconnaissance ne dépend ni de la quantité de travail, ni même de la qualité de celui-ci ou de l’efficacité avec laquelle le travail est effectué. La reconnaissance est purement donnée par Dieu dans le seul fait qu’il nous appelle à quelque chose.

Dieu décide que nous sommes dignes de recevoir une mission, un travail à effectuer sur cette terre.
Une vocation à participer à l’œuvre de sa création.
Ce que je fais sur terre est ma vocation.
Et cela ne se réduit pas à un métier. Toute tâche, qu’elle soit accomplie bénévolement ou non. Qu’elle soit celle de l’éducation des enfants ou l’engagement très concret et quotidien de préparer un repas pour sa famille ou de faire le ménage.
Toute tâche que vous accomplissez est une manière de répondre à votre vocation.

Nous ne sommes pas tous appelés aux mêmes tâches. Celles-ci changent aussi en fonction des circonstances de la vie. Le travail ainsi compris réhabilite celles et ceux qui sont exclus du monde du travail. Chômeurs, jeunes qui cherchent leur voie, mères au foyers, retraités.

Discerner sa vocation

Plusieurs d’entre vous sont retraités et j’imagine que le passage à la retraite est un passage important dans la vie. Notre rôle dans la société change lorsque l’on quitte ce que l’on appelle la vie active.
Nous sommes dès lors appelés à autre chose. Le passage à la retraite, comme d’autres passages, est un temps de discernement.Comment vais-je continuer à répondre – différemment – à ma vocation?

La reconnaissance de notre entourage peut-être une aide non-négligeable pour nous aider à discerner. En attestant de nos talents, de notre vocation. En témoignant aussi qu’une personne a sa place dans le monde, même lorsqu’elle ne s’y sent plus utile.

Je repense à l’histoire d’une femme âgée qui a toujours été très active et qui, par son grand âge, ne pouvait plus quitter son fauteuil et qui disait: mon rôle maintenant, c’est de prier.
Elle avait reconnu sa nouvelle vocation. Découvert quel était sa place dans le monde, son rôle.

Nous sommes de simples serviteurs.
Nous ne faisons que notre devoir.
Nous répondons à notre vocation.

Faisons-le avec joie!
Car ce n’est pas rien!!

Amen